‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 161 sur 222 · TYR · texte numérisé non relu

TYR

de le toucher jusqu’en automne. Alors, lorsque toutes les feuilles sont tombées, on va en cueillir un nouveu et jeter dévotement l’ancien dans une eau courante.

TULLIE. Vers le milieu du xvie siècle, on découvrit un tombeau près de la voie Appienne. On y trouva le corps d’une jeune ülle nageant dans une liqueur inconnue.

Elle avait les cheveux blonds, attachés avec une boucle d’or ; elle était aussi fraîche que si elle n’eût été qu’endormie. Au pied de ce corps, il y avait une lampe qui brûlait et qui s’éteignit d’abord que l’air s'y fut introduit. On reconnut à quelques inscriptions que ce cadavre était là depuis quinze cents ans, et on conjectura que c’était le corps de Tullie, fille de Cicéron. On le transporta à Rome ; on l’exposa au Capitole, où tout le monde courut en foule pour le voir. Comme le peuple imbécile commençait à rendre à ces restes les honneurs dus aux saints, on le fit jeter dans le Tibre. Voy. Lampes merveilleuses.

TURLUPINS, secte de libertins qui allaient tout nus, et qui renouvelaient en France, en Allemagne et dans les Pays-Bas, au xiv° siècle, les grossièretés des anciens cyniques. Ils disaient que la modestie et les mœurs étaient des marques de corruption, et que tous ceux qui avaient de la pudeur étaient possédés du diable*

TURPIN. Voy. Charlemagne. On met la vision qui suit sur le compte du bon Turpin.

« Moi , Turpin , archevêque de Reims, étant à Vienne (en Dauphiné), après avoir chanté la messe dans ma chapelle, et y avoir célébré les saints mystères, comme j’étais resté seul pour réciter quelques psaumes, et que j’avais commencé le Deus, in adjutorium meum intende, j’ouïs passer une grande troupe d’esprits malins, qui marchaient avec beaucoup de bruit et de clameurs. Sur-le-champ je mis la tête à la fenêtre pour voir ce que c’était, et je remarquai une multitude de démons, mais si nombreux, qu’il n’était pas possible de les compter. Comme ils allaient tous à grands pas, j’en remarquai un moins haut que les autres, dont néanmoins la figure faisait horreur. 11 était suivi d’une troupe qui venait après lui à quelque distance. Je le conjurai de me déclarer au plus tôt où ils couraient. — Nous allons, dit-il, nous saisir de l’âme de Charlemagne. 11 venait de sortir de ce monde.

« — Allez, lui répondis-je, et, par le même ordre que j’ai déjà employé, je vous conjure de repasser ici pour me rapporter ce que vous aurez fait.

« 11 s’en alla donc et suivit sa troupe. Dès qu’il fut parti, je me mis à réciter le premier psaume; à peine l’avais-je fini, que j’entendis tous ces démons qui revenaient : le vacarme m’obligea de regarder par la même croisée, et je les trouvai tristes, inquiets et chagrins. Je demand i à celui qui m’avait déjà parlé de me déclarer ce qu’ils avaient fait et quel avait été le succès de leur entreprise?

(t) Visio Turpini Remensis archiepiscopi, qualiler animaut Karoti Magui daeuionibus abslulenini duo acephali,

« — Très-mauvaise, me répondit-il : à peine fûmes-nous arrivés à noire rendez-vous, que l’archange Michel vint avec la légion qui est sous ses ordres pour s’opposer à notre dessein; et comme nous voulions nous saisir de l’âme du roi , il se présenta deux hommes sans tête, saint Jacques de Galice et saint Denis de France. Ils mirent dans une balance toutes les bonnes œuvres de ce prince. Ils y Grent entrer tout le bois et les pierres employés aux bâtiments et ornements des églises construites par lui, et généralement tout ce qui contribue à la gloire de Dieu. Nous ne pûmes rassembler assez de maux et de péchés pour l’emporter. A l’instant ravis de nous voir honteux et confus, pleins de joie d’ailleurs de nous avoir enlevé l’âme du roi, ils nous ont fustigés si fort, qu’ils nous ont causé la tristesse et le chagrin où vous nous voyez, autant pour la perte que nous venons de faire que pour le mal que nous avons reçu.

