TRO
prends, à toi je m’attends. » Dans le restant de votre sel, vous saignerez l’animal sur qui on monte, disant : « Bêle cavaüne, je te saigne de la main que Dieu m’a donnée; Grapin, je te prends, à toi je m’attends. » On doit saigner avec un morceaude bois dur, comme du buis ou poirier; on lire le sang de quelle partie on veut, quoi qu’en disent quelques capricieux qui affectent des vertus particulières à certaines parties de l’animal. Nous recommandons seulement, quand on tire le sang, que l’animal ail le cul derrière vous. Si c’est par exemple un mouton, vous lui tiendrez la tête dans vos jambes. Er.fin, après avoir saigné l’animal , vous faites une levée de corne du pied droit, c’est-à-dire que vous lui coupez un petit morceau de corne du pied droit avec un couteau; vous le partagez en deux et en faites une croix. Vous mettez cette croiselle dans un morceau de toile neuve, puis vous la couvrez de votre sel; vous prenez ensuite de la laine, si vous agissez sur les moutons; autrement vous prenez du crin, vous en faites aussi une croiselte que vous mettez dans votre toile sur le sel; vous mettez sur cette laine ou crin une seconde couche de sel; vous faites encore une autre croiselte de cire vierge pascale ou chandelle bénite, puis vous mettez le restant de votre sel dessus, et nouez le tout en pelote avec une ficelle; frottez avec cette pelote les animaux au sortir de l’écurie, si ce sont des chevaux. Si ce sont des moutons, on les frottera au sortir de la bergerie ou du parc, prononçant les paroles qu’on aura employées pour le jet; on continue à frotter pendant un, deux, trois, sept, neuf ou onze jours de suite. Ceci dépend de la force et de la vigueur des animaux. Notez que vous ne devez faire vos jets qu’au dernier mot : quand vous opérez sur les chevaux, prononcez vivement; quand il s’agira de moutons, plus vous serez long à prononcer, mieux vous ferez. Toutes les gardes se commencent le matin du vendredi, au croissant de la lune; et, en cas pressant, on passe par-dessus ces observations. H faut avoir soin que vos pelotes ne prennent pas d’humidité, parce que les animaux périraient. On les porte ordinairement dans un gousset; mais, sans vous charger de ce soin inutile, faites ce que font les praticiens ex perts : placcz-les chez vous en quelque lieu sec, et ne craignez rien. Nous avons dit cidessus de ne prendre de la corne que du pied droit pour faire la pelote ; la plupart en pren nent des quatre pieds, et en font conséquemment deux croisettes, puisqu’ils en ont quatre morceaux. Cela est superflu et ne produit rien de plus. Si vous faites toutes les cérémonies des quatre coins au seul coin du soleil levant, le troupeau sera moins dispersé. Remarquez qu’un berger mauvais, qui en veut à celui qui le remplace, peut lui causer bien des peines et même faire périr le troupeau : premièrement par le moyen de la pelote qu’il coupe en morceaux et qu’il disperse sur une table ou ailleurs; ensuite par le moyen d’une taupe ou d’une belette; enfin par le moyen d’une grenouille ou raine verte, ou queue de
morue qu’il met dans une fourmilière, disant : Maudilion, perdition. Il l’y laisse durant neuf jours, après lesquels il la relève avec les mêmes paroles , la mettant en poudre et en semant où doit paître le troupeau. 11 se sert encore de trois cailloux pris en différents cimetières, et, par le moyen de certaines paroles que nous ne voulons pas révéler, il donne des courantes, cause la gale et fait mourir autant d’animaux qu’il souhaite.
Autre garde. — « Astarin, Astarot qui es Bahol, je te donne mon troupeau à ta charge et à ta garde; et pour ton salaire je te donnerai hête blanche ou noire, telle qu’il me plaira. Je te conjure, Astarin, que tu me les gardes partout dans ces jardins, en disant hurlupapin. » Vous agirez suivant ce que nous avons dit au château de Belle, et ferez le jet, prononçant ce qui suit: « Gupin férant a failli le grand, c’est Caïn qui te fait chat. » (Vous les frotterez avec les mêmes paroles.)
