AGE
3. AcivBiosB désarmé. U n'a pas de corne aux narines, mais la cuirasse osseuse de sa tète forme en arrière une prolongation arrondie. C'est le silurus inermis de Linnseus. Bloch. pL 363. 'i
AGENOR, nom donné à un papillon chevalier troyen. (CD.) /J»
AGENS. (Chîm.) Quelquefois le mot agens est emptojré ^ '^^ en chimie et dans les arts chimiques, comme synonyme du «
mot réactifs. Il s^applîque à toutes les matières usuelles comme moyens d'analyse pour connoUre la nature et la composition des corps qu'on se propose d'analyser. Cependant la dénomination d'agens présente réellement une plus grande latitude que celle de réactifs; elle doit s'étendre en effet sur les ustensiles , les instrumens , autant que sur les matières , puisque ces ustensiles servent , comme les matières elles - mêmes , k l'analyse. Voyez au reste le mot Réactifs, pour compléter les notions nécessaires sur ces deux mots. (F.) . '
AGÉR ATE , Ageratum , Linn. Juss. , genre . de plantes à fleurs flosculeuses, de l'ordre des corymbifères. Leur calice est ovale, cylindrique, formé de plusieurs folioles presque égales , disposées sur deux ou trois rangs ; tous les fleurons sont hermaphrodites et quadrifides ; le réceptacle est nu, et les graines qui le couvrent sont petites , anguleuses et cou* ronnéès de cinq arêtes.
On ne connoit que deux espèces d'agérate : ce sont des plantes annuelles, dont les fleurs, disposées en corymbe, répandent une odeur aromatique assez agréable.
Age RATE YELV .y Ageraium hirtum, Lam. Dict. n.^ 1 , an ageratum aonisoïdes^ Linn. P Cette planta eU originaire du Cap de Bonne-Espérance; sa tige est haute d'un pied et demr, et hérissée de poils blanchâtres; ses feuilles' sont opposées , pétiolées , velues , orales , pointues et dentées en scie. Les fleurs sont blanchâtres, un peu glomérulées et terminales.
AçBaATE k feuilles obtuses , Ageratum ohtusifolium , Lam. Dict. n.** ï, an ageratum eiliare j Linn.? Fluck. tab. Qi, fig.
aaC AGE
«a^ 4. Sa tige est moins hérissée que la précédente , et ne sVlève
qu'à enviroir un pied; ses feuilles sont obtuses etcrénelées» et ses fleurs sont d'un bleu pâle. Cette espèce est cultivée au jardin du Muséum d'histoire naturelle : elle croît dans l'Amérique septentrionale. (D. P. )
AGERATON de Dioscoride et de Mathiole, plus connu
jÉS maintenant sous le nom d^eupaloire de Mesué , est une
^7 ptarmique jaune de Tournefort, confondue avec la mille-
^^ feuille, par Linnaeus,' dans le genre Achillée. Il la npmme
'" aehiliea ageratum , L. Cet auteur a employé le noAi d'agera-
ium pour désigner un autre genre , voisin de l'eupatoire. ( J.)
AGER-HONE. Voyez Akerrixe.
AGERITE , Agerita , nom donné par Persoon à un genre de plante de la famille des champignons, 1.'* classe, 5.* ordre, 6.^ section, des helvelloïdes , 61.* genre de sa méthode. Voyez Helvelloïdes.
Les agerites sont de très-petits champignons, granuliformes , pleins et presque farineux. Persoon en décrit trois espèces. 1.^ Agerite blanche, agerita alha^ lisse, blanche, ramassées plusieurs ensemble ; on la trouve en automne sur les aunes , dans les lieux humides. 2.° Agerite pAle , agerita pallida , éparse , presque tuberculeuse , pâle ; elle croit sur les rameaux des chênes morts, et varie par une surface inégale. 5."^ Agerif;e bleue, agerita cœsia^ éparse , gélatinei:se, d'un blanc bleuâtre ; elle croît sur le tronc des arbres en hiver, sous la forme d'une substance molle , ponc-* tifrjrme, et s'évanouissant en se desséchant. (P. B. ) AGERU, nom brame de l'héliotrope des Indes. (J.) AGGLUTINANS. {Chim,) En matière médicale et en pharmacie, on nomme agglutinans des substances visqueuses et collantes; qui, appliquées sur la peau en espèce d'emplâtre, y adhèrent plus ou moins fortement, et recouvrent par conséquent le lieu qu'elles touchent si exactement qu'elles en tiennent toutes les parties rapprochées. Ce sont en général des résines molles, mêlées ensemble, ou des résines épaisses ramollies par des huiles, et qui conservent leur mollesse visqueuse et tenace par la température de la peau sur laquelle elles sont placées. On ;ie les emploie que pour tenir rapprochées les lèvres d'une plaie ; et la formation
de la cicatrice, favorisée par le rapprochement, l*est aussi ^ jr, par la nature résineuse des agglutinans. Cependant dea - " "'* gommes, des mucilages animaux, de la glu, peuvent aussi être employé^ comme agglutinans , au lieu de poix , de ' térébenthine, de baume de la Mecque, etc. (F.) '
AGIHALID, AGRAHALfD. On trouve sous ce nom, dans l'ouvrage de Prosper Alpin sur les plantes d'Egypte^ ,^2
.publié en 1640, un petit arbre d*un aspect blanchèljre , garni de longues épines qui naissent au-dessus des feuilles. ^g
Celles-ci sont alternes , stipulées et conjuguées , cVst-à-dire , composées de deux folioles portées sur le même pétale. Les Heurs , d*un blanc verdàtre , sont axillaires , au nombre de sept ou boit; elles ont, selon Lippi, un calice à cinq divisions profondes, cinq pétales , dix étamines , un germe supérieur, surmonté d'un style et d'un stigmate, une baie contenant une noix pentagone et monosperme. Cette plante avoit d'à-* bord été rapportée par Linnœus au genre Ximenia; ensuite il l'a supprimée, sans la rapporter ailleurs. Elle paroit devoir constituer un genre distinct par son port, par le nombre de ses pétales et de ses étamines, et même, quand sa fructification sera mieux connue, elle sera reportée à une famille différente de ceUe du ximenia. On la cultive au jardin des plantes , où elle ne fleurit pas. Suivant Prosper Alpin, ses feuilles, qui ont un goût acide, sont emj^oyées en Ethiopie comme vermifuges. Son fruit est purgatif, au rapport de Lippi, qui ajoute que cet arbre n'est abondant que dans le royaume de Sennaar. ( J. ) . AGILEUZ, nom arabe du coudrier, selon Dalechamp.
* AGINEI , agyneja. Ce nom exprimoit l'opinion de Linnœus , que* dans ce genre monoïque d'euphorbiacées , l'ovaire étoit sans style ni ' stigmate. Lamarck et Jussieu lui avoient conservé ce caractère: Ventenat, en 1797, l'ayant observé dans le riche jardin de Cels , a vu dans la fleur femelle trois . styles aplatis , sillonnés et terminés par deux stigmates roulés en dehors, et prenant naissance de la fos«* sette qui marque le centre de l'ovaire. Il y succède une eapsule presque ovoïde , tronquée , ayant trois loges à deux graines, laquelle porte sur un calice persistant, àsixdivi->
' sîons ouvertes. La fleur mâle est pourvue d*ua caliee sein* jblable , au dedans duquel est un disque divisé en six lobes. Quant aux étamines , un pivot central', obtus , porte trois anthères adnées à sa face antérieure» un peu au-dessous de son sommet.
On n'en connoit que deux espèces, qui croissent à la Chine, Tune pubescente, Tautre lisse. Celle-ci est figurée et décrite dans le beau recueil des plantes du jardin de Cels, par Ventenat, pi. 23. (D. de V.)
AGION, voyez Aione.
