‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 30 sur 335 · BOISROBERT · texte numérisé non relu

BOISROBERT

Le nom d'une coiffure est devenu proverbial pour désigner une paysanne. Mais quelle est l'étymologie de bavolet ?

— Petit voile qui descend bas; volet pour voilet. Originairement tous les bavolets étaient des coiffures à barbes ; on les porte encore tels dans la ci-devant Normandie.

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Dans quelques livres anciens, au lieu de Bavolet , on trouve Bagnolet. Nous croyons que ce dernier nom est celui d'un village des environs de Paris.

Iris coiffée en chien barbet Cessera bientôt de me plaire; Quand elle met son bagnolet Elle ressemble à sa grand'mère.

Autrefois de ses blonds cheveux Célimène faisait parure ; Mais à présent elle est bien mieux, Ayant mis bas sa chevelure.

Il s'agit d'une mode de l'année i'ji(^ : les bagnolets d'été étaient de gaze garnie de blonde , ou entièrement de point. On faisait ceux d'hiver en velours, en pluche ou en satin sans envers , et on les garnissait d'une dentelle de soie noire. Quand les dames quittaient leurs bagnolets, elles étaient entièrement frisées par petites boucles : les cheveux, sur toute la tête, étaient coupés en vergette.

BEAUCOUP. ( Cent ans ce n'est guère, mais jamais c'est)

Gela se dit à une personne qui assure, dans un moment de colère , que jamais elle ne retournera en tel endroit, dût-elle vivre cent ans.

Beau-cousin.

Anciennement on disait beau-cousin^ comme on dit beau-pere et beau-fils.

BEAUNE. {Anes de)

Dans le treizième siècle, il y avait àBeaune des commerçans distingués, du nom de L'Ane. Lorsqu'on voulait parler d'un commerce bien établi, on citait les Ânes de Beaune. Depuis, ce nom est resté aux habitans, et c'est sur une misérable équivoque que rou-

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lent toutes les plaisanteries qui ont été faites sur leur compte.

BEC. (// attend que les alouettes lui tombent toutes rôties dans le)

Allusion à la manne qui tombait du ciel, du temps des Philistins.

BEC. {^Passer la plume par le)

Cette façon de parler fait allusion à une espièglerie de clercs ou d'écoliers, qui, pour déniaiser un nouveauvenu , épient le moment où il a la plume à la bouche, et le barbouillent, en tirant cette plume par le bout d'en haut.

Il y a encore un jeu qui consiste à faire passer une plume sur les lèvres des jeunes filles. Celle qui sort sans rire de l'épreuve est , dit-on , sage et imprenable ; mais cet essai a ses périls , et peu d'entre elles osent en courir la chance.

BÉGUIN. (7/(2 encore son premier) C'est-à-dire , il est sans expérience.

BÉGUIN, (/e le connais des le)

Depuis son enfance.

A trois ou quatre ans, les enfans quittent aujourd'hui le béguin. Il n'en était pas de même vers le milieu du règne de Louis xv ; garçons et filles portaient généralement cette coiffure à six ou sept ans, et dans quelques familles, la permission de quitter le béguin arrivait pour les demoiselles beaucoup plus tard. Craignant des hommages trop précoces, certaines mères obligeaient leurs filles à porter, toutes grandes, une coiffure qui voulait dire : Je suis encore une enfant, ne m'adressez point de propos indiscrets, ne faites point attention à moi.

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Lorsque!. J. Rousseau (année 1762) proscrivit le maillot, la bride, petite bande de toile qui fait partie d'un béguin, et qui sert à le fixer sur la tête, fit comprendre cette coiffure dans son projet de réforme.

Le docteur Des Essartz ( Traité de V éducation corporelle des enfans en bas âge , Paris , 1 760 ) avait déjà dit que cette bride , comprimant les glandes maxillaires et même les parotides, j occasionnait un engorgement et un goiiflement.

