DENTIFRICES
arcades dentaires. Dans une de ses épigrammes adressée à la courtisane Fescania, il lui dit : « Tu dévores des pastilles de Xlôme, en étalant ton luxe; ces déjeuners nettoient tes dents; mais cela ne sert à rien, lorsque le rot sort du fond de l’estomac.» Les dentistes deRome poussèrent à la dernière perfection l’art de préparer des opiats et des élect-uaires pour les dents. Les Celtibériens, nation puissante qui habitait le pays limitrophe do la Gaule narbonnaise et de l’Espagne , se montrèrent moins raffinés dans leur toilette, et surtout dans la composition de leurs dentifrices^ qui n’étaient pas très coûteux. En effet, ils employaient pour cela l’urine comme remède et préservatif souverain pour rétablir et conserver la blancheur des dents. Le géographe Strabon, et l’historien Diodore de Sicile, donnent d’étranges détails sur cette coutume bizarre. Le poète Catulle fait aussi allusion à cette coutume, lorsqu’en parlant d’un élégant de Rome, nommé Équatius, il lui dit : « Tu imites les Celtibériens, qui se lavent chaque matin les dents et les gencives avec de Turine; qt si tes dents sont si blanches, c’est parce que tu as fait plus que te gargariser avec cette étrange boisson. » Ovide, dans son Art d’aimer^ pour tout dentifrice recommande l’eau pure; et Sammoniens, auteur d’un traité d’hygiène en vers , donne le même conseil. « Lavez, dit -il, vos gencives avec de l’eau froide, afin que vous puissiez conserver à vos dents leur solidité et leur force. » Dans nos temps modernes, le nombre des substances que l’on emploie comme moyen de conserver ou de rétablir la santé des organes dentaires, est très considérable. La plupart des dentifrices admis par le nouveau Code ont pour base la poudre de certaines matières médicamenteuses ; les unes ne produisent aucun effet, les autres sont nuisibles, et d’autres enfin sont propices aux dents. La suie, le charbon, le quinquina, et les sels marins, ont été tour-à-tour prônés et condamnés comme ingrédients des dentifrices ; nous en parlerons en lieu convenable ; mais nous devons ici condamner, comme nous Tavonsdéjà fait, l’emploi des matières acides et des matiè-
res dures, telles que le corail et le verre pilés. Les premières, si elles donnent une blancheur momentanée à Témail, tendent à l’amollir, à le détruire ; et les dernières sont nuisibles, en ôtant le beau poli que la nature lui a donné. Les substances en poudre sont souvent avantageusement remplacées par des élixirs, des opiats et des liqueurs de bonne composition. Le dentifrice suivant, dont la formule est due à M. Cadet-Gassicourt, est non-seulement propre à entretenir la pureté des dents, mais à absorber les émanations fétides de la bouche, et à combattre l’état scorbutique des gencives. Prenez : sucre tamisé, 32 grammes; quinquina pulvérisé, ISgrammes; crème détartré, 4 grammes; charbon en poudre fine, 31 grammes; cannelle de Ceylan,2 grammes. Ce dentifrice, qui est excellent dans un grand nombre de cas, est un de ceux qui sont le plus employés aujourd’hui.
DENTIS culpii. On désignait par ce mot les instruments employés par le dentiste pour enlever le tartre des dents. Nous en parlerons au moi Instrument.
DENTISTE. Présentons d’abord un tableau succinct des connaissances des anciens sur la chirurgie dentaire, et attachons-nous particulièrement à traiter avec précision tout ce qui semble nouveau dans l’ordre des temps.
Les Hébreux, les Égyptiens et les Grecs, eurent des dentistes célèbres; mais l’époque des Connaissances certaines dans la chirurgie dentaire et dans l’odontotechnie, remonte au temps d’Hippocrate. Ce père de la médecine étudia soigneusement les maladies de la bouche, indiqua les sympathies qui existent entre l’appareil dentaire et la poitrine, l’influence des saisons sur la bouche; il pratiqua le cautère avec le feu, à l’instar des Égyptiens; il connut aussi la nature des abcès des gencives, et on croit qu’il pratiqua le premier, chez les Grecs, l’extraction des dents; et le savant Erasistra te raconte qu’on voyait de son temps, dans le temple de Delphes, un instrument en plomb, pour arracher les dents douloureuses et vacillantes. Hippocrate inventa aussi la lime; et, plus tard,
le célèbre Gallien s’attribua faussement rhonneur de cette découverte. On connaissait depuis longtemps l’usage des fausses dents. Les poètes satyriques d’Athènes et de Rome parlent de l’ivoire que l’on employait pour cette fabrication. Chez les Romains, l’art du dentiste fut stationnaire pendant plusieurs siècles. En vain Dioclès de ïarente, Hérophile et Héraclès, de Tarente, et le célèbre Démocrate, découvrirent des remèdes contre les odontalgies. L’étude de la chirurgie dentaire était pour ainsi dire abandonnée. Enfin le siècle d’Auguste, si remarquable par ses galanteries, mit les dentistes en faveur, et on comprit l’importance des soins relatifs à la propreté de la bouche, à la conservation des organés den taires. Scribonius Sargus nous a laissé la composition de plusieurs dentifrices dont se servaient les grandes dames de Rome, et surtout Octavie, sœur d’Auguste, et la trop célèbre Messaline. Le médecin Celse contribua beaucoup aux progrès de l’art du dentiste; il dépeignit les diverses espèces d’odontalgies, et indiqua des remèdes ; il