‹ Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite méthodiquement des différens êtres de la nature, considérés soit en eux-mêmes, d'après l'état actuel de nos connoissances, soit relativement à l'utilité qu'en peuvent retirer la médecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus célèbres naturalistes (volume 2)Chapitre 67 sur 96 · S36 GEN · texte numérisé non relu

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dont le caractère essentiel consiste dans une corolle trèsirrégulière, presque en masque ; les pétales supérieurs rapprochés en casque , dont deux intérieurs adhérens ; les deux latéraux inégaux à leurs côtés; la lèvre ascendante, entière, onguiculée, point éperonnée; la colonne de la fructification à demi bifide , sans découpures latérales; une anthère parallèle au stigmate.

Les racines sont bulbeuses ; les tiges ou hampes simples , très-ordinairement pourvues d'une seule feuille à leur base : les fleurs sont disposées en un épi terminal; les pétales postérieurs de la corolle plus longs que les autres, étalés; les intérieurs connivens au-dessous de la colonne ; la lèvre en forme de capuchon à sa base. (Poir.)

GENORIA. (Bot.) Voyez Ginore. (Poir.) i .GENOSIRIS. (Bot.) Genre de plantes monocotvlédones , à fleurs incomplètes, monopétalées, de la famille des iridées, de la triandrie monogjnie de Linnsus, très -rapproché des patersonia, offrant pour caractère essentiel : Une corolle monopétale, tubulée, trifide à son limbe; point de calice; trois étamines; les filamens non connivens; un ovaire inférieur i un style; trois stigmates cylindriques, obtus; une capsule à trois valves.

M. Rob. Brown rapporte le genosiris à son genre Patersonia; cependant, à en juger d'après les caractères que M. de Labillardière lui attribue , on voit qu'il diffère des patersonia par sa corolle à trois et non à six divisions , par les filamens des étamines séparés et non connivens. On n'en cite qu'une seule espèce.

Genosiris fragile: Genosiris fragilis , Labill. , Nov. HoW., i , page 1 3 , tab. 9 ; Patersonia glauca , Rob. Brown , Nov. HolL> 1 , pag. 3o4. Cette plante est p.ourvue de racines tubéreuses , composées de filamens roides , épais, presque simples. Les feuilles sont vaginales à leur base, comprimées, linéaires, aiguës, finement striées, nues sur leur carène et à leur base, un peu convexes ou roulées sur elles-mêmes, environnées extérieurement par d'autres feuilles beaucoup plus courtes et plus larges, les extérieures semblables à des écailles : de leur centre s'élèvent des hampes filiformes, glabres, presque à deux angles, quatre fois plus courtes que les feuilles; elles

se terminent par une spathe à deux folioles striées, coriaces, renfermant trois à cinq fleurs. Chaque fleur sort d'une petite paillette un peu plus courte, lancéolée, d'un roux clair. Le tube de la corolle est cylindrique ; le limbe à trois découpures ovales, très-fragiles, de couleur bleue; les filamens des étamines très-courts, insérés à l'orifice du tube, opposés aux découpures de la ccfrolle ; les anthère* rapprochées, saillantes, oblongues, à deux lobes; l'ovaire inférieur et oblong* le style saillant, cylindrique; trois stigmates obtus. Le fruit est une capsule oblongue, rétrécie à sa base, à trois loges, à trois valves, chaque valve divisée par une cloison plusieurs semences ovales, un peu noirâtres, attachées à un réceptacle presque filiforme, libre à l'époque de la maturité. L'embryon est presque globuleux , fort petit , situé proche l'ombilic , avec un périsperme corné. Cette plante a été découverte par M. de Labillardière à la Nouvelle-Hollande. (Poir.)

GENOT (Conchyl.) ; Adanson , Sénégal, pag. i/45, pl. g. Gmelin en fait son voluta sanguisuga , mais très-probablement à tort; car cette coquille a évidemment plus de rapports avec certaines espèces de coues qu'avec les volutes. (De B.)

GENOU ILLÉ. (Bot.) Voyez Géniculé. (Mass.)

GENOUJLLET (Bot.), nom •vulgaire , suivant M. Bosc , du sceau-de-Salomon, polygonaturn, ou muguet anguleux. (J. )

GENRE. (Bot. ) Voyez Théorie fondamentale. (Mass.)

GENS-ENG. (Bot.) Voyez Ginsen. (Poir.)

GENS1N. (Bot.) M. Thunberg cite sous ce nom japonois une plante qu'il croit être un corchorus. Mentzel parle d'une racine du Japon, nommée gensing , qu'il range parmi les mandragores. On ne confondra pas ces plantes avec le vrai ginseng , espèce de panax , que l'on écrit aussi quelquefois genseng. (J.)

GENTARUBIA. (Ornilh.) On nomme ainsi, en Sardaigne, 1 eflammant , pJtanicoplerus ruber, Linn. (Ch. D. )

GENTE. (Ornith.) Ce terme est donné, dans le Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, comme un des noms vulgaires de la cigogne blanche, ardea ciconia, Linn. (Ch. D.)

GENTIANE, Gentiana, Linn. (Bot.) Genre de plantes dicotylédones, qui a donné son nom à la famille des gentianées , et que Linnams place dans sa pentandrie digynie. Ses princi-

paux caractères sont les suivans : Calice monophylle, ayant ordinairement son bord découpé en cinq lobes ou cinq dents, pu quelquefois plus, rarement membraneux, fendu latérale* ment, et seulement trifide ou quadrifide; corolle monopétale , tubuleuse à sa base , un peu campanulée ou infondibuliforme, ayant son limbe partagé en cinq lobes, plus rarement en quatre , six ou dix ; cin<f étamines , ou en même nombre que les divisions du limbe ; ovaire supérieur, fusiforme , anguleux , aminci à son sommet, et terminé par deux Stigmates arrondis; capsule oblongue , fourchue ou bifide en sa partie supérieure, à une seule loge, qui s'ouvre en deux valves , et contient des graines nombreuses, souvent entourées d'un rebord membraneux et portées sur les bords rentrans des valves.

Toutes les espèces de ce genre sont des plantes herbacées, à feuilles simples, sessiles et opposées, et à fleurs terminales ou axillaires, solitaires ou fasciculées.

J. Bauhin, attribuant, d'après Pline, la découverte de la gentiane et de ses propriétés médicales à Gentius, roi d'illyric , qui lui donna son nom , ne manque pas de faire Féloge de ce prince, et regrette les simples et utiles délassemens des rois de l'antiquité qui hbnoroient l'étude de la nature et de la médecine en s'y livrant. Mais que deviennent ces réflexions, quand on apprend dans Tite-Live que Gentius fut un prince sans mœurs comme sans capacité, détesté de ses sujets, meurtrier de son propre frère, et qui causa par ses vices la perte de son royaume et celle de sa famille, traînée avec lui dans Rome, à la suite d'un char de triomphe?

Les gentianes , dont on compte aujourd'hui environ cent espèces, se plaisent, en général, dans les climats froids; plusieurs d'entre elles ne croissent même que sur les plus hautes montagnes du globe , et jusque dans le voisinage des neiges éternelles. Le plus grand nombre de celles que nous connoissons est propre aux montagnes alpines de l'Europe; d'autres ont été trouvées dans la Sibérie ou dans les contrées froides de l'Asie ; quelques-unes habitent l'Amérique septentrionale. MM. de Humbold et Bon plane! en ont trouvé quinze espèces nouvelles dans les hautes montagnes du Pérou et du ^lexique, et une seule a été observée jusqu'à présent dans

la Nouvelle-Hollande. Ces plantes sont remarquables par la beauté et l'élégance de leurs fleurs, autant que par la richesse et la variété de leurs couleurs. La corolle de plusieurs espèces donne toutes les nuances de bleu , depuis le plus bel indigo jusqu'à l'azur céleste; celle de plusieurs autres offre différentes teintes de rouge, de pourpre, de rose; dans quelques-unes c'est la couleur de l'or, ou un jaune plus ou moins foncé ; dans beaucoup de variétés , enfin , c'est un blanc plus ou moins pur. La nature auroit tout fait pour les gentianes , si elle eût donné un doux parfum' à leurs fleurs; mais elle le leur a refusé.

Transportées des montagnes qui les ont vues naître dans nos jardins, ces plantes y languissent ordinairement; on ne réussit qu'avec peine à en cultiver quelques espèces, en les plaçant à l'ombre et au nord , dans du terreau de bruyère. C'est moins le froid que les hivers trop humides qui leur sont contraires.

n L'amertume des gentianes ne permet pas aux animaux herbivores de s'en nourrir, et On les trouve toujours entières dans les pâturages. Linnaeus , dans le Pau, suecus (Aman, acad.) , met cependant la gentiane- amarclle au nombre des plantes dont les brebis se nourrissent.

Les espèces étant trop' nombreuses dans ce genre pour les rapporter toutes ici, nous nous bornerons à parler des plus remarquables, et surtout de celles qui, sous le rapport de leurs propriétés , méritent d'être connues.

0 Corolles quinqur-fides, rarement quadrifides, presque

# campanulées.

Gentiane jabne ou grande Gentiane : Gentiana lulea , Linn., Spec, 529; Gen,tiana\ Clus. , HisL, 3i 1. Sa racine est vivace , épaisse , alongée , jaunâtre ; elle produit une tige «impie, haute de trois pieds, garnie de feuilles ovales, glabres, nerveuses, sessiles et conhéesà leur base. Ses fleur» «ont jaunes, nombreuses, disposées par faisceaux opposés dans les aisselles des feuilles supérieures , et comme verticillées; leur corolle est profondément découpée et étalée en roue. Cette plante croît en France, dans les Alpes, les

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Pyrénées, les Vosges, les Cévennes , au Mont-d'Or et ad Puy de Dôme d'Auvergne , et dans les montagnes alpines de la Suisse, de l'Italie, de l'Allemagne, etc.

