‹ Dictionnaire des proverbes français (volume 2)Chapitre 2 sur 176 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

Les mots sentence^ adage et proverbe ont de nombreux rapports; mais voici en quoi ils différent.

Les proverbes de Salomon étaient des sentences ^ c'est -a -dire, des paroles qui portaient un grand sens.

Le proverbe renferme une vérité naïve , tirée de l'observation; Y adage rend, par la tournure, cette vérité piquante.

L'adage, comme on le voit, rentre dans le proverbe.

Le mot adage a cessé d'être en usage ; et , par proverbe, on entend eïi général une sentence populaire et commune.

Mais comment ces sentences ont-elles pu passer de bouche en bouche, et ainsi se perpétuer ?-^Parce crue leur justesse était frappante.

Ajoutez que beaucoup de proverbes sont antérieui*â à l'invention de l'imprimerie , et remontent par conséquent à une époque où il était difficile d'acquérir des idées.

La plupart des proverbes anciens sont rimes. On chantait des vers dans les repas ; ce qu'il y avait de saillant était recueilli par l'un ou par l'autre.

ij OBSERVATIONS

La langue française , que l'on accuse d'être si verbeuse , n'a rien à envier aux autres langues pour la précision de ses proverbes. Qui doit a tort. — Patience passe science. — A bon chat bon rat^ et quantité d'autres proverbes,, sont renfermés dans trois ou quatre fnots.

La Mythologie a fourni quelques proverbes ; par exemple : Cest le tonneau des Dandides. — ' Cest la toile de Pénélope.

On en a aussi tiré de l'apologue, comme : Jeter le manche après la cognée. — Réchauffer un serpent dans son sein.

Beaucoup de proverbes font allusion à des traits d'histoire ; telle est l'expression : Coup de Jamac.

On en a emprunté aux arts , notamment à la navigation, comme Avoir le vent en poupe; à l'art militaire , comme Baisser la lance ; à la vénerie , comme Rompre les chiens. La serrurerie nous a donné : Mettre les fers au feu. — Battre toujours la même enclume.

Les animaux domestiques ont aussi enrichi le langage proverbial. Ne dit -on pas : Emporter le chat? --^Prendre la chèi^re?

Trop prodigués, les proverbes se nuisent mutuellement; c'est au goût à en régler l'emploi.

Les proverbes ne tiennent pas mal leur rang dans les épigrammes ; ils y peuvent être semés de bonne grâce, et même quelquefois en faire la conclusion.

Jamais livre ne fut reçu avec plus d'admiration que les Adages d'Érasme : les uns l'appelèrent la

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Muse attique^ les autres la Corne d^ abondance ^ un Trésor de bonnes choses. Charles Dumoulin, citant ces Adages y en prend occasion de donner le titre de grand à Érasme.

La première édition des Adages d'Érasme est de l'année i5oo; elle contient huit cents proverbes, tant grecs que latins. Érasme, pendant plusieurs années, rapporta toutes ses lectures aux adages. L'édition' qu'il donna en i5o8 contient trois mille trois cents proverbes, et celle de iSiy quatre mille cent cinquante-un.

Érasme croyait être le premier qui eût écrit en latin sur les proverbes , lorsqu'il apprit que Poli-^ dore-Virgile avait traité cette matière. Il y a entre les deux ouvrages une très grande différence, et ce^ lui de Polidore- Virgile est court : il parut en 1098.

Muret , quoique très grand critique , n'avait pas une grande estime pour les proverbes. Vaugelas, Perrot d' Ablancourt , Nicole , ne les aimaient pas non plus ; et le P. Bouhours les a comparés à ces habits antiques qui sont dans les garde-meubles des grandes maisons, et qui ne servent qu'à des mascarades ou à des ballets.

Ce jugement sévère a été infirmé par le Diction-^ naire de Trévoux, Voici le passage : « Je suis de l'opinion de Cardan, lorsqu'il dit en ses livres de Sapientiây que la sagesse et la prudence de chaque nation consiste en ses proverbes. »

Les proverbes faisaient l'ornement de notre littérature, il y a six cents ans. Les poètes divisaient

iv OBSERVATIONS

assez souvent une pièce de vers par couplets > et chaque couplet finissait par une sentence ou proverbe.

Rabelais fut trop prodigue de proverbes , et Jean- Antoine de Baïf, qui le suivit de près, publia un Traité (les Mimes ^ Enseignemens et Proiferbes , Paris, 1576, î/î^i2) tout-à-fait propre à en dégoûter la nation.

