‹ Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite méthodiquement des différens êtres de la nature, considérés soit en eux-mêmes, d'après l'état actuel de nos connoissances, soit relativement à l'utilité qu'en peuvent retirer la médecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus célèbres naturalistes (volume 2)Chapitre 69 sur 96 · M GEO · texte numérisé non relu

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étend ses recherches sur un espace plus étendu, on voit souvent cette même plante vivre, sous un climat différent, dans ce terrain qu'elle dédaignoit ailleurs. Je pourrais citer une foule d'exemples à l'appui de ers diverses assertions î ainsi on dit que le buis ne croit que dans' les terrains calcaires , et il est vrai qu'il paroi t les préférer; mais je l'ai trouvé en abondance dans les schistes argilo - calcaires des Pyrénées, et il n'est complètement exclu ni des granités de la Bretagne, ni des terrains volcaniques de l'Auvergne. On dit que le châtaignier ne croU point dans les pays calcaires , et il y est en effet plus rare qu'ailleurs-, cependant on trouve de beaux châtaigniers des deux cMês du lac de Genève, au pied des montagnes calcaires du Jura et du Chablais. M. Carradori a trouvé', par des expériences de laboratoire, que la magnésie pure est un poison pour la plupart des plantes; et M. Dunal, ayant été, à ma demande, visiter un point des environs de Lunel où le sol présente une grande quantité de magnésie presque pure , y a trouvé les mêmes plantes que dans le calcaire environnant, et leurs racines prospé^ roient dans les fentes de cette roche magnésienne. Sans nier donc entièrement l'influence de la nature chimique des terres (et j'ai, plus haut, en parlant des matières dissoutes dans l'eau, cité quelques exemples qui la prouvent), je pense qu'elle ne doit jamais être séparée des influences purement physiques, et qu'on lui a en général attribué une importance exagérée.

E. Influence de l'atmosphère. .

Plus nous avançons dans la carrière que nous nous sommes proposée , plus nous trouvons que tout est compliqué, qu'aucun effet ne peut être produit par une cause unique, qu'aucun agent n'opère d'une manière simple. Ainsi l'atmosphère peut agir ou simultanément ou séparément par sa composition accidentelle, c'est-à-dire par l'eau et les autres matières qu'elle renferme, suspendues ou dissoutes ; par son mouvement, par sa transparence et par sa densité. Je ne parle pas de sa -composition primitive , car les expériences les plus exactes ont prouvé que les proportions d'a/.ote et d'oxigèn* sont constamment les mêmes dans l'atmosphère; mais des. matières qui n'en font pas partie intégrante et nécessaire ,

s'y mêlent dans certains lieux, et la rendent plus ou moins

propre à certaines espèces de végétaux. Ainsi, comme cela a lieu dans certaines grottes ou certaines mines, les quantités de gaz acide carbonique ou d'hydrogène peuvent être assez considérables pour empêcher la végétation de toutes les plantes, ou pour ne permettre que celle de quelques-unes, ou plus robustes, ou plus avides de ces substances. Ainsi l'air chargé des émanations salines de la mer nuit à certains végétaux, et favorise au contraire le développement de ceux qui ont besoin de carbonate de soude, comme on le voit dans les vallées du midi de l'Europe, où Ton trouve des plantes maritimes, et où l'on peut cultiver de la soude à une grande distance de la mer, pourvu qu'elles soient ouvertes de son côté et exposées au vent marin.

