‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 39 sur 335 · BOI · texte numérisé non relu

BOI

Bois,

// est du bois dont on les fait.

C'est-à-dire, il a les talens, les qualités requises pour obtenir telle ou telle dignité.

L'auteur des Matinées sénonoises croit que cette expression vient du proverbe grec qu'Apulée attribue à Pythagore : Noti e quovis ligno Jiat Mercuriiis. Un tronc de figuier suffisait pour faire la statue d'un dieu aussi grossier que Priape ; mais il fallait un bois plus précieux pour Mercure , le dieu des beaux-arts.

Il est comme le bois vert qui brûle sans flamber.

Se dit d'un bomme qui mange son bien sans s'en faire honneur, qui le dépense mal à propos.

A gens de village trompette de bois.

Ne donnez aux gens grossiers que des choses analogues à leurs goûts.

Le caustique Guy Patin tourna ce proverbe en épigramme, le 1-7 juillet 1G68, « On ne parle, dit-il, que des apprêts qui se font à A^ersailles pour le carrousel et le festin des dames de la cour, cela sera tout-à-fait magnifique ; mais point d'argent aux soldats congédiés: à gens de village trompette de bois. »

( Lettre 474"". )

BOIS. ( Fricasser les écuelles de )

Ce proverbe, que l'on trouve dans Rabelais, fait allusion aux prodigues qui, après avoir étalé un grand faste, regardent comme précieux de chétifs débris de leur ancienne fortune.

BOIS. ( Porter bien son )

Marcher bien droit. Par bois, on entendait autrefois la pique et la lance. Quand un gendarme portait sa lance de bonne grâce , on disait , il porte bien son

bois ; ce qui ensuite, par métaphore, a signifié se tenir l)ien droit en marcliant.

BOIS. ( Trouver visage de )

Pour, sonner ou frapper inutilement à une porte, en un mot faire une visite, et ne pas même voir s'ouvrir la porte de la maison où Ton a pris la peine d'aller.

BOIS. {Il a l'œil au)

C'est-à-dire, il se tient sur ses gardes, parce qu'un bois qui borde une route est un voisinage dangereux,

BOIT. ( Qui fait la faute la) ' On lit dans le Roman de la Rose :

S'il fait folie , si la boyve.

Chacun doit porter la peine de sa faute.

BOITEUX. ( // ne faut pas clocher devant les ) Ce proverbe n'est pas une défense de contrefaire les gens qui ont un défaut corporel, mais un avis. Un boiteux voit mieux que personne si l'on cloche tout de bon , parce que la démarche est l'objet continuel de ses observations. Le sens du proverbe est donc qu'il ne faut pas faire de friponnerie devant un fripon.

Bon.

Par cette épithète commencent plusieurs proverbes, qui n'ont besoin d'aucune explication.

Bonnes gens font les bons pays , Bon cœur fait le l>on caractère , Bons comptes font les bons amis.

Bon fermier fait la bonne terre, Bons livres font les bonnes mœurs , Bons maîtres les bons serviteurs.

• liCS bons bras font les bonnes lames,

Le bon goût fait les bons écrits; Bons maris font les bonnes femmes, Bonnes femmes les bons maris.

BON. {Peu et)

Proverbe gastronomique. Si nos pères le pratiquaient, c'était en famille; car dans les repas d'apparat ils faisaient servir de grosses pièces.

BONNET. ( Ai'oir la tête près du )

C'est-à-dire , être prompt à se fâcher. Les mouvemens de colère supposent une tête chaude; or, rien n'est plus propre à échauffer la tête que de la tenir enfoncée dans un bonnet.

« J'ai pris mon parti sur tout, et je jette mon bonnet par-dessus les moulins, afin de n'avoir pas la tête si près du bonnet. » (Voltaire.)

La pièce d'étoffe nommée coqueluchon , ou chaperon j qui, dans le moyeu âge, couvrait la tête des hommes et celle des femmes, avait un appendice. Quelques hommes ayant roulé cette queue de chaperon autour de leur tête, il fut trouvé bon, dit Estienne Pasquier, de retrancher tous ces grands appentis , et voilà le bonnet. Par conséquent les premiers bonnets furent d'étoffe.

En iSay, on fit des bonnets de tricot; et il s'établit une communauté de bonnetiers distincte de celle des drapiers.

En Normandie, où les fabriques de bonnets de coton sont nombreuses, non seulement les hommes, mais les femmes portent un bonnet de coton. A Caen , à Lisieux et dans beaucoup d'autres villes, vous voyez le matin, sur le seuil de leur porte et même dans les rues , des grisettes coiffées d'un bonnet de coton. Les plus élégantes mettent autour un ruban de couleur. Ce bonnet est posé de manière à laisser voir un petit chignon. La pointe du bonnet, ornée de sa mèche, retombe par devant.

