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SOIS

çonnions. Pendant que le sang s’égoutterait, notre homme devait dessécher, à ce qu’elle d>sait. Après cela elle nous demanda vingtcinq aiguilles neuves qu’elle mit dans une assiette et sur laquelle elle versa de l’eau. Autant il y en aurait qui s’affourcheraient les unes sur les autres, autant il y aurait d’ennemis qui nous en voudraient. Il s’en trouva trois. Tout cela fait, elle emporta la poule et revint quelques jours après avec Jeanne sa sœur. Mais il se trouva qu’il leur manqua quelque chose pour arriver à leurdefinition : c’étaient des drogues qu’avec 25 fr. que je leur donnai et que j’empruntai en partie, elles allèrent quérir à Cherbourg, et qu’elles devaient rapporter le soir, avec deux mouchoirs que ma femme leur prêta ; mais elles ne revinrent plus. Pour lors j’eus l’idée qu’elles n’étaient pas aussi savantes qu’on le disait. Pour m’en assurer, j’allai consulter une batteuse de caries du Limousin, et je l’amenai chez Thérèse. Là-dessus les deux femelles se prirent de langue : la Limousine traita la Marquise d'agrippeuse et le Marquis d'agrippeur. Ça fit une brouille et les affaires en restèrent là. A quelque temps de là cependant, ma femme la revit dans une boutique à la Pierre-Butée, avec Charles Lemonnier , qu’elle appelait son homme. El'.e lui parla de ce qu’elle lui avait donné, de trois chemises que j’oubliais, de deux draps de lits, d’un canard et d’une poule que je lui avais portés moi-même; elle lui demanda aussi ce qu’était devenue la poule qu’elle avait saignée pour sa magie. Sur-le-champ Thérèse répondit qu’après l'avoir fait rôtir elle s’était dressée sur table et avait chanté trois fois comme un coq. — C’est vrai, reprit Charles Lemonnier, car quand je l’ai vue, ça m’a fait un effet que je n’ai pas osé en manger.

« Les Marquis et compagnie n’appliquaient pas seulement leurs talents à la guérison des sorts, mais encore à la découverte des trésors. Tels sont les principaux faits qui amènent les différents prévenus devant le tribunal, et auxquels on pourrait ajouter le vol de deux pièces de fil et de deux livres de piété, imputé à la même Thérèse, lors de sa visite, au préjudice de la femme Hclland, et le fait d’escroquerie reproché au vieux sorcier Marquis , à raison de ses sortilèges sur la fille d’un nommé Yves Adam , de Brix. M. lu substitut Desmortiers rappelle les fâcheux antécédents, d’abord de Thérèse, condamnée par un premier jugement, pour vol, à un an et un jour d’emprisonnement, par un second jugement de la cour d’assises de la Manche, en sept années de travaux forcés ; de sa sœur ensuite, condamnée pareillement en six années de la même peine; de Leblond père, dit le Marquis , qui a subi deux condamnations correctionnelles dont la durée de l’une a été de neuf ans ; de Drouet enfin, condamné à un an et un jour de prison.

« Le tribunal, après avoir renvoyé de

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l’action la vieille femme Leblond, prononce son jugement, qui condamne aux peines qui suivent les co-prévenus : Thérèse Leblond, dix années d’emprisonnement; Jeanne Leblond, femme Lemonnier, six ans ; Jacques Leblond, dit le Marquis, cinq ans ; Charles Lemonnier, un an et un jour; Pierre- Amable Drouet, six mois : Pierre Lemonnier, un mois; les condamne chacun, en outre, en 50 fr. d’amende, et solidairement aux dépens, et dit qu’à l’expiration de leur peine ils resteront pendant dix ans sous la surveillance de la haute police.» Voy. Sicidites, Agrippa, Faust et une foule de petits articles sur divers sorciers.

On trouve des sorciers dans les plus vieux récits. Les annales mythologiques vous diront qu’à Jalysié, ville située dans l’île de Rhodes, il y avait six hommes qui étaient si malfaisants, que leurs seuls regards ensorcelaient les objets de leur haine. Ils faisaient pleuvoir, neiger et grêler sur les héritages de ceux auxquels ils en voulaient. On dit que, pour cet effet, ils arrosaient la terre avec de l’eau du Styx, d’où provenaient les pestes, les famines et les autres calamités. Jupiter les changea en écueils.

