‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 58 sur 335 · COR · texte numérisé non relu

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délivrer la France des Anglais , et empêcher que le mont Saint-Michel ne tombât entre leurs mains, comme avaient fait toutes les autres places de la Normandie.

Le mont Saint-Michel était , à cette époque, un lieu de pèlerinage; tous ceux qui en venaient apportaient des coquilles. Des torsades de métal et des coquilles composent le cordon des chevaliers de Saint-Michel.

Corde.

C'est la corde d'Ocnus.

C'est-à-dire, peine perdue.

Ce proverbe nous est venu de l'ancienne Grèce. Ocnus, homme laborieux, avait une femme paresseuse, qui dépensait tout ce qu'il gagnait. Pour donner l'idée de cette association malheureuse , Polignote , peintre célèbre , représenta Ocnus faisant une corde de jonc , près d'une ânesse qui mangeait cette corde à mesure que l'ouvrage avançait. Ce tableau donna lieu au proverbe.

Arge?ît sous corde.

Métaphore empruntée du jeu de paume, où l'on met l'argent sous la corde.

Gens de sac et de corde.

C'est-à-dire, qui méritent les châtimens de la justice.

Autrefois les genres de supplices les plus communs étaient le sac dans lequel on cousait les criminels pour les jeter dans la rivière, et la corde pour les attacher à la potence.

Sous Louis XI, les criminels de lèse-majesté étaient jetés dans la Loire , enfermés dans un sac sur lequel était écrit : Laissez passer la justice de Dieu.

Il n'y a si bon mariage qu'une corde ne rompe.

Il fut un temps en France où celui qui avait engrossé

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une fille était pendu sans miséricorde , quoiqu'il se fût marié avec la fille qu'il avait séduite, s'il ne l'avait pas épousée assez vite pour donner à croire que l'enfant avait été fait depuis le sacrement Comme par compensation , une fille pouvait sauver de la corde un condamné, en le demandant pour mari. M. Devisme (^Histoire de la ville de Laon, in-8°^ Laon, 1822) cite des lettres de i34i qui en font foi. On raconte qu'une fille qui voulait sauver un jeune homme qu'on allait pendre, s'élant approchée de lui, et ayant remarqué qu'il avait des lèvres minces , prit une mauvaise idée de son caractère. Lèvres minces l Pendez, s'écria-t-elle en se retirant.

CORDE. {Filer sa)

C'est-à-dire, faire des actions qui conduisent à la potence.

// ne Jaut pas parler de corde dans la maison d'un pendu.

C'est-à-dire , s'entretenir de certaines choses qui peuvent rendre confuses les personnes devant qui l'on parle ; ainsi qu'il arriva à Racine devant madame de Maintenon. A un souper de Louis xiv et de cette favorite , auquel le poète avait été admis , on parlait du bas comique des premières pièces de Molière : Racine, par distraction , l'attribua à l'inlliience de Scarron.

Autrefois, quand on passait à Lagny, et qu'on faisait cette question ; Combien vaut l'orge? sans avoir la main dans un sac d'orge, on vous plongeait tout habillé dans l'eau de la fontaine située sur la place publique. En i544^ Lagny fut pris d'assaut par le maréchal de Lorgos. Au lieu d'user des droits de la guerre, ce général donna une fête à latjuelle furent invitées toutes les bourgeoises. Au milieu des divertissemens, on éteignit

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les lumières , on ferma les portes , et les vainqueurs traitèrent en Romains les nouvelles Sabines.

COPiDELIERS. {Marmite des)

On disait autrefois d'un goulu qu'// avalerait la marmite des cordeliers.

Il s'agissait de la marmite des cordeliers de Paris, qui était en réputation pour sa grandeur , ainsi qu'un gril monté sur quatre roues.

Aujourd'hui l'on dit : // avalerait la marmite des invalides.

CORDELIERS. [Parler latin devant les)

C'est raisonner sur une chose devant des gens qui

la savent mieux que nous.