La célébrité de la grande gentiane comme médicament, et surtout comme fébrifuge , remonte jusqu'à l'antiquité. Avant la découverte du quinquina, la grande gentiane étoit regardée comme un des meilleurs remèdes qu'on pût employer dans le traitement des lièvres intermittentes. Notre sol ne produit point, en effet, de plante plus éminemment amére et tonique ; et malgré tout ce qu'on a dit des vertus des écorces de saule, de marronier d'Inde, de putiet, et des propriétés de la camomille , de la benoîte, etc., la gentiane paroit être celle de toutes nos plantes indigènes qui se rapproche le plus du quinquina par ses qualités, et, par conséquent, la plus propre à le remplacer dans tous les cas où l'on ne pourroit s'en procurer.

La partie de cette plante qu'on emploie en médecine est la racine , et c'est ordinairement à l'état de dessiccation qu'on en fait usage. Cette racine a une saveur extrêmement amère, dont le goût reste long-temps affecté. Dans toutes les maladies qui ont pour symptôme une débilité plus ou moins marquée des voies digestives, la gentiane, en infusion, en poudre ou en opiat, produit toujours un très-bon effet: on l'emploie aussi avec avantage dans les flux atoniques, les en* gorgemens des viscères de l'abdomen, Thydropisie, le scorbut , les scrofules , les affections vermineuses.

Dans les maladies chroniques, où «l'action des toniques doit être employée avec modération , on donne la gentiane par petites doses , pour en continuer long-temps l'usage. Ainsi sa poudre se prescrit depuis six jusqu'à vingt-quatre grains, et la décoction depuis un scrupule jusqu'à un gros. Mais, dans les fièvres intermittentes et dans celles de mauvais caractère, où il faut agir plus fortement et plus promptement, on administre la gentiane en poudre depuis un demigros jusqu'à deux gros, qu'on répète deux à trois fois par jour. C'est ainsi qu'à cette dernière dose nous avons plusieurs fois guéri des fièvres intermittentes aussi bien qu'avec le quinquina, surtout en associant la gentiane avec la valériane.

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Appliquée à l'extérieur, la racine de gentiane en poudre, ou sa décoction , sont encore un des meilleurs moyens de remplacer le quinquina sur les plaies gangréneuses et de mauvais caractère.

Cette racine , coupée par morceaux et macérée dans l'eau , fermente bientôt, et donne, par la distillation, une liqueur alcoolique très-forte et très-pénétrante ; mais cette eau-devie, en usage dans les Alpes et dans les Pyrénées, conserve toujours quelque chose de l'amertume de la plante , et affecte la gorge d'une manière désagréable. Les entrepreneurs d'une fabrique d'eau-de-vie de gentiane établie aux environs de Lausanne paroissent néanmoins avoir trouvé le moyen de perfectionner cette liqueur et d'en corriger les défauts ordinaires.

La ressemblance assez marquée des feuilles naissantes de la grande gentiane avec celles de l'ellébore blanc, a causé plus d'une fois des méprises funestes. Un des hommes qui, dans le seizième siècle, se livrèrent avec le plus d'ardeur a l'étude des plantes d'Europe, Lobel , raconte qu'il pensa lui-même être victime d'une semblable erreur. (Adv. stirp,, p. i3o.)

Gentiane pourprée : Gentiana pupurea, Linn., Spec, 829; Flor, Dan,, U 5o. La tige de cette espèce est haute d'un pied et demi à deux pieds , garnie de quatre à cinq paires de feuilles ovales, glabres et nerveuses. Ses fleurs sont portées sur de courts pédoncules, disposées en deux verticilles, dont l'inférieur est peu garni, et le supérieur forme un gros bouquet terminai ; la corolle est grande , campanuiée, pourpre, marquée intérieurement de quelques points plus foncés. Cette gentiane croit dans les Alpes, les Pyrénées , les montagnes de la Suisse , de la Norwége.

Gentiane ponctuée : Gentiana punctata, Linn., Spec,, 329 $ Jacq. , Flor, Aust., t. 28. Cette plante est moins grande que la précédente, et elle en diffère, d'ailleurs, par ses feuilles plus pointues, par ses fleurs plus petites, parsemées en dedans et en dehors d'un grand nombre de points bruns, par leur calice plus court, à cinq ou six dents inégales. Elle croît dans les Alpes, les Pyrénées, et dans les montagnes de la Suisse, du Tyrol, de l'Autriche ^ etc. Les racines do

celte espèce et de la précédente pnt une amertume encore plus forte que celles de la gentiane jaune, et leurs propriétés doivent être regardées comme identiques, si elles ne sont même plus énergiques. Villars les a employées toutes les deux avec beaucoup de succès contre les fièvres intermittentes. Dans les pharmacies d'Allemagne et dans celles du Nord , c'est la gentiane pourpre qui est la plus généralement usitée.

Gentiane des marais : Gentiana pneu monanthe, Linn. , Spec. , 33o ; Flor. Dan., t. 269. Sa tige est haute d'un pied , grêle, rougeàtre , garnie de feuilles lancéolées-linéaires, un peu connées à leur base. Ses fleurs sont grandes, campanulées, d'un bleu superbe , portées sur de courts pédoncules au sommet de la tige , et dans les aisselles des feuilles supérieures. Cette plante se trouve dans les prés humides et marécageux, en France, en Allemagne, en Italie, en Suède, en Russie, en Sibérie, etc. Elle n'a qu'une amertume foible et assez agréable. En Russie, le peuple l'emploie contre l'épilepsie.

Gentiane croisette : Gentiana cruciata , Linn., Spcc. , 534; Jacq. , Flor. Au st. , t. 372. Sa racine produit ordinairement plusieurs tiges un peu couchées a leur base, longues de six â huit pouces, garnies de feuilles lancéolées, dont chaque paire forme une gaine lâche ; ses fleurs sont d'un bleu foncé, tubulées , peu campanulées , à quatre divisions , presque sessiles , disposées par verticilles au sommet de la tige ou dans les aisselles des feuilles supérieures. Cette plante croît dans les lieux montu eux et découverts, en France, en Suisse, en Allemagne, en Hongrie, en Russie, en Sibérie. La racine de la gentiane croisette est douée d'une forte amertume qui laisse sur l'organe du goût une impression durable. On la prend intérieurement, en Suisse, contre les fièvres intermittentes., et on l'emploie extérieurement sur les vieux ulcères. Quelques auteurs l'ont recommandée, fraîche et contuse , appliquée en forme de cataplasme sur le bas-ventre y comme un très-bon moyen contre les vers intestinaux.

Gentiane a tice courte : Gentiana acaulis , Linn., Spec, 33o; Jacq., Flor. Aust., t. i5G. Cette plante se présente sous des aspects fort différens , selon la nature du sol , du climat, et selon l'âge; ce oui produit des variétés plus ou moins

remarquables, que quelques auteurs ont prises pour des espèces distinctes. Sa racine, composée de fibres menues, produit plusieurs feuilles ovales-lancéolées, sessiles, glabres j 1 luisantes , étalées en rosette. Du milieu de ces feuilles s'élève une tige souvent plus courte que la fleur, quelquefois égale à elle, d'autres fois plus longue, et, enfin, presque nulle dans une variété qui se trouve sur les sommets des Alpes. Cette tige est garnie, dans sa partie moyenne, d'une paire de feuilles, et elle est terminée par une fleur longue de dixhuit lignes à deux pouces, d'un beau bleu foncé, marquée intérieurement de cinq bandes d'un jaune clair et parsemées de points violets. Cette plante croît dans les Alpes, les Pyrénées, et les montagnes alpines de l'Italie, de la Suisse, de l'Autriche , etc. Elle est très-amère. Villars a employé avec avantage son infusion vineuse ou aqueuse pour remédier à la foiblesse qui a lieu pendant les convalescences pénibles et languissantes. Dans quelques parties de l'AMemagne^ les paysans se servent de ses fleurs, pendant le temps de Pâques, pour teindre en bleu des œufs destinés, d'après un ancien usage , à être distribués à la jeunesse. Cette espèce est celle qu'on trouve le plus fréquemment dans les jardins, où elle fleurit en Avril. Dans les Alpes, ses fleurs ne s'épanouissent qu'en Mai , Juin ou Juillet , selon les hauteurs où elle se trouve.

0 • Corolles quinqué- a décemfides , infondibulif ormes*

Gentiane printanière ; Gcntiana verna, Linn. , Spec, 33 1. Sa racine produit plusieurs tiges couchées à leur base , hautes de deux pouces, terminées par une seule fleur, dont la corolle est d'un beau bleu , à tube grêle , et à limbe divisé en cinq découpures ovales, aiguës. Les feuilles sont ovaleslancéolées ; les unes ramassées en rosette à la base des tiges , et les autres disposées par deux à trois paires dans la longueur de ces mêmes tiges. Cette plante croît sur les mon* tagnes alpines de la France, de la Suisse, de l'Italie, de l'Allemagne, etc. Elle présente beaucoup de variétés, qui ont fourni matière à quelques auteurs de la diviser en plusieurs espèces, selon que ses feuilles sont plus larges ou plus étroite», ses tiges plus basses ou plus élevées j mais toute»

les variations qu'on observe dans les différens individus de cette plante, paroissent tenir aux mêmes influences qui font varier la gentiane à tige courte. Haller dit avoir préparé une très-belle couleur, bleue sans doute, avec le suc des fleurs de la gentiana verna. Cette espèce est cultivée dans quelques jardins, où elle donne des variétés à fleurs pâles, et même presque blanches. On l'obtient difficilement de graines, ainsi que la précédente, et il vaut mieux, pour se procurer ces plantes, les faire venir vivantes des Alpes.

Gentiane des Pyrénées : Gentiana pyrenaica , Linn. , Mant., 55; Gouan, Illust., 7, tab. 2 , fig. 2. Cette espèce a beaucoup de rapports avec la gentiane, printanière; mais elle en diffère par ses feuilles en général plus étroites, et surtout parce que le limbe de sa corolle est partagé en dix découpures alternativement grandes et petites. Elle croit sur le mont Laurenti , dans les Pyrénées.

Gentiane des neices : Gentiana nivalis , Linn., Spec, 332 ; Flor.Dan., t. 17. Sa racine est annuelle, assez grêle; elle produit une tige simple ou peu rameuse, garnie de feuilles ovales dans le bas de la plante, et lancéolées dans sa partie supérieure. Ses fleurs sont solitaires, terminales, quinquéfides, d'un bleu vif. Cette espèce croît sur les montagnes alpines, en France, en Suisse, en Autriche , en Laponie, etc.

