‹ Dictionnaire des proverbes français (volume 2)Chapitre 90 sur 176 · LOI · texte numérisé non relu

LOI

et le Petit Carême de Massillôn. Les auteurs chéris de Montesquieu étaient Plutarque^ Montaigne ^ Maie-' branche et RoUin. a Cet hannéte homme , disait-il en parlant de RoUin, a, par ses ouvrages d'histoire, enchanté le public. On sent, en le lisant, une secrète satisfaction d'entendre parler la vertu. » Grosley faisait ses délices d^ Érasme, de Rabelais, de Montaigne, et de la Satire Ménippée.

LIVRES, (/y brillerai mes )

Ce proverbe est une allusion à la folie d'un alchimiste, qui , cherchant la pierre philosophale , après s'être ruiné en charbon, et n'ayant plus que le dernier coup de feu à donner pour obtenir le grand œuvre, employé à chauffer son fourneau jusqu'à ses livres.

LOCHES. ( Cela fut joué a)

Cette façon de parler vient d'un vieux conte, et signifie h une époque éloignée.

Sous Louis XI , la cour se tenait souvent à Loches , en Touraine,

LOGE. (// n^ est pas mercier qui ne sait /aire sa) C'est-à-dire , pour exercer un métier , il faut savoir faire tout ce qui en dépend.

Jadis les marchands forains nommaient loge ce que les nôtres appellent boutique. La foire des Loges, qui se tient au commencement de septembre dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye , tire de là son nom.

LOIN. {^A beau mentir qui vient de ) C'est ce qu'on répond à ceux qui vous disent avoir vu dans leurs voyages des choses incroyables ;

Celui-ci se croyait l'hyperbole permise.

J*ai TU, dit-il 9 un chou plus grand qu'une maison :

Et moi, dit IVutre » un pot aussi grand qu'une égUaa. Le premier se moquant, l'autre reprit : Tout doux,

Qkmtâ l'absurde eift eufré^ en lui fàk trop Hioiaicnr De Touloir par raison combattre son erreur.

Encbérir est plus court, sans s'échauffer la bile.

LONG^TEMPS. {Potjelé dure) Pour dire «ju'ub homnïe infirme et cacoéhyœd peut, avec des soins, fournir une longue carrière:*

Vous, chez qui la force est usé^ Par les ans ou l'infirmîtiéy VtfOS pourex d« tos «i» allon§fer la fusée.

En veillant sur yotre santé.

Un Tase fêlé qu'on ménage, tiong»tcfmps encor sert en ménage ; Un tieux bMaieivI étKyé Long-temps encor reste sur pié. •

LORICART. {Un pauvre)

C'était jadis un ouvrier employé à la fabrication des cuirasses, loricarum coriféttori

Je.Toy ung pauyre LoricuH Par artificiel office Derenir ung riche pinart, Et acquérir grand bénéfice.

( Pinàrt, espèce de momnaie. )

LÔRÎlAmÈ. (a de) "*

Ce sobriquet, donné pendant la Ligue aux soldats de Charles , duc de Lorraine , vient des lettres C. D. L. , brodées sur les drapeaux de ce prince.

Ce que les soldats du parti ennemi voulaient dire , se trouve dans le mot coîon , synonyme de poltron.

LORRIS , {C'est la coutume de) le battu paye /'atnende.

Se dit lorsque le plaideur qui a raison est condamné* Anciennement l'usage était de régler par le duel la

LOU iif

plupart des cantestations. Dans la châtellenié de Lmris , on se battait à coups de poing seulement. Si le débiteur était vaincu , il payait sa dette el une amende de cent douze sous; si le créancier succombait, celui-ci perdait sa dette ^ et payait une amende. Ainsi, quelle que fut Tissue du combat , il était vrai de dire que le battu payait V amende.

LOUP. {Entre chien et)

C'est-à-dire , lorsque la lumière est tellement douteuse, qu'on a peine à distinguer un chien d'un loup.

Cette expression fort ancienne en France se lit dans Marculfe : Infm horam vespertinam , inter canem et lupumy etc.

LorB<{ii'â n'est jour ne naît, quand le yaïUant berger , Si c'est on chien ou loup , ne peut au yray juger.

(Baïp » Liy. I*' de U Prancine, ^

LOUP. {Il a vu le)

Pour dire , c'est un homme peu timide , un homm^ qui a vu le monde^ qui a voyagé.