Le voyageur Beaulieu conte qu’il rencontra un de ces sorciers ou escrocs qu’on a aussi appelés grecs, àla cour du roi d’Achem. C’était un jeune Portugais nommé Don Francisco Carnero; il passait pour un joueur habile et si heureux, qu’il semblait avoir enchaîné la fortune. On découvrit néanmoins que la mauvaise foi n’avait pas moins do part que le bonheur et l’habileté aux avantages qu’il remportait continuellement. Après avoir gagné de grosses sommes à un ministre de cette cour, qui se dédommageait de ses pertes par les vexations qu’il exerçait sur les marchands, il jouait un jour contre une dame indienne, à laquelle il avait gagné une somme considérable, lorsqu’en frappant du poing sur la table, pour marquer son étonnement d’un coup extraordinaire, il rencontra un de ses dés qu’il brisa, et dont il sortit quelques gouttes de vif argent. Elles disparurent aussitôt, parce que la table avait quelque pente. Les Indiens, d’autant plus étonnés de cet e aventure, que le Portugais se saisit promptement des pièces du dé, et qu’il refusa de les montrer, jugèrent qu’il y avait de l'enchantement. On publia qu’il en était sorti un esprit, que tout le monde avait vu sous une forme sensible, et qui s’était évanoui sans nuire à personne. Beaulieu pénétra facilement la vérité. Mais il laissa les Indiens dans leur erreur; et, loin de rendre aucun mauvais office à Carnero, il l’exhorta fortement à renoncer au jeu dont il ne pouvait plus espérer les mêmes avantages à la cour d’Achem (1).

Sous le règne de Jacques 1er, roi d’Angleterre, le nommé Lily fut accusé d’user de sortilège devant un juge peu éclairé, qui le condamna au feu. Lily n’était rien moins que sorcier, son crime consistait à abuser

(1) Histoire générale îles voyages.

Diction*, des sciences occultes. SL

de l’ignorance et de la superstition de ses concitoyens. !1 osa s’adresser au souverain, et lui faire présenter un placet écrit en grec. L'étude des sciences et des langues était alors fort négligée en Angleterre, comme dans toute l’Europe. Un semblable placet parut un phénomène au monarque. Non, dit— il, cet homme ne sera pas exécuté, je le jure, fût-il encore plus sorcier qu’on ne l’accuse de l’être. Ce que je vois, c’est qu’il est plus sorcier dans la langue grecque que tous mes prélats anglicans.

Un officier, d’un génie très-médiocre, envieux de la gloire d’un capitaine qui avait fait une belle action, écrivit à M. de Louvois que ce capitaine était sorcier. Le ministre lui répondit : « Monsieur, j’ai fait part au roi de l’avis que vous m’avez donné de la sorcellerie du capitaine en question. Sa Majesté m’a répondu qu’elle ignorait s’il était sorcier, mais qu’eile savait parfaitement que vous ne l’étiez pas. »

Il y eut à Salem, dans l’Amérique du Nord, en 1692, de singuliers symptômes qui tiennent à l’histoire de la sorcellerie. Beaucoup d’hypocondriaques voyaient des spectres ; d’autres subissaient des convulsions rebelles aux médecins; on attribua tout à la nécromancie; et Godwin, dans son histoire des nécromanciens, donne sur ces faits étranges des détails étendus. Plusieurs femmes furent pendues comme accusées et convaincues d’avoir donné des convulsions ou fait apparaître des fantômes.

« On voit constamment, dit Godwin, les accusations de ce genre suivre la marche d’une épidémie. Les vertiges et les convulsions se communiquent d’un suji là un autre. Une apparition surnaturelle est un thème à l’usage de l’ignorance et de la vanité. L’amour de la renommée est une passion universelle. Quoique ordinairement placée hors de l’atteinte des hommes ordinaires, elle se trouve, dans certaines occasions, mise d’une manière inattendue à la portée das esprits les plus communs, et alors ils savent s’en saisir avec une avidité proportionnée au peu de chances qu’ils avaient d’y parvenir. Quand les diables et les esprits de l’enfer sont devenus les sujets ordinaires de la conversation, quand les récits d’apparition sont au nombre des nouvelles du jour, et que telle ou telle personne, entièrement ignorée jusqu’alors, devient tout à coup l’objet de la surprise générale, les imaginations sont vivement irappéeSjon en rêve la nuit et le jour, tout le monde, jeunes et vieux, devient sujet à des visions.

