VEN
Ce n'est pas au commencement d'une affaire qu'il faut borner les mesures de prudence.
Venir.
iFa-t'en voir s'ils viennent.
- Traduction triviale de : N'y comptez pas.
Le mot Jean, qui quelquefois s'ajoute au mot vien^ îient, donne lieu à des conjectures sur l'origine de cette locution proverbiale. Jean est synonyme de crédule.
Vent.
Il faut laisser courir le vent par-dessus les tuiles. Il faut souffrir ce qu'on ne peut empêcher.
VENT. {Humer le)
Faisant allusion aux nouvellistes qui croient tout , nos pères disaient : Humer le vent. ( Voyez Gobe- Mouches. )
VENT. {Petite pluie abat grand)
Pour dire que quelques paroles flatteuses apaisent un grand emportement :
Imbre cadunt tenui rapidissima flamina venti.
VENT. {Autant en emporte le) Se dit en parlant des choses auxquelles on n'ajoute pas foi.
(Voyez Billevesées.)
VENTPtE. {Mettre le feu sous le)
C'est-à-dire, exciter, mettre en colère.
Dans l'Inde, lorsqu'on veut faire battre deux éléphans l'un contre l'autre, on les anime en leur mettant du feu sous le ventre.
A ventre saoul cerises ameres.
Se dit d'un homme à qui une chose cesse de plaire, parce qu'il en est rassasié.
VERGER. {Marier à M. Du)
Une mère employait autrefois cette expression, lorsque, pour humilier sa fille déjà grande, elle la traitait en enfant.
Cet outrage, fait à la décence, devient rare; mais, il y a quarante ans, combien de jeunes personnes, presque nubiles, étaient encore sujettes au fouet!
Bernardin de Saint-Pierre , dans ses Etudes de la Nature, faisait, en 1784, des vœux pour que « le gouvernement proscrivît ce genre de châtiment , non seulement dans les écoles publiques , mais dans les couvens, sur les vaisseaux, chez les particuliers, dans les pensions. »
Vérité.
Bien servir fait amis ,
Et vrai dire ennemis.
Proverbe tiré du passage de Térence : Obsequium amicos , veritas odium parit.
« Quoiqu'il n'y ait rien de si naturel à l'homme que d'aimer et de connaître la vérité, il n'y a rien qu'il aime moins et qu'il cherche moins à connaître. Il craint de se voir tel qu'il est, parce qu'il n'est pas tel qu'il devrait être; et pour mettre à couvert ses défauts, il couvre et flatte ceux des autres. »
(Fléchier.)
La vérité n'entre ordinairement dans les oreilles des rois que comme l'argent dans leurs coffres, un pour cent.
Camus, évéque de Belley, prêchant à Paris, le lundi de Pâques, appliqua ce proverbe d'une manière fort originale, au duc d'Orléans, qui était venu l'entendre aux Incurables : « Monseigneur, dit-il , dimanche
dernier, je prêchai le triomphe le Jésus-Glirisl à Jérusalem; vendredi, sa mort; hier, sa résurrection; et aujourd'hui , je dois prêcher son pèlerinage à Emmaùs avec deux de ses disciples. J'ai vu, monseigneur, votre altesse royale dans un même état. Je vous ai vu triomphant dans cette ville avec la reine Marie de Médicis votre mère; je vous ai vu mort par des arrêts de son ministre ; je vous ai vu ressuscité par la honte du roi votre frère, et je vous vois aujourd'hui en pèlerinage. D'où vient, monseigneur, que les grands princes se trouvent sujets à ces changemens? Ah, monseigneur! c'est qu'ils n'écoutent que les flatteurs, et que la vérité n'entre ordinairement dans leurs oreilles que comme l'argent entre dans les coffres du roi, un pour cent. »
TERRIERS. ( Gentilshommes^
On appelait ainsi, avant la révolution, les chefs des manufactures de houteilles, parce que, loin de faire déroger, leur métier donnait une espèce de noblesse.
VERROUIL. {Baiser le)
C'est-à-dire, rendre hommage. Anciennement un vassal roturier baisait la main de son seigneur; mais si le seigneur était absent, il suffisait qu'il baisât le verrouil de la porte. ( Coutume d'Auxerre, article 44 5 — de Berrl, titre v, art. lo; — de Sens, art. i8i.) Les loyaux amans faisaient la même chose. F^oyez Lucrèce , Liv. IV,
VERT. ( Porler le bonnet )
Cette façon de parler a long-temps signifié faire banqueroute.
Et que d'un bonnet vert le salutaire affront Flétrisse les lauriers qui lui couvrent le front. (BoiLEAU, sat. I. )
Un banqueroutier qui aurait paru en public sans avoir sur la tête le bonnet vert, se serait exposé à être fait prisonnier par ses créanciers.
VERT. {^Prendre quelquiin sans) C'est le prendre au dépourvu.
C'est ce qui fait toujours que je suis pris sans A-ert.
( Molière, l'Étourdi. )
Dans les treizième, quatorzième et quinzième siècles, il fallait, pendant les premiers jours du mois de mai, porter sur soi une brandie de verdure, sans quoi on s'exposait à recevoir un seau d'eau sur la tête.
Rabelais, Liv. m , ch. 2, dit que les dés sont le verl du diable.,.. Le diable me prendrait sans vert, ajoutet-il , s'il me rencontrait sans dés.
VERTE. {^Donnera unejîlle la cotte)
Folâtrer avec elle, en la jetant sur l'herbe.
Et encore : lui faire voir la feuille a V envers.
Dans les Arrests d' Amour, par Martial d' Auvergne , dit de Paris (procureur au parlement sous les règnes de Louis XI, de Charles viii et de Louis xii), on trouve (quatrième arrest) : «Devant le maire des Boys Verdz s'est assis aultre procès entre un amoureux et sa dame; et estoit pour raison d'une cotte verte »
Le Glossaire des anciens termes contenus dans cet ouvrage explique ainsi cotte verte : « Manière de parler joyeuse, pour dire mettre le derrière d'une dame ou demoiselle à nud sur l'herbe. »
L'ouvrage de Martial d'Auvergne, très curieux par lui-même, intéresse encore davantage lorsqu'on a une édition qui réunit le Commentaire de Benoît de Court, jurisconsulte du seizième siècle.
Ovide nomme une robe de femme crocota. Ce mot