Mais ces effets divers sont bornés à des localités peu étendues; l'influence la plus générale que l'atmosphère exerce sous le rapport des substances qu'elle renferme, est son influence hygroscopique. Elle est habituellement chargée d'eau, ou invisible et simplement appréciable par l'hygromètre, ou visible et à l'état de vapeur. On n'a encore qu'un petit nombre d'observations ou d'expériences exactes pour connoître, i.° si ces deux états de l'eau atmosphérique agissent d'une manière bien différente sur les végétaux; 2." pour déterminer l'influence sur les plantes d'une certaine quantité habituelle ou momentanée, continue ou variable, d'humidité atmosphérique. Les expériences, un peu vagues il est vrai, des cultivateurs, et les observations déduites de la distribution des plantes sur le globe, tendent à prouver que cette influence est assez importante : tel végétal prospère mieux, à égal degré (Je température, dans un air modérément humide; tel autre dans un air très-humide ou très-sec. C'est une des circonstances que la culture en plein air ne peut point imiter, que la culture des serres n'imite que d'une manière imparfaite, et qui influe, par conséquent , sur les difficultés que nous éprouvons à transporter les végétaux d'un pays dans l'autre. Par conséquent, elle doit agir aussi sur la géographie des plantes, et mérite plus d'attention que les voyageurs ne lui en ont accordé jusqu'ici. C'est en partie à cette cause que lient la différence de la végétation des pays maritimes et des

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pays continentaux, des montagnes et des plaines, etc. Les brouillards empêchent la fécondation des fleurs, et, par conséquent, telle plante ne pourroit prospérer habituellement dans un climat qui seroit trop souvent nébuleux à l'époque de sa floraison.

L'influence de l'agitation de l'air est bien connue dans les cas extrêmes, mais n'a pas encore été appréciée dans les détails. Tout le monde sait que les vents trop impétueux brisent ou déracinent les arbres, et leur effet est grave dans les pays où ces accidens sont intenses ou fréquens; il Test d'autant plus que Ja nature du sol est plus sablonneuse, et qu'il s'agit' d'arbres à tiges plus élevées, a branches plus ramifiées , à bois plus fragile , à feuilles plus larges, à fruits plus gros. Mais la stagnation absolue de l'air paroit aussi nuisible à la végétation : déjà plusieurs jardiniers avoient observé qu'on se trouve bien d'établir un peu de mouvement dans l'air des serres; et récemment M. Knight a prouvé que des arbres retenus immobiles croissent moins dans un temps donné que ceux qui sont soumis à l'action du vent. Quoiqu'on n'ait point encore assez apprécié cet effet pour savoir s'il agit sur la distribution des végétaux, je ne crois pas devoir le passer entièrement sous silence.

Mais , de toutes les influences de l'atmosphère , la* plus difficile peut-être à réduire à sa véritable valeur est l'action de sa densité, ou, ce qui est la même chose, l'influence de la hauteur absolue sur la végétation. J'ai déjà cherché à analyser cette influence de la hauteur dans uo Mémoire qui fait partie du troisième volume de ceux de la société d'Arcueil, et je me bornerai à indiquer les bases générales du phénomène.

La hauteur peut agir sur les végétaux, parce qu'elle a une action très-prononcée , et sur la température , et sur l'intensité de la lumière solaire, et sur l'humidité ambiante, et sur la rareté de l'air atmosphérique. . •. . , .

, A mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère , la température va en diminuant , d'après des lois aujourd'hui - assez bien connues des physiciens , et qui paroissent dépendre de ce que l'air rare a plus de capacité pour la chaleur que l'air dense. Les faits qui prouvent que l'abaissement de la tem-

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pérature dans les hautes montagnes est une des causes qui influent le plus sur la distribution des végétaux , sont les suivans.

u* La Bxité de la croissance naturelle de chaque plante à une élévation déterminée au-dessus du niveau de la mer, i est d'autant plus grande qu'il s'agit de pays plus voisins de l'équateur, d'autant moindre qu'il s'agit de pays plus tempérés : ce qui tient à ce que, plus on s'éloigne de l'équateur, plus l'exposition d'un lieu donné a d'influence sur sa température.