« Dans une ville comme Salem, la seconde en importance de la colonie, de semblables accusations se répandirent avec une merveilleuse rapidité. Beaucoup d’individus furent frappés de vertiges; leurs visages et leurs membres furent contractés par d’effroyables contorsions, et ils devinrent un spectacle d’horreur pour ceux qui les approchaient. On leur demandait d’indiquer la cause de leurs souffrances, et leurs soupçons, ou leurs prétendus soupçons, se portaient

sur quelque voisin , déjà malheureux et abandonné, et pour celte cause, en butte aux mauvais traitements des habitants de la ville. Bientôt les personnes favorisées de l’apparition surnaturelle formèrent une classe à part, et furent envoyées, aux dépens du public, à la rocherche des coupables, qu’eux seuls pouvaient découvrir. Les prisons se remplirent des individus accusés. On s’entretint avec horreur d’une calamité qui n’avait jamais régné avec un tel degré d’intensité dans cette partie du monde, et par une coïncidence malheureuse , il arriva qu’à cette même époque beaucoup d’exemplaires de l’ouvrage de Baxter, intitulé : Certitude du Monde des esprits, parvinrent dans la nouvelle Angleterre. Des hommes honorables donnèrent crédité celle ridicule superstition et entretinrent même la violence populaire par la solennité et l’importance qu’ils donnèrent aux accusations, et par le zèle et l’ardeur qu’ils déployèrent dans les poursuites.

« On observa dans cette occasion toutes les formes de la justice; on ne manqua ni de juges, ni de jurés, grands ou petits, ni d’exécuteurs, encore moins de persécuteurs et de témoins. Du 10 juin au 22 septembre 1692, dix-neuf accusés furent pendus; bien des gens avouèrent qu’ils pratiquaient la sorcellerie; car cet aveu paraissait la seule voie ouverte de salut. On vit des maris et des enfants supplier à genoux leur femme et leur mère de confesser qu’elles étaient coupables. On mil à la torture plusieurs de ces malheureuses en leur attachant les pieds au cou, jusqu’à ce qu’elles eussent avoué tout ce qu’on leur suggérait.

« Dans cette douloureuse histoire, l’affaire la plus intéressante fut celle de Gilles Gory et de sa femme. Celle-ci fut jugée le 9 septembre et pendue le 22; dans cet intervalle on mit aussi le mari en jugement. Il affirma qu’il n’était point coupable. Quand on lui demanda comment il voulait être jugé, il refusa de répondre, selon la formule ordinaire, pur Dieu et mon pays. Il observa qu’aucun de ceux qui avaient été précédemment jugés n’ayant été proclamé innocent, le même mode de procédure rendrait sa condamnation également certaine; il refusa donc obstinément de s’y conformer. Le juge ordonna que, selon l’usage barbare prescrit en Angleterre, il fût couché sur le dos et mis à mort, au moyen de poids graduellement accumulés sur toute la surface de son corps, moyen qu’on n’avait point encore mis en pratique dans l’Amérique du Nord. Gilles Gory persista dans sa résolution et demeura mue! pendant toute la durée de son supplice. Tout s’enchaîna par un lieu étroit dans celte horrible tragédie. Pendant fort longtemps , les visionnaires n’étendirent leurs accusations que sur ies gens mal famés ou qui ne tenaient qu’aux rangs inférieurs de la communauté. Bientôt cependant, perdant toute retenue, ils ne craignirent pas de porter leurs accusations de sorcellerie sur quelques personnes appartenant aux premiè:es familles et du

son

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caractère le moins suspect. Dès lors, tout changea de face. Les principaux habitants reconnurent combien il serait imprudent de mettre leur honneur et leur vie à la merci de si misérables accusateurs. De 58 actes d’accusations qui furent soumis au grand jury le 3 janvier 1693, on n’en trouva que 26 qui eussent quelque fondement, et on en écarta 30. Sur les 26 accusations auxquelles on donna suite, on ne trouva que trois coupables, et le gouvernement leur fit grâce. On ouvrit les prisons. 250 personnes, tant de celles qui avaient fait des aveux, que de celles qui étaient simplement accusées , furent mises en liberté, et on n’entendit plus parler d’accusations de ce genre. Les affligés , c’est ainsi qu’on nommait les visionnaires, furent rendus à la santé. Les apparitions de spectres disparurent complètement, et l’on ne s’étonna plus que d’une chose, ce fut d’avoir été victime d’une si horrible illusion. »

Dans le journal français très-connu et intitulé le Droit , on a publié sous le titre de la sorcellerie en Angleterre de curieuses recherches que nous reproduisons ici en partie :

« La croyance aux sorciers a été longtemps universelle, mais dans aucun pays elle n’a été plus générale qu’en Angleterre, ce qui s’explique facilement par une manière inintelligente de lire et de comprendre la Bible. Aujourd’hui même encore, dans tous les collèges et pensions, on met entre les mains des enfants l 'Explication du catéchisme de Lewis, où nous lisons à la page 16 : « Qu’entendez-vous par renoncer à Satan ? — J’entends renoncer à tout commerce familier, à tout pacte avec le démon ; ainsi les sorciers, les sorcières et tous ceux qui ont recours au diable, manquent aux promesses de leur baptême et se rendent coupables de péché mortel. »

