‹ Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite mhodiquement des diffens res de la nature, consid soit en eux-mes, d'apr l'at actuel de nos connoissances, soit relativement l'utilitqu'en peuvent retirer la mecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus cres naturalistes (volume 2)Chapitre 122 sur 160 · LA BALEINOPTÈRE RORQUAL · texte numérisé non relu

LA BALEINOPTÈRE RORQUAL

Balænoptera rorqual, Lacép. Hist. nat. des cétac. p. 126. Balæna musculus , Linn. édit. de Gmelin. Balæna fistula duplici in Jronte, maxilla inferiore multo latiore, Arted. Gen. 78, sym 107. Balæna tripinnis , ventre ,rugoso, rostro rotundo , Briss. Régn. anim. p. 353, n. 6. Balæna Bellonit, Aldrov. Pisc. p. 676. Baleine rorqual , Bonnat. PI. de l'Encycl. méth. Capidolio, | en italien; $teype-reydus, en islandois ; Rp en norwégien et en groenlandois. j

Cart part. La mâchoire inférieure arrondie, plus avancée et beaucoup plus large que celle d’en haut; la tête courte à proportion du corps et de la queue; des plis longitudinaux sous la gorge et sous le ventre; une nageoire dorsale. Lacép. Tabl. des cétac. |

Le rorqual, qui a au moins vingt-six mètres (soixanteet dix-huit pieds) de longueur, et onze ou douze metres (trente-trois à trente-six pieds) de circonférence dans l’endroit le plus gros de son corps, est remarquable par la couleur noïrâtre qui domine sur-le haut de cette parte ; et par le blanc du dessous de l’animal.

Sa mâchoire d’en bas se termine en une portion de cercle qui quelquefois est légèrement festonnée : celle d’en haut

Eu

est beaucoup moins longue et moins large; elle s’emboîte dans celle d’en bas..

Sa langue, dent nous avons parlé dans les généralités , ainsi que de l’ouverture de sa bouche énorme, est molle, spongieuse et revêtue d’une peau mince; elle présente, de. chaque côté de sa base, un muscle rouge et arrondi, qui rétrécit considérablement l'entrée du gosier, à la volonté de ce cétacé. AE ON NE

Ses fanons sont noirs : ils sont si courts que la plupart n’ont pas plus d’un mètre (trois pieds ) de hauteur; ceux qui avoisinent le gosier n’ont quelquefois pas seize centimètres (à peu prés six pouces) de hauteur. Les crins qui les garnissent et qui les terminent sont longs, touffus, inégaux et noirs. |

Quoique l’œil soit situé au-dessus et (és pres de la commissure des lèvres , néanmoins, comme la mâchoire inférieure est trés-haute, il se trouve placé si prés du sommet de la tête ,; que souvent il paroît au-dessus de l’eau lorsque cette espèce de baleine nage à la surface de l'Océan. Les orifices de ses évents sont conséquemment trés-voisins de ses yeux; ils sont placés sur une espèce de protubérance qui a la forme d’une pyramide.

Le corps du rorqual est très-gros derriere la nuque : ïl paroît composé de deux cônes accollés l’un à l’autre par leur base, et dont le postérieur est plus allongé que celui de devant; d’où il est facile de conclure que lorsque ce cétacé nage à la surface de la mer, on ne doit apercevoir que la vaste calotte que forme sa nuque.

Les nageoires pectorales, qui sont lancéolées, sont assez éloignées de angle que forme la réunion des lèvres, et fixées à peu prés à la même hauteur que leur commissure.

La dorsale, qui est un peu échancrée , commence au point diamétralement opposé à l’orifice de l’anus ; cette nageoire s'étend jusqu'a la caudale, qui se divise en deux lobes, dont chacun est échancré par derriere. | |

On remarque sur toute l'étendue du dessous de la tête et du corps de ce cétacé, des plis longitudinaux qui annoncent la présence de l'organe particulier dont nous allons

nous occuper en parlant de la baleinoptére à museau pointu. 3 C1

à R : i € suc BAL 82. I, , SarAS à LOENEMRENES : À BALEINOPTERE MUSÉAU = POINTU.

Balænoptera acuto-rostrata, Lacép. Mist. nat. des cétac. p. 134. Belæna rostrata , Linn.. édit. de Gmelin. Baleine à bec, Bonnat. PL de l’Encycl. méth. Balæna rostrata minima, rostro longissimo et ucutissimo, Müll. Zoolog. Dan. prodrom. p. 7, n. 48. Balæna ore rostraio , Balæna tripinnis edentula minor, Klein, Miss. pisc. 2, p. 13. Pike headed whale, en anglois; Audarua fia, en islandois; Rabbe hual, en norwégien; Dog-

‘ Ling ; chez les habitans de l’île de Féroé.

-Caract. part. Les deux mâchoires pointues ; celle d’en haut

plus courte et beaucoup plus étroite que celle d’en bas; des plis longitudinaux sous la gorge et sous le ventre; une nageoire dorsale. Lacép. Tabl. des cétac.

. De toutes les espèces de baleines que nous venons de passer en revue, celle-ci est la moins grande, et il y a toute apparence qu’elle ne parvient guëre a une longueur qui excède huit à neuf mètres ( vingt - quatre à vingtsept pieds ); sa forme est, comme dans toutes ses congénères, une espêce de réunion de deux cônes par leur base, dont le postérieur, très - étroit et relevé longitudinalement en arête, s’élargit à son extrémité pour former la nageoire de la queue, tandis que le cône antérieur est interrompu vers l’endroit où sont placés les bras, puis se continue en avant d'une manière allongée et plus irréguliére.

