TEMPLIERS DE LA COUR DES MIRACLES
Epée rie cour très-courte poignée dorée ; fuurreav.
garni rie cuivi e doré.
Eperons h molettes.
Ruban rouge et croix de l’ordre du Saint -Esprit.
Gants glacés.
que, et à quel monde il s’adresse 1 La vogue du moment, funeste ou salutaire , y fait la loi, et le journalisme en est le page et le vassal. Le pamphlet d’alors fut le journal d’aujourd’hui, aux différences près. Les libraires étrangers y trouvaient leur compte et payaient le bel esprit au poids de l’or. Bayle, avec ses froides colères, était à la mode parmi les réfugiés hollandais , et Voltaire en devint le plagiaire élégant. Avec un meilleur ton (quoique pas toujours), et grâce au frein des convenantes du temps qui iorçaient l’impiété de se montrer jusqu’à certain point de bonne compagnie, les philosophes mettaient en relief, dans les cercles de^ leurs partisans émérites , ceux de leurs ad-* versaires dont ils se flattaient d’avoir bon marché, sauf à passer les autres sous silence. Rien de plus facile que de montrer de l’esprit contre les gens qui n’en ont pas. Le jeu, pour lors, est sûr, s’il n’est pas magnanime. On ne s’attaquait pas, et pour cause, à l’abbé Guénée, aux conférences de la Sorbonne, aux mandements de Mgr de Beaumont, à Bergier. La victoire n’eût pas été si prompte, en dépit de l’étourderie des multitudes, et les conspirateurs ménageaient leur poudie.
Qu’un pauvre écrivain comme il s’en trouve partout, même chez les philosophes , s’avisât d’imprudence et de zèle en défendant avec maladresse la sainte cause, vite on le prenait pour type et pour but; la clameur le plaçait sur le pavois , et l’infortuné payait pour les illustrations de l’Eglise.
« Ainsi, d’une part, la défense ne se fit pas en aussi grande échelle que l’attaque, et, d’autre part, la volubilité des brouillons étouffa des voix graves, fatalité commune à tous les temps de débâcle. Et voilà comment peut s’expliquer l’engouement des générations qui nous précédèrent pour des arguments que, même à présent, on ne discute pas; car, à moins d’excuser la sottise par le fanatisme des partis pris, on ne discerne pas fort clairement à quel prestige ils ont dûleur influence. L’Eglise ne fut certainement ni sotte ni muette, mais les mœurs travaillai. nt au profit des philosophes, et, sous le leu du respect humain, les rangs de son auditoire s’étaient singulièrement dégarnis.
« Ce n’est pas nous , ce sont les savants modernes, occupés en France à retourner le libre examen vers l’Encyclopédie elle-même ; ce sont principalement les auteurs protestants de l’Allemagne contemporaine, édifiés par leurs propres travaux sur les monuments littéraires du moyen âge, qui déclarent aujourd’hui , forts d’une science plus consciencieuse et plus profonde, que l’histoire,telle que le dix-huitième siècle l’a faiie, et telle que la génération descendante la connaît encore, n’est qu’un mensonge ingrat, qu’une longue calomnie des enfanis contre leurs pères.
« De pareils témoignages nesauraient être suspects aux yeux du monde. Nous renonçons cependant à nous en prévaloir; et cela d autant plus volontiers que nous n’en avons pas besoin. Nos lecteurs aimeront mieus ,
sans doute, interroger avec nous les événements connus de tons, pour les mettre en regard du droit et de la raison d’Etat, tels qu’ils ressortent de la constitution de l’ordre aboli par l’Eglise et par les souverains ; des attributions respectives de ces puissances; enfin, de la situation de l’Europe à l’époque où se vida le fameux procès des templiers.
« Depuis les sanglantes persécutions qui refoulèrent les croyants dans les catacombes de Rome, sépulcres où descendaient vifs ces martyrs que la mort souvent ne tardait pas à relever du soin d’une migration nouvelle, jamais la chrétienté n’avait frémi d’aussi violentes appréhensions qu’à la fin du onzième siècle. Le vieux génie païen, réapparu sous une forme musulmane , présentait aux extrémités de l’Europe les deux cornes du croissant. A l’occident, l’islamisme pénétrai* jusqu’au cœur du royaume très-chrétien ; à l’orient, ses armées couvraient la terre même où le Sauveur des hommes avait souffert pour eux la vie et la mort. L’Eglise répondit à l’Europe émue. Elle organisa la corporation militaire sur le modèle éternel de l’ordre pris en elle-même, et la chevalerie étonna le monde par le spectacle d’une vaste confraternité d’hommes qui ne se connaissaient et ne se comprenaient ni par leurs noms, ni par leurs langages, mais seulement dans l’unité de la commune pensée de sacrifice et d’amour.
