‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 116 sur 222 · S17 SO.M · texte numérisé non relu

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u’a élevé de doute, présentent un haut degré d’intérêt, surtout si on les rapproche de ceux du même genre qui ont été offerts par l’infortuné Gaspard Hauser, quoique dans des circonstances différentes.

« Jeanne Rider est âgée de dix-sept ans, et fille de Vermont, artisan ; son éducation a été supérieure à celle que reçoivent ordinairement les personnes des classes moyennes de la société. Elle aime beaucoup la lecture, et fait surtout ses délices de celle des poètes, bien que son extérieur annonce une bonne santé, cependant elle a toujours été sujette à de fréquents maux de tête, et il y a trois ans elle est restée pendant plusieurs mois affectée de chorée. Dans son enfance, il lui est arrivé plusieurs fois de se lever du lit au milieu de son sommeil ; mais ellen’avait jamais rien offert qui ressemblât aux phénomènes remarquables que depuis elle a éprouvés.

« Celle singulière affection a débuté chez elle subitement ; d'abord ses parents firent tous leurs efforts pour l’empêcher de se lever; les secours de l’art furent même invoqués sans un grand succès; car, au boutd’un mois, elle fut prise d’un nouveau paroxysme, pendant lequel on résolut de ne la soumettre à aucune contrainte, et de se contenter d’observer ses mouvements. Aussitôt qu’elle se sentit libre, elle s’habilla, descendit et fit tous les préparatifs du déjeuner. Elle mit la table, disposa avec la plus grande exactitude les divers objets dont elle devait être couverte, entra dans une chambre obscure, et de là dans un petit cabinet encoreplus reculé, où elle prit les tasses à café; les plaça sur un plateau qu’elle déposa sur la table, après beaucoup de précautions pour ne pas le heurter en l’apportant. Elle alla ensuite dans la laiterie dont les contrevents étaient fermés, et poussa la portederrière elle ; après avoir écrémé le lait, elle versa la crème dans une coupe, et le lait dans une autre sans en épancher une seule goutte. Elle coupa ensuite le pain, qu’elle plaça sur la table; enfin, quoique les yeux fermés, elle fit tous les préparatifs du déjeuner avec la même précision qu’elle eût pu y mettre en plein jour. Pendant tout ce temps, elle sembla ne faire aucune attention à ceux qui l’entouraient, à moins qu’ils ne se missent sur sa route ou qu’ils ne plaçassent des chaises ou d’autres obstacles devant elle ; alors elle les éviiait, mais en témoignant un léger sentiment d’impatience.

« Enfin, elle retourna d’elle-même au lit; et lorsque le lendemain, en se levant, elle trouva la table toute préparée pour le déjeuner, elle demanda pourquoi on l’avait laissé . dormir pendant qu’une autre avait fait son travail. Aucune des actions de la nuit précédente n’avait laissé la plus légère impression dans son esprit. Un sentiment de fatigue, le jour suivant, fut le seul indice qu’elle reconnut à l’appui de ce qu'on lui rapportait.

« Les paroxysmes devinrent de plusen plus fréquents; la malade ne passait pas de semaines sans en éprouver deux ou trois, mais avec des circonstances très-variées. Quelquefois elle ne sortait pas de sa chambre, et

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s’amusait à examiner ses robes et les autres effets d’habillement renfermés dans sa malle. 11 lui arrivait aussi de placer divers objets dans des endroits où elle n’allait plus les chercher éveillée, mais dont le souvenir lui revenait pendant le paroxysme. Ainsi, elle avait tellement caché son étui, qu’elle ne pnt le trouver pendant le jour, et l’on fut étonné de la voir la nuit suivante occupée à coudre avec une aiguille qu’elle avait dû certainement y prendre. Non-seulement elle cousait dans l’obscurité, mais encore elle enfilait son aiguille, les yeux fermés. Les idées de Jeanne Rider relatives au temps étaient ordinairement inexactes; constamment elle supposait qu’il était jour; aussi quand on lui répétait qu’il était temps d’aller se coucher ; — Quoi! disait -elle, aller au lit en plein jour! Voyant une fois une lampe brûler dans l’appartement où elle était occupée à préparer le dîner, elle l’éteignit en disant qu’elle ne concevait pas pourquoi on voulait avoir une lampe pendant la journée. Elle avait le plus souvent les yeux fermés, quelquefois cependant elle les tenait grands ouverts, et alors la pupille offrait une dilatation considérable. Au reste, que l’œil fût ouvert ou fermé, il n’en résultait aucune différence dans la force de la vue. On lui présentait des écritures très-fines, des monnaies presque effacées; elle les lisait très-facilement dans l’obscurité et les yeux fermés.