« Ainsi moi, Turpin, je fus assuré que l’âme du roi, mon maître, avait été enlevée par les mains des anges bienheureux, par les mérites de ses bonnes œuvres et par la protection des saints qu’il a révérés et servis pendant sa vie. Aussitôt je fis venir mes clercs; j’ordonnai de faire sonner toutes les cloches de la ville, je fis dire des messes, je distribuai des aumônes aux pauvres; enfin je fis prier pour l’âme du prince. Alors même je témoignai à tous ceux que je voyais que j’étais assuré de la mort de l’empereur. Au bout de dix jours, je reçus un courrier par lequel on m’en marquait tout le détail, et son corps fut inhumé dans l’église que lui-même avait fait bâtir à Aix-la-Chapelle (1).» Voy. Vetin.

Malheureusement pour le conte, il paraît que l’archevêque Turpin était mort en 79k, et Charlemagne mourut en 814.

TYBILENUS, nom du mauvais génie chez les Saxons.

TYCHO-BRAHÉ. Voy. Ticho.

TYMPANITES. Voy. Huet.

TYMPANON, peau de bouc dont les sorciers font des outres où ils conservent leur bouillon. Voy. Sabbat.

TYRE, sorte d’instrument dont les Lapons se servent pour leurs opérations magiques. Scheffer nous en fournit la description : Cette lyre n’est autre chose qu’une boule ronde, de la grosseur d’une noix ou d’une petite pomme, faite du plus tendre duvet, polie partout et si légère, qu’elle semble creuse. Elle est d’une couleur mêlée de jaune, de vert et de gris; le jaune y domine. On assure que les Lapons vendent cette tyre ; qu’elle est comme animée, qu’elle a du mouvement; en sorte que celui qui l’a achetée la peut envoyer en qualité de maléfices sur qui il lui plait. La lyre va comme un tourbillon. S’il se rencontre en son chemin quelque chose d’animé, cette chose reçoit le mal qui était préparé pour une autre.

beatus scilicel Jacobus apostolus, et Macharius areopagita Dionysius. Mauuser. Bibl. reg. u° 2147, u. 154.

UKOBACH, démon d’un ordre inférieur.

Il se montre toujours avec un corps enflammé; on le dit inventeur des fritures et des feux d’artifice. 11 est chargé par Belzébutli d’entretenir l’huile dans les chaudières infernales.

UNIVERSITÉS OCCULTES. * Il existait un homme à qui Catherine tenait plus qu’à ses enfants : cet homme était Cosme Ruggieri, qu’elle logeait à son hôtel de Soissons, et dont elle avait fait un conseiller suprême chargé de lui dire si les astres ratifiaient les avis et le bon sens de ses conseillers ordinaires. De curieux antécédents justifiaient l’empire que ce Ruggieri conserva sur sa maîtresse jusqu’au dernier moment. Un des plus savants hommes du xvr siècle fut certes le médecin de Laurent de Médicis, duc d’Urbin, père de Catherine. Ce médecin fut appelé Ruggierile Vieux [vecchio liuggier , et Roger V Ancien chez les auteurs français qui se sont occupés d’alchimie), pour le distinguer de ses deux fils, Laurent Ituggieri, nommé le grand par les auteurs cabalistiques, et Cosme Ruggieri, l’astrologue de Catherine, également nommé Roger par plusieurs historiens français. Ruggieri le Vieux était si considéré dans la maison de Médicis, que les deux ducs Cosme et Laurent furent les parrains de ses deux enfants. 11 dressa, de concert avec le fameux mathématicien Bazile , le thème de nativité de Catherine, en sa qualité de mathématicien, d’astrologue et de médecin de la maison de Médicis; trois qualités qui se confondaient souvent.