Gentiane utriculeuse; Gentiana ulriculosa, linn., Spec, 332. Sa racine est annuelle, et produit une tige rameuse, haute de cinq à six pouces, garnie à sa base d'une rosette de feuilles ovales, et, dans sa longueur, de feuilles plus alongées et plus étroites. Ses fleurs sont solitaires au sommet de la tige et des rameaux, d'une belle couleur bleue, remarquables par leur calice renflé, plissé et comme ailé. Cette plante croît dans les pâturages des montagnes, en France, en Suisse, en Italie, en Allemagne, etc.

Corolles quadri- ou quinquéjides , ayant l'entrée de leur tube ou les bords de leur limbe franges ou ciliés,

Gentiane d'Allemagne; Geniia na germamca, Willd. , Spec. , S» p. 154G. Sa racine est annuelle et produit une tige ra-

meuse , haute de cinq à six pouces, garnie de feuilles ovaleslancéolées : ses fleurs sont violettes, terminales ou axillaires; elles ont le tube de leur corolle assez large , garni d'appendices barbus , et leur limbe est partagé en cinq découpures. Cette espèce croît sur les collines et dans les pâturages secs, en France, en Allemagne, etc.

Gentiane ciliée : Gentiana ciliata, Linn. , Spec. , 334; Jacq., Flor. Aust. , t. 1 1 3. Sa racine est vivace ; elle produit une tige simple ou peu rameuse , haute de six à huit pouces , garnie de feuilles lancéolées ou lancéolées-linéaires ; ses fleurs sont solitaires à l'extrémité de la tige ou des rameaux, grandes, bleues, et à limbe partagé en quatre découpures dentées et ciliées en leurs bords. Cette plante croit aux pieds des montagnes , en France , en Italie , en Suisse , en Allemagne. (L. D.) .

GENTIANE BLANCHE. (Bot.), nom vulgaire du laser à feuilles larges. (L. D.)

GENTIANÈES. (Bot.) Famille de plantes à laquelle la gentiane donne son nom , et qui fait partie de la classe des hypocorollées m monopétales à corolle insérée sous l'ovaire. Elle a, comme toute cette série, un calice monophylle ou monosépale , ordinairement partagé en plusieurs lobes. La corolle est tubulée , régulière ; les divisions de son limbe sont égales en nombre à celles du calice et alternes avec elles. On compte autant d'étamines iusérées à son tube entre ses divisions : leurs anthères sont insérées par le milieu sur l'extrémité des filets. L'ovaire libre , surmonté d'un style et d'un ou deux stigmates (de deux styles dans le mitreola), devient une capsule, rarement un peu charnue, s'ouvrant dans sa longueur en deux valves, dont les bords rentrans sont tantôt repliés en spirale sur eux-mêmes , tantôt dirigés en ligne droite, l'un vers l'autre, pour former ensemble une cloison. Dans le premier cas, la capsule est uniloculaire ; dans le second, elle est partagée en deux loges différentes ou en deux capsules nniloculaires, appliquées l'une contre l'autre , et s'ouvrant du côté intérieur dans le point de leur contact. Les graines sont nombreuses et menues, attachées sur les bords renflés des valves, qui, dans la capsule à deux loges, se réunissent en un réceptacle central. L'embryon, contenu dans ces graines,

et observe par Gartner, est droit, presque cylindrique, placé au centre d'un périsperme charnu, et muni d'une radicule longue , dirigée vers le hile ou l'ombilic de la graine.

Les plantes de cette famille sont des herbes, ou rarement dessous-arbrisseaux. Leurs feuilles sont toujours opposées, ordinairement entières et sessiies. Les deux supérieures, plus petites, sont souvent rapprochées des fleurs terminales sous forme de bractées.

La famille peut être subdivisée en trois sections : dans la première, caractérisée par une capsule uniloculaire , sont les genres Gentiana , Eryihrœa de Reneaulme et de M. Richard ; eenlaurella de Michaux ; Vokiria , Coutoubea d'Aublet ou Picrium de Schreber; Chlora, Swertia dont le Frasera de Walther est congénère.

A la seconde section , dont la capsule simple a deux loges, se rattachent les genres Oiœlothilus de Necker (gentiana heteroclita de Linnaeus); Exacum et Sebœa qui se confondent ensemble ; Lisianthus, Tashia d'Aublet ou Myrmecia de Schreber ; Sabatia d'Adanson , Chironia , Nigrina.

Une capsule didyme , ou composée de deux aeeolées ensemble , désigne une troisième section , dont le spigelia et le mitreola font partie.

A la suite des gentianées on a placé les genres Potalia d'Aublet ou Nicandra de Schreber, ViLlarsia de Michaux, Anopterus de M. Labillardière , qui paroissent tenir le milieu entre elles et les apocinées. (J.)

GENTIANELLA. (Bot.) Delarbre et Barckhausen séparent du genre Gentiana, sous ce nom, le gentiana ciliata, distingué par une corolle en soucoupe à quatre divisions frangées sur les bords et velues dans leur milieu intérieur. C'est le même genre détaché qui est nommé crossopetalum par Frœîich et hippion par Schmidt. Clusius nommoit gentianella une autre espèce, qui est le gentiana acutis : c'est le même genre que Reneaulme nommoit thylacitis , et Barckhausen ciminalis , qui est caractérisé par une corolle en cloche à cinq divisions, plus longue que sa^ tige , et par des anthères connées. ( J. )

GENTIANELLE; Exacum, Linn., Willd. (Bot.) Genre de plantes dicotylédones, de la famille des gentianées , Jus*., et

de la (éùrandrie monogynie, Linn., dont les principaux caractères sont les suivans : Calice persistant à quatre divisions; corolle monopétale , infondibuliforme, ou hypocratériforme , . à limbe divisé en quatre découpures; quatre étamînes attachées au tube de la corolle; un ovaire supérieur, ovale ou oblong, surmonté d'un style à stigmate épais et à deux lobes; capsule ovale ou oblongue, un peu comprimée, sillonnée de chaque côté , à deux loges contenant plusieurs graines. Les divisions du calice, de la corolle, et lesétamines sont quelquefois au nombre de cinq.

Les gentianelles sont des herbes presque toutes annuelles, à feuilles simples, opposées, et à fleurs axillaires ou terminales : on en connoît aujourd'hui une vingtaine d'espèces,pour la plupart exotiques, et ne présentant aucun intérêt sous le rapport de leurs propriétés. D'après cela , nous ne parlerons ici que des deux suivantes, qui croissent naturellement en France.

Gentianelle filiforme : Exacum filiforme, Willd. , Spec, 1 , p. 638; Gentiana Jiliformis , Linn., Spec, 355 ; Centaurium palustre luteum minimum, Vaill. , Bot. Par., tab. 6, fig. 3. Sa tige est grêle, haute de deux à six pouces au plus, garnie de feuilles sessiles, lancéolées-linéaires, écartées, et communément divisée en rameaux filiformes , terminés chacun par une petite fleur jaune, dont les divisions de la corolle sont ouvertes, et dont le calice est à quatre dents aiguës. Cette plante se trouve dans les lieux où l'eau a séjourné l hiver , et au bord des étangs.

Gentianelle naine : Exacum pusillum , Decand. , Flor. fr. , n.° 2785; Gentiana pusilla , Lamck. , Dict. , 2, p. 645; C/iironia inaperta , Willd., Spec, î , p. 1069; Centaurium palustre minimum, Jlore inaperto , Vaill., Bot. Paris., tab. 6, fig. 2. Sa tige est haute de deux à trois pouces, divisée dès sa base en rameaux dichotomes, garnis de feuilles oblongucs, sessiles. Ses fleurs sont petites, d'un blanc jaunâtre, portées sur de courts pédoncules à l'extrémité des rameaux ou dans les aisselles des feuilles ; leur calice est à quatre divisions profondes, et le limbe delà corolle est fermé. Cette espèce se trouve dans les endroits où l'eau a séjourné pendant l'hiver. ( L. D. )

GENTIANOÏDES. (Bot.) La plante des environs de Buenos- Aires, que Feuillée désigne sous ce nom, est le gentiana sessilis de Reichard, qui n'est pas mentionné dans ce genre par Willdenow. (J.)

GENTILHOMME. (Ornith.) Le have-sule , auquel les Écossois donnent le nom de gentleman , gentilhomme, et dont il est question dans l'Histoire naturelle de Norwége, de Pontoppidan , édition angloîse , tom. 2 , pag. jjS , a été regardé par Buffon (tom. 9, in-4.% pag. 428) et par d'autres auteurs, comme une espèce de mouette ou de goéland; mais, quoique l'évêque de Berghen en ait donné une description peu exacte, la grande étendue de l'envergure et la forme du bec, recourbé à sa pointe, sembloient devoir suffire pour faire remarquer l'inconvenance du rapprochement. En comparant la figure de Pontoppidan , quelque mauvaise qu'elle soit, à celle du fou, qu'on trouve dans Buffon lui-même, tom. 8, pl. 29 , on reconnoit aisément une analogie que ne sauroit détruire la prétendue crête dont la tête est couronnée dans la première. L'oiseau dont il s'agit est le fou de Bassan, peUcanus bassanus , Linn.; et les synonymies d'Othon Fabricius (Fauna groenlandica , pag. 91 , n.° 5g) et d'Othon-Fréd. Muller (Zoo/. Dan. prodr. , p. 18, n.° 149) ne laissent à cet égard aucun doute. Peut-être la supposition d'une crêté aura eu pour cause l'état où se sera trouvée, dans l'individu qui aura servi au descripteur et au dessinateur, la peau nue qui entoure les yeux du fou ; et l'habitude de suivre, à l'époque de leur apparition, les harengs, dont cet oiseau est trèsavide, présente un nouveau signe d'identité avec le même oiseau.

Le J can-van-Ghent , ou Jean-de-Gand des navigateurs hollandois au Spitzberg, dont on fait mention dans le Receuil des voyages au nord, tom 2, pag. 110, et que Buffon, à l'endroit cité, rapproche aussi des goélands et surtout du manteau noir, est encore le même oiseau que le gentilhomme, have-sule , ou sula d'Hoier , et sula bassana deBrisson. (Ch.D.)

