SER
sion, ce ver est sans doute inférieur à la grandeur que peut atteindre le serpent marin, puisque ces auteurs grecs lui donnent sept coudées de long et une circonférence telle qu’un enfant de dix ans aurait de la peine à l’embrasser. Les deux dents dont ils le disent pourvu, une à chaque mâchoire, lui servent à saisir les bœufs, les chevaux ou les chameaux qu’il trouve sur la rive du fleuve, où il les entraîne et les dévore. 11 est à propos de remarquer ici qu’un grand nombre de traits d’Hérodote et même de Ctésias, rejetés d’abord comme des contes ridicules, ont été plus tard repris pour ainsi dire en sous-œuvre par la science, qui souvent y a découvert des faits vrais et même peu altérés. Malte-Brun a plusieurs fois envisagé Ctésias sous ce point de vue. Nous arrivons naturellement à l’épouvantable animal appelé Odontolyrannus, dans les récits romanesquesdes merveilles qu’Alexandre rencontra dans l’Inde. Tous les romans du moyen âge sur ce conquérant, provenant des textes grecs désignés sous le nom de Pseudo- Callisthène, sont unanimes sur Y O dont o tyrannus, dont parlent aussi plusieurs auteurs byzantins. Tous en font un animal amphibie, vivant dans le Gange et sur ses bords, d’une taille dont la grandeur dépasse toute vraisemblance. « Tel, dit Palladius, qu’il peut avaler un éléphant tout entier. » Quelque ridicule que soit cette dernière circonstance, on pourrait y voir une allusion hyperbolique à la manière dont les plus gros serpents terrestres dévorent les grands quadrupèdes , comme les chevaux et les bœufs ; ils les avalent en effet sans les diviser, mais après les avoir broyés, allongés en une sorte de rouleau informe, par les puissantes étreintes et les secousses terribles de leurs replis. Il est vrai que M. Grœfe, par une docte dissertation insérée dans les mémoires de l’Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, a prétendu que YOdontotyrannus des traditions du moyen âge devait être un souvenir du mammouth. Le savant russe ne peut guère fonder celte singulière interprétation que sur les versions latines du roman d 'Alexandre, dont monsignoreMai a publié un texte en 1818, sous le nom de Julius Valérius. Il est dit que YOdontotyrannus foula aux pieds ( conculcavit ) un certain nombre de soldats macédoniens. Le même récit se trouve dans une prétendue lettre d’Alexandre à Aristote, et dans un petit traité, des Monstres et des Bêtes extraordinaires, récemment publié. Mais dans les auteurs grecs que je viens d’indiquer, c’est-à-dire les divers textes grecs inédits du Pseudo-Callisthène, et Palladius, Cédrène, Glycas, Hamartolus, on n’ajoute aucun détail figuratif à l’expression d’une grandeur énorme et d’une nature amphibie.
« Pour la qualité d’amphibie, qui n’appartient certainement pas au mammouth, peutelle s’appliquer au grand serpent de mer ? Sir Ëverard Home, en proposant de placer parmi les squales celui qui avait échoué sur a place de Stronza, a prouvé par là qu’il le
regardait comme un véritable poisson. Mais si l’on on fait un reptile, on lui supposera par cela même une nature amphibie, avec la faculté de rester indéfiniment dans l’eau , et l’on pourra en môme temps rapporter au même animal les exemples de serpents énormes vus sur terre et consignés de loin en loin dans la mémoire des hommes. Le serpent de mer dont Olaüs Magnus a conservé une description était, au rapport du même prélat, un serpent amphibie qui vivait de son temps dans les rochers aux environs de Bergen, dévorait les bestiaux du voisinage et se nourrissait aussi de crabes. Un siècle plus lard, Nicolas Grammius, ministre de l’Evangile à Londen en Norvège, citait un gros serpent d’eau qui des rivières Mios et Bnnz, s’était rendu à la mer le G janvier 1656. « On le vit s’avancer tel qu’un long mât de navire, renversant tout sur son passage, même les arbres et les cabanes. Ses sifflements, ou plutôt ses hurlements, faisaient frissonner tous ceux qui les entendaient. Sa tête était aussi grosse qu’un tonneau, et son corps, taillé en proportion, s’élevait au-dessus des ondes à une hauteur considérable. » En des temps plus anciens, nous citerons : le serpent de l’île de Rhodes, dont triompha au xivc siècle le chevalier Gozon qui , par suite de cet exploit, irop légèrement traité de fable, devint grand maître de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem ; au vi° siècle, celui que Grégoire de Tours rapporte avoir été vu à Rome dans une inondation du Tibre, et qu’il