« Si les idées de la somnambule, par rapport au temps, étaient ordinairement erronées, il n’en était pas de même de celles qui étaient relatives aux lieux; tous ses mouvements étaient toujours réglés par ses sens dont les rapports étaient le plus souvent exacts, et non par des notions préconçues. Sa chambre était contiguë à une allée, à l’extrémité de laquelle se trouvait l’escalier. Au haut de < e dernier était une porte qu’on laissait ordinairement ouverte, mais que l’on ferma un jour avec intention, après qu’elle fut cou< hée, et que l’on assura en plaçant la lame d’un couteau au-dessus du loquet. A peine levée, dans son accès de somnambulisme, elle sort avec rapidité de sa ch imbre, et, sans s’arrêter, elle tend la main d’avance pour enlever le couteau qu’elle jette avec indignation en demandant pourquoi on veut l’enfermer.

« On fit diverses tentatives pour l’éveiller, mais elles furent toutes également infructueuses; elle entendait, sentait et voyait tout ce qui se passait autour d’elle; mais les impressions qu’elle recevait par les sens étaient insuffisantes pour la tirer de cet état. Un jour qu’on jeta sur elle un sceau d’eau froide, elle s’écria : — Pourquoi voulez-vous me noyer? Elle alla aussitôt dans sa chambre changer de vêtement, et redescendit de nouveau. On lui donnait quelquefois de fortes doses de laudanum pour diminuer la douleur de tête dont elle se plaignait habituellement, et alors elle ne tardait pas à s’éveiller. Les excitations de toute espèce et surtout les expériences que l’on faisait pour constater les phénomènes du somnambu-

lisme , prolongeaient invariablement les accès, et aggravaient habituellement sa douleur de tête.

« Les paroxysmes du somnambulisme étaient précédés, tantôt d’un sentiment désagréable de pesanteur à la tète, tantôt d’une véritable douleur, d’un tintement dans les oreilles, d’un sentiment de froid aux extrémités et d’une propension irrésistible à l’assoupissement. Ces paroxysmes, au commencement, ne venaient que la nuit et quelques instants seulement après qu’elle s’était mise au lit; mais à mesure que la maladie fit des progrès, ils commencèrent plus tôt. A une époque plus avancée, les attaques la prirent à toute heure de la journée, et quelquefois elle en eut jusqu’à deux dans le même jour. Lorsqu’elle en pressentait l’approche, elle pouvait les retarder de quelques heures en prenant un exercice violent. Le grand air surtout était le meilleur moyen qu’elle pût employer pour obtenir ce répit ; mais aussitôt qu’elle se relâchait de cette précaution, ou même quelquefois au milieu de l’occupation la plus active, elle éprouvait une sensation qu’elle comparait à quelque chose qui lui aurait monté vers la tête, et perdait aussitôt le mouvement et la parole. Si alors on la transportait immédiatement en plein air, l’attaque était souvent arrêtée; mais, si l’on attendait trop longtemps, on ne pouvait plus se mettre eu rapport avec elle, et il était tout à fait impossible de la tirer de cet état. On aurait cru qu’elle venait de s’endormir tranquillement; ses yeux étaient fermés, la respiration était longue et bruyante, et son attitude, ainsi que les mouvements de sa tête, ressemblaient à ceux d’une personne plongée dans un profond sommeil.

« Pendant les accès qui avaient lieu durant le jour, elle prit toujours le soin de se couvrir les yeux avec un mouchcir, et ne permettait jamais qu’on l’enlevât, à moins que la pièce où elle se trouvait ne fût trèsobscure, et cependant elle lisait à travers ce bandeau des pages entières, distinguait l’heure de la montre; elle jouissait enfin d’une vision aussi parfaite que si elle eût eu les yeux libres et ouverts. Dans quelques expériences qui furent faites par le docteur Belden, on appliqua sur ses yeux un double mouchoir, et l’on garnit le vide qu'il laissait de chaque côté du nez avec de la ouate. Toutes ces précautions ne diminuèrent en rien la force de sa vue; mais un fait important, bien qu’il n’explique pas ce phénomène curieux, c’est que, de tout temps, elle a eu les yeux si sensibles à la lumière, qu’elle n’a pu jamais s’exposer au grand joursans son voile. Cette sensibilité était encore bien plus vive pendant le somnambulisme, comme ledocteur Belden le constata.

« Cependant toutes ces expériences fatiguaient considérablement la pauvre fille, dont l’état, au lieu de s’améliorer, allait au contraire en empirant. Cette circonstance et l’insuccès de tous les moyens employés jusqu’alors firent prendre la résolution de l’envoyer à l’hôpital de Woreester, où elle entra

le 5 décembre 1833. Les accès s’y répétèrent avec la même fréquence et la même intensité; mais on remarqua bientôt des changements importants dans les paroxysmes. D’abord la malade commença à rester les yeux ouverts, disant qu’elle n’y voyait pas clair lorsqu’ils étaient fermés ; ensuite les accès se dessinèrent moins bien. Elle conservait, dan9 le somnambulisme, quelques souvenirs de ce qui lui était arrivé dans l’état de veille, et on avait de la peine à distinguer le moment exact où finissait l’accès de celui où elle était éveillée. Peu à peu ces accès eux-mêmes se sont éloignés, et, d’après le dernier rapport du docteur Woodward, médecin de l’hôpital de Woreester, on avait tout lieu d’esperer une guérison complète. »

Bu magnétisme animal clans ses rapports avec la religion.