« Dans son ouvrage intitulé Religio me~ dici, sir Thomas Browoe dit: «Pour ma part, j’ai toujours cru et je crois encore qu’il existe des sorcières; ceux qui nient leur existence, nient implicitement celle des esprits supérieurs ; ainsi, ce ne sont pas seulement des infidèles, mais des athées. Ceux qui, pour confondre leur incrédulité, demandent à voir des apparitions, n’en verront certainement jamais et n’atteindront jamais la puissance des sorcières même les plus vulgaires. »

« John Bell, ministre du saint Evangi’e, prêchant sur ce sujet devant le roi Jacques 1er, dit : « Heureusement la Providence nous a donné deux moyens infaillibles de découvrir ce crime; d’abord toute sorcière arrêtée s’écrie invariablement : Kyrie eleison, Seigneur , ayez pitié de moi l ensuite les sorcières ne peuvent verser que trois larmes, et cela de l’œil gauche. »

« La reine Elisabeth fut ainsi apostrophée au milieu d’un sermon, par l’évêque anglican Jewel : « Quoi qu’en disent les incrédules et les impies, il est de mon devoir de dire a Votre Grâce que depuis quatre ans les

sorciers et les sorcières se sont merveilleusement accrus dans ce royaume. Vos sujets languissent jusqu’à la mort, leur teint s’appâlit, leurs chairs se dessèchent et se pourrissent, leur langue se glace et ils sont privés de leurs sens les plus précieux. Je prie sincèrement Dieu que leurs pratiques infâmes s’arrêtent à vos sujets et ne remontent pas jusqu’à Votre Altesse. »

a Un certain Matthew Hopkins fut nommé rechercheur de sorcières ( witch finder ) pour quatre comtés, et dans l’espace d’un an, dan s la seule vMle d’Essex, il ne fit pas pendre moins de 60 malheureuses femmes. Ce misérable prétendait avoir acquis une expérience, infaill'ble pour les reconnaître à de certaines taches sur la peau, certains signes, certain s veines qu’il regardait comme autant de tétines pour allaiter de petits démons. Son épreuve favorite était celle de l’eau. Si les sorcières prétendues revenaient à la surface de l’eau et nageaient, il les déclarait coupables, les faisait retirer de l’eau et brûler; si au contraire elles enfonçaient, elles étaient simplement noyées , mais leur innocence était reconnue. Celte épreuve venait peutêtre d’une parole fort sage que sa Très-Sacrée Majesté le roi Jacques avait souvent à la bouche, à savoir que, comme quelques personnes avaient renoncé aux avantages de leur baptême par l’eau, de même l’eau refusait à son tour de les recevoir dans son sein.

« A la fin Hopkins, ce qui est assez original, devint lui-même suspect de sorcellerie ; ou lui fit subir l’épreuve qu’il avait souvent fait subir aux autres; il rut la maladresse de nager; il fut tout naturellement déclaré coupable, pendu et brûlé vif.

« Il ne fut pas le seui recheicheor desorcières; bien d’autres se mêlèrent de ce métier, qui ne laissait pas que d’être lucratif puisqu’il leur procurait 20 schellings (25 francs) par chaque exécution. Le docteur Grey, éditeur d’Hudibras, dit que de 1643 jusqu’à la restauration de Charles II ( 1660), trois à quatre mille personnes furent mises à mort pour crime de sorcellerie.

« Le 29 juillet 1699, il y avait dans les prisons d’Ecosse 52 sorcières dont quelquesunes l’étaient assez peu pour s’avouer coupables. Une certaine mistress Hicks et sa fille âgée de 9 ans furent pendues à Hunlingdon. L’acte d’accusation leur reprocha d'avoir vendu leurs âmes au diable ; d’avoir tourmenté leurs voisins en leur procurant des vomissements d’épingles et de clous ; d’avoir suscité une tempête qui faillit faire périr un navire ; enfin, d’avoir ôté leurs bas et d’avoir fait mousser de l’eau sans y mettre de savon.

« En 1815, mistress Turner fut jugée comme complice du meurtre de sir Thomas Over- Bury. Le procureur général lui reprocha d’avoir été trouver un certain docteur Foreman, passé maître ès-sciences magiques, et d’en avoir obtenu des secrets pour se faire aimer de sir Arthur Mamwaring. Le bureau de la cour était couvert de papiers, de portraits

tro DICTIONNAIRE DES SCIENCES OCCULTES. SOI)

el autres objets prétendus magiques. L’aftluence était considérable. Tout à coup le plafond de la salle, prêt à céder sous le poids, fit entendre quelques craquements ; aussitôt, ne doutant pas que tous les diables d’enfer ne fussent venus au secours de leur sorcière bien-a'mée, les spectateurs, les jurés, les soldats et les juges se sauvèrent pêlemêle dans une horrible confusion. Plus d'un mois se passa avant qu’on eût le courage de reprendre le procès qui se termina, comme à l’ordinaire, par la confession et l’exécution de l’accusée.