2.0 Dans les pays tempérés, comme la France, par exemple, les plantes qui sont peu affectées par la température et qui croissent à toutes les latitudes, croissent aussi à toutes les hauteurs où le terrain n'est pas couvert de neiges éternelles, depuis le niveau de la mer jusqu'au sommet des montagnes. J'ai recueilli environ sept cents exemples de cette loi : ainsi la bruyère commune, le genévrier, le bouleau, etc., croissent indifféremment au niveau de la mer et à 3ooo métrés de hauteur.

5.° Si des plantes qui, selon leur constitution, redoutent une température trop chaude ou trop froide, croissent à des latitudes diverses, on observe que c'est à des hauteurs telles que l'effet de l'élévation puisse compenser celui de la latitude ï ainsi, les plantes des plaines du Nord croissent dans le Midi sur les montagnes.

4.0 Les plantes cultivées en grand suivent des lois tout-àfait correspondantes aux précédentes : celles qu'on cultive à toutes latitudes, végètent aussi à toutes hauteurs; celles qu'on ne trouve qu'à des latitudes déterminées, s'arrêtent aussi à des hauteurs proportionnelles : la pomme de terre, qui vient si bien dans nos plaines, se cultive, au Chili, jusqu'à 3 600 mètres d'élévation ; l'olivier, qui n'atteint nuUe part 44° de latitude, ne s'élève pas au-dessus de 400 mètres de hauteur.

5.° L'élévation au-dessus du niveau de la mer établit, dans la comparaison de la température des saisons, des effets assez analogues à ceux qui résultent de la distance de l'équateur, de sorte que les effets sur la végétation en sont d'autant plus analogues dans les deux cas.

A mesure qu'on s'élève dans une ligne verticale, il résulte de la diminution de la densité de l'air, que l'intensité de la

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lumière solaire va en augmentant : cet effet est représenté dans la ligne des distances à l'équateur, parce que la continuité de la lumière pendant la durée de la végétation est d'autant plus grande qu'il s'agit d'une latitude plus élevée.

A mesure qu'on s'élève dans les montagnes, on voit l'hygromètre, par sa marche descendante, annoncer que l'humidité de l'air va en diminuant : le même effet général a lieu à mesure qu'on va de l'équateur au pôle.

Dans les montagnes couvertes de neiges éternelles et où les plantes sont arrosées habituellement avec de l'eau glacée, celles qui craignent les températures trop chaudes peuvent vivre â des hauteurs inférieures à celles que , sous la même latitude, elles supportent lorsqu'elles ne sont pas arrosées par de l'eau de neige.

* Il semble donc que , sous tous ces rapports , l'espèce de fixité des plantes à de certaines hauteurs tient éminemment il l'abaissement de la température d'après l'élévation. Le seul point de vue , purement théorique , d'après lequel on pourroit croire que la rareté de l'air a par elle-même une action directe sur la végétation , c'est le besoin qu'ont les végétaux d'absorber une quantité plus ou moins grande de gaz oxigène pendant la nuit par leurs parties vertes," et jour et nuit par leurs parties colorées. H n'est pas douteux qu'il y auroit un terme d'élévation où l'atmosphère, devenue trop rare , ne présenteroit pas assez d'air pour satisfaire à ce besoin des plantes; mais partout les montagnes se trouvent couvertes de neige avant que cet effet devienne sensible. Aussi voyons-nous les plantes qui ont besoin de la plus grande dose d'oxigène, tout comme celles qui ont besoin de la moindre , croître indifféremment dans les plaines et dans les montagnes. Si cette influence entre donc pour quelque chose dans la station des plantes à certaines hauteurs, elle ne me paroît pas appréciable au milieu de l'influence prédominante de la température de la lumière et de l'humidité. > La diminution de la pression de l'air peut encore, selon M. de Humboldt, agir en favorisant et en augmentant l'évaporation. Cet effet est certain en théorie ; mais je ne connois pas de moyens, dans les connoissances actuelles, pour en apprécier l'influence réelle.

