‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 115 sur 222 · SUM · texte numérisé non relu

SUM

SOM

du matin, je fus très-surpris et très-alarmé Je ne pas voir ma -femme à mon côté. Sa maladie ne lui permettait même pas de se tenir sur ses jambes pendant le jour: comment donc avait-elle pu se lever et quitter son lit? Je l’appelai, elle ne répondit pas. D’abord je ne voyais et je n’entendais rien dans l’appartement ; je finis cependant par apercevoir une ombre blanche qui se promenait lentement dans la chambre : c’était ma femme. Tout à coup elle s’arrêta devant une armoire, l’ouvrit, en retira une petite bouteille qu’elle serra contre son cœur^ Puis, se tournant vers le lit, elle me regarda quelques minutes, en conservant la même attitude et tenant toujours la bouteille à la main. — Le danger est passé maintenant, murmura-t-elle d’une voix sourde ; la malade sera sauvée. Elle se tut et prêta l’oreille. — Lorsque la malade sera rétablie , reprit-elle au bout d’un moment, je continuerai à la parer pour ses yeux, à la

ser vir. Non , non. El e a eu son temps ;

c’est à mon tour Ecoulons Il s’éveille

dans la chambre voisine Elle prêta de

nouveau l’oreille. — C’est le vent qui agite les arbres... Vile, vite... Elle ne refusera pas une potion que lui présentera Lucie Olivier 1 En achevant ces mois elle s’avança vers le lit sur lequel j’étais retombé glacé d’horreur et ne pouvant plus ni remuer, ni penser, ni parler. Elle marcha sur la pointe du pied, retournant la tête avec effroi du côté de la porte, écoutant à chaque pas si elle n’entendait aucun bruit. Arrivée près du lit, elle se tint immobile devant moi et elle me dit: — Vous avez chaud, chère dame, mais votre front est couvert de sueur. C’est un bon signe; vous respirez plus librement. Prenez cette potion que le médecin a prescrite. Je l’ai goûtée : ce qui est doux pour Lucie ne peut être amer pour celle que Lucie aime

tant. Buvez, ma chère dame Vite, vite....

Allons, il eu reste une goutte 11 faut tout

prendre ; le médecin le veut ainsi ; cela vous fera dormir, et lorsque vous vous éveillerez, Dowicfée vous embrassera en vous félicitant de votre guérison.....

Elle retourna alors vers l’armoire, remit la petite bouteille à sa place et revint se coucher. J’essayais, mais en vain, de calmer mon esprit et de penser sans effroi à la scène étrange dont je venais d’être témoin. J’ignorais que ma femme eût pris une potion le matin de sa mort. Lucie lui en avait-élle présenté une? Ses paroles ne signifiaient-elles rien de plus ? A cette question je n’osais pas répondre. Deux nuits après, ma femme se leva de nouveau. J’épiais tous ses mouvements. Elle se dirigea vers l’armoire comme la première fois, l’ouvrit, prit la bouteille et s’avança vers le lit. Elle semblait encore plus agitée que la nuit précédente. Plusieurs fois elle s’approcha et recula épouvantée; enfin elle s’arrêta au milieu de la chambre et elle prononça d’une voix distincte les paroles

suivantes : — J’ai longtemps souffert J’ai

souffert à la Fontaine-Sainte, j’ai souffert dans la chaumière de mon père, j’ai souffert sous la fenêtre de celte chambre à coucher.

la nuit de son mariage , tandis que je grelottais au vent froid du nord ; quand je voyais leur bonheur à l’un et à l’autre, je souffrais cruellement, et cependant alors il pensait que je l’avais oublié. L’oublier 1 oh ! non, je l’aimais toujours Mais je ne puis attendre

plus longtemps. Maintenant ou jamais, Lucie Olivier ou Amélie Gordon, l’une denousdeux, boira cette potion que l’apothicaire Watson refusait de me donner. Allons, allons, je n’ai que j eu d’instants. H va revenir.... Elle s’avança alors vers le lit, passa la main sur mon front et fil ensuite exactement ce qu’elle avait fait la nuit précédente. Puis elle se recoucha en tremblant de tocs ses membres et en poussant de profonds soupirs. Je ne devinais déjà que trop le sens de ces horribles paroles ; déjà la vérité m’apparaissait tout entière. Le lendemain je courus chez l’apothicaire Watson et lui demandai si depuis longtemps quelqu’un de mes domestiques ne lui avait pas acheté du poison. — Oui, me répondit— il , j’ai cédé aux sollicitations importunes de Lucie Olivier, et je lui ai vendu une once d’acide oxalique quelque temps avant la mort de votre première femme.