représente grand comme une forte poütre : in modum trahis validæ. Le mot clraco, dont se sert là notre vieil historien, est le terme de la bonne latinité, où il signifie seulement un grand serpent. Dans l’antiquité proprement dite, Suétone nous apprend qu’Auguste publia aux comices, c’est-à-dire annonça officiellement, la découverte faite en Etrurie d’un serpent long de soixante-quinze pieds. Dion Cassius dit que sous le même prince on vit dans la mémo contrée un serpent de quatre-vingt-cinq pieds de long, qui causa de grands ravages et fut frappé de la foudre. Le plus célèbre de tous ceux dont ont parlé les auteurs anciens est celui qu’eut à combattre l’armée romaine près de Carthage, sur les bords du lac Bagrada, pendant le second consulat de Réguius, l’an de Rome 498, qui répond à l’année 256 avant Jésus-Christ. Ce serpent avait cent vingt pieds de long et causait de grands ravages dans l’armée romaine. Régulus fut obligé de diriger contre lui les balistes et les catapultes, jusqu’à ce qu’une pierre énorme lancée par une de ces machines l’écrasa. Le consul, pour prouver au peuple romain la nécessité où il se trouvait d’employer son armée à cette expédition extraordinaire, envoya à Rome la peau du monstre, et on la suspendit dans un temple où elle resta jusqu’à la guerre de Numance. Mais la dissolution du corps causa une telle infection, qu elle força l’année à déloger. II n’y a peut-être pas* dans l’histoire de fait mieux attesté, plus circonstancié et raconté par un plus grand
nombre d’auteurs. Philoslorge parlede peaux de serpents de soixante-huit pieds de long , qu’il avait vues à Rome. Diodore rapporte qu’un serpent de quarante-cinq pieds de long fut pris dans le Nil et envoyé vivant à Ptolérnée Philadelpheà Alexandrie. Strabon, qui, d’après Agatharchides, parle d’autres serpents de la même grandeur, cite ailleurs Posidonius, qui vit dansla CœSé-Syrie un serpent mort de cent vingt pieds de long et d’une circonférence telle que deux cavaliers séparés par son corps ne se voyaient pas.
« Alléguerons-nous ce que le même Strabon rapporte d’après Onésicrite, que, dans une contrée de l’Inde appelée Aposisares, on avait nourri deux serpents, l’un de cent vingt pieds, l’autre de deux cent dix, et qu’on désirait beaucoup les faire voir à Alexandre 1 Si nous ajoutions le serpent que Maxime de Tyr prétend avoir été montré par Taxile au même conquérant, et qui avait cinq cents pieds de long, nous arriverions dans les traditions de l’Orient, presqu’au même degré d’extension où nous avons vu les traditions Scandinaves, qui donnent six cents pieds à leur serpent de mer. Mais on peut juger par ces rapprochements que l’existence de cet animal, bien qu’entourée souvent de traits suspects, est loin d’être nouvelle; qu’elle a été observée de bien des manières et depuis bien longtemps. Ce n’est pas , comme on le disait , un danger de plus pour les navigateurs ; car ce terrible monstre est déjà indiqué dans la Bible sous le nom de Léviathan , que l’Ecriture applique à diverses bêtes énormes , ainsi que le remarque Bochart. Le prophète Isaïe l’applique ainsi : Léviathan , ce serpent immense , Léviathan , ce serpent à divers plis et replis (1). Dans ce siècle, la présence du serpent de mer a été signalée en 1808, en 1815, en 1817 et cette année. 11 n’est pas présumable qu’on le rencontre plus fréquemment à l’avenir que par le passé; du moins l'attention publique appelée sur ce phénomène par les organes de la presse portera à la publicité des faits du même genre qui pourraient survenir encore, et qui sans cela auraient peut-être passé inaperçus. L’auteur anglais qui le premier a publié ceux qu’il avait recueillis, et à qui nous devons toutes nos citations des témoignages modernes, fait aussi connaître le moyen que les pêcheurs norvégiens emploient pour se garantir du serpent de mer. Lorsqu’ils l’aperçoivent tout près d’eux, ils évitent surtout les vides que laissesur l’eau l’alternative de ses plis et replis. Si le soleil brille, ils rament .dans la direction de cet astre qui éblouit le 1 serpent. Mais lorsqu’ils l’aperçoivent à distance, ils font toujours force de rames pour l’éviter. S’ils ne peuvent espérer d’y parvenir, ils se dirigent droit sur sa lête, après avoir arrosé le pont d’essence de musc. On a observé l’antipathie de l’animal pour ce parfum violent ; aussi les pêcheurs norvégiens en sont toujours pourvus quand ils se
(1) Isaïe, ch. xxvn,ve;scî 1, tratluct. de Saey.