« Quand la mère Munnings fut jugée en 1094, un témoin jura que, sortant du cabaret vers les neuf heures du soir, et regardant chez elle par la fenêtre, il l’avait vue tirer de. son panier de us petits démons, l’un blanc et l’autre noir. La pauvre femme eut beau protester que le démon blanc était un fuseau de laine blanche qu’elle allait filer, et que le démon noir n’en était que l’ombre, elle n’en fut pas moins pendue bel et bon. Et c’est sur des preuves de celle force-là que beaucoup de ces malheureuses femmes perdirent la vie I

« Cependant quelquefois il se trouvait des juges plus éclairés que les accusateurs et les accusées elles-mêmes. Une nommée Jane Wenhan comparaissait devant sire John Poweîl ; des témoins étaient là, qui juraient l’avoir vue voler en l’air. Le juge lui demanda s’il était vrai qu’elle eût ce pouvoirlà, et la bonne femme en convint naïvement. Eh bien 1 dit le juge, je ne vois rien dans la loi qui vous empêche de vous donner ce petit plaisir. Allez-vous-en à vos affaires. La pauvre Jane Wenhan fit tout au monde pour être pendue et sortit de l’audience, désespérée d’avoir sauvé sa vie aux dépens de sa réputation de sorcière.

« En 1664, il y eut deux exécutions à mort el sept en 1660. Enfin, en 1659, une nommée Susannah Loannokes fut accusée par une de ses voisines de lui avoir ensorcelé son rouel, eu sorte qu’elle ne pouvait plus le faire tourner, et elle offrit de soutenir son dire par serment. Le mari de l’accusée nia la culpabilité de sa femme, sans nier la possibilité du crime, et pour la disculper il demanda qu’elle fût soumise à Y épreuve de la Bible. Les magistrats y consentirent, et c’est probablement la dernière fois que celle singulière épreuve eut lieu. L’accusée fut conduite nue, en chemise, à l’église de la paroisse, et placée dans un plateau de la balance, tandis qu’on mit dans l’autre la grande Bible de l’église. La femme fut plus lourde que le livre, et en conséquence honorablement acquittée ; car c’était un fait incontestable et incontesté jusqu'alors qu’une sorcière déshabillée ne pesait pas une Bible d’église.

« Dix ans plus tard, nous voyons un nommé John Kes in présenter au parlement d’frlandc une pétition contre l’une de ses voisines qu’il accusait de sorcellerie, et de celte singulière manœuvre que nos aïeux appelaient nouer l’aiguilh lie. L’accusée prit la luilc avant Tinslrm. lion du procès, u’éîant

pas, à ce qu’il paraît , sans quelque inquiétude sur son issue.

« Les lois pénales contre la sorcellerie étaient datées des règnes de Henri VI , Edouard V et Jacques l*r. Elles furent révoquées par un stalute de l’an IX de George 11 (1736) pour l’Angleterre et l’Ecosse. Toutefois, ce stalute laissait encore subsister quelques dispositions, restes honteux d’une superstition ridicule. Enfin, le 23 mars 1821, fut lu, pour la troisième et dernière fois, le bill commun aux trois royaumes, qui révoque entièrement toutes les lois et ordonnances rendues contre la sorcellerie, et abolit jusqu’au nom de ce crime.

« Aujourd’hui, tous diseurs de bonne aventure, toutes personnes qui prétendent deviner l’avenir à l’aide de la chiromancie, de la cartomancie, ou essayent de toute autre manière que ce soit de se jouer de la crédulité des sujets de S. M., sont punis, comme mauvais sujets et vagabonds, d’un emprisonnement avec ou sans travaux forcés, pour un temps qui ne peut excéder trois mois. »

Dans une série remarquable de procès historiques, le même journal a publié celui du maréchal de Raiz. Il mérite d’ètre reproduit ici :

Gilles de Laval , baron de Raiz , ava l épousé, jeune encore, Catherine de Thouars, dame de Tiffauges, Pousanges , Savenay, Château-Morand, etc. Par son père, il était possesseur des plus importantes seigneuries de la Bretagne, et par sa mère, Marie de Craon, d’un grand nombre de terres, places et châteaux dans le Maine, l’Anjou et le Poitou. On évaluait ses revenus les plus ordinaires au delà de 50,000 liv. de rente (plus d’un million de nos jours), et il jouissait encore d’une foule de droits éventuels qui lui produisaient des sommes immenses. Il avait pour parents la famille royale de France, la famille ducale de Bretagne, et la plupart des princes et des grands seigneurs des deux contrées. Comme tous ceux de sa naissance et de son rang , il embrassa la carrière des armes ; il se distingua par sa valeur, rendit d’éminents services à Charles VU, en lui menant de nombreuses compagnies de gens d’armes levées à ses frais : le bâton de maréchal fut sa récompense.