Ce cétacé tire son nom de museau pointu, de la forme de ses deux mächoires, qui se terminent effectivement en pointe : la supérieure est beaucoup moins large et moins avancée que l'inférieure ; elle est d’ailleurs trés-allongée, et se termine en une pointe aiguë à l’extrémité du museau. . Les fanons de cette baleine, qui sont très-courts, sont de couleur blanchâtre : ils sont triangulaires et hérissés de crins blanchâtres , trés-longs , qui sont placés sur le bord inférieur : le nombre de ces fanons peut aller à deux cents de chaque côté. La langue , qu’ils entourent, est épaisse, charnue, et susceptible de se soulever, de se gonfler, et même de s'étendre au point de dépasser, à la volonté de l'animal, le bout de son museau.

. Le dessous de sa tête et de la partie antérieure de son corps est revêtu d’une peau plissée, dont les plis sont longitudinaux et parallèles ; ils s'étendent dans toute la largeur du corps, d’une nageoire pectorale à l’autre. Ces plis disparoissent lorsque la peau est tendue, et elle se tend toutes les fois’ que ce cétacé gonfle une poche particulière, placée depuis l’intérieur des deux branches de la mâchoire : d'en bas , jusqu’au - dessous du ventre. Cet organe , qui donne infiniment de légèreté à cette baleinoptère, se remplit d’air atmosphérique, au moyen de ses évents, quand cet animal le juge convenable.

On conçoit facilement que les nagecires pectorales , qui sont situées vers le milieu de la hauteur du corps de ce cétacé, paroissent plus ou moins au-dessus ou au-dessous de ce point, suivant que le réservoir dont nous venons de parler est plus ou moins rempli d’air. Les plis qui annoncent la présence de cette vessie natatoire sont rouges, ainsi qu’une portion de la lèvre supérieure ; tout le dessus de son corps est d’un noir profond, et le dessous , qui est blanc, est nuancé de noirâtre par taches.

La nageoire dorsale , qui est triangulaire et un peu échancrée par derrière, est placée à peu prés au-dessus de l'anus , et elle est inclinée vers la nageoïire caudale.

Cette dernière nageoire se divise en deux lobes, séparés l’un de l’autre par une échancrure étroite, maïs profonde. be

La chair du museau-pointu passe, 2, les Groenlandois, pour un mets délicat, et c’est particulierement pour cette raison qu’ils lui donnent la chasse.

En cherchant les liaisons qui dans.la baleine réunissent un sens avec un autre, en comparant cés liaisons avec les rapports analogues que l’on observe dans tous les mammifères, on trouve que l’odorat et le goût sont trèsrapprochés dans ces derniers. Dans l'éléphant ces deux organes sont réunis avec le toucher et exercés par le même organe ( la trompe); dans les baleines , au contraire, l’odorat est très-voisin de l’ouïe, et la réunion de ces deux sens sert à donner à ces animaux Timpression d'objets tréséloignés, tandis que, lorsque l’odorat est réuni avec le

goût et avec le toucher , ces deux derniers sens surtout ne peuvent être ébranlés que par les objets avec lesquels ils se trouvent en contact.

À la vérité le rapprochement de l’ouïe et de l’odorat donne à l’animal qui présente ce rapport, des sensations moins précises et des comparaisons moins sûres que la réunion de l’odorat avec le goût et le toucher; mais aussi. elle en occasionne de plus nombreuses, de plus fréquentes et de plus variées ; ce sont ces impressions plus diversifiées et plus souvent renouvelées qui ajoutent beaucoup au penchant qu'ont les baleines pour les évolutions rapides, les natations et les voyages lointains qu elles réitérent si fréquemment.

‘Les organes exquis de l’odorat, de la vue et de l’ouïe de la baleine, offrent dés proportions et des dimensions dont la petitesse , comparée avec la masse énorme du corps de cet animal, frappe d’étonnement ; il semble même qu'ils ne soient que des instrumens ajoutés à ce corps, et qu'ils n’en fassent pas une partie essentielle.

Mais si l’on réfléchit que leurs dimensions. ne doivent avoir de rapports qu'avec la nature et le nombre des sensations imprimées à l’animal, pour les faire passer au cerveau et de suite à tout LÉ système nerveux ; si l’on pense que plus étendus ils ñne concentreroient plus les impressions qui lui parviennent, ou bien qu’ils ne les transmettroient qu'isolément; si l’on calcule que dans le cas où ils seroient en proportion avec les autres parties, ils ne seroient plus qu’un simple organe du toucher, propre seulement à indiquer les actions du tact, et qu’ils deviendroient en quelque sorte inutiles pour communiquer les odeurs, peindre des images éloignées, et enfin pour faire entendre des sons; alors on sera forcé de convenir qu'il n’étoit pas nécessaire que ces mêmes organes eussent une ‘analogie de grandeur avec le corps de l'animal qui en est pourvu. |

La baleine à reçu de la nature l'organe de la vue le mieux adapté au fluide aqueux et salé, à l’atmosphére humide, brumeuse et épaisse, au travers desquels elle doit apercevoir les objets; elle peut d’ailleurs, comme nous

l'avons déjà dit, intercepter la trop grande quantité de lumière qui l’incommoderoit, en interposant entre elle et ses yeux un voile qu’elle a la faculté de rendre plus ou moins opaque en s’enfonçant plus ou moirs profondément

au-dessous de la surface de la mer. Elle peut exercer cet

organe au gré de ses désirs : elle peut, si elle le juge convenable, en élevant sa tête au-dessus de l’eau, le placer de manitre à étendre sa vue sur un plan immense, formé par la surface d’une mer tranquille; elle n’est arrêtée alors par aucune inégalité, et elle ne reçoit de limites que de la petitesse des objets ou de la courbure de la terre.

