Partie. Des habitations
Si l'étude des stations nous a déjà présenté bien des parties vagues et peu susceptibles d'appréciations rigoureuses , celle , des habitations nous offre cette incertitude à un degré plus éminent encore. Une partie du phénomène de la distribution
des végétaux dans les pays divers, paroît bien tenir à l'influence appréciable de la température ; mais il est encore une partie de faits qui échappe a toutes les théories actuelles, parce qu'elle se lie à l'origine même des êtres organisés, c'est-à-dire au sujet le plus obscur de la philosophie naturelle.
Tous ou presque tous les végétaux, livrés à eux-mêmes, tendent à occuper sur le globe un espace déterminé; c'est la détermination des lois d'après lesquelles se fait cette circonscription végétale, qui constitue l'étude des habitations. Si l'on se contente de connoissances relatives aux espèces , on peut assez bien déterminer, pour chacune d'elles, les limites en latitude , en longitude et en hauteur , qu'elle n'a pas coutume de franchir. La collection de ces faits de détail est la base de la science. Lorsqu'on les aura tous réunis avec exactitude, peut-être en pourra-t-on déduire des lois générales et rigoureuses; mais nous ne connoissons probablement pas la moitié des espèces du globe, et parmi celles que nous connoissons il en est à peine la moitié dont l'habitation soit déterminée avec précision. Les généralités que nous tentons d'établir en ce moment, sont donc évidemment provisoires; mais elles tendent, tout imparfaites qu'elles sont, à faire connoître l'ensemble de la végétation , et à diriger les voyageurs dans le choix de leurs observations ultérieures : c'est sous ce double rapport qu'elles ont déjà un intérêt réel*
L'influence de la température est manifeste lorsque l'on compare la nature , le nombre et le choix des végétaux qui croissent dans les pays divers, à différentes latitudes et à différentes hauteurs. Cette influence paroit plus grande encore lorsqu'on réfléchit que ces élémens se compensent de manière à procurer aux individus d'une même espèce une température à peu près semblable dans les localités diverses où elle se trouve. 11 se passe ici le même phénomène que pour les stations; savoir, que les espèces délicates, qui ont besoin d'une température bien déterminée (soit quant à l'intensité , soit quant à l'époque) , n'habitent que dans un seul pays, tandis que les espèces plus robustes, qui s'accommodent de divers degrés de froid et de chaud , peuvent se rencontrer à des distances très- considérables. La température
des eaux présentant de moindres diversités que celles de l'air , il est probable que les plantes aquatiques doivent être t moins que toutes les autres, bornées à un climat déterminé: c'est aussi ce que les botanistes croient avoir observé; mais je ne suis pas bien certain que ce résultat probable soit fondé sur des comparaisons assez nombreuses et assez exactes.
Le nombre des espèces diverses d'un espace donné va en augmentant à mesure qu'on avance vers les pays chauds, et en diminuant vers les pays froids. Cette loi est évidente dans les montagnes, qui ont bien moins de plantes à leur sommet qu'à leur base; mais plusieurs autres causes concourent avec la température pour produire ce résultat, qui est plus clair en comparant les pays soumis à des latitudes diverses. Ainsi M. de Humboldt compte 4000 espèces seulement dans l'Amérique tempérée et i3ooo dans l'Amérique équinoxiale entre les tropiques, i5oo dans l'Asie tempérée et /|5oo dans l'Asie équinoxiale. Ces nombres ne peuvent être que très-approximatifs , vu que les différens pays sont très - inégalement connus.
On peut atteindre à une précision un peu plus grande f en comparant, sous d'autres rapports, le choix des végétaux du Nord et du Midi. En général, si l'on part des régions tempérées, on voit évidemment,
i.° Que le nombre proportionnel des plantes dicotylédones va en augmentant à mesure que l'on approche de l'équateur, et en diminuant vers le pôle ;
2.0 Que le nombre des acotylédones ou cellulaires suit une règle inverse, c'est-à-dire qu'il va en augmentant vers le pôle, et en diminuant vers l'équateur;
3.° Que celui des monocotylédones , parmi lesquelles je comprends les fougères, souffre peu de variations comparativement aux deux classes précédentes , et forme environ un sixième de la Flore totale de chaque pays, comme du monde entier.
Ces trois propositions peuvent se déduire du tableau suivant.
l/r Tableau, indiquant le nombre proportionnel des trois grandes rhsses de végétaux dans divers pays.
Laponie. Latit. bor. 66 — 690.
Q«it i la toulitl
D'après M. Wahlenberg. Nombre total des plantes, 1087.
Dicotylédones 340 1 l 3
Monocotylédones 186 1 ; 6
Acotylédones 557 1 '. *
Islande. Lat. bor. 63 — 670.
D'après M. Hooker : nombre total 642.
Dicotylédones 23q i ' 3
Monocotylédones i35 t l 5
Acotylédones 268 » • 2 /»
Allemagne. Latit. bor. 4 5 — 54°.
Principalement d'après M. Ho Uni au n : nombre total , 365o.
Dicotylédones 1466 1 ! î'/i
Monocotylédones* 483 1 '. 7'/»
Acotylédones** 1700 1 l *'/.