Avant la révolution de 1789, il y avait à Paris, le

i5 juillet, un sermon latin chez les cordeliers.

CORINTHE. (// n'est pas donné a tout le monde d'aller a)

Ce proverbe se trouve mot à mot dans Horace :

Non cuivis homini contingit adiré Corinthum.

Les Romains avaient reçu ce proverbe des Grecs; il fait allusion aux sommes énormes que nombre de gens dépensaient pour aller à Corinthe jouir des faveurs de Laïs. (i j

(i) Son esprit, sa beauté, sa grâce voluptueuse, mirent à ses pieds non seulement Corinthe , mais la Grèce entière , qui la combla de richesses.

Athénée, dans son treizième livre, fait le portrait le plus séduisant de la beauté de Lais; il assure que sa taille et sa gorge étaient d'une si admirable perfection , que les peintres et les statuaires sollicitaient de toutes parts la faveur de copier ce gracieux modèle.

Lais arriva si jeune à Corinthe , qu'elle passait pour être de cette ville.

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On applique ce proverbe aux personnes dont les projets ne sont point en rapport avec leurs facultés.

CORNETTE. {Porter)

Ce proverbe devrait être le pendant de porter le haut-de-chausses , et s'appliquer à un homme qui se laisse maîtriser par sa femme , ou qui , par goût, se mêle des menus détails du ménage. Mais on s'en sert pour désigner un mari dont la femme est infidèle.

C'est de la Grèce que nous est venu l'emblème des cornes ; on y donnait le nom de bouc à l'époux d'une fenmie lascive comme une chèvre.

Voltaire n'admet point cette interprétation. Selon lui, les cornes viennent des cornettes des dames. Un mari qui se laisse tromper et gouverner par sa femme est réputé porteur de cornes.

Il y a long-temps que les cornettes des dames n'ont plus de cornes; pour en trouver l'origine, il faut remonter au quinzième siècle. « Quelques guerres qu'il y eust, tempestes et tribulations, dit Juvenel des Ursins, les dames et damoiselles menoient grands et excessifs estats , et cornes merveilleuses , hautes et larges ; et avoient de chacun costé, en lieu de bourlées, deux grandes oreilles si larges , que quand elles vouloient passer l'huis d'une grande chambre, il falloit qu'elles tournassent de costé, et baissassent, ou elles n'eussent pu passer. »

Ces coiffures hautes et larges qui étaient à la mode sous le règne de Charles vi; les coiffures a la Fontanges du règne de Louis xiv; et les coiffures a la Mo/Uauciel du commencement du règne de Louis xvi, firent dire que « les femmes avaient trouvé le secret de mettre leur léte au milieu de leur corps. » En i8i4 et

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1 8 1 5, parurent les coiffures à la Chinoise, qui n'étaient ni moins ridicules ni moins hautes.

CORPS. (^Faire Jolie de son )

Cette personne n'a \a.v[\-à\% fait folie de son corps , se disait jadis d'une femme qui avait toujours vécu chastement, par opposition aux femmes débauchées que les ordonnances de nos rois qualifiaient de femmes folles de leur corps.

Corsaire.

Corsaires contre corsaires Ne font pas leurs affaires.

Voici le proverbe espagnol : De corsaire a corsaire il nj a que des barils d'eau a prendre.

Cotillon.

Aimer le cotillon ;

Aimer les femmes et surtout les grisettes.

On reprochait à un grave personnage d'aimer le cotillon : Quelle calomnie ! dit-il ; je voudrais qu'aucune femme n'en portât.

Les mots cotte et cotillon ne sont en usage que pour les femmes de basse condition; pour les autres, on dit jnpe et jupon.

Jupon, toutefois, n'est pas d'une date récente, fuponerius , qui facit jupones ( in Litteris Caroli v Franc, régis, an. 1367).

Dans la plupart de nos départemens, le nombre des cotillons est un luxe pour les habitans de la campagne; et afin qu'on ne se méprenne pas sur le nombre, non seulement les cotillons se dépassent les uns les autres , mais ils sont de couleurs différentes. Ceci se fait surtout remarquer dans le département de la Gironde et dans celui de la Haute-Vienne.