mettent en mer pendant les mois calmes et chauds de l'été. Dans la rencontre faite 1837, les personnes qui étaient à bord du Havre ont aperçu seulement les ondulations du corps de l’immense reptile, et ont évalué approximativement sa longueur à plusieurs fois celle du navire. >>
SÉRUG, esprit malin. Voy. Chasser.
SERVIUS-TULLIÜS. Leloyer et d’autres prétendent que le roi de Rome, Servius, était fils d’un démon. Les cabalistes soutiennent de leur côté qu’il fut fus d’un salamandre.
SETH1ENS ou SETHITES , hérétiques du ne siècle , qui honoraient particulièrement le patriarche Seth, fils d’Adam. Ils disaient que deux anges avaient créé Caïn et Abel, et débitaient beaucoup d’autres rêveries. Selon ces hérétiques, Jésus-Christ n’était autre que Seth, venu au monde une seconde fois. Us forgèrent des livres sous le nom de Seth et des autres patriarches.
SEÏHUS. Il y avait à la suite de l’empereur Manuelun magicien, nommé Sélhus, qui rendit une fille éprise de lui pur le moyen d’une pêche qu’il lui donna, à ce que conte Nicétas.
SEVERE. Quelques historiens rapportent qu’à la sortie d’Antioche l’ombre de l’empereur Sévère apparut à Caracalia, et lui dit pendant son sommeil : Je te tuerai comme tu as tué ton frère.
SEXE. On prétend aussi reconnaître d’avance, à certains symptômes, Se sexe d’un enfant qui n’est pas né. Si la mère ed gaie dans sa grossesse, elle aura un garçon ; si elle est pesante du côté droit, elle aura un garçon. Si elle se sent lourde du côté gauche, elle aura une fille. Si elle est pâle et pensive, elle aura une fille. Albert le Grand donne à entendre qu’il naît des garçons dans un ménage où l’on mange du lièvre, et des filles dans une maison où l’on fait cas de la fressure de porc. Voici autre chose. Ems possède deux sources, la Rubenquelle et la Maegdenquelle, qui, selon les gens du pays, ont une vertu merveilleuse : en buvant de la première, on est sûr d’avoir des garçons, et en buvant de l’autre, d’avoir des filles, Croyez
cela et buvez du Johannisberg ou du
Champagne (2).
SHAMAVEDAM, l’un des quatre livres sacrés des Indiens. C’est celui qui contient la science des augures et des divinations.
SHELG. Voy. southcote.
SHOUPELTLNS. Les habitants des îles Schetland appelaient ainsi des tritons ou hommes marins, dont les anciennes traditions et la superstition populaire ont peuplé ies mers du Nord.
SIBYLLES. Les sibylles étaient chez les anciens des femmes enthousiastes qui ont laissé une grande renommée, et les paroles de plusieurs ont eu un cachet respectable. Ou il faut admettre que quelques-unes ont été inspirées , ou il faut refuser à plusieurs des saints Pères un crédit qu’ils méritent as-
C2) Jaequemin, Fragments d’un voyage en Allemagne.