AGLAIA, nom d'un arbuste de la Cochinckine, aussi remarquable par sa beauté que par son agréable parfum. Ses branches , étalées et garnies de nombreux rameaux , lui forment une tète large et touffue , couverte de feuilles pennées , composées de cinq folioles très-luisantes, et ayant à leur aisselle des grappes de petites fleurs jaunes, auxquelles succèdent des baies d'un beau rouge. Cet arbrisseau , dont Loureiro a fait un genre , offre dans chaque fleur, un calice k cinq dents, cinq pétales, et cinq étamines dont les anthères sont placées i Touverture d'un tube formé par la réunion des filets. Ce tube est attaché sous l'ovaire , qui est terminé par deux stigmates sessiles , et devient une baie k quatre sillons , remplie par une graine. Cette unité de graine est presque le seul caractère qui distingue Taglaia du camunium de Rumph , adopté par Jussieu dans ses manuscrits , et placé par lui dans la famille des azédarachs. Si Taglaia, mieux observé, se trouve avoir quatre graines dans chaque baie, comme le eamuniumy ces deux plantes seront congénères.
Vaglaia est commun dans les jardins d'agrément de la Cochinchine et de la Chine. Voyez Ca.mun||jm. (M.) . AGLAJA , nom d'un papillon que Geoflroy appelle le grand nacré. (C. D. )~
AGLATIA , fruit que les Égyptiens emploient dans leurs caractères symboliques pour désigner un de leurs mois.
AGLEK. Les Groënlandois donnent ce nom et ceux d'àgleskj angUtashe et angeUaschey k la sarcelle de Feroë de Buffon, anaa Iw^malis^ L. ( Ch« D. )
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ÀGLEKTOK, Vxm des noms groèTnlandoîs du phoque h croissant, pTioca groenlandica, Voyei Phoque. (C. )
AGLTO , nom italien de Tail. Voyez ce mot ( J. )
AGLOSSE, terme d'entomologie y qui signifie sans langue t de i privatif et de yXa^ffA {glossa) , langue. La treille a indiqué sous ce nom un £enre d'insectes lépidoptères » que Linnœus avoit placés parmi lés phalènes, et Fabricius ^^^
dans son genfe Crambe. (CD.)
AGNANTE , Cornutia , arbrisseau nommé bois des Savanes aux Antilles , où on l'emploie à teindre en jaune, et qui fleurit dans nos serres chaudes. Il forme, dans la famille dès verbenacées, un genre nommé, par Vaillant, agnante & Heurs d^agnus castus. Plumier lui avoit déjà fait porter le Dom de Cornutiy botaniste françois.
Les caractères de l'agnante sont, un calice petit et a cinq dents ; la corolle beaucoup plus longue, à limbe inégal, à quatre divisions ; les deux grandes étamines saillantes ; le stigmate bifide ; une baie ou droupe , où il ne se trouve qu'une semence.
Ses rameaux sont grisâtres et à quatre angles : les feuilles, pointues et anguleuses, molles, et blanchâtres en dessous, sont opposées et à pétioles décurrens : les fleurs, en grappes terminales , sont d'un bleu assez gracieux , mais d'une odeur peu agréable, qui semble plaire aux cochenilles des serres, par lesquelles il est souvent dévoré.
Cet agnante à grappes ou pyramidal, cornutia jtyramîdatay est ûguré dans Plumier, gen. Sa.
Ayton et Wîldenow rapportent à ce genre un arbrisseau , cornutia punctata^ dont Jacquin faisoit un genre, sous le nom de kosta, d'après son fruit , qu'il dit être un brou ou droupe, renfermant une noix à quatre loges.
Jacquin i^noroît son pays : il a été trouvé dans l'Inde par Sonnerai (D. de K.)
AGNATHES, Afnatha, nom d'une famille d'insectes de l'ordre des névroptères, de i privatif et de yftAoç {gnathos)^ mâchoires. i
Nous avons réuni sous ce nom , avec Cuvier , tous les névroptères qui ont une bouche trop petite pour être ob-vervée à la simple vue, et dans lesquels, par l'anatomie
3oo AGN
tomîe mèwu, ea ne roit p» de mandibnles. Ce sont tons insedef dont les larves vivent dans Tean , qnriqnefois pei^ dant plusieurs années ; dont les images ne prennent aucune nourriture 9 et qui sourent quittent leur dépouille denyoïphe^ s*accouplent , pondentet meurent le même jour.
Deuic divisions principales composent cette famille , dont Dér^éer avoit fait la seconde classe de son premier ordre. Jttsqu^ici on n*ea aroit formé que deux genres , parmi lesquels nous en établissons plusieurs autres. Dans Tun de ces genres, les antennes sont très-longues et les ailes en toit^ ce sont les Phkycanes {voyez ce mot); Tautre genre 9 celui deê E?HÛM khBA (voyez ce mot) 9 comprend toutes Içs autres espèces, dont les antennes consistent en un simple poil très-court, et dont les ailes sont toujours ou horizontales, ou verticales dans le repos. (CD.)
AGN£AU. ( Économ. rur. ) Cesi le nom qu'on donne au petit de la brebis et du bélier, depui» le moment de sa najAsance jusqu'à Tâge d'un an ; alors il prend le nom d'antenois, qu'il conserve aussi pendant un an.
Les brebis portent cinq mois. Dans les provinces où on les nourrit une grande partie de l'année à la bergerie et au sec, les agneaux viennent au milieu de l'hiver. Les fermiers des environs de Paris font en sorte d'en avoir de bonne heure, parce qu'ils les vendent mieux k ceux qui les achètent pour les tuer comme agneaux de lait : ordi-* xiaircment c'est au mois de février qu'il en naît le plus grand nombre ; mais dans les pays de pâturage on donne le plus tard possible le bélier aux brebis, afin qu'elles mettent bas vers le temps où elles peuvent trouver de rherbc aux champs.
C'est un préjugé de croire qu*on ne sauroit mettre des Agneaux nouveau-nés dans des endroits trop chauds : en général , le froid leur est moins contraire que la privation d^un air pur et renouvelé, comme l'a reconnu Daubenton en faisant ses expériences, pour l'amélioration des laines. Il ne faudroit pas cepéndani faire naître ces animaux en plein air et les y laisser , surtout dans un pays humide, parce que ni les mères ni les a^rncaiix ne pourroient y résister f mais dans un pn}s où le soi est sec, il me sembla
AGN 3oi
quUlv y a moins dUnconvéniens. Le mieux est de les tenir dans ce cas à Tabri du froid. On voit queLquefois des agneaux assez foibles pour être incommodés du froid, au point de périr si on ne les soulage. M. Daubenton conseille de. les envelopper de linges chauds , de les exposer auprès d'iin feu doux, en mettant la tète à Tombre du corps : on leur fait avaler une petite cuillerée de lait tiède, ou de bière, ou de vin mêlé d^eau. On les nourrit quel^^s jours auprès du feu, et on les met ensuite avec leurs mères dans un lieu couvert et fermé jusqu'à ce qu'ils soient rétablis. Les bergers anglois placent les agneaux refroidis dans une meule de foin ou dans un four convenablement chaud. Les béliers et les moutons exigent moins de précaution .- le froid , pourvu que ce ne soit pas un froid humide , ne leur est pas contraire.
Les premiers agneaux des jeunes brebis , ou le» derniers des vieilles, ne naissent quelquefois quVn avril ou en mai: on les nomme tardons ou tardillions. Les Anglois les appellent coucous, parce que la saison oh ils viennent est celle pendant laquelle cet oiseau chante. N'étant pas assez vigoureux pour être conservés , on les engraisse pour les manger s le soir et le matin ils fettent leur mère. Dans le jour, on leur, fait téter des brebis qui ont perdu leurs agneaux ; on les tient dans la bergerie , dont on renouvelle souvent la litière. Pour les préserver du dévoiement auquel ils sont sujets, et qui les empêche d'engraisser, on met auprès d'eux une pierre de craie qu'ils lèchent souvent .* c'est un absorbant propre à neutraliser les acides qui prédominent dans leurs estomacs, et auxquels cette maladie paroit être due. A quinze jours il faut châtrer les .mâles, si on veut que leur chair soit aussi bonne que celle des femelles : à la vérité, ils ne deviennent pas aussi gros. que s*ils n'étoient pas châtrés.