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BONNET. ( Opiner du )

C'est, dans une délibération, être de l'avis du préopinant, ne rien dire pour motiver cet avis. Selon Ducange, cette façon de parler vient de ce que, dans plusieurs couvens , les anciens opinaient de la voix , tandis que les jeunes ne faisaient que porter la main à leur couvre-chef.

Cest bonnet blanc et blanc bonnet ; ou bien , c'est verjus et jus vert; ou mieux , c'est verjus vert et vert verjus.

Pour dire : c'est tout un, c'est la même chose.

BONNET. ( Ce sont deux têtes dans un ) Se dit de deux personnes liées d'amitié et d'intérêt, et toujours d'un même sentiment.

Quand un mari, quand une femme

Vivent de telle sorte entre eux ,

Que ce n'est qu'un cœur et qu'une âme,

Il n'est point d'état plus heureux.

Mais si l'on s'en rapporte à ceux

Qui sont sous la loi conjugale,

C'est la pierre philosopliale ,

Que n'être qu'un quand on est deux.

Janvier a trois bonnets.

Il faut connaître les habitudes de nos aïeux pour expliquer ce proverbe : à mesure que le froid se faisait sentir, ils mettaient bonnet sur bonnet, hommes comme femmes , sans jamais craindre de se trop couvrir la tête.

BORGNES. ( Contes )

Récits qui excitent la méfiance par des détails qui sembleraient devoir l'écarter.

Les menteurs sont ennemis des contes ronds. Vous ne les entendez pas dire qu'ils ont tué dix hommes dans

BOU loi

une action , vingt perdreaux à une chasse , ou qu'ils ont perdu ou gagné vingt, trente pistoles au jt-u ; mais neuf hommes, dix-neuf perdreaux, vingt-neuf pistoles, ou même vingt-neuf et demie. Ce sont ces nomhres impairs dans un récit qui auront fait appeler contes borgnes des détails controuvés.

Bossu.

Rire comme un bossu.

On a remarqué que les gens qui avaient la difformité d'Ésope étaient gais.

BOSSUS. ( Veau mal cuit et poulets crus

Font les cimetières )

Ce vieux proverbe est de bon conseil. Mal cuites, les viandes les plus saines sont indigestes.

Mais on rit aujourd'hui de ces autres proverbes du même temps : Apres la poire le vin ou le prestre. — Qui vin ne boit après salade , est en danger d'être malade. — Fin sur laict est souhait , laict sur vin est venin. — Jamais un homme ne mange fo je que le sien n 'en ait joye. — Si l'estomac pouvait parler il dirait : coing j coing.

BOTTES. Çll a mis du foin dans ses^

Ce proverbe s'applique à celui qui s'est enrichi par des moyens peu honnêtes. C'est comme si l'on disait , voilà un homme qui n'avait pas la jambe faite pour les bottes dont il se pare.

BOUCHON. {A bon vin il ne faut pas de)

Bouchon, faisceau de branches vertes , est ici synonyme d'enseigne; et le sens du proverbe est : que les bonnes choses n'ont pas besoin d'être vantées.

Les Latins disaient : Fino vendibili suspensâhederâ nihil opus est. Le lierre dont se servaient leurs mar-

îon BOU

cliands de vin, pour former une enseigne, était bienchoisi, puisque cette plante est consacrée à Bacchus. Les nôtres, qui ne cherchent que des rameaux d'un vert durable, emploient indistinctement le lierre, le pin, le cyprès, le houx, etc.

BOUCLIER. {Levée de)

Métaphore empruntée des anciennes joutes , où l'on ne levait le bouclier pour s'en servir, que lorsqu'on se croyait sur le point d'être attaqué.

BOUCLIERS. {Faire une levée de)

C'est-à-dire , faire une levée de gens portant le bouclier.

Cette façon de parler s'applique aux grandes entreprises qu'on n'exécute pas, ou qui réussissent mal.

BOULE VUE. (^ Faire une chose à)

Métaphore empruntée de la témérité qu'il y a à juger par la vue de la distance où peuvent être du but les boules de plusieurs joueurs.

BOULIEUX. {Normafids)

Ravisius Textor, en l'une de ses élégies , "Taisant une longue énumération des choses impossibles, dit entre autres, qu'on ôtera plutôt aux Flamands, le beurre; aux Auvergnats, les raves; et aux Normands, la bouillie, qu'on ne lui ôtera le souvenir de son ami.

Bouquet.

Donner le bouquet à quelqu'un , c'est l'engager à donner un bal à une société dont il est membre.

L'usage d'offrir, dans les bals, un bouquet à la personne qui doit donner le bal suivant, est un reste de la cérémonie chevaleresque du paon, (i)

(i) Ce noble oiseau, car on le qualifiait ainsi, était regardé comme

BOII io"5

BOURGEOIS. {Cela est)

Manière de parler des personnes de qualité , ({ui traitent avec dédain tout ce qui n'est pas d€ leur rang.

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