Qu’avais-je besoin d’en savoir davantage? Cependant je doutais encore. Lucie devinait la cause secrète de mon chagrin, car je remarquai qu’elle ne m’entretenait jamais de ses rêves, et nos bouches étaient muettes. Sa maladie faisait chaque jour de nouveaux progrès ; elle fut bientôt réduite à la dernière extrémité. Ne pouvant supporter l’affreux spectacle d’une telle agonie, je l’abandonnai aux soins de ses femmes. Üne nuit on vint me dire qu’elle désirait me parler sans témoin*. Lorsque je fus assis auprès de sou lit, elle me regarda avec une tranquillité qui me surprit; ses yeux étaient remplis de larmes ; — C’est vrai ! c’est vrai ! s’écria-t-elle, et elle expira. Ce que j’ai souffert depuis, il faudrait des années pour le dire

Par fois aussi le chagrin a causé le somnambulisme. On cite dans ce sens, en Allemagne, un organiste habile, que rien ne pouvait consoler de la mort de sa femme. Le printemps était revenu radieux; mais il ne lui rappelait que la perte cruelle qu’il avait faite une année auparavant.

Vers ce temps-là, dit la relation , les voisins de l’église entendirent à maintes reprises comme jouer de l’orgue au milieu de la nuit; ce n’était pas seulement un son unique, saccadé, que l’on enlendait , mais une mélodie convenablement suivie, bien exécutée, du plain-chant. On considéra d’abord les récits de ces gens comme faux ou comme le produit d’une imagination facile à tromper. Enfin, comme ces rapports se renouvelaient et qu’ils étaient confirmés par des personnes dignes de foi, la chose fit du bruit et on résolut de l’examiner. On était trop éclairé pour l’attribuer à une influence surnaturelle. Il devait y avoir à cela une cause simple. Il ne restait pas de doute sur la vérité du fait. L’organiste, commis à la garde des clefs, ne se rappelait pas qu’elles lui eussent manqué une seule fois, ou qu’il les eût laissées à la

disposition de personne ; lui-même, quoique le plus proche voisin de l’église, n’avait jamais entendu le jeu nocturne de l’orgue, et il accueillait ces récits avec un sourire d’incrédulité.

On convint que, si cela se faisait entendre de nouveau , il fallait éveiller M. le curé et l’organiste ; ils devaient ensemble déchirer le voile mystérieux qui couvrait cette affaire. Bientôt on entendit de nouveau le jeu de l’orgue à l’heure des spectres. On alla éveiller le curé qui vint de suite. Quant à l’organiste, on le crut plongé dans un profond sommeil, car il n’entendit ni les cris, ni les coups frappés à sa porte. Enfin sa servante parut et apporta la réponse que son maître n’était pas dans sa chambre à coucher et qu’elle ne trouvait pas les clefs de l’église. Que faire? Il n’y avait pas de temps à perdre : on se rendit en hâte à l’église, on en trouva la porte ouverte. Le courageux organiste étaitil venu le premier pour recueillir seul la gloire de la découverte? Etait-ce lui-même qui touchait l’orgue dans ie but de mystifier le voisinage ? Lui était-il arrivé un malheur? Etait-il tombé entre les mains des esprits malins ? Quoi qu’il en puisse être, il faut que ce mystère s’v^claircisse. Le curé, nomme audessus de toute superstition , entra accompagné de beaucoup de gens courageux et de beaucoup de curieux. Un beau clair de lune répandait la lumière dans toute l’église, et le grand tableau de l’autel semblait être devenu vivant; de larges ombres et de vifs effets de lumière se partageaient l’intérieur de l’édifice. Du reste, l’église était déserte. Justement l’orgue commença à se faire entendre. Tous se tinrent coi et écoutèrent. C’était un plain-chant solennel; les sons circulaient autour des colonnes comme des couronnes de fleurs et tombaient sur l’autel comme des fleurs printanières ; l’harmonie paraissait venir de haut en bas, et les murailles ellesmêmes semblaient rendre des sons harmonieux. 11 y avait réellement, dans celte musique nocturne, quelque chose de surnaturel, dont l’impression était encore plus profonde à cause de la lumière de la lune , répandue fantastiquement sur les murs, et du calme et de la solennité de la nuit. Les aud’teurs demeurèrent longtemps immobiles, et, aussitôt que les derniers accords se furent fait entendre, ils s’avancèrent plus près de l’orgue pour en venir au but qu’ils s’élaient proposé. Là était assis l’organiste, pâle et immobile comme une statue ; ses yeux étaient fermés. On ne l’éveilla point. Bientôt il se leva et reprit, les yeux toujours fermés, le chemin de son habitation. Ces scènes nocturnes se renouvelaient souvent et toujours de la même manière. L’organiste, miné intérieurement par un profond chagrin, était devenu somnambule et dépérissait visiblement. Le printemps avait rouvert toutes les blessures de son cœur, et avant que le marronnier du cimetière se recouvrît de fleurs, on l’avait déposé à côté du tombeau de sa femme. Depuis lors l’orgue nocturne demeura muet.