GENTIS. (Bot.) Mentzel cite ce nom parmi ceux qui étoient donnés anciennement à la gentiane ;.et les deux tirent leur origine de Gentius, roi d'illyrie, qui, le premier, a fait connoître cette plante. (J.)

GÉOCORISES. (Enlom.) M. Latreille a employé ce nom, qui signifie punaises de terre , pour désigner une famille d'insectes hémiptères à demi-élytres croisées ou hétéroptères, pour les distinguer des punaises aquatiques, qu'il nomme Hydrocorises. Voyez Rhinostomes et Zoadelges. (C. D.)

GÉODES. (Min.) Les géodes sont des sphéroïdes siliceux, dont le centre offre un vide plus ou moins grand , qui est hérissé de cristaux de quarz. Ces espèces de coques pierreuses, qui se trouvent souvent engagées au milieu des roches les plus étrangères à leur nature, en sont cependant contemporaines; car il me paroit assez difficile d'admettre qu'elles aient été formées après coup et par infiltration, comme le pensent cependant quelques naturalistes distingués.

Je prends pour type les géodes d'agate, et particulièrement celles qu'on trouve dans les environs d'Oberstein dans le Palatinat. Les roches qui constituent ces montagnes, et particulièrement le Gallicnberg, sur l'origine desquelles les minéralogistes ne sont point d'accord, renferment une multitude de noyaqjfc d'agate, qui s'en détachent facilement, et qui sont tellement isolés et tellement circonscrits qu'ils écartent toute idée d'infiltration. Les agates les plus volumineuses sont celles qui renferment ordinairement des géodes, c'est-à-dire des vides tapissés de cristaux; les plus petites, au contraire , sont presque toujours solides ou pleines dans toute leur épaisseur: mais, pour tout ce qui tient aux accidens de cristallisation, l'on retrouve , dans l'un et l'autre sas, une conformité parfaite avec les phénomènes de la cristallisation artificielle. Si l'on suppose, en effet, que toutes les places qui sont occupées maintenant par les agates aient été remplies dans l'origine par un fluide qui tenoit la substance siliceuse et les principes colorans en dissolution . on trouvera que la couche extérieure ou la croûte des géodes est le produit de la précipitation des molécules les plus grossières, qui étoient simplement tenues en suspension; qu'en allant vers le centre, ou du dehors au dedans, on trouve ordinairement des couches plus pures et plus transparentes, jusqu'au point , enfin , où le liquide , dégagé d'une grande partie des substances qui le saturoient à l'excès, a permis aux molécules qu'il eontenoit encore, de se rapprocher à

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loisir et d'affecter les formes régulières qui sont propres h leur espèce , et avec d'autant plus de perfection que l'espace du vide est plus étendu. On remarque même dans les agates pleines, qui n'ont pu donner naissance à des géodes, que la substance qui occupe le centre et qui a été formée la dernière est souvent transparente, vitreuse, cristalline, et qu'on y distingue des aiguilles convergentes , qui sont des ébauches de cristaux. On sent bien qu'une foule de causes accidentelles peuvent apporter nombre d'exceptions à cette marche; mais, si la nature s'en écarte souvent, il n'en est pas moins vrai qu'elle la suit plus souvent encore.

J'ai remarqué à Oberstein , dans le beau gisement des ogates du Gallienberg, en brisant un grand nombre de géodes , que, toutes les fois que le liquide avoit tenu en dissolution quelques substances étrangères aux agates, elles avoient cristallisé vers la fin et même après que la géode quarzeuse avoit été terminée : telles sont les aiguilles de titane qui se font remarquer dans l'intérieur des cristaux de quarz, les paillettes de manganèse qui ornent leur surface, les cubes de chabasie qui s'y sont groupés, et, mieux encore, cette chaux carbonatée brune , dont un cristal solitaire traverse tout le vide de la géode et semble jeté au hasard tout à travers les pyramides d'améthyste.

Les calcédoines globuleuses qui sont creuses dans leur intérieur, qui renferment quelquefois une goutte d'eau mobile; les enhydres , enfin, sont encore des géodes qui présentent en petit les mêmes modifications que celles que nous venons de décrire : en effet, ces corps ovoïdes sont engagés dans une roche tout-à-fait étrangère à leur nature; ils s'en détachent avec facilité; leur épaisseur varie comme leur volume, qui n'excède cependant guères un pouce ou dix-huit lignes de diamètre. Elles sont souvent creuses, mais on en trouve beaucoup aussi qui sont absolument solides et qui présentent seulement à leur centre des indices de cristallisation quarzeuse. Quant à celles qui sont de véritables géodes, leur intérieur est tapissé de très-petites pointes cristallines , qui sont les pyramides des cristaux de quarz, dont le prisme forme l'épaisseur totale de la coque ou seulement une partie de cette espèce de voûte. C'est au milieu de ces géodes qu'il

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se trouve quelquefois encore une petite quantité d'eau , qui se meut dans le vide comme le liquide, d'un niveau à bulle, et qui devient visible à l'œil si l'épaisseur de la calcédoine permet d'en polir la surlace. Faujas fait remarquer qu'il arrive souvent que ces coques ne sont formées que par l'assemblage des cristaux de quarz, de sorte qu'en polissant leurs bases on met leurs sutures à découvert, et que l'eau intérieure s'échappe en suintant par ses légères fissures. C'est pour cette raison que les enhydres persistantes sont extrêmement rares et qu'elles sont très -recherchées par les amateurs. On les trouve particulièrement dans les volcans éteints du Vicentin, à Monte -Tondo, Monte-Galda, Monte- Berico, Monte-Maïn, San-Floriano , et dans les îles Féroé, qui sont aussi volcaniques. 1

Les agates creuses d'Oberstein et les enhydres du Vicentin sont des géodes par excellence; et quoique cette dénomination ait été appliquée à tous les échantillons de minéralogie qui présentent une cavité tapissée de cristaux, je ne crois pas qu'il soit juste de l'étendre aux lissures ou aux espèces de poches à cristaux qui se trouvent dans les filons et même au milieu des roches calcaires, non plus qu'aux silex des craies, qui doivent souvent leurs formes et leurs cavités aux animaux marins qu'ils ont remplacés et dont ils conservent encore les traces ou les empreintes. Je distingue, enfin, aussi des géodes proprement dites, les cavités des laves, qui ont reçu par infiltration évidente quelques substances étrangères qui s'y sont cristallisées çà et là sans former des coques ou des globules entiers. (Brard.)

GÉODIE, Geodia. (Spong.) Nouveau genre de corps organisés fort rapprochés de certaines éponges, et encore mieux des faux alcyons , établi par M. de Lamarck pour une seule espèce, qu'il regarde comme inédite et qui existe dans son cabinet. Les caractères qu'on peut assigner à ce genre sont : Corps libre ? polymorphe , tubériforme , creux et vide, charnu dans l'état frais, ferme et dur dans l'état sec, parsemé de pores enfoncés, épars dans toute sa circonférence, si ce n'est dans un espace isolé et orbiculaire où existe un

i Faujas , Classification des produits volca/iiques.

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amas de trous en forme de cellules. La seule espèce de ce genre, que M. de Lamarck nomme la Géo die bosselée , G, gib* herosa, est décrite, Ann. du Mus. , 1 , p. 234. Sa forme est arrondie, et elle est couverte de tumeurs et de tubercules inégaux. Elle est composée d'une chair qui empâte des fibres extrêmement fines. M. de Lamarck croit qu'elle vient des mers de la Guiane. (De B.)

GEODORUM. (Bot.) Genre de plantes monocotylédones, à fleurs incomplètes , irrégulières , de la famille des orchidées, de la gynandrie diandrie de Linnseus, offrant pour caractère essentiel : Une corolle à six pétales , cinq semblables et presque unilatéraux, le sixième en forme de capuchon, ventru , souvent éperonné à sa base , et non articulé avec la colonne des organes sexuels ; une étamine à deux lobes ; le pollen distribué en deux paquets avec un petit lobe en arrière. Le fruit est une capsule uniloculaire ; les semences nombreuses.

Ce genre comprend quelques espèces placées d'abord parmi les malaxis ou les limodorum. On distingue les suivantes:

Geodorum pourpre : Geodorum purpureum, Rob. Brown in Ait. , Hort. Kew., edit. nov.; Limodorum nubans, Roxb., Corom. . 1 , pag. 53 , tab. 40 : Malaxis nutans , \Villd. , Spec, 4 , pag. 95. Très -belle espèce, découverte par Roxburg sur la côte du Coromandel. Ses racines sont munies de bulbes arrondies , au nombre de deux ou trois, placées l'une au-dessus de l'autre, garnies en -dessous de fibres charnues; les feuilles inférieures sont vaginales à leur base, puis élargies, ovales, longues de huit à dix pouces , larges de cinq , entières , aiguës , traversées par cinq nervures ; les hampes , beaucoup plus longues que les feuilles, sont garnies dans toute leur longueur de gaines alternes, aiguës; les fleurs disposées, â l'extrémité des hampes , en un épi pendant , long de quatre pouces, chargé de fleurs nombreuses, éparses, presque sessiles , assez grandes ; la lèvre ou le pétale inférieur ovale , aigu.

Geodorum dilaté : Geodorum dilatatum , Ait. , Hort, Kew. , L c; Limodorum recurvum , S wartz,JVo*'. act, Ups., 6 , pag. 79; - Roxb., Corom., 1, pag. 33, tab. 5 9. Cette espèce a des bulbes charnues, striées, assez grosses; elles produisent de

grandes feuilles , presque toutes radicales , élargies , nerveuses , lancéolées, un peu aiguës, une fois plus longues que les hampes j celles-ci sont courtes, simples, cylindriques, enveloppées d'écaillés alternes , vaginales. Les/leurs sont disposées en une grappe courte , terminale, un peu globuleuse , fortement recourbée ; ces fleurs sont nombreuses , pédicellées , presque en ombelle: la corolle blanche, un peu jaunâtre; les pétales égaux , ovales , lancéolés ; la lèvre ou le pétale inférieur élargi , arrondi, un peu crénelé à son sommet, muni d'un éperon très-court. Cette plante a été découverte dans les Indes orientales. Andrew, dans son Botan. Repos., tab. 626, en a figuré une autre espèce, sous le nom de geodorum citrinum. (Poir.)