L'œil de la baleine, considéré dans son ensemble, est conformé comme celui des poissons : son cristallin est assez convexe par devant et sphérique par derriere; sa forme générale est maintenue, en très-grande partie, par l’enveloppe à laquelle on a donné le nom de sclérotique, qui, au lieu d’être simplement attachée à la cornée par une celluiosité , pénètre le plus souvent dans sa substance par des filamens assez longs et trés - déliés.

On voit dans la choroïde ou seconde enveloppe de l’œil de ce cétacé , et sans le secours de la loupe, les ouvertures des vaisseaux, ainsi que la membrane interne que l’on a appelée ruyschienne ; on compte même les fibres rayon< nantes qui sont disposées circulairement et qui entourent le cristailin.

La prunelle de l’œil de la baleine est susceptible de se rétrécir au moyen de la dilatation de l'iris, et de devenir une ouverture transversale allongée. Son ensemble est mu par quatre muscles droits, et par un autre muscle auquel on a donné le nom de suspenseur, qui est divisé en quatre; il y a de plus deux muscles obliques, l’un supérieur et l’autre inférieur. |

La baleine a de commun avec la plupart des animaux qui passent leur vie dans l’eau, d’être privée de points lacrymaux, de glandes destinées à répandre sur le devant

de l’œil une certaine liqueur qui le tient dans un état de

propreté et de souplesse nécessaire ; ils sont remplacés

par deux especes de lacunes situées sous la paupière supé-

rieure, d’où suinte une humeur épaisse et mucilagineuse. 3 29

Tous les physiciens savent que plus les rayons lumineux tombent obliquement sur la surface d’un corps diaphane, et plus ils sont réfractés en le traversant ; ils savent également que la réfraction des rayons de la lumiere est plus grande au travers d’une sphère que d’une lentille aplatie : or le cristallin de la baleine présente un degré de sphéricité, de densité et d’inflammabilité, occasioné par lä substance huileuse dont il est imprégné; en ün mot un tel degré dé force réfringente, qu’il est capable de compenser le’ défaut de réfraction de l’eau, produit par sa densité.

‘La baleine a donc reçu de la nature un organe optique +rès-adapté au fluide dans lequel elle vit; la lame d’eau qui recouvre son œil et au travers de laquelle elle aperçoit les objets, est donc pour elle un instrument de dioptrique, qui, comme urie lunette, est capable de rendre sa vue nette et distincte, non en la renforçant comme si elle étoit altérée ou affoiblie, mais en corrigeant une sorte de verre qu’elle ne peut quitter.

La baleine entend aussi à de grandes doter des sons ou des bruits même assez foibles. La nature lui a donné, pour percevoir les vibrations du fluide atmosphérique, un canal déférant trés-large, une trompe d’Eustache qui a un grand diamètre. Au reste, lorsqu'elle voyage sur la surface de l'Océan, son oreille est presque toujours plongée au-dessous du niveau de la mer, à deux ou trois métres (six ou neuf pieds) de profondeur; c’est donc par le moyen de l’eau que les vibrations sonores parviennent à son organe acoustique : or personne n'ignore que le plus excellent conducteur des vibrations soncres est, sans contredit , ce fluide aqueux qui, au moyen des courans, transmet les sons , même les plus foibles, à en distances souvent trés-éloignées.

D'ailleurs , une raison péremptoire qui prouve en faveur de la délicatesse de l’ouïe de la baleine, c'est que ceux qui se sont occupés d’acoustique n’ont pas remarqué, sans doute, que les personnes qui ont l'organe de l’ouïe le plus sensible et le plus délicat, ne perçoivent que des impressions confuses des corps sonores, lorsqu'un bruit violent,

PARU es

tel que celui que produit une caisse de tambour, retentit à leurs oreilles : or tous les pêcheurs assurent que, quand la baleine rejette par ses évents une grande quantité ‘d’eau, qui retombe avec bruit autour d'elle , il lui est impossible de percevoir aucune autre vibration sonore , et qu'ils profitent de cet instant de surdité passagére pour d'aborder avec leurs bâtimens, PeAAneE de plus pres et la harponner je sûrement.

L'organe de l’ouïe de la baleine est intérieurement composé d’un labyrinthe, de trois canaux demi- circulaires, d’un limaçon, d’un orifice cochléaire , d’un vestibule, d’un orifice vestibulaire , d'une cavité nommée caisse du tympan, d'une membrane du tympan, d’osselets articulés et placés dans cette caisse depuis cette membrane jusqu’à l’orifice vestibulaire, d’une trompe nommée d’Eustache, et d’un canal qui, de la membrane du tympan, vient aboutir par un petit trou en dehors, et qui n’est terminé par aucun vestige de conque ou d’oreille externe.

Le limaçon 4e ce cétacé est trés-grand , ainsi que l'orifice cochléaire qui le fait communiquer avec la caisse du tympan, dont la forme est celle d’un entonnoir allongé; la spirale du limaçon ne fait qu’un tour et demi; le marteau n’a pas cet appendice que l’on nomme le manche : enfin le méat auditif n’est osseux dans aucune de ses portions ; ilest entierement ÉHAMEInEnx, ainsi que nous l'avons dit dans les généralités.