Le berger prudent laisse à la berger.îe celles des brebis qui paroissent devoir mettre bas dans la journée : si quelques-unes, malgré cette précaution, font leurs agneaux aux champs, il rapporte les petits animaux dans un sac ouvert, attaché exprès sur ses épaules.
Lorsqu'un agneau est nouvellement né, on visite le pis
de la mère 9 on s'assure s'il est assez rempli de Lait (vojer ce ' mot ) de bonne qualité , en en exprimant des mamelons : lorsque ce liquide est de mauvaise qualité^ ou que la mère meurt en agnelant ^ pour conserver l'agneau y on lui fait téter une mère qui a perdu le sien , ou une chèvre 9 ou^ on lui donne à boire du lait de vache par cuillerées d'abord, et ensuite àîfaide.d'un biberon garni d'un linge, ou enfin dans un vase. On le tient dans un endroit chaud, pour suppléer k la chaleur qu'il auroit reçue de sa mère en couchant auprèà d'elle. .Dans les premiers temp» on le fait boire quatre fois par |our^ et ensuite trois ou deux fois, jusqu'À ce qu'il puisse manger de l'herbe. On a l'attention de ne point élever trop le biberon , parce que , s'il passoit du lait dans le cornet , l'animal seroit suffoqué. ' Pour tromper une brebis qu'on veut déterminer à nourrir un agneau à la place du sien qu'elle a perdu, il suffit de 'frotter celui-ci contre l'agneail qu'on lui substitue.
Il arrive souvent qu'un agneau fort dérobe le lait d'un agneau foible 9 en tétant d'abord la mère de celui - ci et la sienne ensuite : c'est une des causes très-communes de mortalité parmi ces jeunes animaux , et qui exige toute la vigilance des bergers. Le moyen de remédier à ce mal, est de mettre à part tous les agneaux foibles, de trier » au retour des champs, leurs mères pour les leur donner.
Si le pis de la mère est recouvert de laine, l'agneau la saisît au lieu des mamelons, il l'arrache et l'avale. Elle forme, dans la caillette (quatrième estomac) de ce petit animal 9 des pelottes qu'on prend pour des gobes : on doit donc couper cette laine avant de jle laisser téter. Le même accident a lieu lorsque les râteliers des bergeries sont trèsélevés ; il en tombe des épis de blé , ou des bourres de foin, qui s'engagent dans les toisons. Les agneaux, en voulant les manger, avalent en même temps des tilamens de laine. On évite cet inconvénient en tenant le râtelier bas«
Le même instinct qui porte l'agneau à aller chercher le pis de la* mère, engage celle-ci à lécher son petit dès qu'il vient de naître; ^'il n'en ëtoit pas ainsi, le berger |et|eroit sur l'agneau un peu de ^el ou de son , ce qui
«ngageroît la xnète à le lécher. Les brebis qui agnèlent pour la première fois, sont plus sujettes que les autres à négliger leurs agneaux. Quand Tagneau ne va pas au pis de sa mère , ou quand il est rebuté par elle , comme il arrive quelquefois, on l'en approche, on lui exprime du lait du mamelon dans la gueule, et on contient la mère^ qu'ion sépare ^H troupeau pendant quelques jours pour I4 laisseï^ s'accoutumer à son petit.
Il y a des agneaux qui commencent à manger k l'auge ou au râtelier, et même à brouter de l'herbe, dès l'âge de dix-huit jours ;' alors on peut leur donner différens alimens. Daubenton conseille de leur mettre «dans les auges de la farine d'avoine seule , ou mêlée de son ; des pois , qu'on fait crever, dans l'eau pour les attendrir davantage et qu'on joint à du lait , ou à de la farine d'avoine ou d'orge, et de Forge ou de l'avoine en grains ; du foin très-fin , de la paille battue deux fois ]^our l'adoucir , du trèfle, du sainfoin sec, des gerbes d'avoine, etc. En Beauce, on leur fait bouillir et crever du- froment dans de l'eau. Quand un agneau né se détermine pas à manger de luimême dans l'auge , on lui en approche la gueule , et, avec les doigts, on y introduit de la nourriture; il ne tarde pas à y être habitué. On remarque que le son seul donne aux agneaux trop de ventre , et que la farine d'orge les dégoûte, parce qu'elle reste entre leurs dents. L*avoine paroit être la nourriture qui , dans ces commencemens , leur convient le mieux. On doit éviter de tenir les agtieaux trop chaudement f on doit les laisser sortir de temps ea temps, autour.de la bergerie, pour les fortifier.
Dans les pays où la terre est de nature â se durcir et à s'attacher â la queue des agneaux , il est nécessaire de leui* en couper l'extrémité ; car, les pelottes de terre dure leur frappant les jambes à coups redoublés, lorsqu'ils sont en état d^aller aux champs , ib précipitent leur marche et ou ne peut les arrêter. Les longues queues , dans les femelles , gênent aussi quelquefois pour l'accouplement et dans l'agnéiement. On leur fait cette opération par un temps doux, k six semaines ou deux mois , 'ou l'automne suivant. Ellef consiste à retrancher le bout de la queue entre deux* os ,
3o4 AGN
et à appliquer à l'endroit coupé , oii de 1» cendre seule 9 ou de la cendre mêlée de suif. On peut même n*y rien appliquer. Les bergers espagnols coupent la queue à tous leurs agneaux ; ils prennent Tanimal entre leurs jambes, tiennent la queue d'une main , et de Tautre la coupent avec un couteau à trois ou quatre polices de sa naissance, en sorte que toutes les bétes à laine espagnoles sont écourtées ; ce qui leur donne de la difformité. Ils n'appliquent rien à Tend roi t de la section, nj^/ et l'animal n'en reçoit pas la moindre incommodité. 11 est •V bon aussi d'ôter la laine de la queue et même des fesses,
lorsqu'elle est chargée d'ordures qui pourroient causer des démangeaisons et la gale.
Le teuips indiqué par la liature pour sevrer les agneaux, est celui où les brebis n'ont plus de lait et où elles commencent à entrer en chaleur ; alors elles les repoussent eUes-mêmes, et leur font perdre l'habitude de téter. Les agneaux s'en dégoûtent aussi quelquefois lorsqu'on les inéne dans de bons pâturages. X^eux qui sont nés À la un. de février ou au commencement de mars^ peuvent être sevrés d^s le premier mai, c'est-à-dire, à deux mois. On laisse téter plus long-temps ceux qui naissent plus tôt, parce qu'il faut attendre qu'ils trouvent aux champs de bonnes berbes ; on sait que dans certains pays elles poussent tard. Il y a des gens qui ne sèvrent les agneaux qu'au temps de la tonte ; alors les mères ne les reconnoissent plus , et réciproquement.
Pouf sevrer les agneaux, on les éloigne le plus qu'on peut de leurs mères , afin qu'ils n'entendent plus les bêlemens les uns- des autres ; . on met avec eux quelques vieilles brebis , qui les conduisent aux champs et les empêchent de s'écarter. Des chiens bien dressés peuvent dispenser de cette précafation. Dans les pays privés de prairies naturelles , on en fait d'artificielles" en trèfle , ou mélilot ou ray-grass, ou vesce, ou pois, qu'on destine aux agneaux. On a proposé , pour sevrer les agneaux sans les séparer de leurs mères , d'attacher à chacun une sorte de caveçon où muselière, assez lâche, pour leur permettre de manger, et garni sur le nez ne piquans ; la brebis , dans ce cas , ne manqueroit pas de repousser son agneau : mais , indépen-
A G O ïo5
: de ce que les piquans poinToient blesser les mères , cette manière de sevrer les agneaux exigeroit Irap de sdins dans les troupeaux nomlireux ; il est préférable de séparer les brebis des agneaux.