GEOFFRjEA. (Bot.) Genre de plantes dicotylédones, à fleurs complètes, papillonacées , de la famille des légnmi* neuses, de la diadelphie décandrie de Linnaeus , offrant pour caractère essentiel: Un calice à cinq découpures, une corolle papillonacée ; les ailes et la carène presque égales ? dix étamines diadelphes; un style; un drupe ovale, marqué d'un sillon de chaque côté, renfermant uu noyau bivalve, monosperme.

Ce genre comprend des arbres ou arbustes à feuilles ailées avec une impaire ; les rameaux sont nus ou armés d'épines, les fleurs disposées en grappes paniculées. 11 faut ajouter à ce genre, comme espèce, Vandira racemosa, rangé parmi les geoflrœa. Lamck. , III. gen. , tab. 604 , fig. 1. (Voyez Angeljn.)

Geoffraa épineux : Geoffrœa spinosa, Willden. , Spec, 3 , pag. 1129; Lamck., lll. gen. , tab* 604, fig. 3; 3acq. , Stirp. Amer., tab. 180, fig. 62: Umari, Encycl. , vol. 8; Ulmari , Marcgr. , Bras., i2j. Arbre d'environ douze à quinze pieds de haut, garni de rameaux diffus, presque en buisson, armés de quelques épines subulées, souvent longues d'un pouce; les feuilles ailées, composées d'environ sept paires de folioles oblongues, opposées, entières, glabres, obtuses. Les fleurs sont d'un blanc sale ou jaunâtre, d'une odeur un peu désagréable, disposées en grappes simples, touffues, axi Maires, longues de trois à quatre pouces; le calice cainpanulé , comprimé et anguleux à un de ses côtés, divisé eu cinq découpures presque égales; les deux supérieures diver*

gentes, un peu arrondies, aiguës; les trois inférieures phis profondes, ovales-lancéolées, acuminées; la corolle un peu plus longue que le calice : le fruit est un drupe assez semblable à celui de l'amandier , d'un jaune verdàtre ; l'écorce légèrement tomenteuse , renfermant une pulpe molle , douce , un peu jaunâtre, d'une odeur désagréable; un noyau fortement adhérent à la pulpe , et renfermant une amande blanchâtre , d'une saveur astringente. Cet arbre croît au milieu des grandes forêts, dans les terrains sablonneux peu distans des côtes maritimes , à la Jamaïque et dans les environs de Carthagène.

Geoffr.ea sans épines: Gtoffrœa înermis , Swartz , Prodr., 106, et Fl. Ind, occid., 3, pag. 1 2 55 ; Wright, Act. Angl., 1777, vol. 67 , tab. 10. Arbre d'une médiocre grandeur, revêtu d'une écorce un peu glauque et cendrée; ses rameaux sont lisses, étalés, cylindriques, dépourvus d'épines; les feuilles ailées, presque longues d'un pied, composées de cinq à huit paires de folioles coriaces, ovales-lancéolées, glabres, entières, acuminées, pédicellées; deux stipules axi 11 aires à la base du pétiole commun ; deux autres subulées à la base des folioles. Les fleurs sont très- nombreuses , disposées en une ample panicule droite, terminale, très-rameuse; le calice urcéolé , pubescent, un peu rouillé, àcinq dents droites, courtes, aiguës, presque égales; la corolle purpurine; l'étendard échancré , arrondi, onguiculé, un peu denticulé à ses bords; les ailes conniventes à leur sommet avec de petites dents latérales. Le fruit est pédicelié , orbiculaire, un peu dur, unilocftlaire. Cette espèce croit à la Jamaïque, sur le bord des fleuves , à Porto - Hicco , etc.

Geoffr/Ea tomenteuse; Geoffrœa tomentosa, Poir. , Encycl. suppl. Espèce découverte au Sénégal par M. Roussillon. Ses rameaux sont épais, cylindriques, un peu comprimés, irrégulièrement anguleux à leur partie supérieure; revêtus d'un duvet tomenteux, cendré ou jaunâtre ; garnis de feuilles éparses, fort longues, ailées avec une impaire, composées de neuf à onze folioles distantes , presque sessiles , membraneuses, ovales - lancéolées , longues de deux ou trois pouces sur environ un pouce de large, vertes, glabres en- dessus, un peu jaunâtres et tomenteuses en-dessous, entières, obtu-

ëes t les pétioles pubescens /renflés et presque calleux à leur base. Les fleurs sont disposées en grappes latérales, presque simples, longues de quatre à six pouces, couvertes d'un duvet tomenteux : chaque fleur pédicellée , un peu inclinée; leur calice velu , urcéolé , à cinq dents courtes; les pétales presque égaux.

GeoffrjEa a feuilles émoussées : Geoffrcea retusa , Poir. , EncycJ. : Lamck. , IU. gen», tab. 604, fig. a, a, b, etc. Cette plante a été observée à Cayenne par M. Richard. Ses rameaux sont glabres, cylindriques, garnis de feuilles ailées, composées de onze à treize- folioles opposées, pédicellées, coriaces, ovales, presque elliptiques, un peu arrondies à leur base, fortement émoussées et souvent échancrées à leur sommet , longues d'environ deux pouces sur un de large , glabres , vertes, luisantes en -dessus, d'un brun cendré en -dessous, à nervures simples, saillantes en-dessous. Les fleurs sont disposées en une panicule droite, terminale, assez ample, composées de grappes éparses, très-serrées, chargées de fleurs nombreuses ; leur calice un peu campanule , à cinq dents presque égales: les pétales de même longueur; l'ovaire oblong, pédicellé, aigu à ses deux extrémités; le style fortement recourbé; le stigmate aigu.

Le Geoffrœa surinamensis , Willden. , Spec, 3, pag. n3o, est une espèce peu connue, qui me paroît très-rapprochée du geoffrœa retusa. Ses rameaux sont sans épines; ses feuilles ailées, composées dé folioles ovales -oblongues, obtuses, échancrées ; la carène composée de deux pétales. Elle croît à Surinam. (Poir.)

GEOFFROY (lchthyol.), nom spécifique d'un crénilabre décrit par M. Risso et rangé par lui dans le genre Lutjan. Voyez Crénilabre. (H. C.)

GEOFFROY. ( Ornith. ) Cet oiseau du Sénégal est un de ceux dont on doit la connoissance à M. Geoffroy de Villeneuve, et M. Levai liant le lui a dédié en le décrivant, tom. 2 , p. go, de son Ornithologie d'Afrique, où il l'a fait figurer dans son jeune âge, et dans son état parfait, pl. 80 et 81. La dépouille de plusieurs individus existe dans le muséum d'histoire naturelle de Paris et dans d'autres cabinets ; et , d'après le crochet très-marqué qu'on observe au bec de

cet oiseau, vers l'extrémité de la mandibule supérieure, des naturalistes l'ont placé parmi les pie-grièches. C'est le lanius plumatus de Shaw, et M. Cuvier l'indique comme pouvant former, avec le manicup de Bu flou , pipra albifrons , Gmel. , qui n'a de commun avec les manakins qu'une réunion des deux doigts externes un peu plus prolongée qu'à l'ordinaire , une section distinguée par un bec droit et grêle, et par une huppe formée de plumes redressées.

M. JLevaillant , qui a examiné un assez grand nombre d'individus de la première de ces espèces, pense que les mœurs en doivent être bien différentes de celles des pie-grièches, et que les oiseaux dont il s'agit vivent en troupes, comme les étourneaux, et se nourrissent de la même manière, en cherchant leur pâture dans les lieux humides , où la couche terreuse qu'il a trouvée sur le bec de plusieurs lui a fait présumer qu'ils l'enfonçoient pour en retirer des vers et d'autres insectes. La forme droite et alongée du bec, dont les côtés sont aplatis, lui a aussi paru établir d'autres différences génériques avec les pie-grîèches , et ce sont ces considérations qui auront sans doute déterminé M. Vieillot k former de cet oiseau un genre particulier sous le nom de prionops, en françois bagadais, quoique ce dernier terme fût déjà consacré à désigner un pigeon mondain.

Quoi qu'il en soit, les caractères assignés par MM. Vieillot et Levaillant à ce genre, dans lequel le manicup n'est pas compris, consistent dans un bec à base large, aplatie endessous, et garnie en-dessus de plumes dirigées en devant, tendu et très-comprimé par les côtés; la mandibule supérieure échancrée et crochue vers le bout; l'inférieure retroussée et amincie à la pointe; les narines oblongues, couvertes de plumes, dont une partie se hérisse sur le front; les paupières larges et déchiquetées en forme de dentelures qui se rabattent autour de l'œil; les ailes à penne bâtarde courte, et la deuxième rémige la plus longue.

Le Bagadais Geoffroy, Prionops Geoffroii, Vieill., est de la taille d'une grive : le bec est noir; les paupières sont îaunes, ainsi que les pieds et les ongles. La tête est ornée d'une huppe molle, qui se rejette en arrière, et qui paroît à M, Levaillant devoir se relever à volonté; les plumes

de cette huppe, du capistrum et des joues, sont blanches; celles qui couvrent la tête et les oreilles, sont d'un noir tirant sur le gris-, la gorge, le cou, la poitrine, les flancs et le dessous des ailes et de la queue, sont d'un blanc de neige; le manteau, les scapulaires et les ailes, sont d'un noir à reflets bleuâtres, à l'exception d'une large bande blanche qui fait partie des grandes couvertures; les deux pennes extérieures de la queue sont de cette dernière couleur, et les autres deviennent de plus en plus noires à mesure qu'elles se rapprochent du centre. Les femelles se reconnoissent à des teintes plus cendrées, à une huppe plus petite, et à des paupières moins larges. (Ch. D.)

GEOGLOSSUM, Geoglosse. (Bot.) Les espèces de ce genre de la famille des champignons, établi par M. Persoon , avoient été comprises par les botanistes dans le genre Clavaria, dont elles diffèrent par leur forme aplatie, dilatée vers le sommet, qui peut être considéré comme une sorte de chapeau en forme de petite massue comprimée ou de langue, qui se confond avec le stipe , et dans lequel on observe des utriculcs distinctes.