Avant de quitter l’o ranisation intérieure de l'oreille de la ‘baleine, nous devons faire observer que létrier n'est qu'un corps conique, qui, au lieu des deux branches que l’on remarque dans celui des autres mammifères, est comprimé et percé seulement d’un très-petit trou; que le rocher est d’une substance plus dure que celui d'aucun autre animal vertébré; qu’il n’est point articulé avec les autres parties osseuses de la tête, mais qu’il est suspendu par des ligimens sous une sorte de voûte placée à côté de la base du crâne.

Nous devons faire remarquer aussi que c’est au-dessous du labyrinthe que renferme ce rocher qu'est placée la caisse du-tympan, qui est formée d’une lame osseuse, sur l’ouvex-

ture extérieure de laquelle la membrane du tympan est tendue, et enfin que c’est de l'extrémité antérieure de cette caisse que part la trompe, qui est analogue à la trompe

d’Eustache dans l’homme.

-)% L2 LA Y s # sp, Au premier coup d'œil, en considérant les évents de la

baleine, que l’on a aussi nommés ses narines, on seroit tenté de croire que ce cétacé est äbsolument privé d’odorat, puisqu'on n’y trouve ni cryptes, ni follicules muqueuses, ni lames saillantes ; qu’ils ne communiquent avec aucun sinus, ne montrent aucun appareil propre à transmettre les sensations de l’odorat; puisque, enfin, leur intérieur n’est revêtu que d’üne peau sèche, peu sensible, et capable de résister, sans en être offensée, aux courans si souvent renouvelés et toujours violens d’une eau salée.

Quoi qu'il en soit cependant du véritable organe de l’odo-

rat dans la baleine, il n’est pas moins certain, d’après les expériences que l’on a faites, qu’elle reçoit les corpuseules odorans, et même qu’elle distingue de loin les nuances et Jes diverses qualités des odeurs. É

Un seul fait, rapporté par Lacépéde dans son Histoire

naturelle des cétacés, et que ce savant dit tenir du sénateur Pléville-le-Peley, suffit pour convaincre de lexistence < de l’odorat dans la baleine. |

« Ce vice-amiral, dit Lacépède, étant un jour en mer avec ses pêcheurs, aperçut des baleines sur l'horizon. Il se préparoit à leur céder la place; mais la quantité de morue qui étoit dans le bateau, ÿ ayant répandu beaucoup d’eau , qui s'y étoit pourrie, Pléville-le-Peley fit jeter à là mer cette eau qui empoisonnoit, et aussitôt les baleines s’éloignérent et disparurent. li fit réitérer plusieurs fois cet essai à l’approche des baleines, et il eut constamment le même succés : d’où on peut conclure que les baleines sont averties, même de loin, de la présence des corps odorans. ? |

Au reste, en parlant de la trompe d’Eustache, nous au-

rions pu observer que ce tuyau fournissoit une communication intérieure de la caisse du tympan avec la bouche, et remontoit vers le haut dé l’évent, dans la cavité duquel il aboutissoit; que la partie de ce tuyau qui est voisine de

l'oreille, montroit, à sa face interne, un trou assez large, qui donnoit dans un espace vide ; que ce creux se prolongeoit en diférens sinus, et, enfin, que ces sinus et cette cavité étoient tapissés d’une membrane noirâtre, muqueuse et tendre. Or les émanations odorantes pénétrant facilement jusqu'à ce creux et à ces sinus par l’orifice de l’évent, par l'ouverture de la bouche ou par Îa trompe d’Eustache, on peut présumer que c’est là que réside le siége de l’odorat. +

La baleine ne paroît pas pourvue d'un organe particulier, conformé de manière à lui procurer un toucher bien délicat et bien sûr. Quoique les.os de ses doigts soient divisés et qu'ils présentent plusieurs articulations, néanmoins ils ne sont ni déliés ni flexibles ; ils sont unis de manière à ne former qu’un seul tout, dont les parties sont presque immobiles, les unes relativement aux autres. La peau dure et épaisse qui les revêt comme une sorte de gant, les rend incapables de palper, de saisir et d’embrasser séparément les objets : on ne doït donc les considérer que comme l'extrémité d’une rame solide , plutôt que comme une véritable main. |

Cependant cette même rame est une espèce de bras, au moyen duquel la baleine peut, comme nous l’avons déjà dit, retenir et presser en masse contre son corps les différentes substances ; et quelque épaisse que soit la peau qui recouvre ce bras, il est à présumer qu'elle est encore susceptible d’une sorte de dépression, capable de communiquer, par le tact, des sensations de plusieurs qualités des objets extérieurs. Fur e

Le goût, qui n’est qu'une espèce de toucher qui a pour but les sucs et les liqueurs dont les corps solides sont imbus, ou bien qui en ont été extraits, est ce sens admirable par lequel nous distinguons les saveurs; la langue en est le principal organe. Or la grandeur, la mollesse et la mobilité de la langue de la baleine , ne permettent pas de douter que le sens du goût n’ait une sorte de finesse dans ce cétacé : d’ailleurs l'humidité presque habituelle de cet organe le rend plus capable de percevoir les saveurs. On voit donc que la baleine, quoique moins bien traitée par

la nature, du côté du goût et du toucher, que la plupart des mammifères, a été sur ces points infiniment plus favorisée que les poissons, qui semblent presque absolument dépourvus de ces deux sens. AS