« Déjà la grande apparition de la chevalerie européenne avait été devancée par des lazaristes , des frères de Saint-Jean, congiégalions humbles et dévouées, qui se groupaient à l’entour du saint sépulcre pour y porter secours aux pèlerins dans leurs besoins, dans leurs maladies et dans les persécutions qu’ils souffraient sous l’empire de9 Sarrasins. A leur tour, entre les premiers , Hugues de Payens et ses huit compagnons s’installèrent à Jérusalem , au service du temple de Salomon et de la sûreté des chemins qui conduisaient les pieux voyageurs vers ce lieu vénérable. Pendant dix ans, leur petite confrérie se maintint à travers mille dangers sans gagner ni perdre un seul homme, vêtue et nourrie par la charité chrétienne ; si pauvre, qu’ils montaient à deux le même cheval , comme le rappelle encore l’emblème de leurs armes. Mais du jour où le pape Honoré 11 la converlil en ordre régulier au concile de Troyes (1128), et lui prescrivit une règle écrite par saint Bernard, la société des pauvres frères du Temple fil de nombreuses admissions, et devint propriétaire de biens considérables, en sa qualité de garde armée, d'infirmière et d’aumônière du monde chrétien.
« La participation des templiers au grand mouvement des croisades est universellement connue. Chacun sait que cette admirable corporation qui, suivant l’expression des chroniqueurs, marchait toujours la première d la rescousse et la dernière au recul , sut encore conquérir une gloire supérieure au milieu des hauts faits par lesquels toutes les armées chrétiennes s’illustrèrent aux dépens
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de l’ambition militaire des Sarrasins. Pendant deux siècles, la succession des grands maîtres, toujours choisis néanmoins dans les rangs des hommes jeunes et forts, offre une série de règnes courts et multipliés, semblables aux règnes de ces vieillards courbés sous le poids du sacerdoce, que la prudence inspirée du conclave élève à de si fréquentes reprises au trône pontifical. Dignes représentants d’un clergé qui transportait l’esprit de sacrifice dans la guerre, les chefs de l’ordre du Temple de Jérusalem tombaient presque tous sur les champs de bataille, après quelques années d’un ministère pénible et glorieux.
« La mission défensive de la croisade en Orient était accomplie : Rome désavoua les entreprises attardées des chrétiens qui s’obstinaient à guerroyer en Palestine. Boniface Vil! , dans l’intérêt général, venait de repousser le projet d’une croisade nouvelle, exposé par Jacques de Molai dans un mémoire d’ailleurs plein de mérite. La plus urgente mesure à prendre en temps de paix, c’est le licenciement des troupes mises sur le pied de guerre; et l’Eglise devait désarmer, comme les souverains et les seigneurs du siècle, à la clôture de la grande expédition dont les besoins avaient absorbé la force des peuples au profit de la nécessité d’un jour.
« Tandis que la chrétienté se reconstituait pour réparer dans le travail ses forces épuisées par tout le sang qu’elle avait perdu; que la religion et la politique calmaient de concert les dernières effervescences d’une crise mourante ; que le clergé, la noblesse et le peuple se retournaient vers les arts pacifiques, vingt mille chevaliers du Temple, dont chacun emmenait ses écuyers, tous nourris dans la liberté des camps, au contact des mœurs de l’Asie, soldats cousus d’or et revêtus d’un double pouvoir ecclésiastique et militaire, rentraient en Europe le même jour avec armes et bagages, prêts à se disperser comme les eaux de l’orage à travers les langues multiples de leur ordre, et prêts aussi, s’il en était besoin, à se rallier sur l’appel du grand maître.
« Ce i etour menaçait la société d’un double péril. D’une part, il était notoire en haut lieu, et surtout à Rome, que le chapitre général de l’ordre servait de centre à la transmission d’une doctrine mystérieuse, empruntée à l’ancienne Egypte par l’intermédiaire des sectes secrètes d'Orient, et qui se cachait dans les degrés supérieurs de la hiérarchie templière , pour s’infiltrer inévitablement quelque jour au sein des croyances qui supportaient la constitution européenne. D’autre part, les souverains avaient tout à redouter d'une corporation mixte , plus puissante peut-êire qu’aucun d’entre eux. sous le point de vue militaire, indépendamment de ses prérogatives spirituelles ; le roi de France, en particulier, ne pouvait voir sans appréhension,au cœur de ses Etats, la plus grande portion de ces quarante mille commanderies, dont les belliqueux habitants, s’il leur pre-
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nait fautaisie d’échapper au joug du saintsiège, pouvaient ébranler le trône de Philippe en se levant contre lui comme un seul homme.