Pour prouver combien, dans les climats tempérés, l'influence de la hauteur est moindre qu'on ne pourroit le croire , j'ai coté, dans une suite de tableaux qui font partie du Mémoire cité plus haut, les maxima et minima des hauteurs où j'ai trouvé une même espèce de plantes. Ces tableaux , où j'ai presque toujours négligé à dessein les exemples où la différence ne va pas à mille mètres, prouvent que l'influence des hauteurs est beaucoup moins grande qu'on ne l'avoit cru.

a.* Partie. Des stations.

Nous venons d'analyser l'influence générale des agens extérieurs sur les végétaux, et d'entrevoir comment la structure propre à chaque plante, combinée avec cette influence générale, détermine pour chaque espèce, ou la possibilité de vivre dans un lieu déterminé, ou sa plus grande prospérité dans une certaine localité. Nous devons maintenant appliquer ces données générales aux stations et aux habitations des plantes. C'est sur cette distinction foridamentale que me semblent reposer tous les moyens de mettre quelque exactitude dans la généralisation des faits connus.

On exprime par le terme de station, la nature spéciale de la localité dans laquelle chaque espèce a coutume de croître, et par celui d'habitation, l'indication générale du pays où elle croît naturellement. Le terme de station est essentiellement relatif au climat, au terrain d'un lieu donné; celui d'habitation est plus relatif aux circonstances géographiques et même géologiques. La station de la salicorne est dans les marais salés, celle de la renoncule aquatique est dans les eaux douces et stagnantes; l'habitation de ces deux plantes est en Europe , celle du tulipier dans l'Amérique septentrionale. L'étude des stations est , pour ainsi dire, la topographie, et celle des habitations la géographie botanique.

La confusion de ces deux classes d'idées est une des causes qui ont le plus retardé la science, et qui l'ont empêchée d'acquérir quelque exactitude. Nous voyons très-évidemment que dans une région bornée les plantes se distribuent uniquement par le besoin que chacune d'elles a , d'après sa structure, de certaines combinaisons des milieux où elle doit vivre.

La même cause détermine- t-elle les habitations ? C'est une des questions fondamentales de la science , et même pour la discussion des faits il importe de ne pas confondre ceux qui sont relatifs à ces deux classes d'idées. Nous nous bornerons d'abord à l'examen des stations des plantes d'une même région. Les lois relatives aux stations paroissent applicables à toutes les régions; mais on ne doit comparer que les exemples réellement comparables, c'est-à-dire, déduits d'une même région.

Toutes les plantes d'un pays , toutes celles d'un lieu donné, sont dans un état de guerre les unes relativement aux autres. Toutes sont douées de moyens de réproduction et de nutrition plus ou moins efficaces. Les premières qui s'établissent par hasard dans une localité donnée, tendent, par cela même qu'elles occupent l'espace, à en exclure les autres espèces: les plus grandes étouffent les plus petites; les plus vivaces remplacent celles dont la durée est plus courte; les plus fécondes s'emparent graduellement de l'espace que pourroient occuper celles qui se multiplient plus difficilement.

Dans cette lutte perpétuelle il se passe deux phénomènes principaux. i.° Certaines plantes , d'après leur organisation, ont besoin de certaines conditions d'existence : l'une ne peut pas vivre là où elle ne trouve pas une certaine quantité d'eau salée; l'autre, là où elle n'a pas, à telle époque de l'année, telle quantité d'eau ou telle intensité de lumière solaire, etc. Il résulte de ce besoin de certaines circonstances, que certaines plantes ne peuvent pas se développer dans certaines localités .- première cause de la distribution locale des végétaux, a-,0 Les conditions d'existence de chaque espèce ne sont pas rigoureusement fixes, mais admettent une certaine latitude entre des limites. On pourroit, pour chaque espèce , déterminer le point qui convient le mieux à sa nature, relativement à la dose de chaleur, de lumière, d'humidité , etc. , qu'elle doit recevoir pour être dans le plus grand degré de prospérité possible: ce point une fois déterminé, on ne tarde pas à reconnoître que chaque espèce peut s'en écarter en plus ou en moins dans des limites quelconques. Lorsque ces limites sont très -rapprochées, la plante est plus délicate ; elle ne peut vivre que dans un petit nombre de