L’organe de la voix des cétacés en général ne paroît pas conformé de maniére à composer un instrument vocal bien parfait; cependant il est à présumer que leurs cris sont devenus, par le besoin et l’habitude, des signes constans d’un certain nombre de leurs sensations, de véritables cris d'appel ou des signes de détresse. Voyez sur ce point l’article CacnaLorts. Quant à la'voix de la baleine, elle ne consiste, dit-on, que dans un mugissement sourd , qu'elle ne fait entendre que pour CXpPeC ses tourmens ou sa rage. Ê

Lorsque lon considère un aussi puissant RE on ne peut se figurer qu’il existe dans l'Océan une ut e quantité d’alimens, une nourriture assez abondante, pour développer un volume aussi énorme et lui conserver, pendant des siécles, le souffle qui l’anime et les. ressorts qui le font mouvoir : on seroit tenté de croire qu'il doit engloutir les poissons les plus monstrueux, dont il aurcit dû, déjà depuis long-temps, détruire et anéantir toutes les espèces.

On se tromperoit DR car la pales franche se borne, pour tous alimens, à des crabes et à des mollusques, tels que des Acriwies etdes Crios ( voyez ces deux mots }. Ce sont, à la vérité, des animäux bien petits; mais leur nombre compense le peu de substance que chacun d’eux renferme : ils sont si multipliés dans les mers que la baleine fréquente, qu'il suffit souvent à ce cétacé d'ouvrir sa gueule pour en prendre plusieurs milliers à la fois; elle les aspire, pour ainsi dire, avec l’eau de la mer qui les entraîne, et qu’elle rejette ensuite par ses évents. La preuve la plus certaine que la baleine franche ne se nourrit que de ces mollusques , est l’état de maïigreur extrême dans lequel se sont trouvées celles que l’on a prises dans le grand Océan équinoxial, sous la zone torride, parce que les crabes et les mollusques y sont en petit nombre.

Tous les cétacés du genre des baleines cependant : ne se

contentent pas de semblables alimens ; il leur en faut qui aient plus de consistance. La baleinoptére gibbar, par exemple, se nourrit de poissons assez grands et surtout de ceux qui vivent en troupes nombreuses, tels que les Gapes, les Scomgres, les Sazmones, les Crurées , les Maque- REAUx, les SALmoNEs aArRcTiQuEs et les Harencs ( voyez ces mots) ; elle les atteint et les engloutit avec d’autant plus de facilité qu’étant beaucoup plus mince et plus déliée que la baleine franche, elle est aussi plus agile et nage avec une rapidité plus grande.

La baleïnoptère jubarte ne se nourrit pas Dcutenent du testacé nommé PLANORBE BORÉAL, mais encore de l’Am- MODYTE APPAT, du SALMONE ARCTIQUE (voyez ces mots) et de plusieurs autres poissons.

Les qualités des alimens de la baleine franche donnent à ses excrémens un peu de solidité, et une couleur qui approche de celle du safran. Cette couleur néanmoins n’est pas toujours constamment uniforme, elle est souvent nuancée de rougeâtre; et si on s’en rapporte à l’opinion de certains auteurs, cette couleur fournit une teinture assez belle et assez durable.

On n’a pas de certitude sur la longévité des baleines ; cépendant il est à présumer que les grandes espèces ont vécu plus de mille ans. On ne doit donc pas être étonné si le génie de l’allésorie les a considérées comme les emblèmes de la durée.

Mais voyons agir ces animaux, dont tous les attributs sont des sujets si dignes d’admiration et d'étude. Examinons-les dans leurs amours, leur accouplement, leur gestation, et surtout dans les soins affectueux qu'ils prodiguent à leurs petits. Jetons un coup d'œil attentif sur leur vie , leurs mœurs, leurs habitudes, et suivons -les jusques dans leurs combats.

Le printemps, qui ranime tous les êtres, donne aux baleines une force toute nouvelle; il pénétre tous leurs organes d’une chaleur secrète et y ranime la vie. Ces animaux agitent alors leur masse énorme par des mouvemens nouveaux ; puis, cédant enfin au besoin impérieux qui les consume , le mâle se rapproche plus que jamais de sa fe.

melle ; et bientôt, de concert, ils se disposent à chercher un asile, une sorte de retraite, dans une baie, dans le fond d'un golfe ou dans quelque grande rivière. Là , brûlant l’un pour l’autre d'une ardeur que ni l’eau qui les arrose, ni le souffle des vents, ni même les glaces qui flottent encore autour d’eux, ne peuvent éteindre ni apaiser, ils se livrent à cette union intime qui seule peut les calmer. | | .

Pour opérer leur accouplement, le male et la femelle se dressent l’un contre l’autre, enfoncent leur queue dans le sable, portent leur tête au-dessus de l’eau, afin de respirer Vair atmosphérique, qui dans ce moment leur est si nécessaire pour tempérer l’ardeur qui les anime; et ils se maintiennent, probablement peu de temps, si nous en jugeons par les rapports qui les lient aux autres mammiferes, dans cette situation verticale, en s’embrassant et se serrant étroitement avec leurs nageoires pectorales.

De cette réunion intime il résulte, dit-on, un attachement réciproque, une constance telle qu’on a cru reconnoître , durant plusieurs années, le même mie, toujours assidu auprés de sa femelle , partager son repos et ses jeux, la suivre avec fidélité dans ses voyages , la défendre avec courage et ne l’abandonner qu'a la mort.