Ij9l ^Comédie des Proverbes ^ par le comte de Cra- •mail, Paris, i6i6, est farcie de proverbes si vulgaires , qu'il serait aujourd'hui impossible d'en lsou«tenir la lecture*

« Si tu y avois seulement pensé, dit Phiwppin (valet) , je ferois de ton corps un abreuvoir à mouches, et te montrerois bien que j'ai du sang aux

.ongles.

Ai^AiGRE (autre valet).

Je le crois, mais c'est d'avoir tué des poux. • LiDiAs (amoureux).

La paille entre deux, sus, la paix à la maison* Je n'aime pas le bruit si je ne le fais ; je veux que vous cessiez vos riotes , et que vous soyez comme les deux doigts de la main. Alaigre, vous faites le Jean Fichu l'ainé, et vous vous amusez à des coques si grues et des balivernes.. Je veux que vous vous embrassiez comme frèrçs , et que vous vous accordiez comme deux larrons en foire , et que vous soyez camar^es comme cochons. »

Mais Molière remit les proverbes en honneur; et nous lui devons : Qu'allaU^il/aire dans cette galère?

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^-^ Rengainer un compliment ; et plusieurs autre» façons de parler qui tiennent lieu de proverbes.

Dans le Menteur de Corneille , Cliton dit à Do-* rante :

Et le jeu p comine on dit , n'en vaut pas la cliandeHe.

Les proverbes, toutefois, sont exclus du genre sérieux et relevé.

On appelait autrefois jouer aux pros^erbes ^ faire quelque geste ou représentation qui expliquât un proverbe.

Cloris ne joue à rien , si ce n'est au proverbe.

(Sa&aziv. )

Vers le milieu du dix-huitième siècle on perfec-tionna cette espèce de jeu. Un des plaisirs de la haute société était de choisir un proverbe, et, sur ce proverbe, de bâtir à l'improviste un canevas qui devait être rempli par plusieurs personnages.

Madame d'Épinay, dans sa Correspondance ^ s'égaie aux dépens du célèbre David Hume , que les jolies femmes de Paris avaient jugé propre à ce genre d'amusement. «Il fit, dit -elle, son début chez madame de T***; on lui avait destiné le rôle d'un sultan assis entre deux esclaves , employant toute son éloquence pour s'en faire aimer; les trouvant inexorables, il devait chercher le sujet de leurs peines et de leur résistance : on le place sur un sofa entre les deux plus jolies femmes de Paris ; il les regarde attentivement, il se frappe le ventre et les genoux à plusieurs reprises, et ne trouve jamais

yj - OBSERVATIOrfS

autre chose à leur dire que : Eh bien ! mesdettioîselles^ eh bien! vous voilà donc. . .Eh bien! vous voilà. . . .vous voilà ici? Cette phrase dura un quart d'heure, sans qu'il put en sortir. Une d'elles se leva d'impatience : Ah! dit-elle, je m'en étais bien doutée, cet homme n'est bon qu'à manger du veau! »

Vsv pro\>erbe dramatique^ on entend maintenant des scènes dialoguées , qui développent une vérité passée en proverbe, ou dont l'intrigue conduit à faire dire aux auteurs une phrase proverbiale ; en sorte que cette vérité ou cette phrase se trouve placée naturellement à la fin de la dernière scène.

Carmontelle, lecteur du feu duc d'Orléans, nous a laissé dix volumes /n-8** de pièces de ce genre; les six premiers parurent en 1768; les deux suivans vers 1 783 , et les deux autres après sa mort, en 1 8 1 1 .

En dernier lieu ont paru des Proverbes dramati-^ queSy par M. Gosse.

En 1654, on dansa à la cour le* ballet des proyerbesy d^epuis long-temps oublié.

Passons à la bibliographie des proverbes.

Gilles Corrozet , libraire à Paris , où il naquit en 1 5 1 o , a composé un ouvrage en vers , intitulé Jïecatongraphie ^ inr-S** . Paris, i54o. Ce sont des quatrains au nombre de cent, où l'auteur cite et comr mente des proverbes anciens et modernes j en voici un :

. Dessoulz beaulté gist déception.

Bien souvent soubz quelque beaulté £t soubz bonne et; doulce apparence,

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^iil%îst fallace et desloyauté , .

i)ont on ne fait la différence.