On est dans l'usage, dans quelques cantons, de traire les brebis qui allaitent, pour employer ce lait à faire des fromages ; on frustre par là les agneaux d'une nourriture qui leur appartient et qui est propre à leur Age. Lorsqu'on y supplée par des grains ou du fourrage, ils en souffrent moins, mais ils en souffrent toujours) et si ce retranchement se fait sans y rien substituer, on n'a que des agneaux foibles. Susceptibles de beaucoup de maladies qui en font périr VD grand nombre : l'espèce de ceux qui résistent est petite et peu profitable.
On ne garde, pour former un troupeau, que les agneaux vigoureux et nés de mères qui sont saines et dans la force de l'àge ; on vend ou op mange les agneaux des jeunes et des vieilles brebis, ou de celles qui ont quelque incommodité. 11 y a cependant des fermiers qui n'élèvent des agneaux que pour les vendre avant qu'ils soient sevrés t ce qui porte préjudice à la multiplication des bêles à laine.
La chair de l'agneau est regardée comme un mets délicaf. I.'agneau de lait a la chair blaocbe ; lorsqu'il a brouté , elle ne l'est plus : pour qu'il soit bon, il doit être gras. Sa peau, préparée par les mégissiees avec la laine , ou la laine sans la peau ,' font des fourrures très-chaude*. Il est défendu de l'employer dans les fabriques d'étoffes, parce qu'elle n'a pas asset de force. On peut en faire des chapeaux. (T. )
AGNEAU DE SCYTHIE, Agnbao iartaib , espèce de fougère. VoyetBAaOMBn et Polypode. (J.)
AGNELIN. ( Econom. rur. ) On donne ce nom dans le commerce à la laine des agneaux", qu'en tond à la première année de leur vie. (T.)
AGNUS - CASTUS. Ce nom. a été souvent conservé en françois k l'espèce de galtilier nommé viux a^nai castur^ (D.deK.)
AGON ou AcoNB. Selon Playcart Ray, c'est un petit poisson , très-voisin de l'aloie : peut-être même n'est-il qua
ZoS A G O
Talose commune encore jeune , comme le locan est le sau« jno|i en bas âge. Quelques Italiens croient, au contraire,/^ que c'est une espèce de sardine qui vit dans les eaux douces du lac de Garda. ( F. M. D. )
AGON 9 AcAVONy nom provençal de la hugrane ou arrête-bœuf. (J.)
AGONATES, Agonala^ nom donné par Fabricius à la clam» entière des crustacés, jusqu'en 1798, oii i\ distribusi tous ces animaux dans les trois ordres des polygonaUsj des kUistagnathes , et des exochnaUs,
Ce mot agonates et oit alors employé comme celui d'agnathes , pour dire sans mâchoires , parce que Fabricius regardoit le grand nombre de celles qu'il a décrites depuis comme des palpes articulés. Voyez , pour Thistoire , Fart.
CaU STAGES. (CD.)
AGOUALALI, Ayoualali, nom caraïbe du bois épineuse jaune, ochroxylum des botanistes. U.)
AGOUARA, Agoua za-chav, Agoua za-goua zou, Agoua ia-?ofe; noms que.Fon donne au Faraguai, suivant D. FeL d'Azzara, à trois espèces, soit de chiens, soit de ratons. V. Chiens et Ours. (C.)
AGOUPY, nom vulgaire du rouge-gorge, motacilla rubecula , L. ( Ch, D. }
AGOURRË ou Anguae de lin , Angina lirU , nom ancien ^ donné, suivant Dalechamp, à la grande cuscute, parce qu'elle étouffe et fait périr la tige du lin lorsqu'elle s'y attache ; on la nomme aussi goutte de lin , podagra Uni, Dans les plantes usuelles de Chomel elle est encore sousle nom d^angoure de lin. Voyez Cuscute. (J.)
AGOUTI, quadrupède de l'ordre des rongeurs, du genre des cabiais. V. Cabiai. (C.)
AGRA, bois de senteur provenant de l'île de Hainan^ voisine de la Chine. Il est estimé et on le vend très - chef à Canton. ( J. )
AGRAHALID. Voyez Agihalid.» (J.)
AGRE, AoRA. Quelques espèces étrangères d'insectes coléoptères, de la famille des carnassiers, forment ce nou* veau genre de Fabricius. Nous les laissons dans le genre Cicindèle , parce que nous n'avons encore pu les observer.
A Û R Soj
II y CB B deux àt l'Amérique méridioaale, et une des Indes orientales. V. CiciMDàLE. A>^ ("f*^) siguifie proie, Capture. (CD.)
AGRÉGAT, AGRÉGATION , AGRÉGÉS. {Chim.) Ces mots désignent une propriété et un état des corpi qu'il est intéressant pour les chimistes de bien connottre, parce que cette propriété ou cet état s'oppose à l'exercice des forces chimiques ; il devient sans cesse nécessaire de les modifier, de les changer ou de les détruire.
L'agrégation est la propriété par laquelle les molécules des corps sont asseï attirées et rapprochées les unes des autres pour adhérer plus ou moins Tortement entr'elles, et opposer un obstacle plus ou moins grand à leur séparation. On distingue sous ce' rapport la solidité ou la dureté, maximum de l'agrégation ou de l'adhérence moléculaire, et la mollesse, minimum de cette force. Aînti la disgrégatiod suppose la destruction totale de l'agrégation.
L'agrégat ou l'agrégé est le corps en état d'agrégation f ou dont les molécules sont adhérentes les unes aux antres. 11 y a des agrégés solides, des agrégés mous, des agrégé* liquides, et même des agrégés fluides élastiques; dans les derniers, k la vérité, l'agrégation est si foible que les mo^ lécules se séparent et s'écartent les unes dès autres arec une très'ï grande facilité. On détruit sans cesse en chimie l'agrégation des corps solides, parce que cette agrégation a*oppose à l'exercice des attractions chimiques , parce que ce qu'un a nommé l'affinité d'agrégation est diamétrale* ment opposé à l'affinité de composition. C'est ce qu'on fait en pulvérisant , broyant , porphyrisant les mati^a qui en sont susceptibles ; en coupant j hachant, râpant le* substances végétales; en limant les métaux , etc. : alors à mesure qne la force d'agrégation diminue, la force d'affinité augmente. Voyez Attbactions chimiques. (F.)
AGRENAS, nom provençal du prunier sauvage, suivant Caridel ; le fruit se nomme agrtao. (J.)
AGRESTE. Cest le nom donné par Ernest au papillon temek. (CD.)
AGRETA. On nomme ainsi h Montpellier J'oseille ronde des jardins, rumex aeutatiu , L. (J.) ^
A6REV0US, nom languedocien du houx ordinaire. (J.)
AGRICULTURE , art de cultiver la terre pour la mettre r en état de donner des productions utiles. Telle est la définition qui lui convient, tfu moins d'après son étymologie; mais j'observe que la multiplication et la cooservation des , bestiaux , et tous là objets utiles aux habîtans des campagnes, sont aussi du domaine de Fagriculture. Je divise les considérations qui lui sont relatives , en trois parties : 1.^ en partie historique; a.^ en partie théorique; 3.* em partie pratique,
!•* Par lie hU torique*
L'agriculture est le plus ancien de tous les arts : elle étoit , suivant les livres sacrés , l'unique emploi des patriarches. Les habîtans de la Mésopotamie et de la Palestine s'appliquèrent à la culture dés terres dans les temps les plus reculés. Osias , roi de Juda , avoit un grand nombre de laboureurs et de vignerons sur les montagnes du Carmel. Il protégeoit d'une manière particulière ceux qui étoieni employés à cultiver la terre et à nourrir les troupeaux ; il se livroit lui-même à ce genre d'occupation.