On dit que la mère porte son fœtus pendant dix mois

“environ, et que, durant tout le temps de sa gestation, elle est d’une graisse étonnante, Elle ne donne ordinairement le jour qu’à un baleineau à la fois; etilest très-rare qu’elle en produise deux, Son enfant, en naissant, a presque . toujours plus de sept ou huit métres ( 21 à 24 pieds) de longueur, et la maniére dont la mére l’allaite est admi-

rable. Lorsqu’eile veut lui donner à téter, elle s'approche

de ïa surface de la mer ei se retourne à demi; elle nage alcrs de côté, et par de fréquentes et légères oscillations, elle se place tantôt au-dessus et tantôt au-dessous de son baleineau, afin qu'ils puissent l’un et l’autre rejeter par leurs évents l’eau qu'ils ont avalée, et respirer! alternativement l’air atmosphérique. |

Le baleineau tette au moins pendant un an, et alors les Anglois l’appellent shortead ; au bout de deux ans, il reçoit

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le nom de sfant, et paroît comme hébété; on lé nomme ensuite sculfish, et on ne connoît plus son âge que par la longueur des barbes des fanons qui bordent ses mâchoires.

Au premier moment de sa naissance surtout, le baleïneau est tellement l’objet de la tendresse et de la sollicitude de sa mère, que rien ne semble la lasser et qu'aucun danger ne paroît l’intimider. Cette tendresse et cette affection dela mére pour son enfant durent quelquefois trois ou quatre ans : elle ne le perd pas de vue un instant; s'il ne nage encore qu'avec peine , elle le précède , lui ouvre la route au milieu des flots agités , l'instruit par son exemple, l’encourage , le soulage dans sa fatigue, le soutient lorsque ses forces paroissent épuisées, le prend entre ses bras ou le place sur son dos, et l'emporte avec elle, en modérant ses mouvemens , dans la crainte de laïsser échapper ce doux fardeau. .

Si quelque ennemi l'attaque pour le lui ravir, cette tendre mére, loin de chercher son salut dans la fuite, brave tous les dangers, combat avec acharnement , et, insensible alors aux douleurs des blessures même les pius profondes , elle renverse et anéantit tout ce qui p'roît vouloir attenter aux jours de l'être qu'eile chérit plus que sa vie; elle répand tout son sang et meurt plutôt que de l’abandonner. |

Touchant exemple de l'affection mutuelle, emblème du bonheur parfait qui est la source de la félicité pour toute ame sensible, pourquoi donc la surface entiere du globe ne peut-elle vous offrir un asile assuré ? Pourquoi ces immenses mers ne peuvent-elles vous donner une retraite inviolable ? En vain vous êtes-vous confiés à la grandeur de la distance, à la rigueur des frimas, à la violence des tempêtes : le besoin impérieux des jouissances sans cesse renouvelées que l'espèce humaine est si ingénieuse à se créer chaque jour et dont elle se fait une nécessité, vous poursuit au travers de l’espace, des orages et des glaces; il vous trouble au bout du monde, comme s’il étoit au sein des cités qu'il a élevées, et, en fils ingrat de la nature, il ne se conduit à votre égard que d'une manière # l’attrister,

Il y a plus de deux ou trois siécles que les baleines franches étoient encore sans méfiance ; une fatale expérience ne leur avoit pas encore appris à connoître là cruauté de l'homme, à se méfier de ses piéges et à redouter ses älottes : loin de fuir à son aspect, elles nageoient avec assurance le long des côtes; elles couroient en foule audevant des navires et jouoient avec sécurité autour de ces bâtimens. Mais bientôt l’avidité des pêcheurs, qui les harponnoient au moment même où elles sembloient se présenter à eux avec une sorte de confiance, les rendit si farouches qu’elles s’éloignérent des bords trop fréquentés par l’espèce humaine. |

L’homme cependant n’est pas le seul ennemi que la baleine'doive redouter ; le Souaze-sc1e, le DAuPHIN GLADIA- TEUR et le SQuALE- REQUIN (voyez ces mots), en sont d’autres qu’elle a souvent à combattre. |

Lorsque le squale-scie rencontre une jeure baleine, dont la vigueur n’est point encore suflisamment développée , s’il est surtout dévoré par la faim, il ose l’attaquer et la combattre. La jeune baleine alors, pour le repousser, enfonce sa tête dans l’eau, relève sa queue, et, en l'agitant avec toute la force dont elle est susceptible , frappe a droite et a gauche. Si le hasard lui fait atteindre son ennemi, elle l’accable, le tue et l’écrase d’un seul coup : mais le squale, à qui la justesse de sa vue fait discerner le coup, sait l’éviter par un bond, et change aussitôt son attaque ; il tourne son adversaire et, saisissant un moment favorable, il s’élance sur lui, et enfonce dans son large dos la défense longue, dentée et osseuse, dont son museau est armé. I1 la retire avec violence et blesse profondément le jeune cétacé, qu’il déchire ; puis, en le suivant jusques dans les profondeurs de l'Océan, il le force à remonter vers la surface de la mer, recommence un combat terrible, et s’il ne peut lui donner la mort, il expire en frémissant. 5

Les dauphins gladiateurs (voyez au HoË Cacxarot) se réunissent en troupes nombreuses, s’'ayancent tous ensemble vers la baleine, qu’ils attaquent de concert; ils la mordent, la harcellent, la fatiguent, et,'en la contraignant ainsi à

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ouvrir sa gueule, ils se jettent sur sa langue, la mettent en piéces et l’arrachent, par lambeaux : alors ce cétacé, vaincu par le nombre, ensanglanté par des blessures mortelles, expire dans les douleurs les plus aiguës et dans les tourmens les plus insupportables.