Ces champignons sont charnus, simples ou fourchus, et croissent en automne, à terre ou sur le terreau formé par les arbres pourris, dans les jardins, les pâturages, les bois, etc. Le nom générique de geoglossum (terre et langue, en grec) rappelle leur forme et leur habitation. Les individus sont ordinairement épars; quelquefois, cependant, on en trouve une grande quantité réunie sur un très -petit espace. Le nombre des espèces est de sept , selon M. Persoon ; mais Linck , Fries, etc., ont augmenté ce nombre, soit par la découverte de nouvelles espèces, soit en démontrant que quelques autres espèces de clavaria dévoient y être ramenées. Le nombre des espèces peut être porté à quatorze. Linck a légèrement modifié les caractères de ce genre , et il en résulte que dans quelques espèces le chapeau et le stipe sont distincts.

Un très-petit nombre d'espèces ont été observées en France, et presque toutes dans le Nord. Les deux suivantes sont les plus communes.

Geoglossum langue-de-serpent : Geoglossum glabrum, Pers. , Synop. , 608 i Clavaria ophwglossoidcs , Linn. ? Decund. , Fl.

fr. , d.° 265; Bull., Champ., pag. 195, tab. 372 : Langue de serpent, Paulet , Trait. , 2, pag. 429, pl. 196, fig. 2; Vaill. , Par., pl. 7 , fig. 3. Cette espèce a la forme d'une langue de serpent, tantôt simple, tantôt fourchue, le plus souvent contournée et creusée en spirale. Elle a deux ou trois pouces de longueur sur deux ou trois lignes de largeur. Sa couleur extérieure est le noir ou le noir brunâtre; mais elle est blanchâtre à l'intérieur. Sa consistance est sèche et sa surface parfaitement glabre , caractère distinctif entre cette plante et la suivante ; Ton observe à sa surface une poussière noire très- fine, qui tombe d'elle-même lorsqu'on pose le champignon sur une glace.

Cette plante est commune en automne aux environs de Paris : elle croît à terre ; nous Pavons aussi observée sur de vieilles poutres pourries de la machine de Marly , et sur des souches décomposées du sorbier des oiseleurs. Dans les prairies tourbeuses du Hartz , on en trouve une variété noire , remarquable par la longueur de son stipe , distinctement écai lieux.

Geoglossum velu : Geoglossum hirsutum, Pers. , Synops. , 608 ; Clavaria ophioglossoides , Sowerb. , Fung., pl. 83. Cette espèce est très -voisine de la précédente; elle s'en distingue par sa surface velue : elle est noire; croît en touffes; elle est comprimée et unie à son extrémité : dans une variété elle est arrondie et plissée. Cette espèce se trouve dans les bois et les prairies. (Lem.)

GEOGNOSIE. (Min.) La géognosie a proprement pour objet la connoissance du globe terrestre, c'est-à-dire, delà nature, de la disposition et de tous les accidens des masses minérales dont il est formé.

Cette science naquit seulement avec Saussure, Pallas, "Werner, Dolomicu, Faujas, Spallanzani. Elle se distingue ainsi de la géologie,, dont les systèmes remontent aux premiers âges de la civilisation.

Le mot géognosie, sorti de l'école allemande, commence à remplacer en France celui de géologie, dont l'application est moins précise. Voyez Terre, Terrains, Gisk.men-s. (Brard.)

GÉOGRAPHIE. (Conchyl.) On trouve quelquefois désigné sous ce nom le cône Baocaâd de Soie. Voyez Cône. (DeB.)

GÉOGRAPHIE BOTANIQUE. (Bot,) On désigne sous le nom de géographie botanique l'étude méthodique des faits relatifs à la distribution des végétaux sur le globe , et des lois plus ou moins générales qu'on en peut déduire. Cette branche des connoissances humaines n'a pu exciter l'attention des observateurs que depuis que la géographie et la botanique, enrichies par un grand nombre de faits, ont su s'élever à des idées générales. Les anciens naturalistes avoient fort négligé l'étude et même l'indication des patries des plantes. Linnseus est le premier qui ait pensé à les indiquer dans les ouvrages généraux ; il est le premier qui ait donné et le précepte et le modèle de la manière de rédiger les Flores ; il est le premier surtout qui ait distingué avec soin les habitations , c'est-à-dire les pays dans lesquels les plantes croissent , et les stations , c'est-à-dire la nature particulière des localités dans lesquelles elles ont coutume de se développer. C'est donc de Linnœus que sont réellement sorties les premières idées de géographie botanique.

Depuis cette époque, tous les botanistes ont indiqué avec plus de précision la patrie des plantes, et quelques-uns même ont fait de cette étude l'objet de leurs recherches spéciales. Ainsi Giraud-Soulavie , dans son Histoire naturelle de la France méridionale, publiée en 1783, et Bernardin de Saint-Pierre , dans ses élégantes Études de la nature , ont présenté à cet égard quelques considérations intéressantes, mais dépourvues de cette exactitude qui fixe l'attention des savans et qui seule constate la vérité. M. Link1, en 1789, a fait connoitre les plantes qui lui paroissent propres aux terrains calcaires. M. Stromeyer*, en 1800, a présenté sur la géographie botanique le plan d'un travail qui fait connoitre toute l'étendue de la science, et qui fait regretter qu'elle n'ait pas été étudiée plus tôt. M. Lavy3, en 1801 , a classé les plantes du Piémont relativement à leur ordre géographique.

1 Link, Flora Gattfhgensis spécimen ; in-8.° Gœttingœ , 1789.

2 Stromejer, Commentaiio sislens hislorùe vegetabilium géographie* spécimen; in-8.° Garitingœ } 1800.

3 Lavy, Station es ptantarum Pedemontio indigenarum ; in- 8.° Taurinîj 1801.

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M. kiehnan en 1804, a publié quelques observations intéressantes sur la végétation des Alpes. J'ai moi-même, puisque l'ordre chronologique me force à me citer ici, exposé d'une manière abrégée, dans la Flore Françoise1, quelques observations générales déduites de l'étude des plantes de France, et j'ai, depuis, ajouté à cette base quelques détails ultérieurs, soit dans les rapports de mes voyages3, soit dans l'article Géographie botanique et agricole du Dictionnaire d'agriculture 4 , soit enfin dans le 3.e volume des Mémoires de la société d'Arcueil , publié en 1817. M. Bossi a fait à la Lombardie l'application de la méthode que j'avois proposée pour la France5. Mais l'ouvrage le plus précieux que nous possédions sur la géographie des plantes /le seul, peut-être, qui l'ait fait entrevoir dans toute son étendue , est la Géographie des plantes que M. de Humboldt a publiée dans son Tableau physique des régions équatoriales6, auquel on doit joindre quelques développemens insérés dans ses élégans Tableaux de la nature 7; ouvrages remarquables par le grand nombre de faits qu'ils font connoitre , et par leur heureuse liaison avec les lois les plus importantes des sciences physiques. Dès-lors la géographie botanique prit une marche plus assurée. M. Wahlenberg, dans sa Flore de Laponie8, et ensuite dans ses Essais sur la végétation de la Suisse 9 et des monts Carpathes10, a développé l'histoire générale des végétaux de ces trois pays avec une sagacité remarquable.

1 Kiclman, Dissertatio de vegetatione in regionibus Alpinis \ in-8.' Tubingœ, 1804.

2 Flore fiançoise, 3.' édition , i8o5, vol. 2, p. 1 , avec une carte géographique.

3 Rapports des voyages botaniques et agronomiques dans les départeinens de la France, imprimés parmi ceux de la Société d'agriculture de Paris ; 1808 •— 1814.

4 Dictionnaire d'agriculture , chez Déterville , à Paris , 6 vol. , 180g.

5 Giornale delta sori et à d'incoragemenlo del regno d' flatta , n.° 7.

6 Essai sur la géographie des plantes; 1 vol. in.4.0, Paris, 1807.

7 Tableaux de la nature, traduits par Eyriaa ; 2 vol. in-ia. Paris, j8o8.

8 Flot a Laponie a , 2 vol. in- 12. Beiolini, 1812.

9 De vegetatione et climat* Hehetiœ tentamen , in-8.* Tiguri , i8i3.

10 Flora Carpatkorum principal ium ; in-8.' Gœttingts, i8»4.

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M. Robert Brown a fait connoître plusieurs généralités piquantes sur la géographie botanique de la Nouvelle - Hollande « et de la partie d'Afrique voisine du Congo % et a , dans ses divers Mémoires, comme c'est le propre de son talent, ouvert aux botanistes une nouvelle route. M. Schouw3 a cherché à démêler, au milieu des faits nombreux et divers qui semblent se contredire , si Ton pouvoit admettre que chaque espèce de plante eût pris naissance dans un seul lieu; il prépare , sur la géographie des plantes de l'Italie, un travail que les botanistes attendent avec impatience. M. Boué4 a publié quelques considérations utiles sur la manière d'étudier la Flore d'un pays donné, et lésa appuyées sur l'exemple de l'Écosse. M. Winch5 a fait un travail presque analogue sur quelques parties de l'Angleterre. M. Léopold de Buch, après avoir indiqué, dans son Voyage en Norwége, plusieurs faits curieux de géographie botanique , a publié un travail trèsintéressant sur la distribution des plantes dans les îles Canaries6, résultat de ses propres recherches et de celles de son ami Chr. Smith , dont la botanique a pleuré depuis la mort misérable. Enfin, M. de Humboldt a recueilli, avec son talent ordinaire , tout ce que l'on connoît sur les bases de la géographie des plantes, et, en le combinant avec ses propres recherches, en a tracé, dans les Prolégomènes de la Flore d'Amérique 7 , le tableau le plus fidèle et le plus brillant.

