UTE
prise, et la main de la reine, étendue sur sa tête, en préservait le moindre cheveu de tout mal (1). »
UPHIR, démon chimiste, très-versé dans la connaissance des simples. 11 est responsable aux enfers de la sanlé de Belzébulb et des grands de sa cour. Les médecins l’ont pris pour leur patron , depuis le discrédit d’Esculape.
UPIERS. Voy. Vampires.
URDA. Voy. Normes.
URINE. L’urine a aussi des vertus admirables. Elle guérit la teigne et les ulcères des oreilles, pourvu qu’on la prenne en bonne santé. Elle guérit aussi de la piqûre des serpents, des aspics et autres reptiles venimeux. Il paraît que les sorcières s’en servent pour faire tomber la pluie. Delrio conte que, dans le diocèse de Trêves, un paysan qui plantait des choux dans son jardin avec sa fille, âgée de huit ans, donnait des éloges à cet enfant sur sonadresseà s’acquitter de sa petite fonction.
— Oh I répondit l’enfant, j’ensais bien d’autres. Retirez-vous un peu, et je ferai descendre la pluie sur telle partie du jardin que vous désignerez.
— Fais, rep.end le paysan surpris, je vais me retirer.
Alors la petite fille creuse un trou dans la terre, y répand de son urine, la mêle avec la terre, prononce quelques mots, et la pluie tombe par torrents sur ie jard n.
— Qui t’a donc appris cela ? s’écrie le paysan étourdi.
— C’est ma mère, qui est très-habile dans cette science.
Le paysan effrayé fit monter sa fille et sa femme sur la charrette, les mena à la ville, et les livra toutes les deux à la justice.
Nous ne parlerons de la médecine des urines que pour remarquer qu’elle est un peu moins incertaine que les autres spécialités de la même science. Des railleurs présentaient une fiole d’urine de cheval à un docteur de ce genre qu’ils voulaient mystifier ; il l’inspecta et la rendit en disant : Donnez de l’avoine et du foin au malade.
Les Egyptiens disaient qu’Hermès-Trismégiste avait divisé le jour en douze heures, et la nuit pareillement sur l’observation d’un animal consacré àSérapis, le Cynocéphale, qui jetait son urine douze fois le jour, et autant la nuit, à des intervalles égaux.
UROTOPÉGNIE , chevillement. Delancre dit qu’il y a un livre de ce nom dans lequel on voit que les moulins, les tonneaux, les fours, etc., peuvent être liés ainsi que les hommes. Voy. Ligatures.
UTERPEN. Voy. Merlin.
UTESE i URE, espèce de magie pratiquée chez les Islandais ; on en fait remonter l’usage jusqu’à Odin. Ceux qui se trouvent la nuit hors de leur logis s’imaginent converser avec des esprits qui, communément, leur conseillent de faire le mal.
(t) M. de Balzac, le secret des Ruggieri*.
VACCINE.Quand l’inoculation s’introduisit à Londres, un ministre anglican la traita en chaire d’innovation infernale, de suggestion diabolique, et soutint que la maladie de Job n’était que la petite-vérole que lui avait inoculée le malin (1).
Des pasteurs anglais ont traité pareillement la vaccine, des médecins français ont écrit que la vaccine donnerait aux vaccinés quelque chose de la race bovine; que les femmes soumises à ce préservatif s’exposaient à devenir des vaches comme Io. Voy. les écrits des docteurs Vaume, Moulet, Chapon, etc.
VACHE. Cet animal est si respecté dans l’Indouslan, que tout ce qui passe par son corps a, pour les Indiens, une vertu sanctifiante et médicinale. Les brames donnent du riz aux vaches, puis ils en cherchent les grains entiers dans leurs excréments, et font avaler ces grains aux malades, persuadés qu’ils sont propres à guérir le corps et à purifier l’âme. Ils ont une vénération singulière pour les cendres de bouse de vache. Les souverains ont à leur cour des officiers qui n’ont point d’autre fonction que de présenter le matin, à ceux qui viennent saluer le prince, un plat de ces cendres détrempées dans un peu d’eau. Le courtisan trempe le bout du doigt dans ce mortier, et se fait, sur différentes parties du corps, une onction qu’il regarde comme salutaire. Voy. Vaïcarani.
Chez les Hébreux, on sacrifiait une vache rousse pour faire de ses cendres une eau d’expiation destinée à purifier ceux qui s’étaient souillés par l’altouchemenl d’un mort. C’est de là sans doute que vient, dans le midi, l’opinion qu’une vache rousse est mauvaise.