France. Latit. bor. 42 — 5i\
D'après la Flore fmnçoise et le Supplément :
Nombre total 5966.
Dicotylédones 2997 1 • 2
Monocotylé Jones 798 1 l 7'/,
Acotylédones 2171 1 '. 2 '/■
Barbarie. Lat. bor. 34 — 370.
D'après M. Desfontaines : nombre total 1577.
Dicotylédones t 1200 » • ' %
Monocotylédones 3 16 1 l 5
Acotylédones*** 6t 1 : *6
Egypte. Latit. bor. 34—- 32°.
D'après M. Delille : nombre total io3o.
Dicotylédones.....: 776 1 l »*4
Monocotylédones 192 1 ;
Acotylédones 62 1 î „i6
* Ce nombre est plus fort que celui de Hoffmann , parce que j'ai supputé les graminées d'après la partie publiée de la Flore de M. Schrader.
** Ce nombre paroît au-dessous de la vérité. Je n'ai pu no,ter les algues et les champignons que par approximation.
*** Ce nombre est au-dessous de la vérité. L'auteur s'est moins occupe de cryptogames que du reste du règne végétal.
Jamaïque. Lalit. bor. 180.
D'après M. Lnnap • nombre total l335. s«h • U t«t.<»>mc
Dicotylédones 80 1 » l 1%
Monocotylédones .. 412 1 : 5'/,
Acotylédones 122 1 : 11
Guiane françoise. Lalit. bor. 1 — 40.
D'après Aublet : nombre total 1209.
Dicotylédones 960 1 : 1
Monocotylédones 226 1 I 6
Acotylédones*** 23 i I $7
Amérique équinoxiale entre les tropiques.
D'après M. deHumboldt : total des espèces observée*, 4160.
Dicotylédones . 3a2Ô 1 l 1 '/4
Monocotylédones 654 1 •
Acotylédones 280 1 l t5
ISouveile- Hollande . Latit. austr. 10 — 43°.
D'après M. Rob. Brown : total des espèces connues, 4160.
Dicotylédones 2900 1 l 1
Monocotylédones • 860 t 1 4*%
Acotylédones 400 1 ! 10
Tristan da Cunha. Latit. austr. 37°.
D'après MM. du Petit -Thouars et Dugald - Charmichael.
Total des espèces ,. 1 1 3.
Dicotylédones 18 1 I 6
Monocotylédones 3j 1 13
Acotylédones 58 il»
Globe, dans sa totalité. , D'après M. Persoon, en i8o5 et 1806.
Total des espèces 27000.
Dicotylédones 17670 1 I 1
Monocotylédones 456o 1 : 5
Acotylédones, environ 4770 1 : 5 6/t0
Ou les Dicotylédones font du nombre total environ %
Monocotylédones */é
Acotylédones 'J6
Ce genre de calculs ne peut pas être fort exact, i.° parce qu'on y compare des Flores faites d'après des principes divers et avec un soin inégal; 2.0 parce que les acotylédones sont beaucoup moins bien connues que les deux autres classes, et manquent même complètement dans plusieurs Flores.
Sous ce dernier rapport on atteint à une précision plus
grande en comparant seulement les rapports numériques des
3g6 GEO '
grande en comparant seulement les rapports numériques des dicotylédones et des monocotylédones. C'est dans ce but que sont rédigés les deux tableaux suiyans.
2/ Tableau , indiquant le nombre des dicotylédones et des monocotylédones dans diverses Flores non consignées dans U premier
tableau.
Etals- unis de l'Amérique septentrionale.
D'après M. Pursh : Vasculaires 289»
Dicotylédones 2253
Monocoty tédones 638
Isles Britanniques.
' D'après M. Smith : Vasculaires 1485
Dicotylédones 1078
Monocotylédones 407
Suisse.
D'après Hailer. . . . Vasculaires 171a
Dicotylédones 1 3 1 5
Monocotylédones 397
Venise.
D'après M. Moricand : Vasculaires 757
.Dicotylédones 568
Monocotylédones / . . 189
Crimée et Caucase.
D'après M. Marschall de Bieberstein :
Vasculaires....... 2413
Dicotylédones 2000
0 Monocotylédones* 4i3
Royaume de Naptes.
D'après M. Tenore : Vasculaires 2 537
Dicotylédones 2001
Monocotylédones 536
Isles Canaries.
D'après l'ouvrage et les notes manuscrites de M. de Buch.
Vasculaires 371, ou, en comptant les plantes acclimatées, 533
Dicotylédones.... 3o8 • 419
Monocotylédones... 63 114
Sainte -Hélène (île de).
D'après M. Roxburgh : Vasculaires 61
Dicotylédones 3i
Monocotylédones 3o
* Les fougères sont comptées d'après une note fournie par M. Sleren.
3.e Tableau, Nombres proportionnels des monocotylédones et des dicotylédones, tels qu'ils résultent des deux tableaux précédens,
i»n Classe. Continens ou îles voisines des continens.
onocot «ont an* dicoljl.
eu ni me
lat. 66 — 69° lat. moy. 67°,3o'
• Al
vJ V J
ïsles Britanniques.. . .
1 or. 1