SIB
siirément. Leurs prophéties étaient en langage poétique. Malheureusement les originaux sont presque tous perdus, et les morceaux qui nous en restent passent pour supposés en grande partie. Les sibylles sont au nombre de dix selon Varron; d’autres en comptent jusqu’à douze. 1° La sibylle de Perse. Elle se nommait Sambelhe; onia dit bru deNoédans des vers sibyllins apocryphes. 2° La sibylle Libyenne. Elle voyagea à Samos, à Delphes, à Claroset dans plusieurs autres pays. On lui attribue des vers contre l’idolâtrie : elle reproche aux hommes la sottise qu’ils font de placer leur espoir de salut dans un dieu de pierre ou d’airain, et d’adorer les ouvrages de leurs mains. S" La sibylle de Delphes. Elle était fille du devin Tirésias. Après la seconde prise de Thèbes, elle fut consacrée au temple de Delphes par les Épigones, descendants des guerriers qui avaient pris Thèbes la première fois. Ce fut elle, selon Biodore,qui porta la première le nom de Sibylle. Elle a célébré dans ses vers la grandeur divine : et des savants prétendent qu’Homère a tiré parti de quelques-unes de ses pensées. 4° La sibylle d’Érylhrce. Elle a prédit la guerre de Troie, dans le temps que les Grecs s’embarquaient pour cette expédition. Elle a prévu aussi qu’Homère chanterait celte guerre longue et cruelle. Si l’on en croit Eusèbe et saint Augustin , elle connaissait les livres de Moïse : elle a parlé en effet de l’attente de Jésus- Cbrisl. On lui attribue môme des vers dont les premières lettres expriment, par acrostiche, Jésus-Christ , fils de Dieu. On l’a quelquefois représentée avec un petit Jésuset deux anges à ses pieds. 5° La sibylle Cimmérienne a parlé de la sainte Vierge plus clairement encore que celle d’Erythrée , puisque , selon Suidas, e le la nomme par son propre nom. G" La sibylle de Samos a prédit que les Juifs crucifieraient un juste qui serait le vrai Dieu. 7° La sibylle deCumes , la plus célèbre de toutes, faisait sa résidence ordinaire à Cumes , en Italie. On l’appelait Détphobe ; elle était fille de Glaucns et prêtresse d’Apollon. Elle rendait ses oracles au fond d’un antre qui avait cent portes ; d’où sortaient autant de voix qui faisaient entendre ses réponses. Ce fut elle qui offrit à Tarquin le Superbe un recueil de vers sibyllins, dont on sait qu’il ne reçut que la quatrième partie : ces vers furent soigneusement conservés dans les archives de l’empire, au Capitole. Gel édifice ayant été brûlé du temps de Sy lia , Auguste fit ramasser tout ce qu’il put trouver de fragments détachés des vers sibyllins et les fit mettre dans des coffres d’or au pied de la statue d’Apoilon Palatin (1), où l’on allait les consulter. Petit , dans son traité De sibylla , prétend qu’il n’y a jamais eu qu’une sibylle, celle de Cumes, dont on a partagé les actions et les voyages. Ce qui a donné lieu , selon
(t) On appelait quinctécerovirs les quinze magistrats préposés pour consulter les livres des sibylles. Mais ces livres, où l'on croyait contenues les destinées du peuple romain, ayant été brûlés, 1 an 670, avec le Capitole où ils étaient gardés, on envoya de tons côtés des ambassadeurs taire ta recherche des oracles des sibyiles, ei les quimlé-
lui , à cette multiplicité, c’est que celte fille mystérieuse a prophétisé en divers pays, mais c’est là une idée de savant à système. 8° La sibylle Hellespontine. Elle naquit à Marpèse dans la Troade ; elle prophétisa du temps de Solon et de Crésus. On lui attribue aussi des prophéties sur la naissance de Noire-Seigneur. 9° La sibylle Phrygienne. El e rendait ses oracles à Ancyreen Galatie. Elle a prédit l’annonciation et la naissance du Sauveur. 10. La sibylle Tiburtine ou Albunée, qui fut honorée à Tibur comme une femme divine.