Les Assyriens , les Mèdes , les Perses , s'adonnèrent aussi à l'agriculture. Elle étoit , selon Bérose , si ancienne chei les Babyloniens I qu'elle remontoit au premier siècle de leur histoire. Dans ces temps où les arts commençoient à prendre naissance , les progrès de l'agriculture furent lents et difficiles : la tradition étoit le seul moyen dont on pût faire usage pour transmettre les observations et les découvertes.
Les Égyptiens, qui prétendoient, comme beaucoup d'autres peuples , avoir une origiioie céleste , et qui vouloient tout tenir des dieux, donnoient à Isis la gloire d'avoir trouvé )e blé ; et ib attribuoiènt à OsirU Tinvention de la charrue et de la culture de la vigne. Si l'on refuse aux Égyptiens l'invention de l'agriculture 9 il faut au moins leur accorder la gloire de l'avoir perfectionnée et rétablie parmi les peuples / à qui la barbarie l'avoit fait oublier. Ce que les Égyptiens
ont fait pour rendre leur pays fertile , pour y faire fleurir le commerce et l'agriculture, est aussi étonnant que les
BionumenB qu'ils ont laissés , et qui font Tadmiration desl Toyageurs. . . . j**;
Malgré sa situation heureuse et la bonté du sol, T^gypte < ^ ^ * > ne seroit qu'un désert sec et aiidey à cause de la chaleur ^ *. , eiccessive du climat, si elle n'étoit arrosée par les débor- ^ , st démens du Nil. Elle doit aux inondations périodiques de , ce fleuve sa prodigieuse et admirable fertilité : les pluies ny sont presque pas connues. Mais c'est moins la propriété fécondante des eaux du Nil qui enrichit l'Egypte, que l'industrie de ses habitans pour en profiter. Comme il ne peut se répandre partout dans une juste proportion, ni à une certaine distance de ses bords , on avoit pratiqué sur - ^
toute l'étendue de son cours une infinité de canaux et de tranchées , qui distribuoient les eaux dans tous les endroits où elles étoient nécessaires. Chaque village avoit son canal , qui étoit ouvert pendant l'inondation : on étoit obligé de le fermer dans un temps limité, ^afin que l'avantage de l'arro- «ement et de l'engrais fût également répandu. Cette multiplicité de canaux unissoit les villes entre elles , entretenoit leur commerce , et défendoit le royaume contre les attaques des ennemis , de sorte que le Nil étoit tout à la fois et le nourricier et le défenseur de TÉgypte. On lui abandbnnoit les campagnes ; les villes et les villages, rehaussés par des travaux considérables, étoient soustraits à la submersion, et s'élevoient, comme des lies, au milieu des eaux. Pendant deux saisons de l'année, l'Egypte offroit aux yeux le spectacle du monde le plus agréable. Si dans les mois de Juillet et d'Août l'on gagnoit la cime de quelque montagne, ou les grandes pyramides d'Alkahira , on découvroit au loin une vaste mer, du sein de laquelle sortoient des groupes et des chaussées qui servoient de communication entre lea habitans : ces chaussées étoient environnées de bosquets, et couvertes d'arbres fruitiers', dont on ne voyoit que le sommet, le tronc étant caché sous les eaux. Des bois et des montagnes en amphithéâtre bornoient llioricon à une certaine distance. Tous ces divers objets ofïroient un ensemble dont la perspective n'avoit point de modèle dans aucune partie du monde. Fendant l'hiver, c'est-à-dire, vers les mois de Janviei^ et de Février, le pays> dans toute sob
i' / étendue, ne paroissoit être qu'une grande prairie, dont la verdure étoit émaillée de fleurs diversement coloriées. Ici ' on apercevoit des troupeaux nombreux qui paissoient tran* quillement dans les plaines ; là , on voyoit des laboureurs et des jardiniers occupés à leurs travaux. L'air, embaumé du parfum des orangers , des citronniers et de plusieurs autres arbustes , étoit alors si pur qu'on ne pouvoit en respirer de plus agréable ni de plus salutaire. Tandis que la nature sembloit morte dans d'autres contrées, elle pa- Toissoit revivre pour orner les campagnes de l'Lgypte.
L'élévation des eaux du Nil est sujette à varier ; elle^ pourroit même devenir préjudiciable : les anciens Égyptîeiia ont prévu et calculé tous les inconvéniens qui en dévoient résulter. Quand les crues étoient trop abondantes ou trop longues', il y avoit des lacs préparés pour recevoir les eaux stagnantes et superflues ; ils s'ouvroient par de grandes écluses et se fermoient selon le besoin : par ce moyen les champs n'étoient inondés qu'autant qu'il falloit pour les engraisser. C'est à cet usage qu'étoit destiné le fameux lac de Mœriâ, qui avoit une étendue si considérable. La manière dont il avoit été fait annonce non -seulement l'industrie la plus grande , mais encore l'économie la plus éclairée. Four ne point perdre, en le creusant, un terrain naturellement fécond, on l'avoit étendu particulièrement du c6té de la Lybie , qui étoit une contrée sèche et presque stérile. Ainsi , en Ég3rpte, quand un terrain ne pouvoit donner aucun produit par la culture ordinaire , ou l'employoit à d'autres usages.
Comme il n'y a point eu de peuple sur la terre qui ait porté si loin que les Égyptiens , l'activité , le travail et l'intelligence , il n'y en a point eu qui ait mieux connu les sources du bonheur et de la prospérité. Ils savoient que l'agriculture étoit le plus ferme appui de l'état, et un moyen essentiel pour soutenir l'innombrable population de leurs dynasties, de sorte que cet art chez eux faisoit un objet spécial du gouvernement et de la politique. Au commencement de la monarchie, les terres furent divisées en trois parties , qui répondoient aux trois ordres du rdyaume. L'une appartenoit aux prêtres, qi)i en employoient les revenus
i leur entretien et à celui de leurs familles, aux sacrifices et à toutes les dépenses du culte religieux. La seconde étoit dans les mains du roi, qui devoit la consacrer aux frais de la guerre, et à faire respecter par sa magnificence la dignité dont il étoit revêtu. La troisième partie étoit destinée aux soldats qui exposoient volontairement leur vie pour le salut de la patrie. Les membres qui composoient 'ces trois différens ordres, ne cultivoient pas eux-mêmes les terres qui leur étoîent échues en partage. Il y avoit des laboureurs qui se livroient aux travaux champêtres, et qui en retiroient Tusufruit moyennant une redevance raisonnable. Pour retenir cette classe d'hommes , les plus essentiels de Tétat, dans les bornes de la condition où la nature les avoit fait naître, des Ibis obligeoient, sous des peines très-sévéres , les fils des laboureurs et des bergers de succéder à leurs pères : se voyant ainsi dans la nécessité indispensable de suivre la condition de leurs aïeux , et n'ayant point l'espérance de parvenir à la magistrature ou à quelque autre rang distingué, ils bornoient toute leur ambition à bien remplir les devoirs de l'état dans lequel ils étoient nés , à se concilier l'estime de leurs concitoye.ns , et à mériter les récompenses glorieuses qu'on décernoit. à ceux qui faisoient quelque découverte importante.