localités, et ne peut, par le même motif, ni se naturaliser au loin ni se cultiver facilement : telles sont, par exemple * les bruyères, les pinguicula , les brunia , etc. Lorsque ces limites sont larges et plus elles sont larges, plus aussi la plante est robuste ; plus elle peut vivre dans des localités diverses; plus aussi elle est facile à cultiver et à naturaliser au loin : telles sont la plupart des graminées, les plantains, les centaurées, etc. On trouve tous les degrés de délicatesse ou de force entre ces deux extrêmes.

Mais, à mesure que la localité dans laquelle une plante se développe est plus contraire à sa nature, à mesure aussi elle y croit plus foible; de sorte que telle espèce, le carex arenaria, je suppose, qui, dans un terrain sablonneux acquiert tout son développement et étouffe toutes ses voisines, pourra bien dans un terrain compacte être à son tour étouffée par ces mêmes espèces qu'elle auroit domptées dans son sol de prédilection. Ce que le terrain produit dans l'exemple que je viens de citer, pourroit être, dans d'autres cas faciles à remarquer, produit par la température, la lumière, l'eau ou l'atmosphère -, bien plus, les mêmes plantes, dans les mêmes localités, luttent les unes avec les autres, et avec des succès différens selon leur âge. Ainsi , dans la culture des dunes des landes, on sème pêle-mêle du genêt et du pin : le genêt, qui pousse très- rapidement , domine et protège les jeunes pins, et quand il se trouve trop serré, il les étouffe quelquefois; le pin, lorsqu'il échappe à ce danger, grandit plus que les genêts, il les dépasse et finit par les étouffer à son tour. Le même effet peut être produit par des maladies ou des accidens, par la nature diverse des couches de terre à différentes profondeurs, par les intempéries plus dangereuses pour une espèce que pour l'autre, et enfin par l'action de l'homme.

On peut conclure de ces faits, que je me contente d'indiquer, vu que la plupart sont très-bien connus; on peut, dis- je, conclure que dans chaque localité, parmi les plantes qui y sont semées naturellement et qui peuvent réellement y vivre, celles qui y prospèrent davantage tendent à s'emparer de l'espace et à en exclure celles qui y sont plus languissantes : seconde cause de la distribution locale des 18. *5

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végétaux, et de la tendance naturelle de chacun d'eu* à vivre dans le terrain qui lui convient le mieux*

On peut facilement, de ces considérations générales , déduire l'explication d'un fait observé dès long-temps, mais plus méthodiquement par M. de Humboldt, savoir, qu'il est des espèces dont on trouve le plus souvent les individus épars et égrenés, et d'autres, qu'on a nommées plantes sociales, dont les individus naissent rapprochés et comme en sociétés nombreuses. Ainsi , pour citer des extrêmes de ces deux manières de vivre , le cYpripedium calceolus ou ïorchis hircina vit presque toujours isolé , tandis que les bruyères de l'ouest , les rhododendrons des Alpes, les potamogétons, etc., vivent le plus souvent en sociétés nombreuses. Cet effet est dû à des causes diverses. Ainsi, lorsqu'un terrain donné est d'une nature tellement particulière qu'il convient très-bien à certaines espèces et mal à la plupart des autres, celles qui y prospèrent finissent par s'en emparer entièrement. C'est ainsi qu'on trouve des plantes sociales dans tous les terrains spéciaux : telles sont Yelimus arenarius dans les sables, les sphagnum dans les lieux tourbeux , les rhododendrons sur les pentes élevées des Alpes , les bruyères dans les landes , etc. Toutes ces plantes sont sociales , parce qu'elles ne vivent que dans des localités déterminées.