A ces divers ouvrages il faut, pour avoir une idée complète de l'état actuel de nos connoissances , joindre cette

multitude immense de notes relatives à la patrie des plantes

1 General geographical remarks on the botany of Terra australis ; in-4.0 London, 1814.

2 Observations on the herbarium collected bj prof. Chr. Smith , in the vicinity of Congo; in-4.0 London, 1818.

3 De sedibus ptantnrum originariis sectio prima. Hapnias , 1816, in-8.-

4 De methodo Floram cujusdam regionis conducendi ; in-8.° Edinburgi , 1817.

5 Essai on the geographical distribution of plants through the counties of Northumbet land , etc.; in-8.° NewCastle , 1819.

i> Allgemeine Vebersicht der Flora auf den Canarischen Inseln. Berlin, 1819; in-4.0

7 Humboldt, Bonplané et Kunth , Nova plantarum gênera et species Americat , etc.; in-4 0 Paris, 101 5 et auir. )

qu'on trouve éparses dans les écrits des voyageurs, dans les collections des naturalistes , dans les Flores et les ouvrages généraux de botanique; j'oserai peut-être encore ajouter ici, que , par la manière dont j'ai récapitulé ces notes dans le Système universel du règne végétal , elles deviendront plus utiles dans l'avenir à l'étude de la distribution des plantes sur le globe.

Tels sont les ouvrages qui constituent la bibliothèque de la géographie botanique , et dont cet article doit être le résumé : j'y joindrai les considérations qui m'ont été fournies par l'examen attentif que j'ai fait, pendant sept années de voyages en France, de la distribution des plantes sur le soi qui nous entoure.

Je me propose de publier sous peu la statistique végétale delà France, qui contiendra, entre autres résultats de mes voyages, l'ensemble des faits observés sur la distribution des plantes sauvages et cultivées sur la surface de la France. L'article actuel peut être considéré comme l'introduction de cet ouvrage.

Toute la science me paroît se classer sous trois chefs généraux :

i.° L'influence que les élémens extérieurs exercent sur les végétaux, et les modifications qui résultent, pour chaque espèce , du besoin qu'elle a de chaque substance , ou des moyens par lesquels elle peut échapper à son action ;

a.° Les conséquences qui résultent de ces données générales pour l'étude des stations ;

3.° L'examen des habitations des plantes , et les conséquences qui en résultent relativement à l'ensemble de la science.

i.Te Partie. Influence des élémens ou agens extérieurs

sur les végétaux.

Nous devons examiner ici l'influence de la température , de la lumière , de l'eau , du sol et de l'atmosphère , et ne pas perdre de vue que , quoique pour la clarté de l'exposition nous devions les séparer, elles agissent cependant presque toutes à la fois.

A. Influence de la température.

De toutes ces influences la plus prononcée est la température. Cette action est tellement claire qu'elle est connue de tout le monde , et qu'en l'analysant je ne puis que classer des faits la plupart triviaux.

La température influe sur les végétaux, ou par une action purement physique sur leurs liquides et leurs solides, ou. par une action physiologique sur leur force vitale.

Considérée dans son action purement physique , la température dilate ou condense les parties des plantes , comme celles de tous les corps. L'influence sur les solides est peu manifeste ; celle sur les liquides est tellement évidente , qu'on peut établir en principe que l'action physique de la température sur les. végétaux ou les parties de végétaux est sensiblement proportionnée à la quantité de liquides aqueux qu'ils renferment. Ainsi , les organes qui ne renferment point de liquides, sont comme insensibles aux extrêmes du froid et du chaud : tels sont les bois à leur état parfait, et les graines complètement mûres. De là vient que les graines peuvent être transportées par des causes occasionelles dans des climats entièrement différens des leurs , et y conservent leur vie là où les plantes elles-mêmes périroient.

Mais, pour analyser les effets de la température sur les liquides des végétaux, il faut distinguer ceux qui sont hors du végétal et destinés à y pénétrer , et ceux qui sont déjà introduits dans son tissu.

Toutes les matières dont les végétaux se nourrissent, sont ou de l'eau , ou des substances dissoutes ou suspendues dans l'eau. Si la température est au-dessous de la congélation , l'eau, devenue solide, ne peut pénétrer dans le tissu, et la végétation est suspendue: si la température est trop élevée, le terrain se dessèche et ne fournit plus d'alimens. La première cause de stérilité s'observe au pôle et dans les hautes montagnes-, la seconde, dans les lieux très-chauds. Mais l'action de la température est très-sensible à la surface du sol , et Test moins à une certaine profondeur : d'où il résulte, 1 .° que , dans un terrain donné , les plantes à racines profondes résistent mieux aux extrêmes de la température que celles à

racines superficielles ; 2.0 qu'une plante donnée résiste mieux aux extrêmes de la température dans un terrain plus compacte, ou moins bon conducteur du calorique, ou moins doué de la faculté rayonnante, que dans un sol ou trop léger ou bon conducteur, ou rayonnant fortement le calorique. 3.° La nature des plantes et celle du sol étant données , les plantes résistent mieux au froid dans une atmosphère sèche, , et à la chaleur dans une atmosphère humide.

Quant aux liquides renfermés dans le tissu même du végétal, ils sont soumis aux lois générales de la physique. Le froid peut les atteindre au point de les congeler; et comme cette congélation est toujours accompagnée de dilatation , celle-ci , lorsqu'elle est brusque , rompt les parois des cellules ou des vaisseaux , et détermine ainsi la mort partielle des plantes. Si, au contraire, la chaleur est extrême, elle détermine une trop forte évaporation . d'où suit la flétrissure et le dessèchement. Voyons par quels mécanismes les plantes peuvent plus ou moins résister à ces effets.

Leur résistance contre la congélation se fonde sur la marche de leur nutrition. Leurs racines sont plongées dans un- sol dont la température est en hiver plus chaude que celle de l'air : elles absorbent donc , quoiqu'en petite quantité , un liquide qui, en s'introduisant dans leur tissu, tend à le réchauffer au point que l'intérieur des gros arbres est en général au même degré de température que celle indiquée par un thermomètre placé à la profondeur moyenne de leurs racines. Cette action s'étend jusqu'aux sommités, parce que les liquides ne se communiquent pas leur chaleur de molécule à molécule , et qu'ils ne peuvent la transmettre qu'avec lenteur aux substances ligneuses et mauvaises conductrices qui les entourent. 11 s'établit ainsi une lutte entre le froid extérieur de l'atmosphère et la chaleur interne de la séve. Les différences d'un arbre à l'autre tiennent essentiellement à la facilité plus ou moins grande avec laquelle la chaleur de celle-ci peut se dispenser. Ainsi, plus le nombre des couches interposées et distinctes par des zones d'air captif sera grand entre l'aubier (qui , renfermant plus d'humidité, est plus susceptible de gel) et l'extérieur, plus les arbres pourront résister au froid : c'est ainsi que les vieux arbres

résistent mieux au froid que les jeunes' ; c'est ainsi que les bouleaux, dont l'écorce présente un grand nombre d'épi" dermes superposés , résistent à des froids étonnans ; c'est ainsi que la plupart des arbres monocotylédones , étant privés d'écorce , vivent moins bien dans les climats froids que les dicotylédones; c'est ainsi que les jeunes pousses résistent bien mieux au froid lorsque, dans leur premier développement, elles sont abritées par des bourgeons écailleux que lorsqu'elles sont à nu , etc.

2.0 Plus les couches extérieures sont dépourvues d'eau et abondamment munies de matières charbonneuses ou résineuses, plus aussi les végétaux résistent au froid : ainsi les plantes grasses gèlent assez facilement ; ainsi les conifères résistent à des froids très- vifs, tandis que les arbres verls non résineux gèlent à des degrés de froid peu intenses; ainsi les jeunes pousses, imbibées d'eau au printemps, gèlent à des degrés* de froid qu'elles supportent en automne, lorsqu'elles sont moins aqueuses; ainsi les arbres gèlent moins facilement après un été bien chaud, qui a, comme disent les jardiniers , parfaitement aoûté leurs pousses, qu'après un été froid et pluvieux , où les pousses n'ont pas acquis toute leur dureté.

Toutes ces causes combinées, soit entre elles, soit avec l'état particulier de chaque organe, soit avec la nature du tissu intime de chaque végétal , expliquent assez bien la diversité d'action d'un même degré de froid sur des végétaux divers. Si nous examinons de la même manière l'action d'une température trop élevée , nous verrons que certains végétaux, tels que les bois très-durs, y résistent, parce que, renfermant peu de sucs aqueux, ils offrent peu#de matière à évaporer; d'autres, comme les plantes grasses, parce qu'elles sont douées d'un très-petit nombre d'organes évaporatoires; d'autres, comme les herbes des lieux humides, parce qu'elles pompent promptement une quantité d'eau suffisante pour suppléer aux effets de l'évaporation.

1 L'aiédarach. jeune, gèle souvrnt, à Montpellier, à 3 ou 4 degrés^ et je l'ai tu, plus âgé ,. supporter sans périr un froid de i5 (therui. centigr. ) dans le jardin botanique de Genève.

Quoique ce soit par des causes très -complexes que les végétaux résistent aux actions extrêmes du froid et du chaud, et que par leur réunion on pût peut-être expliquer complètement pourquoi telle plante gèle là où une autre trèssemblable ne gèle pas; il seroit, je pense, impossible d'expliquer, par ces simples considérations de physique, pourquoi , entre les limites mêmes où la végétation est possible , des plantes différentes requièrent des degrés de chaleur différens , en sorte que telle graine germe à 5 ou 6°, et que telle autre en exigera 20 ou 3o pour se développer. Cette diversité, qu'on retrouve dans les animaux , doit, très-probablement, dans les deux règnes organiques , être rapportée à l'intensité de l'excitabilité de la libre ou du tissu de chaque espèce. Le problème se complique donc de causes physiques appréciables et de causes physiologiques que nous sommes obliges d'admettre, quoique nous ne puissions en rendre compte avec la même précision.

L'influence de la température sur la géographie des plantes doit être étudiée sous trois points de vue : i.° la tempéra* ture moyenne de l'année ; 2.0 les extrêmes delà température, soit en froid , soit en chaud ; 3.° la distribution de la température dans les différens mois de Tannée.

La température moyenne, qui pendant long-temps a été l'objet presque unique des physiciens, est en réalité la donnée la moins importante pour la géographie des plantes : à ne la considérer que comme une indication vague , elle est d'un emploi assez commode ; mais la même température moyenne peut être déterminée par des circonstances tellement différentes, que les conséquences et les analogies qu'on en voudront déduire sur la végétation , seroient très-erronées.