Nous avons à parler aussi du somnambu-

lisme magnétique. On prétend qu’une personne magnétisée s’endort profondément et parle aussitôt pour révéler les choses secrètes, prédire l’avenir et lire dans les cœurs, par un prodige jusqu'ici inexplicable. Le fait dans tous les cas est constant. Nous ne l’apprécierons ni ne le jugerons, nous contentant de citer des passages curieux de divers observateurs sur un sujet si mystérieux. Voici d’abord un article digne d’attention, publié, il y a une douzaine d’années, par la Revue britannique et répété dans plusieurs journaux; il contredit les dénégations systématiques de certaines académies. Nous mentionnerons après cela ie jugement de la cour de Rome sur certains usages du somnambulisme, que dans sa profonde sagesse elle ne condamne pas en fait, mais dont elle réprouve les abus et* les procédés au moins dangereux. Ces pièces ont été recueillies par l'Ami de la religion et par l'Union catholique. Pour le surplus , nous renverrons aux articles Magnétisme et Mesmer.

« A différentes époques, dit l’auteur anglais, le magnétisme a donné lieu à des discussions si vives et si animées, que des deux côtés on arriva promptement aux extrêmes; c’est presque dire à l’erreur. Les partisans du magnétisme prétendirent que l’homme possède, dans cet état, des facultés jusqu’alors inconnues. Pour quelques-uns d’entre eux, l’espace disparaissait devant les prodiges de leurs sujets magnétisés ; il n’en coûtait que le simple effort de la volonté pour la nature des choses les plus différentes, pour métamorphoser une tonne d’eau de la Tamise en vin de Champagne, ou pour répandre sur une population affamée les bienfaits d’une nourriture agréable et abondante. Pour eux, les sciences les plus problématiques, celles qui exigent les études les plus profondes et les plus sévères, s’apprennent en quelques instants. La femme nerveuse, qu’une pensée sérieuse de quelques minutes fatigue, devient, entre les mains des habiles du parti, plus savante et plus heureuse dans ses prescriptions qu’aucun de nos praticiens les plus expérimentés.

« De leur côté, les antagonistes du magnétisme ne veulent admettre aucun phénomène insolite, aucune exception aux règles ordinaires de la nature : pour eux, tout l’échafaudage du magnétisme ne repose que sur l’erreur des sens de quelques personnes et sur la fourberie de quelques autres. Le fait suivant, exemple remarquable de somnambulisme naturel, ne permet pas de douter que, dans cet état, l’homme ne possède quelquefois des facultés qui sont à peine appréciables dans l’état de veille. Au reste, ces phénomènes, quoique très-curieux, n’ont rién de surnaturel; et il est facile d’expliquer ce qu’ils ont de surprenant par la concentration de toutes les forces de l’intelligence sur un seul objet et par l’exercice de quelques sens dans des circonstances particulières. Les faits rapportés dans la brochure américaine dont nous allons donner l’analyse, et sur la véracité desquels aucun praticien des Etats-Unis

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