Elle prédit que Jésus-Christ naîtrait d une vierge à Bethléem et régnerait sur le monde. 11° La sibylle d’Épire. Elle a aussi prédit la naissance du Sauveur. 12° La sibylle Égyptienne a chanté également les mystères de la Passion et la trahison de Judas. Saint Jerome pense que les sibylles avaient reçu du ciel le don de lire dans l’avenir en récompense de leur chasteté. Mais il paraît que les huit livres de vers sibyllins que nous avons aujourd’hui sont en effet douteux. Bergier , dans son savant Dictionnaire de théologie , les croit supposés et les attribue dans ce cas aux gnostiques du ir siècle.
Les Persans ont un livre mystérieux appelé Karajamea ( recueil des révolutions futures) ; il est pour eux ce qu’étaient autrefois les oracles des sibylles pour le peuple romain. On le consulte dans les affaires importantes, et surtout avant d’entreprendre une guerre ; on le dit composé de neuf mille vers, chaque vers formant une ligne de cinquante lettres. Son auteur est le célèbre cheik Sephy, l’aïeul du prince qui régnait au temps du voyageur Chardin ; et l'on croyait fortement en Perse qu’il contenait une partie des principales révélations d’Asie, jusqu’à la fin du monde. 11 était alors gardé avec soin dans le trésor royal comme un original dont il n’y a point de double ni de copie, car la connaissance en était interdite au peuple.
S1CIDITÉS. Leioyer conte que ce magicien, appuyé sur les fenêtres de l’empereur Manuel Comnène, avec les courtisans, regardait le port de Constantinople. 11 arriva une petite chaloupe chargée de pots de terre. Sicidites offrit à ceux qui l’entouraient de leur faire voir le potier cassant ses pois ; ce qu’il effectua à l’instant au grand divertissement des courtisans, qui se pâmaient de rire; mais ce rire se changea en compassion quand ils aperçurent ce pauvre homme qui se lamentait, en s’arrachant la barbe, à la vue de tous ses pots cassés. Et comme on lui demandait pourquoi il les avait brisés de la sorte, il répondit qu’il avait vu un serpent à crête rouge et étincelante, entortillé autour de ses pots, qui les regardait la gueule ouverte et la tête levée comme s’il eût voulu les dévorer, et qu’il n’avait disparu qu après
cemvirs en composèrent d’autres livres qu Auguste fil cacher sous le piédestal de la statue d Apollon l’a latin . Ils avaient été d’abord établis par Tarquin au nombre de deux, puis furent portés à dix, et enfin jusqu a quinze par Sylia. Un les créait de la même manière que les pontifes. (Le Livre uuiaue, n. 15.)
tous les pots cassés. Un autre jour, pour se venger de quelques gens qui l’insultaient dans un bain, Sicidites se relira dans une chambre prochaine pour reprendre ses habits. Dès qu’il fut sorti, tous ceux qui étaient dans le bain détalèrent avec précipitation, parce que du fond de la cuve du bain il sortit des hommes noirs, qui les chassaient à coups de pied.
SIDÉROMÀNCIE, divination qui se pratiquait avec un fer rouge, sur lequel on plaçait avec art un certain nombre de petites paillettes qu’on brûlait et qui jetaient des reflets comme les étoiles.
SlDltAGASUM, démon qui a le pouvoir de faire danser les femmes mondaines.
SIFFLER LE VENT. « Celte coutume de siffler pour appeler le vent est une de nos superstitions nautiques, qui, malgré son absurdité, s’empare insensiblement aux heures de calme, des esprits les plus forts et les plus incrédules; autant vaudrait raisonner avec la brise capricieuse elle-même que d’essayer de convaincre le matelot anglais que, le vent soufflant où il lui plaît et quand il lui plaît, il ne sert à rien de l’invoquer. En dépit de la marche des intelligences, lorsque l’air manque à la voile, toujours le marin sifflera (1). »
SIGÉANI , esprit qui, dans le royaume d’Ava, préside à l’ordre des éléments et lance la foudre et les éclairs.