Au contraire, lorsqu'un terrain convient, au même degré, à un grand nombre de végétaux différens, ceux-ci luttent* ensemble , à forces égales, pour s'y établir, et y vivent alors mélangées. C'ést ainsi que dans nos terrains cultivés toutes les mauvaises herbes prospèrent pêle-mêle lorsqu'on leur en laisse la liberté; c'est ainsi que les forêts des régions fertiles des tropiques présentent un mélange de plusieurs arbres, tandis que celles des pays tempérés, moins favorisées du climat, présentent d'ordinaire une essence dominante.

Enfin , les espèces éminemment robustes, qui par cela même sont le plus souvent dispersées, deviennent quelquefois sociales : c'est ce qui a lieu, par exemple, dans les trèsmauvais terrains, où ces plantes robustes peuvent vivre , tandis que toutes les autres périssent ; c'est ainsi que les individus de Yeryngium campestre sont égrenés dans certains pays, et vivent souvent en sociétés dans les sables à demi fixés du bord des mers.

A ces causes générales, déduites du mode de nutrition , il faut joindre les causes qui dépendent de la réproduction des plantes : celles qui se propagent par des racines, des tiges ou des jels rampans, comme la piloselle; celles qui produisent un grand nombre de graines, et dont les graines ne peuvent pas être facilement emportées au loin par les vents, vivent plus rapprochées entre elles que celles d'organisation analogue d'ailleurs, mais à graines peu nombreuses ou trèsvolatiles.

La disposition ou le rapprochement des individus d'une même espèce est donc une conséquence immédiate de la théorie générale des stations, telle que nous lavons développée ci-dessus. *

La classification des stations des plantes, qui, à la manière dont elle est exposée dans la plupart des livres ,• semble fort simple, est en réalité fort compliquée et peu susceptible d'une exactitude rigoureuse. Nous avons vu , dans la première partie de cet article, combien une seule des circonstances qui influent sur la végétation présente de modifications, la plupart simultanées : or , une station est une espèce de résultat moyen produit par la combinaison variée et inégale de toutes ces circonstances: ainsi, un marais est différent de lui-même, selon qu'il est alimenté d'eau douce ou d'eau salée; qu'il est sur un sol d'argile ou sur du sable, dans la plaine ou sur une montagne , dans un climat chaud ou froid, etc. Quoique cette difficulté soit évidente, il existe cependant des données générales dans les stations , de sorte qu'il est utile de les distinguer, lors même qu'on ne peut le faire avec rigueur.

Voici les classes qui paroissent les moins incertaines, savoir :

i.° Les plantes maritimes ou salines , c'est-à-dire celles qui, sans croître plongées dans l'eau salée et sans flotter à sa surface , ont cependant besoin de vivre près des eaux salées pour en absorber une portion nécessaire à leur nourriture. Il faut distinguer ici celles qui , comme la salicorne, vivent dans les marais salés , et qui paroissent absorber des matières salines par leurs racines et leurs feuilles ; celles qui , semblables au TQCceLla fucijbrmis , vivent sur les rocs exposés à l'air marin, et ne semblent absorber que par leurs, feuilles;

et, enfin, les plantes, telles que Yeryhgwm campestre, qui n'ont pas besoin d'eau salée*, mais qui vivent. sur les bords de la mer comme ailleurs, parce qu'elles sont assez robustes pour ne pas trop redouter l'action du sel.

a.° Les plantes marines, appelées récemment thalassiophytes par M. Lamouroux, qui croissent, ou plongées dans l'eau salée, ou flottantes à sa surface. Ces plantes se distribuent dans le fond de la mer ou des eaux salées, d'après le degré de salure de l'cali ; d'après le degré habituel de son agitation , la continuité ou l'intermittence de leur immersion , le degré de ténacité du sol, et peut-être l'intensité de la lumière.