« A cette époque, les sciences occultes se cultivaient avec une ardeur qui peut surprendre les esprits incrédules de notre siècle si souverainement analyseur; mais peutêtre verront-ils poindre dans ce croquis historique le germe des sciences positives, épanouies au xixe siècle, sans la poétique grandeur qu’y portaient les audacieux chercheurs du xvie; lesquels.au lieu de faire de l'industrie, agrandissaient l’art et fertilisaient la pensée. L’universelle protection accordée à ces sciences par les souverains de ce temps était d’ailleurs justifiée par les admirables créations de tous les inventeurs qui parlaient de la recherche du grand œuvre pour arriver à des résultats étonnants. Aussi jamais les souverains ne furent-ils plus avides de ces mystères. Les Fugger, en qui les Lucullus modernes reconnaîtront leurs princes, eu qui les banquiers reconnaîtront leurs maîtres, étaient certes des calculateurs difficiles à surprendre ; eh bien 1 ccs hommes si positifs, qui prêtaient les capitaux de l’Europe aux souverains du xvr siècle endettés aussi bien que ceux d’aujourd’hui , ces illustres hôtes de Charles- Quint, commanditèrent les fourneaux de Paracelse.

« Au commencement du xvr siècle, Ruggicri le Vieux fut le chef de celte université

secrète, d’où sortirent les Nostradamus et les Agrippa, qui tour à tour furent médecins des Valois, enfin tous les astronomes, les astrologues, les alchimistes qui entourèrent à cette époque les princes de la chrétienté, et qui furent plus particulièrement accueillis et protégés en France par Catherine de Médicis. Dans le thème de nativité ',|j que dressèrent Bazile et Ruggieri le Vieux, les principaux événements de la vie de Catherine furent prédits avec une exactitude désespérante pour ceux qui nient les sciences occultes. Cet horoscope annonçait les malheurs qui, pendant le siège de Florence, signalèrent le commencement de sa vie, son mariage avec un fils de France; l’avénement inespéré de ce fils au trône, la naissance de ses enfants et leur nombre. Trois de ses fils devairnt être rois chacun à leur tour, deux filles devaient être reines ; tous devaient mourir sans postérité.

.< Ce thème se réalisa si bien, que beaucoup d’historiens l’ont cru fait après coup.

Mais chacun sait que Nostradamus produisit, au château de Chaumont, où Catherine se trouvait lors de la conspiration de la Renaudie, un homme qui possédait le don de lire dans l’avenir. Or, sous le règne de François II, quand la reine voyait ses quatre fils en bas âge et bien portants, avant le mariage d'Elisabeth de Valois avec Philippe 11, roi d’Espagne, avant celui de Marguerite do Valois avec Henri de Bourbon, roi de Navarre, Nostradamus et son ami confirmèrent toutes les circonstances du fameux thème.

Cet homme, doué sans doute de seconde Vue, et qui appartenait à la grande école des infatigables chercheurs du grand œuvre, mais dont la vie secrète a échappé à l'histoire, affirma que le dernier enfant couronné mourrait assassiné.

« Après avoir placé la reine devant un miroir magique où se réfléchissait un rouet sur une des pointes duquel se dessina la figure de chaque enfant, l’astrologue imprimait un mouvement au rouet, et la reine comptait le nombre de tours qu’il faisait; chaque tour était pour un enfant une année de règne.. Henri IV mis sur le rouet fit vingtdeux tours. L’astrologue dit à la reine effrajée que Henri de Bourbon serait en effet roi de France et régnerait tout ce temps; la reine Catherine lui voua une haine mortelle en apprenant qu’il succéderait au dernier des Valois assassiné.

« Curieuse de connaître son genre de mort,

Il lui fut dit de se défier de Saint-Germain.

Dès ce jour, pensant qu’elle serait renfermée ou violentée au château de Saint-Germain, elle n’y mit jamais le pied, quoique ce château fût infiniment plus convenable à ses desseins, par sa proximité de Paris, que tous ceux où elle alla se réfugier avec le roi durant les troubles. Quand elle tomba malade, quelques jours après l’assassinat du duc de Gui^c aux étals de Biais, elle demanda

Page 1