« Bref, avec le changement des affaires, le plus grand secours de la veille était devenu le plus grand danger du lendemain. L.’inuliiilé de l’institut pour l’avenir se montrait certaine autant que sa soumission volontaire paraissait douteuse ; et la révolte des chevaliers de Prague et d’Aragon prouva depuis qu’ou ne s’était point trompé.
« Analysons rapidement cette fameuse procédure que les contemporains ont unanimement approuvée, et qui, depuis le dixseptième siècle, excita tant de tardives clameurs. Par l’autorité de Philippe le Bel, les templiers de Fiance furent tous arrêtés en un seul jour, le 13 octobre 1307.
« A peine Clément eut-il appris cette mesure, qu’il s’en plaignit, dans une bulle adressée au roi de France, comme d’une usurpation sur la liberté de l’Eglise, qui seule pouvait juger les ecclésiastiques. 11 suspendit en même temps le pouvoir des archevêques, évêques, prélats et inquisiteurs de France, dans l’instruction du procès des templiers. Philippe se récria d’abord ; mais, sur l’avis des docteurs de la couronne, il satisfit les cardinaux qui se présentèrent devant lui par l’ordre du pape, et les principaux templiers furent envoyés à Poitiers, où se trouvait alors le saint-père.
« Clément les interrogea, au nombre de soixante-douze, et reçut avec douleur les plus accablants aveux. Le reniement du Christ et les pratiques infâmes qui pesaient déjà sur la réputation de l’ordre sont des faits établis par les révélations presque unanimes des accusés.
« Convaincu dès lors que l’instruction suivait une marche régulière, le pape autorisa sur de nouveaux frais le clergé de France à la poursuivre, et permit aux ordinaires de procéder jusqu’à la sentence, qui serait donnée contre les chevaliers par les conciles provinciaux. Néanmoins il se réserva, comme au saint-siège, le jugement du grand maître et des principaux dignitaires du Temple.
« En conséquence, Philippe le Bel décerna commission à Guillaume de Paris, de l’ordre des frères prêcheurs, inquisiteur de la foi en France, et aux gentilshommes les plus notables dans les localités diverses, pour informer sur les chevaliers tenus en sou pouvoir royal, au nom de l’Eglise, et sur la prière du pape et des prélats , pendant que Clément lui-même interrogeait le grand maître et les hauts officiers, qui répétèrent les aveux de leurs inférieurs.
« L’enquête générale marchait activement en France ; mais la cour de Rome, toujours attentive à conlre-balancer les préventions nationales par le poids de son impartialité suprême, chargea cette fois encore trois cardinaux de s’assurer par eux-mêmes de la réalité des réponses étranges que l’on obtenait des templiers. Enfin, ne voyant plus l’ombre d’un doute, le saint-père , en 1308,
invita par des bulles tous les souverains à suivre dans leurs Etats l’exemple du fils aîné de l’Eglise. Comme chefs d’enquête, il leur posa quatorze articles fondés sur les charges déjà connues. Dans cette année, le concile général de Vienne en Dauphiné fut aussi convoqué pour achever l’œuvre entreprise parles prélats, abbés, chapitres, villes et communes de France , dans plusieurs synodes provinciaux.
« Au bout d’une instruction de cinq ans, le concile général, composé de trois cents évêques, se réunit en 1313. Les témoins, les accusés et leurs procureurs entendus, l’abolition de l’ordre du Temple y fut prononcée, et le pape la confirma par une bulle célèbre.
« Lorsqu’on examine les révélations de deux cent quarante templiers, qui sont citées intégralement dans le grand ouvrage de l’historien Dupuis, et celles de deux mille témoins entendus contre eux dans toute la chrétienté, on est surpris, devant le poids des charges, de voir la multiplicité des acquittements. Les condamnations ne portent que sur des crimes plus sévèrement châtiés par la justice du temps, et dont la [ lupartentraînent, même aujourd’hui, des peines analogues. Ainsi, les complots contre la sûreté d.e l’Etat mènent encore à l’incarcération les modernes imitateurs des templiers qui les commirent, et le crime monstrueux dont plusieurs furent convaincus est puni de mort en Angleterre jusqu’à ce jour.
