‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 51 sur 335 · CHI · texte numérisé non relu

CHI

Chien qui aboie ne mord pas.

Souvent celui qui élève la voix, est un poltron qui essaie d'intimider.

Le chien aboie y mais la caravane passe.

(Proverbe turc. *)

Faire bras de fer, ventre de fourmi, âme de chien.

Ce proverbe s'applique aux personnes qui , poussées par la cupidité , travaillent rudement , se refusent la nourriture, et agissent de mauvaise foi.

Achille, furieux contre Agamemnon, dans V Iliade, l'appelle visage de chien; et tous les jours on dit en proverbe : Faire un repas de chien, s' ennuyer comme un chien.

Dans les proverbes où les chats figurent , ils sont , en général , mieux traités que les chiens.

CHIEN. ( Cela n'est pas tant)

Par opposition au mot chien, employé pour des choses que l'on déteste; par exemple: Chien de métier, chien de procès.

CHIENDENT. ( Foici le )

C'est-à-dire, la partie la plus difficile d'un ouvrage. Le chiendent est une plante dont les racines sont fort difficiles à arracher.

Chiens.

De chiens, d'armes, d'amours, Pour un plaisir mille doulours.

De chins j d'armes , d'amours, per oun plésir mille dpulours.

(Proverbe provençal.)

Ces douleurs ne paraissent pas avoir épouvanté en France les amateurs de cliiens.

Sous Charles ix les dames de la cour apprivoisèrent

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jusqu'à des adwes, chiens d'une espèce très voisine de celle du chacal , « dont la physionomie , disent les naturaUstes, porte l'empreinte de l'astuce et de la perfidie. »

Brantôme rapporte que Henri m fit cordon bleu un seigneur de sa cour, pour obtenir de lui de petits cliiens turcs j qui passaient pour les plus jolis de l'Europe. On mettait alors ces chiens dans de petites corbeilles galamment ornées, que l'on suspendait à son col avec un ruban. Ces corbeilles, lorsqu'on marchait, se plaçaient du côté gauche; assis, on les posait sur ses genoux.

Sous Louis XIV, les chiens à la mode étaient les chiens burgos. Le régent aimait les chiens loups.

Sous Louis XV, on vit paraître successivement les chiens lions ^ les épagneuls , ou chiens d'Espagne, les danois, les ccirlins, auxquels ont succédé les caniches et les griffons.

CHIENS. {Rompre les)

Au propre, c'est passer à travers les chiens pendant qu'ils chassent, les tirer des voies de la béte qu'ils poursuivent. Au figuré , c'est interrompre quelqu'un dans son discours , pour l'empêcher de dire quelque chose à notre désavantage.

CHIENS. (Un est chasse que de vieux)

Parce qu'ils connaissent mieux les ruses du gibier.

Le sens de ce proverbe est que rien ne remplace , dans les affaires, l'expérience des vieillards.

Ce proverbe a été ainsi parodié par Camus, évèque de Belley : // nest châsse que de vieux saints.

Jean Bachot, dont les opuscules portent le titre de N uits mormantines , parce qu'il était curé de Mormanten-Brie , écrivait en 1629 :

Ne fais rien sans conseil ; la grise expérience Et blanche foy du vieil beaucoup te servira :

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Où l'œil du corps finit, l'œil de l'esprit commence. Et sa tremblante main le sceptre affermira.

CHOEUR. {^Jacobins en chaire , cordelière en) Ce proverbe signifie que les jacobins tâchent d'avoir de bons prédicateurs , et les cordeliers de belles voix.

CHOEUR. {Enfant de)

Tondu comme un enfant de chœur.

Trois usages fort anciens se sont maintenus relativement aux enfans de chœur, dans les églises cathédrales. On coupe leurs cheveux ras, quoique les chanoines et les chantres soient depuis long-temps en possession de la frisure; ils saluent à la manière des femmes, en phant les deux genoux; et au lieu de baisser leur stalle, ils se tiennent, malgré la faiblesse de leur âge, presque debout , appuyés sur l'étroite saillie qu'on nomme miséricorde.

Chou.