Cela s'applique aussi à une personne enrhumée , par une vieille erreur populaire qui faisait croire que la vue du loup enrhumait, tandis qu'on gagnait le rhume en attendant le loup à l'affût.

LDUP. {De brebis comptées mange bien le)

Ou, comme il y a dans un vieux recueil , de comtées

prend bien le leu.

C'est-à-dire , il ne suffit pas d'avoir compté ses brebis

pour le& conserver.

Non curât numerum lupus.

Loup.

Tandis que le loup chie^ la brebis ienfuii.

sift LOU

Voici le proverbe italien : Pendant que le chien pisse ^ le lierre s^ enfuit.

Ces proverbes signifient que ni la force ni Tagilité ne dispensent de se tenir sur ses gardes; om^ pour peu qu^on perde de temps ^ on manque V occasion.

Loup.

Le loup te mangera.

C'est ce qu'on dit à un enfant pour arrêter ses pleurs.

L'usage blâmable d'intimider les enfans est fort an* cien : les nourrices grecques menaçaient leurs poupons de Lamia. C'était une reine de Libye , qui , ayant perdu ses enfans, et enviant aux autres mères un bonheur qu'elle n'avait plus , envoya dans tout son royaume des assassins, avec ordre de massacrer tous les enfans qu'ils pourraient trouver. Cet acte de cruauté rendit son nom redoutable, et fit mettre sur son compte mille fictions. A Rome, l'épouvantail de cet âge avait, entre autres noms , celui de Manducus. On entendait par ce mot Une figure hideuse qui ouvrait une large bouche, et semblait gnncer des dents.

Lourdaud.

On a peine à croire que ce sobriquet ait été donné aux Français. Lourdaud voirement, disait Cardan, de se laisser ainsi écorner. Heureusement qu'il ne s'agislâiait que du manque d'habileté dans le commerce des pierreries.

François i*' ayant donné un prix extraordinaire d'un diamant que le roi d'Angleterre marchandait eu même temps que lui, les Français spéculèrent sur ce nouveau besoin du luxe ; mais ils se laissèrent souvent duper par les Italiens, plus connaisseurs qu'eux en pierreries.

Beaucoup plus avancée que la France dans le \com-

LYR ùî5

merce, Tltalie était depuis long-temps en possession des objets d'échange ; mais l'Italie jouait de son resle*.

LUNE. {Faire un trou a la] C'est s'évader dans l'obscurité.

Luîtes.

A\^oir des lunes; c'est être fantasque, inégal.

Au mois de juin 1787, Befïroy de Régny, qui déjà avait pris le nom de Cousin Jacques y afin que le ridicule , s'il s'en donnait , ne retombât pas sur son père , intitula Lunes une espèce de journal uniquement consacré à la publication de ses boutades.

Ce recueil eut du succès, et bientôt parurent les Chiffons y ou 'Mélange de raison et de folie ; par mademoiselle Javotte, ravaudeuse (Mague-Saint- Aubin, acteur de l'Ambigu-Comique).

LUTIWS.

Démons qui se contentent de faire peur. Le Loyer raconte que, de son temps, il y avait de mauvais garnemens qui faisaient leurs sabbats et lutineries dans les cimetières, pour établir leur réputation et se faire craindre, et que quand ils y étaient parvenus, ils allaient dans les maisons buffeter le bon vin et caresser les filles ; de là le proverbe :

Où sont fillettes et bon yin.

C'est là que hante le latin.

' LYRE ? ( Qu'a de commun Vâne avec ta )] C'est-à-dire , qu'a de commun fignorant avec lliomme instruit?

Dans VÉloge de lafolie^ Érasme donne à un théologien , nommé Nicolas de Lire , le sobriquet à^âne k la lyre.

^i4 MAI

Nîcoks de Lire , mort à Paris en 1 349 ' ^^^ ^^^~ délier; son Commentaire sur la Bible avait déjà fait faire ce mauvais jeu de mots : Nisi Ljra lyrdsset,

nemo in Biblid saltasset.

MAéNmCAT. ( Corriger le)

C'eSt-a-4iire, faire des corrections où il n'y a pas lieu d'en faire , se mêler d'une chose qu'on n'entend pas.

Mahëutre.