On ne peut douter que le grand amour des £g3rptiens pour les sciences, et surtout pour l'agriculture, n'ait produit de savaiis ouvrages sur cette inlportante matière. Il est vraisemblable que , dans la bibliotbèque de Memphis , dans celle d'Alexandrie , qui contenoit sept cent mille vo^ lûmes en rouleaux , il y avoit un grand nombre d'écrits relatifs à cet objet. On sait que ces bibliothèques ont été perdues, et avec elles tous les ouvrages qui y étoient renfermés. '
Le$ Grecs, imitant les Egyptiens, qui firent des dieux de tout ce qui les étonna, créèrent Cérès déesse des moissons. Cette reine de Sicile , selon eux , vint , sous le règne d'Érectée , à Athènes , où elle montra l'usage du blé , au« paravant iliconnu ; elle y enseigna la manière de faire l<r paiil et d'ensemencer les terres. Mais quelle foi doit- on ajouter à cette tradition des Grecs F Plusieurs auteurs re«
et dommemt à ce set n scm ail^miqt : ib q«e par Tamirée de Cérts à Athéao, il se fint ^'«ne prodipease ateadaBce de Mé qaTiectée fit «ppMtcr de rÉgj^îe, fhmt, Vifgile et d^Mtrcs anocat qw Im* t^eation de la cbarrae a^est penit dae à Cérrs , imis â «i certain Barigcs ovTripftidêaie, fik de Grleas* rvi d*£le«sis, qwiBnt représenté par ka poètes^ aisis snr ■■ dbar traîné par dea ierpens ailés , parce qne, dans nn tcsps de disette, il fit distrihaer dn Ué dans loete la Gfèce avec nne dîlicence incroyable.
Enfin, Polydorr-Viiipile lait roBontcr rorîpne de Fagrîevltnre à nne époqne pJns ancienne qne Texistence de Gérés. D*aprés le témoignage de cet historien , les Grecs, snr ce point comme sur bien d'antres, se sont dits inrentenn de ce qne les Egyptiens lenr avoient appris. Il snffit de se reporter aux premien temps de lenr kistoire ponr être conTaineo qne Tagricnlture n'étoit pas même connue en Grèce lonqnVUe aroit déjà fait des progrés Ircs-consîdérables chez les Phéniciens , les M adianitcs et les Egyptiens. • De Faren de lenn propres écrirai ns, dans cet état primitif, les anciens Grecs erroient dans les foréti, comme les animaux ; ib ne se nonrrissoient qne de régétaux , et couchoient en plein air dans des caTcmcsi , dans des fentes de rocher, oo dans des crenx d'arbres. Le premier changement qu'ils firent dans lenr manière de rirre , fut de manger du gland, de se bâtir des cabanes, de se couvrir de peaux de bétes sauvages^ Pélasgus fut, à ce qu'il parolt, l'auteur de cette réforme. Ils sentirent bientôt la nécessité où ils étaient de s'associer pour subvenir à leurs besoins réciproques : ils se Réunirent donc, et peu a peu ils acquirent de la consistance, et goûtèrent les ayantages de cette association. Ils s'humanisèrent insensiblement, et quittèrent ce caractère féroce qu'ils avoient contracté en vivant dans les forêts. Du moment qu'ib commencèrent à voyager en I\gypte , ils prirent quelque connoissance des sciences et des arts, et particulièrement de l'agriculture: De retour dans leur pays, ils firent usage de la charrue, et commencèrent à tracer des sillons. Cette nouvelle manière de col-
À G R SiS
tirer la terre leur parut de beaucoup préférable à celle ^ qu'ils employoient auparavant ; elle augmentoit leurs revenus en diminuant les travaux et la dépense.
Le goût de la nation pour l'agriculture s'accrut donc^ Boit par les avantages qu'elle procuroit, soit par Tamélioration dont on la voyoit encore, susceptible. Toutes les vues politiques se tournèrent alors vers cette branche de l'économie publique ; et les philosophes grecs , renommés piiui^ sagesse 4^ leur législation ; firent des réglemens sur cet objet si essentiel à la prospérité d'un empire. Athènes et JLacédémone devinrent en peu de temps deux villes florissantes, et c'est à l'art du labourage qu'elles durent leur élévation. Dans ce moment d'enthousiasme , tous les citoyens de l'Attique se disputoient à l'envi la gloire de contribuer ftux progrès de l'agriculture , et d'enrichir leur patrie de nouveaux fruits qui nous seroient peut-être encore inconnus. Aristée d'Athènes fut le premier qui cultiva l'olivier et qui t^uva la manière d'en exprimer l'huile. Cest auxAthéniens que nous sommes redevables des figuiers. Ce mém« peuple fit venir en différens temps des coignassiers de Tile de Crète ; des châtaigniers de Sardes ; des pêchers , des noyers de Perse , et des citronniers de la Médie. Toutes ces productions étrangères , et beaucoup d'autres, sont parvenues jusqu'à nous par l'entremise des Grecs. Les Romains, ayant conquis la Grèce, transportèrent en Italie tous les arbres qu'ils y trouvèrent. On doit rapporter à ce temps- f
là l'introduction des oliviers à Rome, puisque, selon Fénestella, sous le règne de Tarquin 6n n'en avoit vu aucun ni en Italie, ni en Espagne, ni même en Afrique. On doute si lamandier étoit connu dans le pays latin du temps de Caton , et s'il n'y fut point apporté lors de la conquête de la Grèce. Il est certain que le cerisier y étoit inconnu l'an 680 de la fondation ()e Rome , et que Lucullus l'apporta du Pont, après la défaite de Mithridate. Les premiers pistachiers ont été apportés de Syrie par L. Vitcllius sous le règne de Tibère.
Dans ces jours heureux où les Grecs ne pensoient qu*à cultiver leurs champs et à faire fleurir l'agriculture , ils devinrent puissans et redoutables ; on n'osa plus les att»-
if ^ quer : maïs cette gloire ne tut que passagère ; ce peuple , ^ ^ ingénieux et porté à tout ce qui est du ressort de Timagi-
^ ^ nation , négligea bientôt des occupations importantes pour
aVttacher aux subtilités de l'espritl Les arts d^agrément remplacèrent l'agriculture j au point que les magistrats étoient chargés de faire venir du blé du pays étranger. Les Spartiates j dont on vante encore la vertu sauvage, laiasoient aux Ilotes , qu'ils traitoient comme des esclaves, le soin de les nourrir. Cette décadence entratna la. ruine de la Grèce : afibiblie par la mollesse et par la volupté, un roi de Macédoine en subjugua une partie , son fils en acheva la conquête.
Les Romains ont singulièrement honoré Tagriculture. Le premier soin de leur fondateur fut d'instituer douze prêtres pour offrir aux dieux les prémices de la terre , et pour leur demander des récoltes abondantes. On les nomma Arvales , de arva, champs. Un d'eux; étant mort, Romulus prit sa place, et dans la suite cette dignité ne fut accordée qu'à ceux qui pouvoient prouver une naissance illustre. Numa Pompilius, l'un des plus sages rois de l'antiquité^ avoit partagé le territoire de Rome en différens cantons. On lui rendoit un compte exact de la manière dont ils étoient cultivés : il faisoit venir les laboureurs, pour louer et encourager ceux dont les champs étoient bien tenus , et pour faire des reproches aux autres. Les fruits et les productions de la terre étoient alors regardés comme les biens les plus justes I et les plus légitimes.
Ancus Martips , quatrième roi des Romains , qui se piquoît de marcher sur les traces de Numa, ne recomman* doit rien tant aux peuples, après le respect pour la religion, que la culture des terres et le soin de troupeaux. Cet esprit se conserva long - temps chez les Romains ; dans les temps postérieurs, celui qui s'acquittoit mal de ce devoir, s'attiroit l'animadversion du censeur.