Les énormes requins du Nord (voyez au mot ReqQuIN ne auxquels leur voracité à justement mérité le nom d’ours de mer, attaquent la baleine en dessous et parviennent à lui enfoncer dans le ventre les quintuples rangs de leurs dents pointues et acérées, et lui enlèvent par ce moyen d'énormes morceaux de tégumens et de muscles. La baleine, ainsi blessée, privée de presque tout son sang, harcelée, excédée, accablée par ses propres efforts, n’a plus qu’un foible reste de sa vigueur et de sa puissance. L’ours maritime, ce redoutable et vorace animal, toujours en vedette sur les bancs de glace ou sur les rivages gelés des pôles, profitant alors de l’état de foiblesse APPANERIE de ce cétacé, se: jette a la nage , arrive jusqu’à lui et ose l’attaquer; mais, à la vue de cet animal, la baleine, quoique expi- Tante, ranime ses forces défaillantes , et d’un seul coup de sa queue immole à sa juste vengeance un nouvel ennemi trop audacieux, qui a cru ne trouver en elle qu’une victime sans défense. Elle expire enfin; et son cadavre flottant, sur l’onde, est bientôt dévoré par les ours maritimes, les squales et les oiseaux de mer, qui se précipitent sur celte proie facile. :

On se tromperoit, sans doute, si on imaginoit que cet ours osât ainsi insulter aux derniers momens de la jeune baleine expirante, dans toutes les mers : il ne se permet cet acte audacieux que dans les seuls parages polaires qu'il habite exclusivement, et on sait que la baleine franche. appartient aux deux hémisphéres; car le Spitzberg, le nouveau Groenland, l'Islande, le vieux Groenland, le détroit de Davis, le Canada, Terre - neuve, la Caroline, l’ile Mocha, Guatimala, le golfe de Panama, les îles Gallapago, le Mexique occidental , le Japon , la Corée, les Philippines, le cap de Galles à la pointe de l’île de Ceilan, les environs du golfe Persique, l’île de Socotora près de l'Arabie Heureuse, la côte orientale d'Afrique, Madagas-.

car, la baie de Sainte-Hélène, la Guinée ; la Corse, dans la Méditerranée; le golfe de Gascogne; la Baltique et la Norwège, sont les rivages, les continens et les îles auprès desquels on a vu cet énorme cétacé, ou bien les mers dans lesquelles on l’a rencontré.

Nous venons, par la pensée, de faire le tour du monde, et nous voyons que la baleine franche s’est montrée dans tous les climats, dans toutes les zones et dans toutes les parties de l'Océan. On en a même harponné dans le nord de l’Europe, qui se Sont retrouvées dans le nord de l'Asie ; elles avoient donc dû passer au nord de la Nouvelle-Zemble et s'approcher de tres-prés du pôle.

On pourroit objecter ici la température de l'air comme un obstacle aux migrations de la baleine, et supposer que l'ardeur du soleil sous la zone torride peut et doit dessécher sa peau d’une maniére funeste; mais ne sait-on pas qu’elle trouve aisément au fond des eaux un abri. ou un soulagement contre les effets de la chaleur de l’atmosphere, comme la couche épaisse de graisse qui recouvre son corps la garantit des effcts nuisibles du froid, lorsqu'elle s’approche du pôle?

Mais quel est le motif qui détermine la baleine à ces émigrations périodiques ? Il est-facile de le deviner. Lorsque, pendant l'hiver, les baleines disparoissent d’auprès des rivages envahis par les glaces, et qu’elles quittent le voisinage du pôle pour s’avancer dans la zone tempérée jusqu’au retour du printemps, ce n’est pas pour fuir un froid qu’elles peuvent supporter, mais c’est seulement parce que les croûtes de glace de ces contrées rigoureuses, ces masses congelées, durcies, immobiles et profondes, ne leur permettent ni de chercher leur nourriture sur les bas-fonds, ni de venir à la surface de l’Océan respirer l'air atmosphérique , sans lequel elles ne peuvent exister.

Lorsqu'on réfléchit aux troupes nombreuses de baleines franches qui, dans des temps très-reculés, habitoient toutes les mers, on ne doit plus être surpris des fragmens de leur squelette que l’on rencontre dans les différentes contrées du globe, sous des couches plus ou moins épaisses, et qui sont de nouveaux témoins muets qui attestent le séjour

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de l'Océan au-dessus de toutes les portions de la terre qui, aujourd’hui, se trouvent plus élevées que le niveau des mers.

Comment néanmoins le nombre des baleines ne seroit-il pas aujourd’hui trés - diminué? Il y a plus de trois siécles que les Basques, ces marins intrépides, osérent affronter les dangers de l'Océan glacial, et, en développant toute l'énergie d’un peuple entreprenant et laborieux, équipérent des flottes de cinquante ou soixante navires, et qu’ils trouvérent toujours , dans une pêche abondante, le dédommagement de leurs peines et la récompense de leurs efforts.

Bientôt les Anglois, les Hollandois, les Danois, les Suédois , les Hambourgeois, les Prussiens, et les François eux-mêmes, stimulés par les succés des Basques, dépêcherent, de suite et à l’envi les uns des autres, des flottes, et dirigerent leurs tentatives vers les côtes du Spitzberg, du Groenland et du détroit de Davis.