pratiqua le premier, avec succès, le plombage des dents, et remit en usage la lime inventée par^ Hippocrate. Pline le naturaliste, étudia avec le plus grand soin l’appareil dentaire. Il est le premier qui fasse mention des eaux dont l’usage est pernicieux aux dents. « Les soldats de Germanicus, dit-il, perdirent tous leurs dents après avoir bu pendant deux ans de l’eau douce d’une fontaine. » Le trépan fut inventé par Archigène, dentiste grec. Ce petit instrument servait à perforer les dents affectées d’une vive douleur qui résistait aux médicaments. Soranus d’Éphèse, écrivait sur l’extraction dentaire une savante dissertation qui a été traduite par Cœlius d’Orléans. R regardait avec raison l’extraction comme une privation de la partie, et non une guérison ; il savait varier habilement les moyens curatifs de l’odontalgie, et se servait de toutes les ressources médicales. Paul Égine, médecin très célèbre, tira les procédés opératoires de l’art du dentiste de l’oubli où les avaient laissés ses prédécesseurs depuis Gallien. Il se 111011-7
ira grand partisan de Textraction deâ dents; il ne craignait pas même d’enlever avec le ciseau la couronne de celles qui étaient liors de rang ; il se servait de l’extrémité pointue d’une sonde, et de la.rugine, pour ôter les écailles de tartre qui se forment sous la dent; il employait aussi la lime et les fils d’or et de soie; il conseillait l’usage quodidien des dentifrices, de se laver la bouche après le vomissement, de ne jamais mordre des corps trop durs , de ne pas manger des fruits verts, qui altèrent l’émail, etc. Sous le Bas-Empire, l’histoire ne nous a transmis le nom d’aucun dentiste célèbre; nous trouvons seulement un médecin de Bordeaux, nommé Marcel, qui propose contre l’odontalgie un remède assez singulier pour être rapporté textuellement. Prenez, ditil, la première sangue què vous trouverez , mettez-la dans votre b^ouche, retirez-la ensuite, et écrasez-la entre les doigts médius Aq la main gauche et de la main droite, et dites-lui:
« Sangsue! de même que ce sang ne retournera pas dans la bouche, de même mes dents ne doivent plus être douloureuses toute l’année. » Il faut recommencer la même chose tous les ans pour se préserver de l’odontalgie. Cette simple citation prouve que le médecin bordelais était déjà imbu des erreurs populaires qui arrêtèrent les progrès de la médecine et de l’art du dentiste pendant la longue période du moyenàge. — D’ailleurs, tout le monde sait qu’après la chute de l’empire romain, rodontotechnie, comme tous les autres arts et toutes les sciences, disparut dans le ténébreux chaos delà barbarie. On trouve cependant quelques faits , épars dans l’histoire , qui prouvent qu’on avait le plus grand soin des dents, témoin saint Jérôme, qui se fit limer les incisives pour prononcer parfaitement la langue hébraïque. A partir de cette époque, jusqu’au XYi^ siècle, l’histoire se tait sur les dentistes, et on ne les trouve pas même mentionnés dans la longue énumération des professions au moyen-àge.
Art du dentiste chez les modernes. En 1 595, Ingolstadt écrivit un opuscule sur les croyances populaires relatives aux
dents ; cet opuscule a pour titre : De la dent d’or d’un enfant silésien. En 1579, Eustaclnus, dans ses opuscules anatomiques, avait dit quelques mots sur les dents; etErastus, contemporain dlngolstetter, soutint, avec quelques médecins, une thèse sur la même matière. Urbain Hemard, médecin de Lyon, fit imprimer en 1 581 ses Recherches sur la vraie anatomie des dents; mais ces divers ouvrages passèrent inaperçus, et l’art du dentiste resta stationnaire jusqu’au commencement du xviii® siècle. En 1727, le célèbre Pauchard, le fondateur et le père de la chirurgie dentaire en France, publia, dans son Chirurgien-Dentiste, son nouveau procédé de dents artificielles. Il eut bientôt de nombreux imitateurs qui employèrent toutes les matières, toutes les substances pour réparer la perte prématurée des organes dentaires. Malheureusement, leurs essais et leurs efforts furent infructueux; en vain Duchâteau, pharmacien à Saint-Germain-en-Laye, tentat-il de fabriquer des râteliers en porcelaine. Ce procédé , tant prôné dès son origine, n’eut qu’un succès de quelques années. Plus tard, le dentiste de Cliémant fit de vaines tentatirves pour mettre en vogue ses dents incorruptibles. Le célèbre Parnilly lui-même, un des plus habiles praticiens de Londres, ne put, malgré son enthousiasme pour ce nouveau système, le faire adopter en Angleterre. Les dents terro-métalliques n’ont pu lutter contre les préventions du public, parce que l’art est impuissant toutes les fois qu’il veut substituer ses inventions factices aux substances fournies par la nature. Depuis le commencement de ce siècle, il n’est pas d’efforts qu’on n’ait fait pour améliorer la prothèse. Plusieurs praticiens ont écrit des livres remarquables par les connaissances qu’ils renferment ; mais toutes les fois qu’ils ont abordé la partie pratique de l’odontotechnie, ils n’ont pu réussir, et se sont traînés péniblement <à la remorque de leurs devanciers. En effet, qui n’éprouve pas un frémissement involontaire à la seule idée des dents rà pivots, des dents à crochet, et des raieüers à ressorts ? Il est vraiment déplorable que la science