Les tribus rustiques formaient dans Rome le premier ordre des citoyens. Dans les beaux siècles de la république, quand le sénat s'assembloit , les pères conscrits venoient des champs pour dicter des délibérations pleines de sagesse. Les consuls soupiroient après le terme de leur consulat,
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pour aller présider eux-mêmes à la culture de leurs héritages. L. Quintius Gincinnatus , et Attilîus , étoient occupés , Tun B labourer , et l'autre à semer son champ , quand on les vint chercher pour les nommer chefs de la république : le dernier venoit d*étre élu consul ; le premier ^ créé dictateur dans une conjoncture très-pressante, quitta ses instrumens rustiques 9 viilt'à Rome 9 où il entra au milieu des acclama» tions du peuple , se mit à la tête de l'armée, vainquit les ennemis 9 et revint seize jours après à sa maison de campagne pour reprendre ses fonctions ordinaires. Les ambas-» sadeurs des Samnîtes étant venus offrir une grosse somme d'or à Curius Dentatus , le trouvèrent assis auprès de son feu, où il faisoit cuire des légumes : ils reçurent de lui cette sage réponse , « que l'or n'étoit pas nécessaire à celui « qui savoit se contenter d'un tel dîner, et que pour lui, « il trouvoit plus beau de vaincre ceux qui avoient cet or « que de le posséder. ^ Cet illustre Romain avoit déjà reçu trois fois les honneurs du triomphe. ,
Si Rome *4i'a jamais épé florissante comme elle le fut dans ces temps 9 les campagnes ne furent aussi jamais mieux cultivées , en sorte qu'on est porté à croire que c'est à la culture des terres que la république fut redevable de sa grandeur et de son élévation.. L'exercice de cette vie laborieuse 9 dit Pline, forma les hommes qui se sont si bien distingués dans l'art militaire. Il sortit de cette école de braves capitaines et de bons soldats, pleins de droiture et de sentimens ; mais la gloire des Romains ne dura pas au-delà des principes qui Tavoient produite. Le luxe donna d'abord l'atteinte la plus funeste à l'agriculture , et entraîna bientôt la ruine entière de la république. Les Romains, avides de plaisirs et d'honneurs, abandonnèrent leurs terres, se retirèrent à la ville, et laissèrent à des esclaves le soin de la culture. Ces mercenaires , ne craignant plus l'œil du maître, s'acquittèrent mal de l'emploi qui leur avoit été confié : dès-lors les campagnes ne donnèrent que de foibles récoltes. Ce malheur commençoit à se faire sentir du temps de Varron. On en peut juger par les reproches que fait un sénateur romain à Appius Claudius sur la magnificence de SA maison de canxpagne, comparée à la simplicité de la
Si« A G R
/ ' tienne, où ils ëtoient alors. « Ici, dit-il, on ne yoitni ta^ \' " I i\[ « bleaux , ni statues , ni boiseries , ni plancher parqueté : « on y trouve tout ce qui convient au labour des terres^ « à la culture de la vigne, à la nourriture des bestiaux. « Chez vous, tout brille d'or, d'argent, de marbre: mais e nul vestige de terres labourables ; on ne rencontre nulle « part ni bœufs , ni vaches , ni brebis ; point de foin dans %J^ magasins , point de vendange dans les celliers , point « de moissons dans les greniers. Est-ce donc là une métairie f c en quoi ressemble-t-elle à celle que possédoient votre aïeul « et votre bisaïeul ? •
Columelle déplore aussi, d'une manière très-vive et trèséloquente, le mépris général où de son temps l'agriculture ëtoit tombée ; mais ces plaintes, quelque touchantes qu'elles fussent , ne produisirent aucun effet : l'amour du travail , et ce louable penchant pour le labourage qui avoit formé un des titres les plus glorieux dont on pût décorer un citoyen romain, s'éteignirent peu k peu dans les cœurs du peuple. Les campagnes négligées ne fournirent plus^le blé nécessaire pour l'entretien de Rome : on fut obligé d'en^ tirer de l'Egypte. Dans ce désordre funeste, tout concourut snéme à renverser l'agriculture , le fondement le plus solide de la république. Il n'y eut plus de ces hommes distingués, de ces savans profonds, qui jusqu'alors avoient soutenu par leurs écrits la 'pratique du labourage, tels que Palladius, Kutilids, Taurus ; jïlmilianus, qui vivoit environ cent ans après Columelle , est le dernier des Romains qui ait écrit aur l'agriculture.
Les Chinois disputent aux peuples dont |e viens de parler l'ancienneté du labourage : ils prétendent avoir appris cet art de Chinnoug , successeur de Fohy. Sans aller chercher si loin une origine sur laquelle on n'auroit que des incertitudes, il faut convenir que ce pays offre auiourd'hui les traces les plus antiques de l'industrie de ses habitans. De hautes montagnes, qui formoient ces inégalités que le globe présente à sa surface , ont été abaissées par la main des hommes, et ne conservent que la pente nécessaire pour Técoulement des eaux et l'arrosement des terres. On a arrêté , dans leurs courses rapides 9 des rivières impétueuses -, on les a détour*
A G R itr . \
nées avec des traraux immenses , afin ipi^elles allassent por« t . ter la fécondité dans des lieu:: naturellement secs et arides. • . . • •: A la place de ces coteaux nus et stériles qu'on trouve « ^ g
dans diverses parties de l'Europe 9 on voit à la Chine des *''
coUines couvertes de moissons abondantes , qui s'étendent d'un bout de l'empire à l'autre, et qui, étant coupées par étages du pied jusqu'au sommet , s'élèvent en amphithéâtre et forment des terrasses agréables. Elles montent et se rétrécissent par une muraille sèche qui les soutient. On pratique à leur sommet des réservoirs où se ramassent les eaux des pluies et des fontaines : si ce moyen ne suffit pas pour arroser les terres, on y supplée par des machines simples qu'un seul homme met en jeu , et dont l'usage est de faire re- SDdonter les rivières qui baignent le pied de ces coteaux^ jusqu'à des hauteurs considérables. Ce seroit une erreur de croire que les Chinois ne sont si laborieux que parce qu'ils cultivent un sol naturellement fertile, qui les dédommage amplement des peines qu'ils se donnent pour le faire fruc-» tifier. On trouve à la Chine , comme dans tous les autres pays du monde, des terrains ingrats qui ne produisent que parce qu'on les travaille avec opiniâtreté. Où le soc ne suffit pas, la bêche est employée : les endroits maigres et sans substance sont couverts d'une terre nouvelle, souvent apportée de loin. Lorsque quelque montagne se refuse à la culture, on y plante des arbres, qui deviennent grands, forts et vigoureux , et dont le bois sert dans la suite , ou y
pour la construction des vaisseaux, ou pour la charpente des édifices. Toutes les productions de l'empire consistent en denrées de première nécessité. Les provinces du nord fournissent ordinairement le blé ; celles du midi donnent du riz en abondance et beaucoup de légumes. La vigne n'est point cultivée à la Chine : le gouvernement la regarde comme propre k donner seulement une boisson agréable aux gens riches ; il ne veut pas qu'on s^en occupe. Toutes les vues politiques sont tournées sur les objets de l'utilité la plus directe : on n'y voit point de ces jardins de pur agrément, qui ne rapportent rien ; le charme des maisons de plaisance se réduit à une situation heureuse, ou à des cultures agréablement diversifiées. Cet esprit économique,
cet amour poar Fagriculture , est soutenu , d'une part, par
. " le penchant des Chinois pour. le travail, et de Tautre par
'• les honneurs accordés k tous les laboureurs qui se distinguent
dans leur profession. Si quelqu'un d'eux fait une découverte
^ ' utile , s'il s'élève au-dessus des autres cultivateurs par son
application et son intelligence, il est appelé k la cour
pour éclairer l'empereur ; il est revêtu de la dignité de
mandarin, et l'état le fait voyager dans toutes les provinces
pour former les peuples k sa nouvelle méthode.
Dans cet -empire, où l'on considère plus le mérite per^ sonnel que la noblesse héréditaire, la plupart des magistrats et des hommes destinés à occuper les premières charges, sont choisis dans la classe des laboureurs. On conservera toujours, à la Chine un grand respect pour les fondateurs de l'empire , qui en ont fait consister le bonheur et la stabilité dans les productions de la terre. Les noms des empe* reurs qui par leurs sages institutions ont contribué aux progrès de l'agriculture, y sont en vénération.