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La même chose a lieu dans le Tyrol, dans plusieurs cantons de la Suisse, à Hambourg, etc.

COTON. {^ Jeter un mauvais)

Proverbe qui s'applique aux valétudinaires. Il est emprunté des mécaniques qui filent mal , ne donnent que de mauvais produits , sont près de leur fin.

On dit dans le même sens : Filer un mauvais coton.

Couard.

Pour timide.

Comparaison prise des animaux qui , lorsqu'on les poursuit , serrent la queue entre les jambes.

Anciennement on disait coue , au lieu de queue, du latin cauda ; et c'est de là qu'on a fait couard.

COUCHER. ( // ne faut pas se déshabiller

Avant de se)

C'est-à-dire, faire avant sa mort un abandon total de sa fortune.

Le proverbe espagnol dit sans figure : Qui donne le sien avant de mourir, qu' il s' apprête a bien souffrir.

Est-on venu à bout de séduire un vieillard de qui l'on doit hériter, adieu les petits soins : c'est exactement la conduite du pêcheur qui, après avoir pris à la ligne un beau poisson, foule aux pieds les vers qui lui ont servi d'oppàt, et dont il n"a plus besoin.

L'avidité et l'ingratitude ont, de tout temps, caractérisé les héritiers. Les anciens leur donnaient le nom de vautours, parce que, semblables à cet oiseau vorace qui ne s'attache qu'aux cadavres , ils dévorent des yeux la succession d'un vieillard ou d'un malade.

COL DE. [Quand on a mal aux jeux , il n y faut toucher que du)

Les Chinois disent : Celui qui a mal aux yeux voit

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clair au bout de dix jours lorsqu'il n'y touche point.

Voici le proverbe espagnol ; Qui veut guérir ses yeux , doit s' attacher les mains.

COULEUVRES. {Avaler des)

Avoir du déplaisir sans oser se plaindre; être piqué , et n'oser faire éclater son ressentiment.

COUR. {Eau bénite de) Vaines promesses de courtisans.

Vingt fois par jour en mon chemin Se trouve Orgon , qui d'un air tendre Me dit en me serrant la main :

A quoi peut-on servir Cléandre ?

Il sait que j'ai depuis deux mois Perdu mon équipage en Flandre ; Le bourreau me dit toutefois :

A quoi peut-on servir Cléandre ?

Il sait qu'un créancier maudit, Saisit mes meubles , les fait vendre , Et pourtant le traître me dit :

A quoi peut-on servir Cléandre ?

Je n'ai besoin de rien , Orgon, Si ce n'est que tu t'ailles pendre , Pour n'entendre plus ce jargon :

A quoi peut-on servir Cléandre ?

De Senecé.

Blot, dans l'épitaphe du cardinal Mazarin, a joué sur le mot eau bénite :

O vous qui passez par ce lieu , Daignez jeter, au nom de Dieu, A Mazarin de l'eau bénite.

Il en donna tant à la cour, Que c'est bien le moins qu'il mérite D'en avoir à son tour.

Courage.

Courage de brebis ;

Timidité. Les brebis , en signe de joie , redoublent

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l?urbêlemens lorsqu'elles approchent de Tétable. «Terre, terre, s'écria Pantagruel , je veois terre. Enfans, couralge de brebis ; nous ne sommes pas loing du port. » [Pantap;ruely Liv. iv, cbap. 11.')

Courage de brebis , toujours le nez en terre;

Poltronnerie, lâcheté.

(Antoine Oudin, Curiosités françaises , pour supplément aux dictionnaires. )

Courage de loup ,

Assurance forcée. Le loup ne combat que lorsqu'il ne peut plus fuir avec sa proie.

COURONNÉ. ( Un roi non lettré

Est un âne)

On trouve dans le Commentaire de Duchesne, sur les OEuvres d'Alain Chartier, une note qui donne l'origine de ce proverbe.