Une opinion exagérée du haut rang qu’il occupait l’égara dès lors ; il se donna une compagnie de gardes du corps de deux cents hommes à cheval , dont il se fit suivre en tous lieux. Sa prodigalité devint extrême. Toutes les personnes qui l’approchaient, toutes celles qui faisaient parlie de sa maison, vivaient avec un luxe seigneurial ; aus^i ses revenus furent-ils bientôt loin de suffire à ses dépenses ; il emprunta et paya des intérêts exorbitants ; puis, dès qu'il reconnut l’insuffisance de ses revenus el des ressources que lui fournissaient les usuriers et lombards pour subvenir à sa magnificence et à ses largesses, il crut devoir s’adresser à Dieu qui , dans les idées de sa vanité , respeclait trop la maison de Rohan et de Laval pour la laisser dans la pénurie. 11 se composa, dans un de ses châteaux, une chapelle cathédrale

desservie par des moines , un doyen , des ehanîres , des archidiacres, des enfants de chœur, auxquels il adjoignit des musiciens qu’il fil venir à grands frais d’Italie. Un de ses chanoines portail le litre d’évèque et officiait avec toules les cérémonies de l’épiscopat. Le maréchal envoya plusieurs fois cà Home el sollicita le pape de concéder à ce chef de son église le titre d’archevêque ; il demanda aussi que ses chantres fussent mi- Irés comme des prélats. Le pape se refusant à ces singulières propositions, Gilles de Raiz dédommagea son ciefgé des honneurs que lui déniait le saint-père, en le comblant de traitements et de pensions. 11 fit revêtir ses chanoines de longues robes d’écarlate garnies de riches fourrures, de loques en velours et à galons d’or, et fit acheter au loin les draps les plus fins , les étoffes les plus précieuses, pour en couvrir tous les desservants de sa chape'le.

Mais Dieu n’exauçait pas cependant les vœux bizarres du maréchal. Il résolut d’obtenir par d’autres voies la puissance et les trésors qu’il ambitionnait. Il avait entendu vaguement parler de ces hommes qui, selon la croyance d’alors, par un grand sacrifice et le ressert d une puissante volonté, s’étaient élancés hors des bornes du monde connu , avaient déchiré le voile qui sépare les êlres finis des formes incorporelles, et avaient assujetti les génies réprouvés à leur pouvoir, au point de les voir accourir soumis et rampants, à l’expression, même indécise de leur désir. De ce moment il changea de vues : des émissaires parcoururent l’Allemagne et l’Ilalie, pénétrèrent dans les solitudes, s'engagèrent dans les forêts, sondèrent les cavernes où la renommée plaçait les serviteurs abhorrés du prince des ténèbres. Des malfaiteurs, des fourbes, des impies, ne tardèrent pas à former la cour de Gilles de Raiz. 11 eut des apparilions ; des voix horribles se firent entendre ; des conseils affreux s’échappèrent du sein de la terre pour l’entraîner à commeltre des crimes impossibles à redire, et les souterrains de Tiffaugcs retentirent du cri des victimes de ses maléfices et de sa lubrici!é. Ainsi furent mises en œuvre les ressources les plus odieuses de l’imagination dépravée des alchimistes, pour obtenir la transmutation des métaux, pour découvrir l’art de faire de l’or, ou celte pierre philosophale qui procure à la ois la richesse et l’immortalité. Les fourneaux étaient allumés nuit et jour, et les seuls trésors qui s’en échappaient , produits de la vente des terres du maréchal, étaient loin de rassasier son ambition et la cupidité des imposteurs dont il était entouré. Aussi le découragement commençait-il à le saisir, lorsqu’ils lui présentèrent un savant indien pour qui, dirent-ils, la nature n’avait pu conserverde secrels.Ce sage lui fut amené par un prêtre apostat du diocèse de Sain'- Malo,un de ses émissaires, qui assurait avoir rencontré l’inconnu près des sources de l’Euphrate, au moment où, par une terrible conjuration, il forçait le séraphin, chargé de la garde du paradis terrestre , de se montrer à

ses yeux et de lui livrer l’entrce de ce séjour d’éternelle félicité.