SIGNE DE CROIX. Un juif qui se rendait à Fondi, dans le royaume de Naples, fut surpris par la nuit, et ne trouva pas d’autre gîle qu’un temple d’idoles, où il se décida, faute de mieux, à attendre le matin. Il s’accommoda comme il put dans un coin, s’enveloppa dans son manteau et se disposa à dormir. Au moment où il allait fermer l’œil, il vit plusieurs démons tomber de la voûte dans le temple, et se disposer en cercle autour d’un autel. Le roi de l’enfer descendit aussi, se plaça sur un trône, et ordonna à tous les diables subalternes de lui rendre compte de leur conduite. Chacun fit valoir les services qu’il avait rendus à la chose publique ; chacun fil l’exposé de ses bonnes actions. Le juif, qui ne jugeait pas comme le prince des démons , et qui trouvait leurs bonnes aciions un peu mauvaises, fut si effrayé de la mine des démons et de leurs discours, qu’il se hâta de dire les prières et de faire les cérémonies que la synagogue met en usage pour chasser les esprits malins. Mais inutilement : les démons ne s’aperçurent pas qu’ils étaient vus par un homme. Ne sachant plus à quoi recourir, le juif s’avisa d’employer le signe de la croix. On lui avait dit que ce signe était formidable aux démons; il en eut la preuve, dit le légendaire, car les démons cessèrent de parler, aussitôt qu’il commença de se signer. Après avoir regardé autour de lui, le roi de l’enfer aperçut l’enfant d’Israël.
— Allez voir qui est là, dit-il à un de ses gens. Le démon obéit ; lorsqu’il eut exa-
rsos
miné le voyageur, il retourna vers son maître. — C’est un vase de réprobation, dit-il ; mais il vient de s'appuyer du signe de la croix.
Sortons, reprit le diable. Nous ne pourrons plus bientôt être tranquilles dans nos temples. — En disant ces paroles, le prince des démons s’envola; tousses gens disparurent , et le juif se fil chrétien.
SILÈNES. On donnait ce nom aux satyres lorsqu’ils étaient vieux. On entendait aussi quelquefois par silènes des génies familiers, tels que celui dont Socrate se vantait d’être accompagné.
S1MAGORAD. Grimoire. Voq. Charles VI.
SIMON LE MAGICIEN. Ce Simon, qui n’est connu que pour avoir voulu acheter aux apôtres le don de faire des miracles, et pour avoir donné son nom maudit à la Simonie, joue un grand rôle dans les vieilles légendes et dans les livres des démonomanes. Voici quelques-uns des récits qu’on a faits de ses talents magiques ; car n’ayant pu traiter avec les saints, il traita avec les démons. Il avait à sa porte un gros dogue qui dévorait ceux que son maître ne voulait pas laisser entrer. Saint Pierre, voulant parler à Simon, ordonna à ce chien de lui aller dire, en langage humain, que Pierre, serviteur de Dieu, le demandait ; le chien s’acquitta de celle commission au grand étonnement de ceux qui étaient alors avec Simon. Mais Simon, pour leur faire voir qu’il n’en savait guère moins que saint Pierre, ordonna à son tour au chien d’aller lui dire qu’il entrât ; ce que le chien, dit-on, exécuta aussitôt. Simon le Magicien disait que si on lui tranchait la tête , il ressusciterait trois jours après. L’empereur le fit décapiter; par ses prestiges il supposa la tête d’un mouton à la place de la sienne, et se remontra le troisième jour. Il commandait à une faux de faucher d’elle-même, et elle faisait autant d’ouvrage que le plus habile faucheur. Sous le règne de l’empereur Néron, Simon le Magicien parut un jour en l’air, comme un oiseau, assis sur un char de feu. Mais saint Pierre, plus puissant que lui, le fit tomber, et il se cassa les jambes. On a écrit celle aventure sous le titre de Combat apostolique ; on a souvent mis cet écrit sous le nom d’Abdias de Babylone. Simon le Magicien n’était donc qu’un imposteur. 11 eut des disciples; et on le croit le premier chef des gnostiques. Il attribuait la création aux Eons ou esprits; il affirmait que les plus parfaits des divins Fions résidaient dans sa personne; qu’un autre Eon très-distingué, quoique du sexe féminin, habitait dans sa maîtresse Hélène, dont il contait des choses prodigieuses; que lui, Simon, était envoyé de Dieu sur la terre pour détruire l’empire des esprits qui ont créé le monde matériel, et surtout pour délivrer Hélène de leur puissance. Saint Justin dit que Simon, après sa mort, fut honoré comme un dieu par les Ro* mains, et qu’il eut une statue.
(1) Le capitaine Dabi Hall.
su*!