Pendant prés d’un siècle on n’eut pas besoin, pour trouver de grandes troupes de baleines, de toucher aux plages de glace ; il suffisoit de faire voile vers le Spitzberg*et les autres îles du Nord : mais bientôt ces cétacés, harcelés par les pêcheurs, devinrent si farouches qu’on ne put plus ni les approcher, ni les surprendre, et encore moins les tromper par des appâts. Ils quittérent donc une patrie trop fréquemment troublée, et voulant jouir du repos par-dessus tout, ils abandonnérent pour toujours les côtes, les baies ou les bancs qui avoient servi de berceau à leur | et ils allèrent au loin se réfugier sur les bords des glaces, où bientôt ils virent arriver encore un ennemi d’autant plus acharné qu'il avoit bravé, pour les atteindre, la tempête et la mort.

Les baleines, fatiguées enfin d’une guerre si ue et si opiniatre, disparurent de nouveau et s’enfoncérent sous ces glaces immobiles ; elles choisirent particuliérement cet asile parce qu’il leur parut à jamais inviolable.

Mais que l’homme est quelquefois témérairement industrieux, lorsqu'il s'agit surtout de ses intérêts personnels ! Des pêcheurs, stimulés par l’appât du gain, franchirent des espaces que l’on croyoit inaccessibles ; et, pour pénétrer au travers des glaçons mouvans, au milieu de ces mortagnes

flottantes, coururent tous les périls, et parvinrent enfin à les investir.

Là, épiant avec attention et surtout avec une constance.

merveilleuse, les momens où les baleines , contraintes de. venir respirer l'air atmosphérique, étoient obligées de sor- “tir de leur retraite gelée et protectrice, ils profitérent de cet instant pour les harponner encore.

Les navires que l’on emploie à cette pêche ont ordinaire-

ment de trente-cinq à quarante mètres (70 à 120 pieds).

de longueur. On les double, d’un bordage de chêne assez épais et assez fort pour résister au choc des glaces; ils sont accompagnés chacun de six à neuf chaloupes d’un peu plus

de huit mètres (24 pieds) de longueur, de deux mètres

(six. pieds) environ de largeur , et d'un mètre (3 pieds) de profondeur du plat-bord à la quille. : |

Chacune de ces chaloupes pêcheuses est montée par deux harponneurs assez adroits pour percer une baleine, encore

éloignée, dans l'endroit le plus convenable ; assez habiles :

pour “diriger leur chaloupe suivant la route de ce cétacé, lors même qu’il nage entre deux eaux ; et assez expérimentés pour juger de l'endroit où il élevera sa fête afin de respirer l'air par ses évents, et pour le harponner a cet instant même. ALY Le harpon consiste en un dard pesant et triangulaire, dont le fer, de près d’un mètre (3 pieds) de longueur, doit être doux, bien corroyé, tranchant des deux côtés, denté en scie sur ses bords et trés-eflilé à sa pointe : ce fer se-termine par une douille de près d’un mètre (3 pieds) de longueur, dans laquelle on introduit un gros manche de bois, qui estlong de deux ou trois métres (6 ou 9 pieds}: on adapte a ce dard ou à sa douille une ligne fabriquée du meilleur chanvre possible, et sans goudron, afin de lui conserver sa flexibilité.

Indépendamment du harpon, chaque chaloupe est encore munie d’une ou de plusieurs lances, de cinq métres ( 15 pieds) de longueur, armées chacune d’un fer quiest à peu prés du tiers de leur longueur; ce fer, qui est sans ailes,

se retire facilement du corps de la baleine ; et on peut |

de suite en frapper plusieurs coups avec force et rapidité.

Le printemps est la saison la plus convenable pour Ja pêche des baleines franches , parce qu'elles trouvent, en avant des champs immobiles des glaces polaires, une nourriture abondante et qui leur convient. Les pêcheurs cherchent donc un de ces bancs glacés qui ait au moins trois ou quatre brasses de profondeur au-dessous de l’eau, etdont le volume soit assez fort et la masse assez stable pour retenir leur navire, qu’ils y amarrent.

Dés que le matelot guetteur , qui est placé sur le point le plus élevé du bâtiment, d’où sa vue peut s'étendre au loin, aperçoit une baleine, il donne le signal convenu; les chaloupes partent, et à force de rames elles s’avancent en silence vers l’endroit où on l’a aperçue.

Dès que la première chaloupe est parvenue à dix metres (3o pieds ) de l’animal, le pêcheur le plus hardi et le plus vigoureux, debout sur l’avant de sa chaloupe, tenant de la main droite le harpon, le lance avec force contre le dos, le dessous du ventre, ou contre les deux masses de chair mollasse situées à côté des évents et qui sont les endroits les plus sensibles de la baleine; la pointe de fer étant la partie la plus pesante du harpon, tombe toujcurs la première et traverse ces parties. |

A l'instant où elle se sent blessée, elle s'échappe avec

une vitesse extrême. Sa fuite est si rapide que si la corde du harpon, qui est formée de toutes les lignes qu’elle entraîne , lui résistoit un instant, la chaloupe chavireroit «et couleroit à fond : aussi a-t on le plus grand soin d’em- pêcher que cette corde ne s'accroche dans quelque point de sa longueur , et on ne cesse pas de la mouiller, dans la crainte que son frottement rapide contre le bord de la chaloupe ne l’enflamme.

+ Pendant le temps que dure cette premiére manœuvre, l'équipage resté à bord du vaisseau observe de loin, et lorsqu'il soupçonne que la baleine s’est suffisamment éloignée pour avoir obligé à filer la plus grande partie des cordages, il détache et dépèche une seconde chaloupe, qui, à force de rames DES joint à la premiére et attache ses lignes successivement à celles que ce cétacé emporte.

Ilarrive quelquefois que cette corde, extrêmement re

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