5.° Les plantes aquatiques, qui vivent plongées dans les eaux douces, soit entièrement immergées, comme les conferves ; soit flottantes à la surface, comme les stratiotes; soit, fixées dans le sol par leurs racines, avec le feuillage dans l'eau, comme plusieurs potamogétons ; soit enracinées dans le sol, et venant ou flotter à la surface, comme les rvymphcca , ou s'élever au-dessus de la surface , comme Valisma pLantago. Cette dernière sous-division se rapproche beaucoup de la classe suivante..

4.0 Les plantes des marais d'eau douce et des lieux trèshumides, parmi lesquelles on doit distinguer principalement celles des terrains tourbeux, des prairies marécageuses, du Jbord des eaux courantes; et, enfin, celles des terrains inondés pendant l'hiver et plus ou moins desséchés pendant l'été.

5. ° Les plantes des prairies et des pâturages, dans l'étude desquelles il faut distinguer celles qui , par leur réunion sociale , soit naturelle , soit artificielle , forment le fond de la prairie, et celles qui croissent entre elles avec plus ou moins de fréquence et de facilité. Ces plantes des prairies ne diffèrent que par le degré d'humidité de celles des prairies marécageuses.

6. ° Les plantes des terrains cultivés. Cette classe est tout-àfait due à l'action de l'homme : les plantes qui croissent dans nos terres cultivées sont celles qui, dans l'état sauvage , se plaisent dans les terrains légers et substantiels; plusieurs d'entre elles ont été transportées d'un pays à l'autre avec les graines mêmes des plantes cultivées. Celles qu'on trouve

dans les champs, les vignes et les jardins, quoique souvent les mêmes, présentent souvent aussi un choix particulier déterminé par le mode de culture.

7.0 Les plantes des rochers, desquelles on passe, par des nuances insensibles, à celles des murailles, des lieux rocailleux et pierreux, et jusques à celles des graviers, qui, à mesure que la masse des fragmens va en diminuant, nous conduisent, par de nombreuses nuances, jusqu'à la classe suivante. L'étude des plantes des rochers présente des diversités remarquables, d'après la nature propre de chaque rochel

8.° Les plantes des sables ou des terrains très-meubles, pdur la classification desquelles on éprouve quelque difficulté : car celles des sables maritimes se confondent avec les plantes salines ; celles des terrains meubles avec les espèces des terrains cultivés ; et celles des sables grossiers ne diffèrent pas de celles des graviers.

9.0 Les plantes des lieux stériles, à raison de ce qu'ils sont trop compactes , comme le sont les terrains argileux, ou ceux dont la superBeie se durcit par la sécheresse ou la chaleur, ou ceux qui sont fortement tassés par l'homme ou les animaux. Cette classe hétérogène renferme des végétaux peu tranchés.

10. ° Les plantes des décombres, ou qui naissent voisines des habitations humaines : ces espèces, en petit nombre, semblent déterminées dans le choix de leur station , les unes par le besoin qu'elles ont des sels nitreux , d'autres peut-être par le besoin de matières azotées.

1 1. ° Les plantes des forêts , parmi lesquelles il faut distinguer les arbres qui, par leur réunion, composent la forêt, et les végétaux qui peuvent avec plus ou moins de facilité croître sous leur abri. Parmi les végétaux habitans des bois, leur distribution dans des forêts de diverses essences se détermine d'après le degré d'obscurité plus ou moins grand que chaque espèce peut supporter , soit toute l'année, comme dans les forêts d'arbres verts; soit pendant tout l'été, dans les (orets d'arbres qui perdent leurs feuilles.