La sacrée pénitencerie àRome a été saisie en 1841 de la question de savoir si le somnambulisme obtenu par les pratiques magnétiques, dans le but de guérir les maladies, était chose convenable et permise. A l expo<é rapide des procédés employés pour obtenir l’état de somnambulisme, ainsi que des résaltals extraordinaires produits parles somnambules , la sacrée pénitencerie a répondu expressément que l’application du magnétisme animal, dans les termes de l'exposé en question , n’était pas chose licite. Voici la traduction de la consultation envoyée à Rome et du jugement laconique du saint-siège.

« Emineniissime Seigneur, vu l’insuffisance des réponses données jusqu’à ce jour sur le magnétisme animal, et comme il est grandement à désirer que l’on puisse décider plus sûrement et plus uniformément les cas qui se présentent assez souvent, le soussigné expose ce qui suit à Votre Eminence : Une personne magnétisée (on la choisit d’ordinaire dans le sexe féminin) entre dans un tel état de sommeil ou d’assoupissement, appelé somnambulisme magnétique, que ni le plus grand bruit fait à ses oreilles, ni la violence du fer ou du feu, ne sauraient l’en tirer. Le magnétiseur seul, qui a obtenu son consentement (car le consentement est nécessaire), la fait tomber dans celle espôie d’extase, soit par des attouchements et des gesticulations en divers sens, s’il est auprès d’elle, soit par un simple commandement intérieur, s’il en est éloigné, même de plusieurs lieues.

« Alors, interrogée de vive voix ou mentalement sur sa maladie et sur celles de personnes absentes, qui lui sont absolument inconnues, celte magnétisée, notoirement ignorante, se trouve à l’inslant douée d’une science bien supérieure à celle des médecins : elle donne des descriptions anatomiques d’une parfaite exactitude ; elle indique le siège, la cause, la nature des maladies internes du corps humain, les plus difficiles à connaître et à caractériser; elle en détaille les progrès, les variations et les complications, le tout dans les termes propres;

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souvent elle en prédit la durée précise et en prescrit les remèdes les plus simples et les plus efficaces.

« Si la personne pour laquelle on consulte la magnétisée est présente, le magnétiseur la met en rapport avec celle-ci par le contact. Est-elle absente? une boucle de ses cheveux la remplace et suffit. Aussitôt que cette boucle de cheveux est seulement approchée contre la main de la magnétisée, celle-ci dit ce que c’est, sans y regarder, de qui sont ces cheveux, où est actuellement la personne de qui ils viennent, ce qu’elle fait ; sur sa maladie elle donne tous les renseignements énoncés ci-dessus, et cela avec autant d’exactitude que si elle faisait l’autopsie du corps.

« Enfin la magnétisée ne voit pas par les yeux. On peut les lui bander, elle lira quoi que ce soit, même sans savoir lire, un livre ou un manuscrit qu’on aura placé ouvert ou fermé, soit sur sa tête, soit sur son ventre. C’est aussi de cette région que semblent sortir ses paroles. Tirée de cet état, soit par un commandement même intérieur du magnétiseur, soit comme spontanément à l'instant annoncé par elle, elle paraît complètement ignorer tout ce qui lu; est arrivé pendant î’accès, quelque long qu’il ait été: ce qu’on lui a demandé, ce quelle a répondu, ce qu’elle a souffert ; rien de tout cela n’a laissé aucune idée dans son intelligence, ni dans sa mémoire la moindre trace.

« C’est pourquoi l’exposant, voyant de si fortes raisons de douter que de tels effets, produits par une cause occasionnelle manifestement si peu proportionnée, soient purement naturels, supplie très-instamment Votre Eminence de vouloir bien, dans sa sagesse, décider, pour la plus grande gloire de Dieu et pour le plus grand avantage des âmes si chèrement rachetées par Notre-Seigneur Jésus-Christ, si, supposé la vérité des faits énoncés, un confesseur ou un curé peut sans danger permettre à ses pénitents ou à ses paroissiens : lu d’exercer le magnétisme animal ainsi caractérisé, comme s’il était un art auxiliaire et supplémentaire de la médecine ; 2° de consentir à être plongés dans cet état desomnambulisme magnétique; 3° de consulter, soit pour eux-mêmes, soit pour d’autres, les personnes ainsi magnétisées; 4° de faire l’une de ces trois choses, avec la précaution préalable de renoncer formellement dans leur cœur à tout pacte diabolique, explicite ou implicite, et même à toute intervention satanique, vu que nonobstant cela , quelques personnes ont obtenu du magnétisme, ou les mêmes effets, ou du mo us quelques-uns.

« Emmenti.ssime Seigneur, de Votre Excellence, par ordre du révérendissime évêque de Lausanne et Genève, le trèshumble et très-obéissantserviteur, Jac.- Xavikr Fontana, chancelier de la chancellerie épiscopale.

« Fribourg en Suisse, palais épiscopal, le 19 mai 1841. »

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