Autre garde. — « Bête à laine, je prie Dieu que la saignerie que je vais faire prenne et proGte à ma volonté. Je le conjure que tu casses et brises tous sorts et enchantements qui pourraient être passés dessus le corps de mon vif troupeau de bêtes à laine que voici présent devant Dieu et devant moi, qui sont à ma charge et à ma garde. » Voyez ci-dessus ce que nous avons dit pour opérer au château de Belle, et vous servez pour le jet et frottement des paroles qui suivent :
« Passe flori, tirlipipi. »
Garde contre la gale , rogne et clavelée. — « Ce fut par un lundi au matin que le Sauveur du monde passa, la sainte Vierge après lui, monsieur saint Jean, son pastoureau, son ami , qui cherche son divin troupeau. Mon troupeau sera sain et joli, qui est sujet à moi. Je prie madame sainte Geneviève qu’elle m’y puisse servir d’amie, dans ce malin claviau ici. Ciaviau banni de Dieu, je te commande que tu aies à sortir d’ici , et que lu aies à fondre et confondre devant Dieu et devant moi, comme fond la rosée devant le soleil. O sell je te conjure de la part du grand Dieu vivant que tu me puisses servir a ce que je prétends , que tu me puisses préserver et garder mon troupeau de rogne, gale, pousse, de pousset, de gobes et de mauvaises eaux. » Avant toutes choses, à celte garde (rédigée, ainsi que les autres, par quelque paysan), ayez recours au château de Belle et faites le jet et les frottements, prononçant quelques formules.
Garde contre la gale. — « Quand Notre-Seigneur monta au ciel, sa sainte vertu en terre laissa. Pasle, Collet et Herve; tout ce que Dieu a dit a été bien dit. Bêle rousse, blanche ou noire, de quelque couleur que tu sois , s’il y a quelque gale ou rogne sur toi , fût-elle mise et faite à neuf pieds dans terre, il est vrai qu’elle s’en ira et inorlira. » Vous vous servirez pour le jet et pour les frottements des mots suivants, et aurez recours à ce que nous avons dit au château de Belle : « Sel , je te jette de la main que Dieu m'a donnée. Volo et vono Baplista Sancta Aca latum est. »
Garde pour empêcher les loups d'entrer sur le terrain où sont les moutons. — Placez-vous au coin du soleil levant et prononcez cinq fois ce qui va suivre. Si vous ne le souhaitez prononcer qu’une fois , vous en ferez autant cinq jours de suite. « Viens, bête à laine, je te garde. Va droit, bête grise, à gris agripeuse; va chercher ta proie, loups et louves et louveteaux; tu n’as point à venir à cette viande qui est ici. » Ceci prononcé au coin que nous avons dit, on continue de faire de même aux autres coins ; et, de retour où l’on a commencé, on le répète de nouveau. Voyez pour le reste le château de Belle, puis faites le jet avec les paroles qui suivent • Vanus vanes , attaquez sel soli.
Garde pour les chevaux. — «Sel, qui es fait et formé de l’écume de la mer, je te conjure que tu fasses mon bonheur et le profit de mon maître ; je le conjure au nom de Crouay, Rou et Rouvayet; viens ici, je le prends pour mon valet (en jetant le sel). (Gardez-vous de dire Rouvaye.) Ce que tu feras je le trouverai bien fait. » Cette garde est forte et quelquefois pénible, dit l’auteur. Voy. Oraison nu Loup.
TROWS, esprits qui, dans l’opinion des habitants des îles Shetland, résident dans les cavernes intérieures des collines. Ils sont habiles ouvriers en fer et en toutes sortes de métaux précieux. Voy. Mineurs, Montagnards, etc.
TRUIE. Les juges laïques de la prévôté de Paris, qui étaient très-ardents, firent brûler en 1466 Gillet-Soulart et sa truie, pauvre charlatan qui avait simplement appris à sa pauvre truie l’art de se redresser et de tenir une quenouille. On l’appelait la truie qui file , et une enseigne a conservé son souvenir. On voyait là une œuvre du diable. Mais il fallait qu’il y eût encore là-dessous quelque horreur.
« Rien de plus simple , dit alors M. Victor Hugo ( Notre-Dame de Paris), qu’un procès de sorcellerie intenté à un animal. On trouve dans les comptes de la prévôté pour 1466 un curieux délai! des frais du procès de Gillet- Soulart et de sa truie, exécutés pour leur démérites à Corbeil. Tout y est : le coût des fosses pour mettre la truie, les cinq colrets pris sur le port de Morsang, les trois pintes de vin et le pain, dernier repas du patient, fraternellement partagé par le bourreau, jusqu’aux onze jours de garde et de nourriture de la truie, à huit deniers parisis chacun. »
La truie a ses fastes dans l’antiquité. Les Grundules étaient des espèces de dieux lares établis par Romulus en l'honneur d’une truie qui avait porté trente petits.
TSCHOUWASCHES. L’irich ou jerich est un faisceau sacré devant lequel les Tschouwasches, peuplade de Sibérie, font leurs prières. Ce faisceau est composé de jets choisis du rosier sauvage, au nombre de quinze, d’égale grosseur, et longs d’environ quatre pieds, qu’on lie par le milieu avec une bande d’écorce, à laquelle on pend un petit morceau d’étain. Chaque maison en a un parera soi. 11 n’csl permis à personne