« 11 faut tenir compte de l’esprit miséricordieux du catholicisme , qui tempéra, pour sa part, la sévérité des lois temporelles, en attachant le pardon au repentir, pour concevoir que, dans une immense corporation visiblement dépravée, sur tant de milliers d’hommes, soixante à quatre-vingts seulement aient subi la peine capitale. Jacques de Molai lui-même et trois autres chefs de l’ordre, convaincus comme lui, obtinrent la commutation de la peine du bûcher en prison perpétuelle , sous la condition d’une amende honorable, et la terrible sentence ne fut exécutée que lorsque, au mépris de leurs promesses, ils eurent protesté contre leurs juges à la face du peuple.
« Nous n’avons point qualité pour descendre dans les consciences; qu’il nous suffise d'enregistrer la régularité des jugements.
« Plus faibles dans les autres pays, les templiers s’y soumirent généralement aux ce ns u res ecclésiastiques. Le rhingraveHugues parut devant le concile de Mayence, à la tête de six chevaliers sous les armes, et demanda le jugement de Dieu. Nul champion ne s’étant présenté contre eux, ils furent absous, suivant la loi civile. La presque totalité dès templiers, soit absous, soit pénitents et reçus en grâce, passèrent, avec leurs digniiés et leurs biens, dans les ordres militaires de l’Hôpital (dit de Saint-Jean ou de Malte), de Notrc-Dame-de-Monteza et du Christ, chargés désormais de continuer la défense de l’Europe sur la Méditerranée, son nouveau théâ-
tre, où le génie du Temple, sous ces formes diverses, servit longtemps encore la cause de la chrétienté.
« On a parlé souvent de la confiscation que Clément V, Philippe le Bel et d’autres princes auraient exercée sur les possessions templières ; ramenons d’un mot à ses véritables termes cette question si simple et si complaisamment obscurcie.
« Comme l’ordre lui-même, ses propriétés, par leur titre, étaient complexes. Elles provenaient de donations faites par des rois, des seigneurs ou de riches communautés à la langue, c’est-à-dire au préceptorat spécial de leur pays. Chaque propriété, château, temple, chapelle, forêt ou terre, était, de la sorte, tout à la fois ecclésiastique et nationale.
« De là, lors de l'abolition de l’ordre, nécessité d’uue liquidation entre l’Eglise et les souverains. Les uns réclamèrent, de droit, soit pour eux, soit pour leurs sujets, les biens constitués sur la tête de l’ordre; les autres permirent que des richesses données au Temple pareuxou par leurs pères fussent transférées soit aux hospitaliers de l’ordre de Malte, soit à quelque autre institution pieuse, et ces richesses seules passèrent entre les mains de l’Eglise.
« Aussitôt après la bulle de condamnation, le pape déclara, par une autre bulle, qu’eu décrétant l’union des biens des templiers à l’ordre de St-Jean-de-Jérusalem, il avait entendu que ce fût sans préjudicier aux droits que les rois, princes, barons et autres seigneurs pourraient avoir sur ces biens lors de leur capture.
« On pourrait demander si Philippe le Bel, par exemple, eu regard de l’épuisement des finances, n’avait pas de justes raisons pour réintégrer dans les possessions de la couronne une partie au moins des commanderies templières de France? Il ne toucha cependant qu’aux meubles et à quelque argent qui se trouvait alors dans les maisons de son royaume. Tous les biens immeubles qui formaient la principale richesse de l’ordre forent par lui cédés aux hospitaliers de Malle.
« Les dépenses du procès avaient été prodigieuses. On peut en juger par la mainlevée que Louis le Hulin donna, le 14 février 1315, à Foulques de Villaret, grand maître de l’Hôpital, en vertu de la restitution à la couronne de France, de 260,000 livres et de plusieurs autres sommes non exprimées, pour laquelle Philippe le Bel avait engagé tous les biens du Temple remis aux frères de Malte, comme il appert par le registre du trésor de Tan 1317, lettre 142'.
«. Terminons par le grand argument que les templiers modernes dont nous avons parlé dans le commencement de cet article, croient alléguer contre la décision par laquelle le souverain pontife, avec l’approbation du concile de Vienne, abolit l’instilul qu’un autre pape et un autre concile avaient