12.0 Les plantes des buissons et des haies. Les arbustes qui composent cette station, diffèrent des végétaux des forêts par leurs moindres dimensions et par la légèreté de leur om-

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brage : les espèces qui croissent entre eux sont plus particulièrement les herbes grimpantes.

i3.° Les plantes souterraines , qui vivent, soit dans les cavernes pins ou moins obscures, comme les byssus; soit dans le sein même de la terre, comme les truffes. Ces plantes peuvent se passer de l'action de la lumière, et plusieurs d'entre elles ne peuvent même la supporter. Les espèces qui naissent dans les cavités des vieux troncs, ont de grands rapports avec celles des cavernes. .

• 14.0 Les plantes des montagnes, parmi lesquelles on pourroit admetire comme sous-divisions toutes les autres stations. On a coutume de classer comme plantes montagnardes celhes qui, dans nos climats, ne se trouvent qu'à une hauteur absolue de plus de 5oo mètres ; mais cette limite est tu ut-à-fait arbitraire. La division la plus importante à établir parmi les plantes montagnardes, est celle des espèces qui croissent dans les montagnes alpines où la neige persiste pendant tout Tété, et où l'arrosement est non -seulement continu , mais d'autant plus abondant et plus froid qu'il fait plus chaud; et des espèces qui croissent dans les montagnes dépouillées de neige pendant l'été, et où, par conséquent, l'arrosement cesse au moment où il seroit le plus nécessaire. Ces dernières sont évidemment plus robustes que les premières , et sont beaucoup plus faciles à soumettre à la culture.

i5.° Les plantes parasites, c'est-à-dire , qui sont dépourvues de la faculté, ou de pomper leur nourriture du soi, ou de l'élaborer complètement, et qui ne peuvent vivre qu'en absorbant la séve d'un autre végétal : on en trouve dans toutes les stations précédentes. On doit distinguer parmi les plantes parasites : i.° celles qui naissent à la surface des végétaux, et s'y implmteut pour vivre à leurs dépens, telles que le gui et la cuscute; et 2. les parasites intestines, qui se développent dans l'intérieur même des plantes vivantes, et percent le plus souvent lépideriue pour paroitre au dehors, telles que les urédos et les scidiuui.

16.0 Les plantes fausses -parasites , •est-à-dire, qui vivent ou sur des végétaux morts ou sur des végétaux vivans^ mais sans en pomper la séve. Cette classe , qui a souvent été confondue avec la précédente , présente trois sous-divisions assez

distinctes. La première, qui se rapproche des vraies parasites, comprend des plantes cryptogames, dont les germes, apportés probablement pendant l'acte de la végétation , se développent à l'époque où soit la plante , soit l'organe qui la recèle , commence à dépérir , et qui vivent de sa substance pendant son agonie ou après sa mort ; telles sont les némaspores et plusieurs sphéries : ce sont de fausses parasites intestines. La seconde comprend des végétaux , soit cryptogames, comme les lichens et les mousses, soit phanérogames, comme les épidendrums , qui vivent sur les arbres vivans sans pomper leur séve, et en se nourrissant ou de l'humidité super6cielle de l'écorce, ou de celle de l'air : ce sont de fausses -parasites superficielles; plusieurs peuvent vivre sur les rochers, les arbres morts ou le sol. La troisième cornprend les fausses-parasites accidentelles, comme le sont les herbes qu'on voit naître çà et là dans les cavités des troncs.

Ces seize classes admettent assez tolérablement la totalité des végétaux connus; mais, comme j'en ai prévenu, elles ne doivent point être considérées d'une manière rigoureuse. Les unes se rapportent à l'influence du sol, d'autres à celle de l'eau , d'autres à celle de l'air ou de lâ lumière ; et dans chacune d'elles on a pris un élément prédominant pour base de la division, et on a négligé momentanément tous les autres. Cette méthode est peu logique; mais on est forcé de s'en contenter là où des causes très-nombreuses se compliquent ensemble.

L'influence de la température, quoique très-puissante sur les végétaux, a été négligée dans la classification des stations; nous la verrons, au contraire, tenir le premier, rang dans le peu qui est appréciable pour nous dans la théorie des habitations, dont nous allons maintenant nous occuper.

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