Jean- Antoine de Baïf, né en i53i , a fait des sixains tout composés de proverbes ; nous en avons déjà parlé; et ce n'est point au hasard^ mais comme faisant exception ^ que nous citons le suivant :

Trop de miel mange s'amertume.

Qui trop à jouir s'accoutume*^ Gaste du plaisir le plaisir.

Ce que l'on cherche, on ne rencontre; Qu'on n'y pense' plus, il se montre.

Hastif se repent à loisir.

Jean Le Bon, médecin du duc de Guise, a écrit des adages ou pros^erbes français , qui ont été imprimés 1/1-8*^, à Paris , dans le seizième siècle.

Henri Estienne, deuxième du nom, a consacré aux proverbes, particulièrement à ceux qui sont traduits du grec et du latin , trente-neuf pages de son ouvrage sur la Précellence du langage français; f/i-ia^ Paris, iSSg.

Le même a donné en i594, in^S**, les Prémices^ ou le premier livre des Proverbes épigrammatisés ^ ou des Épigrarnmes proverbiaUsees.

On trouve l'explication de quelques proverbes français à la fin dû Dictionnaire français - latin de Nicot, imprimé à Paris en 1606, in^foUô^ sous le titre de Trésor de la langue française tant ancienne que moderne; et quelques additions à cet abrégé die proverbes dans l'édition du même dictionnaire , donnée en 1608, à Lyon, par Jean Baudoin.

Tiij OBSERVATIONS

Gabriel M eurier a écrit en français , quoiqu'il fut né en Flandre , un volume de 332 pages sur les proverbes; en voici le titre : Trésor des sentences dorées et argentées ; proverbes et dictons communs y rédtdts selon V ordre alphabétique; inrin, Cologne,. 1617. '

Voici le commencement de la lettre B,

Bien heureuse est la maison Où prudence règne et raison.

. Bien heureuit qui a fenmie sage , Car c'est l'omeinent du mesnage.

En 1640 , Antoine Oudin, interprète des langues

étrangères, donn*a à Paris, m- 8°, lès Curiosités

françaises pour supplément aux dictionnaires ^ ou

Recueil de plusieurs belles propriétés , as^ec une infir

nité de proverbes et de quolibet} y pour V explication

de toutes sortes de livres.

Il y a dans cet ouvrage beaucoup plus de quoli-^

bets que de proverbes; et l'on y donne comme proverbes des façons de parler à peine connues. L'auteur à puisé dans YAstrée , dans Polexandre^ dans Ariane y dans Poljxèney et autres romans.

A son^ tour il a été copié par P. J. Le Roux, auteur d'un Dictionnaire comique j satirique ^ criti-que 9 etc. dont nous parlerons plus bas.

En i653, un Hollandais, grand admirateur de la Coniédie des Proverbes , donna un essai d'un ou-^ vrage assez considérable , qui parut trois ans plus tard , à La Haye , sous le titre d'Étjmologie ^ ou explication des Proverbes français j divisée en trois

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Ui^res par chapitres en forme de dialogue^ par Fleury de Bellingen; un volume iw-ia de 38o pages.

Les illustres Pmsferbes nou\feaux et historiques ^ expliqués par diverses questions curieuses et morales ^ en forme de dialogue; Paris ^ i655 , en un volume, et i665, en a volumes, sont, en grande partie, extraits de l'ouvrage de Bellingen.

A l'exemplaire que nous avons sous les yeux e^t jointe une gravure, qui probablement a donné l'idée d'une nombreuse suite de planches, format inr%^ , gravées à l'eau forte , et publiées par Jacques La~ gniet , sous le titre de Recueil des plus illustres Pro^ i^rbes^ divisés en trois Usures : proverbes moraux ^ proverbes jojreux etplaisansj vie des gueux en pro^ verbes.

En i655 parut le Divertissement des sages, par le, jP. Jean-Marie de Vem/on, pénitent du couvert de Nazareth, à Paris; inrS^, Paris, Cet ouvrage contient l'origine de quelques vieux proverbes, et un coçfimentaire historicpie et moral.

Proverbes en rimes, ou rimes en proverbes, tirés en substance tant de la lecture des bons livres, .que de laffiçon ordinaire de parler,, eit accommodés endistiques ou manières de sentences, qui peuvent pas", ser pour maximes dans la vie; par M. Le Duc;, in-i^, Pari^, i664; deux parties, l'une de 364 pag. » l'autre de 362. La plupart de ces distiques sont insîgnifîans, comme celui-ci :

Si en lièvre couroit le pain, Beaucoup de gens mourroient de faim.

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