On tire des résultats plus bornés, mais plus exacts, de l'étude des points extrêmes de la température : ainsi toute localité qui, ne fût-ce que de loin en loin, présente ou un froid ou une chaleur d'une certaine intensité, ne peut présenter à l'état sauvage les végétaux incapables de supporter ce degré extrême. Lorsque ces températures exagérées ne reviennent qu'à de longs intervalles, l'homme peut maintenir dans le pays la culture d'un végétal qui ne sauroit s'y maintenir sauvage , soit parce que , à chaque fois qu'il est

détruit par la rigueur exagérée de la saison, il le rétablit par des graines ou des plantes tirées de pays plus tempérés; soit parce que, dans ces momens critiques, il l'abrite contre l'intempérie de l'air; soit, enfin, parce que l'agriculteur ne demande pas toujours aux plantes qu'il cultive de porter des graines fertiles. C'est ainsi que la vigne , l'olivier et la plupart de nos plantes cultivées végètent très-bien pour notre usage dans des climats dont il seroit impossible qu'elles supportassent les hivers, si elles étoient livrées à elles-mêmes : c'est une des causes qui établit une différence absolue entre la géographie agricole et la géographie botanique.

Dans cette dernière , qui nous occupe essentiellement ici, les plantes ne peuvent s'établir à demeure dans un pays que lorsque ce pays ne présente pas , même de loin en loin , des causes de destruction complète. Ainsi , quelle que soit la température moyenne, une plante ne peut vivre sauvage dans un climat où, ne fût-ce que tous les vingt ans, elle v i end roi t à geler ; ou , si quelques graines y sont portées par des causes accidentelles, elles n'ont jamais le temps de s'y établir d'une manière fixe. Les plantes annuelles, qui n'ont d'autre moyen de réproduction que leurs graines, sont complètement exclues de toute localité où une intempérie quelconque peut, ou les tuer, ou seulement empêcher la production de leurs graines: aussi sont-elles exclusivement bornées aux régions tempérées. Les végétaux vivaces peuvent encore vivre sauvages dans des climats qui ne leur permettent pas toujours de produire des graines; celles qui sont douées de moyens particuliers de réproduction par les racines, peuvent vivre même dans des climats où elles ne sauroient presque jamais donner des graines fertiles.

Sous ces divers rapports, et sous plusieurs autres, la distribution de la température dans les mois de l'année est la partie la plus importante de cette étude.

11 est des climats éminemment uniformes, dans lesquels une certaine température moyenne est produite £ar un hiver doux et un été frais : tels sont en général tous les pays maritimes; ce qui tient à ce que leur température est continuellement ramenée près de la moyenne par la mer, ce vaste réservoir de température constante , qui les rafraîchit

l'été et les réchauffe l'hiver : telles sont encore , sans qu'on en connoisse bien les raisons, les parties occidentales des deux continens de l'hémisphère boréal, et, jusques a un certain point, la presque-totalité de l'hémisphère austral. Au contraire, une même température moyenne peut être produite par la combinaison d'hivers très -froids avec des étés trèschauds : c'est ce qu'on observe dans les pays continentaux comparés aux pays maritimes, dans les parties orientales des continens comparées aux occidentales , dans l'hémisphère boréal comparé à l'hémisphère austral. * ,

Les plantes annuelles, qui ont absolument besoin de chaleur pendant l'été pour mûrir leurs graines, et qui peuvent passer l'hiver endormies , pour ainsi dire , à l'état de graines et indifférentes au froid de l'hiver, préfèrent les climats de la seconde série; les plantes vivaces, qui peuvent mieux se passer de mûrir leurs graines, et qui redoutent les grands froids de l'hiver, préfèrent ceux de la première. Parmi celles-ci, les plantes qui perdent leurs feuilles s'accommodent mieux des climats inégaux , et les plantes toujours vertes préfèrent les climats égaux.

Si de ces données générales on descend dans les détails , on concevra facilement comment la température de chaque saison en particulier, comment la durée de la chaleur dans certaines époques de l'année ou de la journée (durée que nos tableaux météorologiques ne représentent que d'une manière imparfaite) , peuvent exclure tel ou tel végétal de chaque localité. Je n'ai pu , pressé par l'espace, indiquer ici que les principes et la marche du raisonnement : ceux qui voudront étudier ce sujet curieux d'une manière approfondie, doivent lire et méditer le beau travail de M. de Humboldt sur les lignes isothermes , inséré dans le 3.e volume des Mémoires de la société d'Arcueil.

B. Influence de la lumière.

L'influence de la lumière solaire sur la végétation est presque aussi importante que celle de la température, et, quoiqu'elle influe un peu moins que la précédente sur la distribution géographique des végétaux, elle mérite cependant une mention très-particulière.

La lumière est l'agent qui opère le plus grand nombre des phénomènes de la vie végétale. i.° Elle détermine une grande partie de l'absorption de la séve; les plantes pompent peu d'humidité pendant la nuit et à l'obscurité. 2*° Elle détermine complètement l'émanation aqueuse des parties vertes des plantes; celles-ci n'exhalent point ou presque point d'eau pendant la nuit ou à l'obscurité, tandis que cette exhalaison est très -considérable de jour et surtout aux rayons directs du soleil. 3.° La lumière détermine, sinon absolument dans tous les cas, au moins dans presque tous ceux qu'on commît biçn et qui nous intéressent le plus; la lumière détermine , dis-je, dans le parenchyme des parties vertes, la décomposition de l'acide carbonique , et conséquemment la fixation du carbone dans les végétaux, la coloration des parties vertes, le degré de leur consistance et de leur alongement, l'intensité des propriétés sensibles, et, enfin, la direction de plusieurs organes. 4.0 Elle est une des causes principales, et peut-être l'unique, des mouvemens singuliers connus sous le nom de sommeil des feuilles et des fleurs. 5.° Pendant l'absence de la lumière les parties vertes absorbent une certaine quantité de gaz oxigène , déterminée pour chacune d'elles dans un temps donné.

Quoique ces diverses influences s'exercent sur presque tous les végétaux, elles ne s'exercent pas sur toutes les espèces au même degré , et c'est de cette diversité même que naît le besoin qu'a chaque végétal d'une dose particulière de lumière.

A considérer le globe dans sa totalité , la lumière est en moyenne plus également répartie que la chaleur; mais elle offre des disparates importantes dans son mode de répartition. Dans les pays situés près de Téquateur, une lumière intense, parce qu'elle agit plus perpendiculairement , éclaire les végétaux à peu près également toute l'année pendant douze heures chaque jour. A mesure qu'on s'éloigne de l'équateur et qu'on s'approche du pôle, l'intensité des rayons devenus plus obliques va en diminuant; mais, par la distribution de ces rayons, la lumière manque presque complètement pendant l'hiver, où l'absence de végétation la rendroit presque inutile aux plantes, et est presque continue pendant la durée de la végé~ 18. 24

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tation , de sorte que sa continuité compense en téut ou en partie son intensité. Quoique les conséquences de la continuité de la lumière n'aient pas encore été suffisamment étudiées , on voit déjà , d'après cette donnée générale , qu'indépendamment de ce qui tient à la température , les plantes qui perdent leurs feuilles peuvent mieux supporter les pays septentrionaux , et que celles à végétation continue doivent avoir un plus grand besoin des régions méridionales. Les plantes dont les feuilles et les fleurs conservent habituellement la même position , peuvent vivre dans les climats du nord , où la lumière est presque continue en été; tandis que c'est dans les climats méridionaux qu'on trouve et qu'on doit trouver les espèces qui sont remarquables par le sommeil et le réveil alternatif de leurs feuilles ou de leurs fleurs , mouvement qui est en rapport avec l'alternative des jours et des nuits.

Dans les pays situés au niveau de la mer, les rayons solaires ne parviennent aux végétaux qu'au travers d'une épaisse atmosphère, qui éteint, pour ainsi dire, une partie de leur éclat ; à mesure que l'on s'élève sur les sommités des montagnes, l'action de ces rayons est plus intense, parce que l'atmosphère est moins épaisse : d'où il résulte que , sous chaque latitude donnée , les espèces qui ont besoin en proportion de plus de lumière que de chaleur , doivent occuper le sommet des montagnes , et celles qui veulent plus de chaleur que de lumière doivent demeurer dans les plaines. Tous ceux qui ont tenté de cultiver les plantes des Alpes dans les plaines, savent combien il est difficile d'imiter cette station et de leur donner de la clarté sans trop de chaleur. . Enfin , dans chaque pays déterminé , les plantes se distribuent entre les diverses localités , d'après le besoin qu'elles ont d'une certaine quantité de lumière , et le point auquel chacune d'elles peut, sans trop souffrir, supporter un certain degré d'obscurité. Ainsi, toutes les plantes à feuilles trèsaqueuses, qui ont besoin de beaucoup d'évaporation ; toutes les plantes grasses qui , ayant très-peu d'organes évaporatoires . ont besoin d'un stimulant pour déterminer sûrement leur action; toutes celles qui sont d'un tissu très-abondant en carbone f ou qui ont des sucs très-résineux ou huileux, ou qui

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offrent une grande étendue de surfaces vertes, etc., ont besoin de beaucoup de lumière et se trouvent dans les lieux découverts : les autres, selon qu'elles s'écartent davantage de ces conditions, vivent ou a l'ombre légère des buissons , ou à celle plus forte des haies ou des murs, ou à celle des forets (qui varient entre elles selon la nature des arbres) , ou , comme le font certains champignons, dans les cavernes et à l'obscurité totale. On a encore peu étudié les végétaux relativement à la dose de lumière dont ils ont besoin ; mais je ne doute pas qu'il n'y ait, à cet égard, de grandes diversités, et qu elles ne puissent expliquer celles des stations : ainsi j'ai vu des fougères rester vertes dans des caves où les autres plantes étoient toutes étiolées; ainsi j'ai vu la lumière artificielle des lampes produire des effets très-divers sur différens végétaux exposés à son action. Ce sujet seroit digne des recherches de quelques observateurs exacts. Les époques même où une certaine dose de lumière parvient aux végétaux, quoique moins variables que ce qui tient à la température , présentent encore quelque intérêt. Ainsi, par exemple, les mousses et les arbustes toujours verts , comme le houx , qui végètent principalement en hiver , vivent très-bien dans les forêts d'arbres qui perdent leurs feuilles , où ne pourroieut vivre des plantes qui végètent surtout pendant l'été.

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