Juin , juillet et août ^

Nijemme ni chou.

La saison des choux est passée , et les chaleurs énervent les maris.

Ménager la chèvre et le chou.

C'est parer à deux inconvéniens. Ce proverbe vient d'une question faite à des enfans, pour les accoutumer à réfléchir et à trouver des expédiens. Voici la question : Un homme a un bateau fort petit dans lequel il faut qu'il passe un loup, une chèvre et un chou, mais l'un après l'autre. S'il prend le loup le premier, voilà le chou en proie à le chèvre ; s'il prend le chou , le loup étranglera la chèvre; s'il prend la chèvre, même embarras pour le voyage suivant; et pendant qu'il viendra

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chercher ce qu'il aura réservé pour le troisième, ou la chèvre ou le chou sera mangé. Il y a pourtant un moyen ; c'est de prendre d'abord la chèvre seule ; le chou reste avec le loup qui n'y touche pas. Au second voyage , on prend le chou et Ton ramène la chèvre, à la place de laquelle il faut passer Je loup, qui , étant à l'autre bord auprès du chou, n'y fera aucun tort. Alors le maître revient, reprend la chèvre restée seule, et ménage ainsi la chèvre et le chou.

Voici un autre problème qui a beaucoup de rapport à celui-là, et qui est cité dans les Récrrations mathématiques d'Ozanam. « Trois maris jaloux se trouvent avec leurs femmes, pendant une nuit fort obscure, au passage d'une rivière. Ils rencontrent un bateau sans batelier; ce bateau est si petit, qu'il ne peut j)orter que deux personnes à la fois. On demande comment ces six personnes passeront deux à deux, aucune femme ne demeurant en la compagnie d'un ou de deux hommes, si son mari ne s'y trouve. — Deux femmes passeront d'abord; puis l'une, ayant ramené le bateau, repassera avec la troisième femme. Ensuite l'une des trois femmes ramènera le bateau, et, restant à terre, laissera passer les deux hommes dont les deux femmes sont de l'autre côté. Alors un des hommes ramènera le bateau avec sa femme, et la mettant à terre, il prendra le troisième homme, et repassera avec lui. Enfin, la femme qui se trouve passée entrera dans le bateau, et ira chercher en deux autres fois les deux autres femmes. »

En 1807 , M. Tournay fit du proverbe, ménager la chèvre et le chou, le sujet d'une chanson , sur l'air du Ballet des Pierrots; en voici le premier couplet ;

Guidant sa chèvre par la barbe , Tenant un gros chou sous le bras,

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Au point du jour, la jeune Barbe Au marché courait à grands pas; Sa mère , prévoyante et sage , En l'embrassant lui dit : Mon chou, Songe qu'il faut , dans le voyage , Ménager la chèvre et le chou.

Faire ses choux gras;

Profiter des événemens pour faire sa fortune. Ce proverbe se prend ordinairement en mauvaise part.

«Ho mon amy, disoit-il (Alexandre v[), si tu sçavois comment je feis mes choulx gras de la croisade, tu serois tout esbahy. »

(^Pantagruel y Liv. 2, chap. i^.)

(Voyez Faire ses orges.)

Ciel.

// est avec le ciel des accommodemens.

La Dame des belles cousines voulant rendre heureux le petit Jehan de Saintrè , s'informe s'il pratique exactement les devoirs de religion.

Ijdijee Mélior^ couchée avec Parthenopex de BloiSy fait dans le lit sa profession de foi.

Dans un assez grand nombre de romans du moyen âge et de fabliaux, on trouve de pareilles inconséquences.

Henri m fit peindre en saints et en saintes ses mignons et ses maîtresses. L'auteur des Remarques sur la confession de Sancy , dit (Remarq. sur le chap. 7, p. 89) : «On fit une grande recherche des enlumineurs, par les mains desquels le roi (Henri 111) faisait enluminer des heures de portraits des personnes qu'il aimait violemment, et lesquelles étant peintes au naturel, il faisait draper et habiller en saints et en saintes, les plus favorisés en crucifix, et les plus aimées enN.-Dames. »

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