VADE. La légende de Vade ou WaJe et de son fils Véland, le forgeron, est célèbre dans la littérature Scandinave. La voici telle que MM. Depping et Francisque Michel, guidés par les monuments de la Suède et de l’Islande, l’ont exposée dans leur Dissertation sur une tradition du moyen âge, publiée à Paris en 1833 :
« Le roi danois Wilkin ayant rencontré dans une forêt, au bord de la mer, une belle femme qui était un ehaffru ou femme de mer, espèce d’êtres marins qui, sur terre, prennent la forme d’une femme, s’unit avec elle, et le fruit de cette union fut un fils géant, qui fut appelé Vade. Wilkin lui donna douze terres en Seelande. Vade eut à son tour un fils appelé Veland ou Vanlund. Quand ce dernier eut atteint l’âge de neuf ans, son père le conduisit chez un habile forgeron du Hunaland, appelé Mimer, pour qu’il apprit à forger, tremper et façonner le fer. Après l’avoir laissé trois hivers dans le Hunaland , le géant Vade se rendit avec lui à une montagne appelée Kallova , dont l’intérieur était habité par deux nains qui passaient pour
savoir mieux forger le fer que les autres nains et que les hommes ordinaires. Ils fabriquaient des épées, des casques et des cuirasses ; ils savaient aussi travailler l’or et l’argent, et en faire toute sorte de bijoux. Pour un marc d’or, ils rendirent Veland le plus habile forgeron de la terre. Néanmoins ce dernier tua ses maîtres , qui voulaient profiler d’une tempête dans laquelle Vade avait péri pour mettre à mort leur élève. Veland s’empara alors des outils , chargea un cheval d’auianl d’or et d’argent qu’il pouvait en porter, et reprit le chemin du Danemark. 11 arriva près d’un fleuve nommé Visara ou Viser-Aa ; il s’arrêta sur la rive , y abattit un arbre, le creusa, y déposa ses trésors et ses vivres, et s’y pratiqua une demeure tellement fermée , que l’eau ne pouvait y pénétrer. Après y être entré, il se laissa flotter vers la mer.
« Un jour, un roi de Julland nommé Nidung péchait avec sa cour, quand les pêcheurs retirèrent de leur filet un gros tronc d’arbre singulièrement taillé. Pour savoir ce qu’il pouvait contenir, on voulut le mettre en pièces; mais tout à coup une voix, sortant du tronc , ordonna aux ouvriers de cesser. A celte voix, tous les assistants prirent la fuite , croyant qu’un sorcier était caché dans l’arbre. Veland en sortit; il dit au roi qu’il n’était pas magicien, et que, si on voulait lui laisser la vie et ses trésors, il rendrait de grands services. Le roi le lui promit, Veland cacha ses trésors en terre et entra au service de Nidung. Sa charge fut de prendre soin de trois couteaux que l’on mettait devant le roi à table. Le roi ayant découvert l’habileté de Veland dans l’art de fabriquer des armes, consentit à ce qu’il luttât avec son forgeron ordinaire. Celui-ci fit une armure qu’il croyait impénétrable, mais que Veland fendit en deux d’un seul coup de l’épée d’or qu’il avait fabriquée en peu d’heures. Depuis lors, Veland fut en grande faveur auprès du roi ; mais ayant été mal récompensé d’un message pénible et dangereux, il ne songea plus qu’à se venger, 11 tenta d’empoisonner le roi, qui s’en aperçut, et lui fit couper les jarrets. Furieux de cette injure, Veland feignit du repentir; et le roi consentit à lui laisser une forge et les outils nécessaires pour composer de belles armures et des bijoux précieux. Alors le vindicatif artisan sut attirer chez lui les deux fils du roi ; il les tua et offrit à leur père deux ccupes faites avec le crâne de ses enfants. Après quoi il se composa des ailes, s’envola sur la tour la plus élevée, et cria de toutes ses forces pour que le roi vînt et lui parlât. En entendant sa voix, le roi sortit. — Veland, ditil, est-ce que tu es devenu oiseau ?
« — Seigneur, répondit le forgeron, je suis maintenant oiseau et homme à la fois ; je pars, et lu ne me verras plus. Cependant,
(t) M. Salgues, Des erreurs et des préjugés, etc., t. III, pag. 8t.