Terme d'injure, par lequel, depuis l'an 1467 jusque vers la fin du seizième siècle, les bourgeois et les paysans désignaient, en France, les gens de guerre et les courtisans, à cause de certains bourrdets appelés maheutres ou mahutes dont Us garnissaient l'entournure de leurs manches.

Le Dialogue du mahèutre et du manant^ libelle que les ligueurs ipublièirent en i594, offre au revers du titre ùtte gravure en tailtenàouce , qui représente un gendâlthë royaliste vêtu d'un pourpoint à maheutres.

Cahute y terme de fauconnerie, signifie le haut des atîles, J)rès du corps , a^^is câarum initia,

MAILLE. (// vaut mieux écu qu'Une valait)

Se disait autrefois d'un objet qu'on avait beaucoup

amélioré. •

La maille était la cinquième division du po^ds de

marc; il y avait dans im marc 3^0 mailles.

MAIN. ( De marchand a marchand il n'y a que lu ) La conduite des paysans dan's les foires de quelq[ues uns de nos d^ao^tenréns explique cepro verbe. Si l'acheteur frappe dans la main du vendeur, et que ce dernier

MAI aiS

la lui seiTe, le marché est condu, et l'oflre la plus brilWte n'y apporterait aucun changement.

Cette façon de parler remonte aii jtemps de Içi.ch^v^i-. lerie, et vient de la contenance fière avec laquelle un ëcuyer accompagnant le martre en portait le heaume élevé sur lé pommeau de la selle.

MAIN. ( Tout fromage est bien sain qui vient de chiche )

lie sens d.e ce prpverbe est qu'jl ^e faut mapgier que très peu de fromage, si Ton tient à la conservation 4^ sa santé.

( ^ole i^e "Saleiioe. )

Dès le t^nps (fin du iseiûème siècle ) où iKenn Esi* tienne nq^poitaii œ proverbe, dans -son ^Traité ife ia pricdience du • iangage français , les précepftes' ide Vjécoie de .Salérne commençaieiit àfierdrede leur: crédit.

La villoide Sakrnje, dans. le noyaume de tapies, liiC lon^erops célèbre |Mir son .école de jnédecihe; Hiaia le grapd nojaodu^e .de iCharlataiis .qui j idans les dçoisième et tfereîzîèaie siècles , remplissaient les différentes viltes âe France, ^t qui aniionçaient y avoir étudié , la décroditèrent.

MAISON. (Fumée, pluie et femme sans raison y chassent V homme de sa)

C'est principalement contre une épouse acariâtre que ce proverbe est dirigé : les inçonvéniens de là 'fumée et de la pluie sont 4^ (S^^iip],e$ t^^es 4^ comparaison.

MAITRE. {Pasiser çueiqu'un j

3i6 M.AL|

Ne pas l'attendre pour dîner. r *

Il s'agit d'une maîtrise d'ouvriers : le compagnon

qui , après avoir fait son chef-d'œuvre, donne un repas

pour être reçu maître, pense plus à i'ordonnance du

dîner qu'à venir prendre sa place à table.

MAL. ( Tomber de fièvre en chaud)

Deux proverbes se rapportent à celui-ci : Sauter de la poêle sur la braise. "-^ Fuyant le loup y il a ren-contré la louve.

Toutes ces manières de s'exprimer viennent du proverbe latin : Incidit in Scyllam cupiens vitare Cha-rybdim.

Malheur.

Ce qui nuit à l'un duit à r autre ( convient à l'autre ).

Montaigne développe te proverbe par des exemples qui ne sont pas touë également vrais; « Le marchand , dit-il y ne faict bien ses affaires qu'à* la débauche de la jeunesse; le laboureur à la cherté desMeds^ l'architecte à la ruine des maisons.; les officiers* de la justice aux prôcez et querelles des hommes* NuLm^ecin ne prend plaisir à la santé de ses amis mes^lesv ditl'anoien.co^ mique grec; ni «soldat, à la paix de sa ville. £t qui;pis est, que .chacun se sonde au dedans, il trouvera que nos souhaits intérieurs , pour la plusp^rt, naissent et se nourrissent aux despens d'autruy. » . ^

Malheur.

jé quelque chose malheur est bon^

La Fontaine, a fait usage de ce prpy.içrbe dans les vers

suivans :

Quand le maiheur ne seroit bon Qu*à mettre an sot à la raison, Toujours seroît^e à juste cause Qu'on le dit bon à quelc[ue chose.

{^a*ie 7, liV, vi.)

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