Louis d'Outre-Mer , roi de France , étant à Tours , vint à l'église de Saint-Martin , avec une partie de ses courtisans , pour entendre la messe. Quelques uns d'entre eux ayant reconnu Foulques 11 (le Bon), comte d'Anjou, sous l'habit de chanoine, le firent remarquer au roi , et celui-ci , au lieu d'interdire les railleries , se mit à rire lui-même. De retour chez lui , le comte d'Anjou écrivit au roi cette lettre si connue : « Au roi de France, le comte d'Anjou, salut. Apprenez-, monseigneur, qu'un roi non lettré est un âne couronné. » Il a raison, dit le monarque; la science est encore plus utile aux souverains qu'aux sujets.

Ce proverbe plaisait surtout au poète Eustache Deschamps :

Roy sanz lettres comme un asne seroit , S'il ne sçavoit l'cscripture ou les loys, Chascun de ly par tout se moqueroit.

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COURROIE. [Faire du cuir d' autrui large) Être libéral du bien des autres.

COURR.OIE. [Mieux vaut ami en voie,

Que deniers en )

C'est-à-dire , que les démarches d'un ami servent mieux notre ambition que notre argent.

( Les anciens sacs à argent étaient de cuir. )

Voici les autres proverbes de nos pères sur l'amitié : Nul n'est si riche quil n'ait métier d' amis . — Bien de sa place part qui son ami y laisse. — // n'est nuls petits amis. — // n'est nuls petits ennemis. — Qui de ses sujets est haï, 71' est pas seigneur de son pays. — La mort n a point d'ami; le malade n'en a qu'un demi. — Pauvres gens n'ont guère d'amis.

Courtaud de boutique.

On appelle ainsi un commis marchand , à cause de l'habit court affecté jadis aux marchands.

Comme cela se pratique encore aujourd'hui sous les Piliers des halles , à Paris , un garçon de boutique se tenait sur le seuil de sa porte pour annoncer aux passans l'espèce de marchandise qui était à vendre chez son maître. Il n'y avait anciennement ni enseigne ni étalage.

Cousine.

Elle est de nos cousines , se disait au quinzième siècle d'une fille débauchée ( Cent Nouvelles nouvelles , chap. 55); parce que si l'on n'est pas parent des filles de ce genre, au moins il est aisé de contracter des alliances avec elles.

COUTEAU. [Aller en Flandre sans \

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Ancien proverbe , pour dire entreprendre une chose sans avoir fait les préparatifs nécessaires.

En Flandre, et dans toute l'Allemagne, le couvert, dans les auberges, se mettait sans couteau ni fourchette, parce que chacun était dans Tusage de porter un étui où ces deux ustensiles se trouvaient.

COUTEAUX. ( Amours qui commencent par anneaux

Finissent par)

Mariages faits par amourettes sont malheureux.

COUTUME. ( Une fois n'est pas) «La coutume, dit Loisel {^Institutes coutumières) , est différente de l'usage , comme l'effet de la cause. »

COUVERCLE. (Iln'j a si méchant pot qui ne trouve son)

C'est-à-dire , si laide fille qui ne trouve à se manier. Chaque chat a son janvier ^ dit le proverbe italien.

CRAMOISL ( Sot en )

C'est un homme dont la sottise ne s'effacera jamais.

Le cramoisi est moins une couleur particulière, que la perfection d'une couleur. On dit rouge-cramoisi , violet-cramo isi.

GRÉPIN. {Porter tout son Saint- )

C'est-à-dire , un petit attirail. Comparaison tirée de la coutume des garçons cordonniers , qui , en allant de ville en ville , portent dans un sac ce qu'ils appellent leur Saint- Crêp in j c'est-à-dire, tous les outils d'un métier qui a saint Crépin pour patron.

CRÈTE. (Z^P'^r/a)

C'est s'enorgueillir d'un succès ; la baisser, c'est être abattu par un revers, se montrer découragé.

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