Le docteur Alphonse Le Roi ( Recherches sur les habillemens des femmes et des enfans, Paris, 1772) ajouta : « Souvent on serre trop le cordon , à dessein d'affermir la coiffure de l'enfant; alors cette compression arrête le sang dans les veines, le refoule vers le cerveau , ce qui produit ou aggrave une multitude de maladies auxquelles les enfans succombent le plus ordinairement. »

Dans X Encyclopédie méthodique (Paris, 1785), M. Rolland de La Platière lança aussi son manifeste contre les béguins. «Nous nous abstiendrons, dit-il, de tous détails de la layette, têtière, béguins, fichus, chaussettes, bavoirs, mouchoirs, etc., fatras de liens incommodes, de pièces ridicules, dont la sottise et le préjugé embarrassaient l'enfance, gênaient ses mouvemens , arrêtaient sa croissance , et dont le bon sens commence à l'affranchir. »

Mais le coup le plus terrible fut un article du Mercure de France, signé M. «Qu'est-ce qui a fait, dit l'abbé Galiani dans une lettre à madame d'Epinay, cette plaisanterie charmante des oreilles a ressorts? Elle est digne de Swift, et de tout ce qu'il y a de plus délicat dans ce genre. Si Grimm n'en est pas l'auteur, je ne 1«. connais point. «

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BÉGUIN. (^Les ânes ont les oreilles longues , parce que leurs mères ne leur ont pas mis de)

Peut-être doit-on à ce proverbe insignifiant la charmante plaisanterie des oreilles a ressorts ^ qui parut dans le Mercure de France du mois d'avril 1770.

L'auteur prétend que si l'on n'affaissait le ressort des oreilles par l'entrave des béguins, l'organe de l'ouïe serait plus fin, plus subtil; que les oreilles, pour ainsi dire, deviendraient parlantes. « Ne bridons plus, dit-il , n'embéguinons plus; laissons les oreilles croître comme il plaît à Dieu , je réponds qu'elles auront un langage aussi énergique que celui des autres organes, et nos neveux béniront à jamais le siècle philosophique qui aura eu le courage de rétablir la nature dans ses anciens droits.... N'est-il pas hiuniliant de voir un être mâle et nerveux embéguiné comme une nonne? Si le mauvais goût de quelques femmelettes place le mérite dans l'aplatissement des oreilles , le bon goût des vrais connaisseurs le redressera. »

On avait sans doute oublié, en 1799, à Paris, et les arrêts de la faculté, et la plaisanterie du Mercure, car quelques élégantes (voyez, dans le Journal des Dames et des Modes y la gravure 112) portèrent des béguins.

A cette époque, le Cousin Jacques ( Beffroy de Regny) en était à la lettre B de son Dictionnaire néologique des hommes et des choses. Voici ce qu'on lit au mot Béguin : « Nos belles aiment à se donner des airs enfantins; on prétend que c'est pour singer la vertu : nous qui ne calomnions pas les belles dames, nous aimons mieux croire que c'est pour se rajeunir. »

Dans le treizième siècle, le mot Béguin était une injure.

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Papelart et béguin Ont le siècle honi ,

disait Rutebeuf, dans sa chanson sur les ordres de Paris {Fabliaux y tome II, p. 297).

Dans ce sens, le mot Béguin a cessé depuis longtemps d'être en usage; car il ne se trouve pas dans iV7rt>^,' mais les gens du monde donnent, par mépris, le nom de Béguines à toute espèce de religieuses.

D'où vient Béguine? De Begga , vous disent les Allemands , parce qu'elle fonda les Béguines proprement dites, filles, ou veuves sans enfans, qui vivent en communauté sans être cloîtrées. D'autres font dériver le nom de Béguine de Béguin ; et cette opinion revient à la première; car l'étymologie de Begga^ nom de la fondatrice des Béguines, est Bègue; et Ton appelle béguin la première coiffure d'un enfant, parce que c'est celle qu'il porte avant que sa langue soit déliée.

BEJ A UNE. {Faire voir a quelqu'un son)

C'est lui montrer qu'il manque d'expérience ou de savoir. Un bec-jaune y et, par ellipse, béjaune, est un oiseau qui n'est pas encore en âge de niclier; ce que l'on reconnaît à la partie membraneuse du bec, qui est restée jaune.

Dans les collèges de Paris, il y avait jadis un droit établi sur les nouveau-venus, qu'on appelait, par métaphore, béjaunes : payer ce droit, c'était payer son béjaune.

Les clercs de la basoche de Paris appelaient lettres de béjaune celles qu'ils obtenaient par attestation du service qu'ils avaient fait chez les procureurs.

Dans les écoles de théologie, l'intendance des étudians était commise, par les étudians eu?c-mêmes, à l'un d'entre eux , qu'ils nommaient l'abbé des béjaunes.

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