On n'oubliera jamais la mémoire de celui d'entre eux qui avoit établi une fête solennelle dans tous ses états pour rappeler à ses sujets le soin qu'ils dévoient prendre de l'art regardé comme la source principale de la richesse. Cette cérémonie religieuse s'est perpétuée jusqu'à ce jour : la pompe avec laquelle on la célèbre encore aujourd'hui , atteste le respect que les Chinois conservent pour l'auteur d'une si chère institution, et le cas qu'ils font de l'agriculture. « Une des fonctions publiques des « empereurs de la Chine, dit un historien moderne, est « d'ouvrir la terre au printemps avec un appareil de fête « qui attire des environs de la capitale tous les cultiva- « teurs : ils accourent en foule pour être témoins de l'hon- « neur solennel que le prince rend au premier de tous les « arts. Ce n'est plus, comme dans les fables dé la Grèce, « uti dieu qui garde les troupeaux d'un roi : cVst le père « des peuples, qui, la main appesantie sur le soc, montre « à ses enfans les véritables trésqrs de l'état ; bientôt après « il. revient au champ qu'il a labouré lui-même, y jetté^ « les semences que la terre demande. L'exemple du prince « est. suivi dans toutes les provinces ; dans la même saison,
« les yice-roîs y répètent les mêmes cérémonies en présence
«d'une multitude de laboureurs. * '*'}'. «
Il seroît à. désirer qu'une communication plus étendue « *
avec la nation chinoise nous mit à portée de mieux con- ^
noitre les progrès qu'elle a faits dans les sciences ^ qu'elle ^
cultire avec tant de constance, et surtout dans l'agriculture f .
qu'elle a portée si loin.
Je passerai sous silence les autres peuples anciens qui ont eu.quelques connoissances sur l'agriculture : on est trop peu instruit de cette partie de leur histoire pour que je puisse en donner un précis. Les recherches que je ferai sur les nations actuellement existantes ^ ne procureroient pas plus de -lumières relativement à leur origine; je me bornerai à suivre ses progrès dans la France que j'habite.
Il est certain que les Gaules ont été très -anciennement cultivées. La population nombreuse de ce pays , qui forçoit seshabitans d'envoyer des colonies en Allemagne et dans le Midi ; la facilité que César y trouva pour la subsistance de ses troupes : tout annonce qu'on y faisoit des récoltes en grains. Les Romains , habiles à tirer parti de leurs conquêtes, n'épargnèrent rien pour augmenter les progrès de l'agriculture dans les Gaules : les dépenses considérables qu'ils y firent , la rendirent la plus fertile et la plus belle de leurs provinces. Cette source de richesses se tarit quand les Barbares sortis du Nord ravagèrent l'empire 9 et elle ne se rétablit qu^ long- temps après.
Sous la première race des rois de France 9 l'agriculture y fut languissante ; elle reprit de l'activité au commence» ment de la seconde race , temps oh les moines se livrèrent au défrichement des terres, avec un zèle et une intelligence dont on a depuis ressenti les effets. Le règne de Charlemagne, pendant lequel tout prit une nouvelle forme, donna à l'agriculture un plus grand éclat, qui ne fut pas de longue durée -, car l'invasion des Normands et le régime féodal replongèrent pour long-temps la France dans le chaos et dans l'ignorance. Pendant plusieurs siècles on regarda comme vils et méprisables les hommes qui faisoient leur occupation de la culture des terres. Les premiers qui s'y livrèrent, étoient des esclaves, dont la plupart rachetèrent
des seignmn leur liberté, souvent à lui prix considérables Ceux qui n'eorent pas le moyen de s'affranchir, restèrent , eux et leurs descendans , dans un état de servitude que la sagesse du gouremenient détruisit enfin entièrement. Les (^ croisades et le luxe des cours , deux causes nuisibles à la
France k bien des égards, ont cependant servi à Tavance» ment de l'agriculture : afin de se procurer de Targent pendant leurs voyages, les seigneurs qui prirent la croix rendirent libres un grand nombre de serfs , et accensèrent leurs terres ; ils firent plus , ils rapportèrent même de l'Asie des plantes précieuses, qui se sont multipliées dans nos climr *s. Le luxe des cours produisit aussi un effet qu'on ne devoit pas attendre, en mettant les biens- fonds entre les mains du peuple ; car ib furent mieux cultivés et augmentèrent les richesses de l'état Peu à peu les rois firent, en faveur des cultivateurs, des réglemens qui rendirent leur condition meilleure. Ceux de François L*', de Henri III, de Charles IX et de Henri IV, ont été conârmés par leurs' successeurs. Louis XIV en ajouta de nouveaux, dictés par . les lumières qui éclairèrent son règne. Ce fut aussi sous Louis XV que, l'amour de l'agriculture gagnant, pour ainsi dire , tous les ordres de l'état , cet art fit des progrès étonsans ; les savans s'empressèrent de contribuer à sa perfection* Chimistes , botanistes , physiciens , naturalistes , tous dirigèrent une partie de leurs recherches vers l'agriculture. 11 ^ y eut. sur cette matière beaucoup d'ouvrages publiés, que
les cultivateurs de profession , à la vérité , n'étoient pas en ^tat d'entendre : mais les observations qui y étoient répan- . dues, sont peu à peu parvenues jusqu'à eux et les ont frappés sans qu'ils s'en aperçussent ; en sorte qu'on en voit un grand nombre adopter des méthodes que leurs pères ne connoissoient pas $ il y en a même qui font des essais qu'on n'auroit jamais osé espérer. Il a paru, sous le dernier règne , des lois utiles à l'agriculture : les unes concernoient la multiplication et la conservation des bestiaux; les autres encourageoient les défrichemens , ou permettoient l'exportation des grains. Le même esprit a fait établir des sociétés d'agriculture, des écoles vétérinaires, des jardins de botanique, ailleurs que daiis la capitale.
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MM. Dutiamel, ces deux frères aussi unis qu'ils étoienft éclairés, et dont les noms ne doivent être prononcés qu'avec l^spect et reconnoissance , à cause des services qu'ils ont rendus aux arts et aux sciences , MM; Duhamel sont ceux qui ont le plus contribué à faire naître parmi nous le goûtpoui? Tamélioration des terres , et surtout pour la Culture des arbres , étrangers. Ce goût s'est tellement accru et fortifié , qu'il n'y a pas de province en France qui n'en ait éprouvé d'heureux efiets. Des landes sont converties en terres la-> bourahles ; des prairies , autrefois hérissées de joncs et d^ toseaux, donnent du foin de bonne qualité. Ici, on a ar-» raché a la mer des plages qu'elle couvroit dans les hautes marées , et on en a fait des champs fertiles ; là , dans un sol qu'on avoit regardé comme inc^vpable de rien produire, on a planté des espèces de bois qui s'y plaisent Une partie des grands chemins est bordée d'arbres ; l'approche des èhàteaux s'annonce par de^ plantations : dans beaucoup d^endroitS) aux arbres du pays, dont la végétation étoit foible, on en a substitué d'autres apportés des climats loin« tains. Partout les progrès de l'agriculture se manifestent | on sait mieux façonner la terre , corriger les vices du sol , y répandre les engrais convenables , semer , récolter e| conserver le produit des récoltes.
Tel est le degré où est parvenue l'agriculture en France 3 tout ann9nce qu'elle s'y perfectionne de plus en plus. Les avantages qui résultent d'une aussi belle étude, par rapport k la population et au commerce, sont si saillans qu'il seroit inutile de les tracer ici^
a.® Partie théorique»
La partie théorique de l'agriculture est l'exposé des prin^* expes qui forment la base de la science : on peut la diviser en trois branches. La première connott les corps et le^ circonstances qui ont une influence plus ou moins grande sur la végétation ; tels sont l'eau, l'air atmosphérique, 1a lumière , l'électricité , les météores , la température , l'ex* position et la nature des différentes espèces de terrain. Là seconde branche s'occupe de l'organisation .des végétaux^ ée leur disposition i se plaire dans '^n terrain plut6t quff