Une figure imposante el sévère, des yeux ardents , une voix mâle et pénétrante, une barbe touffue et d’une éclatante blancheur, distinguaient l’homme de l’Orient. Ses manières simples, mais élégantes, annonçaient qu’il avait vécu parmi les grands de la ter e, dont les noms se rencontraient dans ses discours. Kien ne lui semblait étranger. Il gardait habituellement le silence ; mais quand il était forcé de prendre la parole, il racontait des événements extraordinaires, terribles ou merveilleux , toujours arrivés en sa présence , bien qu’ils remontassent parfois aux temps les plus reculés.

Un tel homme devait s’emparer facilement de toutes les facultés de Gilles de Raiz: bientôt les souterrains de Tiffauges retentirent de hurlements et furent arrosés de larmes. Le maréchal voulait évoquer le souverain des anges tombés, le contempteur de Dieu, Satan Lii-même, et l'acier de la cuirasse qui seule, au dire de l’Indien, pouvait préserver l’imprudent évocateur des effets de sa colère, devait être trempé dans le sang humain. H fallait que le maréchal lui-même enfonçât le poignard dans le sein de ses victimes el comptât les mouvements convulsifs qui devaient précéder leur mort. Le maréchal consentit à tout , et, par le plus sacr ilège mélange de crédulité , de doute et de superstition , tandis qu’au fond de ses souterrains il se plongeait à la fois dans les infâmes raffinements d’une lubricité sans nom, dans les atroces combinaisons d’un crime sans modèle alors, comme il fut depuis sans imitateurs; tandis qu’il appelait à lui les puissances de l’enfer, ses prêtres , mollement assis sur les stalles de sa brillante chapelle, adressaient des hymnes au roi du ciel, et priaient par son ordre pour des âmes qui s’envolaient pures vers l’éternité. Les meurtres consommés, l’inconnu voulut rester seul et fit placer le maréchal à l’extrémité d’une sombre galerie où se firent entendre bientôt des éclats de foudre et de bizarres et suppliantes voix ; puis le silence se rétablit et l’évocateur reparut : une lumière blanche et livide semblait s’échapper de son front et de ses cheveux, et depuis ce jour on aperçut constamment dans l’obscurité ce feu surnaturel.

Ainsi, disait l’Indien, avait apparu Moïse au peuple hébreu.

Lucifer cependant ne s’était pas encore montré: il exigeait auparavant une cédule signée du sang du maréchal; Gilles de Raiz l’écrivit sans hésiter , trouvant toutefois moyen, dans l’intention de tromper le diable, de promettre, en phrases ambiguës, tout ce qu’il demanderait, excepté sa vie et son âme. L’Indien ne reconnut pas la supercherie et fil ses préparatifs pour obtenir une entrevue fructueuse avec le démon qui ne l’avait mis sur la trace encore d’aucun trésor.

A peu de distance de Tiffauges s’élevait une antique forêt, au centre de laquelle une petite source , s’écoulant d’un rocher, formait un bassin et sc perdait dans la terre.

Ce lieu sauvage n’était fréquenté ni des bûcherons, ni des bergers ; on en faisait d'effrayants récils, et les habitants du voisinage, qui avaient été assez hardis pour y conduire les troupeaux à la pâture , avaient disparu l’un après l’autre. Leurs corps, à ce qu’on disait, étaient inhumés autour de la fontaine, sous des tertres surmontés d’une petite croix de bois. Ce fut là que l’Indien se promit de dompter les esprits rebelles. Il s’y rendit à minuit, armé de toutes pièces , protégé par la cuirasse forgée dans le souterrain, et muni de la cédule de Gilles de Raiz, qui seul le suivit. Il creusa d’abord une fosse autour de laquelle il traça différents cercles qu’il entremêla de figures étranges, en y déposant des objets bizarres et de hideux débris. Un nouveau crime alors fut commis ; le sang d’un enfant coula dans la fosse, et le maréchal y trempa ses mains. Jusqu’à ce moment le théâtre de ce sacrifice impie n’avait reçu de lumière que celle de quelques rayons de la lune, égarés à travers le feuillage, et du feu sombre qui brillait au front de l’Indien. Mais comme il achevait de prononcer des paroles barbares, une épaisse fumée se manifesta sur la fosse et fut suivie d’un éclat bleuâtre et que l’œil avait peine à soutenir. Le magicien frappa fortement sur un bouclier; un bruit épouvantable remplit la forêt et un être dont la forme horrible rappela au maréchal celle d’un énorme léopard s’avança lentement en poussant des rugissements que l’Indien expliqua d’une voix basse et troublée à Gilles de Raiz. — C’est Satan lui-même, lui dit-il ; il accepte votre hommage; mais par l’enfer j’ai manqué un des faits de mes conjurations, et il ne peut vous parler. — Quel malheur 1 répliqua le maréchal. — Paix au nom du diable ! dit l’Indien , en se penchant pour mieux écouter. — A Florence ?...Oui !...

dans ce caveau si profond Vous faut-il

aussi la mort de?... — Juste ciel ! s’écria le maréchal ; que Dieu vous confonde 1 n’ai je pas tout promis ?... Il avait prononcé le saint nom de Dieu ! la vision s’évanouit, les échos retentirent de cris douloureux, et l’obscurité remplaça la lumière brillante qui éclairait la scène. L’Indien blâma vivement le maréchal ; mais Satan lui en avait assez dit pour le rendre possesseur de tous les trésors enfouis au sein de la terre. Le maréchal revint au château, remit à l’Indien des sommes considérables, le vit partir, et, pour attendre patiemment l’expiration de l’année que le fourbe avait marquée pour terme assuré de son retour, il continua de se plonger dans les sanglantes débauches où seulement il trouvait le plaisir.

Mais le ciel était las de tant d’horreurs. Les environs de Tiffaugcs s’étaient changés on une vaste solitude, et le cri public s’éleva comme un furieux orage contre le maréchal Gilles de Raiz. Privé de vassaux, il avait été contraint d’envoyer ravir au loin ses dernières victimes, et cinq ou six enfants avaient disparu de Nantes après avoir été caressés par les affidés du maréchal. Ses plus proches parents, au désespoir de sa prodigalité, mé-

contents du résultat d’une demande en interdiction qui n’avait amené que la confirmation des ventes par lui faites à des grands seigneurs^ des évêques et même au duc de Bretagne, firent retentir de leurs plaintes les tribunaux criminels et les cours ecclésiastiques. Ce furent celles-ci qui se chargèrent de venger Dieu et les hommes. L’évéque de Nantes, Jean de Malestroit, chancelier de Rretagne, assisté de frère Jean Blouyn, official de Nantes, inquisiteur de la foien France, etdePierre de l’Hospital, sénéchal de Rennes, président de Bretagne, agissant pour le séculier, donnèrent l’ordre d’arrêter le maréchal de Raiz, accusé d'hérésie, de sorcellerie , d’enchantements , d’impureté anti-naturelle et d’homicide. Il était difficile de s’en emparer dans son château ; mais on lui dressa une embûche, il y tomba et fut à son tour plongé dans les cachots. Les recherches que l’on fit à Tiffauges amenèrent d’effrayantes découvertes. On y trouva les cadavres ou les ossements à demi consumés de plus de cent enfants sacrifiés à ses désirs brutaux et à ses magiques oblations. Quelques malheureuses filles furent rendues à la liberté ; la tombe garda le silence sur le reste.

Gilles de Laval, baron de Raiz, maréchal de France, comparut devant ses juges le 19 septembre 1440. Sur ces entrefai'es on arrêta l’Indien prétendu ; c’était un Florentin nommé Prelati. Prelali, m s à la torture, avoua tout.

Gilles de Raiz continuait à garder un silence obstiné; mais quand il vit à son tour l’appareil des supplices, il fit, en versant des larmes, le récit de sa vie entière.

— Vous vouliez voir le diable et en obtenir des richesses, lui dit le président ; mais quels motifs ont pu vous porter à faire mourir tant d’innocents et à brûler ensuite leurs corps? — Vraiment, répondit le maréchal, il n’y a d’autre cause, et c’est assez pour faire mourir dix mille hommes 1

La confrontation avec Prelati, sans amener de déclaration nouvelle, fit connaître des détails atroces. L’évêque de Nantes prononça le jugement : Gilles de Laval , dit de Raiz , atteint et convaincu de violation des immunités ecclésiastiques, de crimes impurs commis sur des enfants des deux sexes, de sortilèges, d’invocation de diables et de démons , d’incantation et d’hérésie, fut déclaré excommunié et livré au bras séculier, entre les mains du sire de l’Hospital, président de Rretagne, avec prière de le traiter doucement et humainement.

Le sire de l’Hospital le condamna à être conduit sur-le-champ dans la prairie de Bière pour être, là, attaché à une potence, sur un bûcher, et brûlé vif. Suivant l’usage de la Bretagne, les pères et mères de famille, qui avaient entendu les dernières paroles do Gilles de Raiz, jeûnèrent trois jours pour lui mériter la miséricorde divine , cl infligèrent à leurs enfants la peine du fouet , afin qu’ils gardassent dans leur mémoire le souvenir du châtiment terrible qui allait frapper un criminel. Quant au maréchal, il fut conduit au lieu du supplice, précédé des processions

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