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bourrasque , avec une vitesse d’au moins douze nœuds.
« Ils étaient dans cette position „ lorsque, vers minuit , ils virent tout à coup, à leur grand étonnement, un bâtiment de construction étrangère , courir droit dans le lit du vent, qui était cependant alors dans sa plus grande violence. Pendant qu’ils examinaient ce singulier navire, dont les voiles pendaient en lambeaux , et dont les œuvres mortes étaient recouvertes d’une épaisse couche de coquillages et d’herbes marines, comme s’il n’eût pas été nettoyé depuis de longues années, il s’en détacha une barque qui semblait plutôt voler que flotter sur cette mer orageuse ; laquelle ayant bien accosté, il en sortit un homme ayant la barbe longue, le teint pâle et les yeux fixes et creux comme ceux d’un cadavre. Glissant sur la lisse et puis sur le pont, sans faire le moindre bruit, comme si c’eût été une ombre, il alla se placer au pied du mât d’artimon, et engagea , en pleurant, les matelots à recevoir un paquet de lettres qu’il tenait dans sa main osseuse comme celle d’un squelette , ce que le capitaine leur fit signe de refuser.
« J’avais oublié de vous dire, continua le narrateur en baissant la voix , tandis que ses auditeurs terrifiés se serraient de plus en plus les uns contre les autres , qu’aussilôt que l’épouvantable apparition eut posé les pieds sur le pont, toutes les lumières s’élaient subitement éteintes , même celle qui éclairait la boussole dans l’habitacle, et qu’au même instant aussi , chose non moins étrange , le navire commença à marcher à reculons avec une étonnante rapidité, contre le vent et les vagues, tandis que des milliers de petites flammes se jouaient dans les cordages, et jetaient une étrange lueur sur les visages des matelots frappés de terreur.
« — Au nom de Dieu tout-puissant, je t’ordonne de quitter mon bord 1 s’écria enfin le capitaine, en s’adressant au spectre. A peine ces mots eurent-ils été prononcés , qu’un cri long et aigu, tel que mille voix humaines n’auraient pu en produire un semblable, domina le bruit de la tempête, qu’un horrible coup de tonnerre ébranla le bâtiment jusqu’à sa quille... »
Le navire eut le bonheur d’échapper ; ce qui est rare.
On dit encore que ceux qui ont reçu les lettres que les matelots fantômes du navire appelé le Voltigeur hollandais envoyaient à leurs parents et amis, ont vu qu’elles étaient adressées à des personnes qui n’existent plus depuis des siècles.
VONDEL , auteur du drame de Lucifer.
VROUCOLACAS, ou BRQUCOLAQUES.
Voy. Vampires.
VUE. Il y a des sorcières qui tuent par leur regard ; mais, en Ecosse, beaucoup de femmes ont ce qu’on appelle la seconde vue, c’est-à-dire le don de prévoir l’avenir et de l’expliquer, et de connaître par une mystérieuse intuition ce qui se passe au loin.
WA DE. Voy. Vade.
WALHALLA , paradis des guerriers chez les anciens Scandinaves. Pour y entrer, il fallait être mort en combattant. On y buvait de la bière forte dans une coupe qui ne se vidait jamais. On y mangeait des biftecks d’un sanglier vivant, qui se prêtait à la chose et qui était toujours entier.
WALK1RIES, fées .les Scandinaves. Elles ont, comme la mythologie dont elles dépendent, un caractère très-sauvage.
WALL, grand et puissant duc du sombre empire ; il a la forme d’un dromadaire haut et terrible; s’il prend ligure humaine, il parle égyptien; il connaît le présent, le passé et l’avenir; il était de l’ordre des puissances. Trente-six légions sont sous ses ordres, WALTER. Jacques I,r, roi d’Ecosse, fut massacré de nuit, dans son lit, par son oncle Waller, que les historiens français ont appelé Gauthier, et qui voulait monter sur le trône. Mais ce traître reçut à Edimbourg le prix de son crime ; car il fut exposé sur un pilier, et là, devant tout le monde, on lui mit sur la tête une couronne de fer qu’on avait fait rougir dans un grand feu , avec cetie inscription : Le roi des traîtres. Un astrologue lui ava t promis qu’il serait couronné publiquement, dans une grande assemblée de peuple...
WALTER-SCOTT. L’illustre romancier a publié sur la Démonologie et les sorciers un recueil de lettres intéressantes qui expliquent et qui éclaircissent les particularités mystérieuses, les croyances elles traditions populaires dont il a fait usage si souvent et si heureusement dans ses romans célèbres.
Peut-être les opinions religieuses de l’auteur anti-catholique ont-elles laissé dans sor. esprit un peu trop de scepticisme, peut-être est-il trop enclin à ne voir, dans les matières qui font le sujet de ses lettres, que les aspects poétiques, il est toutefois agréable de le suivre dans des recherches aussi piquantes, quoiqu’il faille recommander de le lire avec réserve ; car il est là, comme dans ses romans, opposé en toute occasion à l’Eglise romaine.
Dans la première lettre, il établit que le dogme incontestable d’une âme immatérielle a suffi pour accréditer la croyance aux apparitions.
Dans la deuxième, il s’arrête à la tradition du péché originel ; il y trouve la source des communications de l’homme avec les esprits. 11 reconnaît que les sorciers et magiciens, condamnés par la loi de Moïse, méritaient la mort , comme imposteurs, comme empoisonneurs, comme apostats ; et il remarque avec raison qu’on ne voyait pas chez les Juifs et chez les anciens, dans ce qu'on appelait un magicien ou un devin , ce que nous voyons dans les sorciers du moyen âge, sur lesquels, au reste, nous ne sommes encore qu’à demi tclairés.
Au moyen âge , on croyait très-généralement que les Sarrasins, dans leurs guerres, étaient, comme insignes sorciers, assistés par le diable. L’auteur rapporte un exemple que voici, tiré du vieux roman de Richaid Cœur de Lion.
Le fameux Saladin , y est-il dit , avait envoyé une ambassade au roi Richard , avec un jeune cheval qu’il lui offrait comme un vaillant destrier. Il défiait en même temps Cœur de Lion à un combat singulier, en présence des deux armées, dans le but de décider tout d’un coup leurs prétentions à la Palestine et la question théologique de savoir quel était le vrai Dieu, ou le Dieu des chrétiens, ou Jupiter, divinité des Sarrasins. Mais ce semblant de défi chevaleresque cachait une perfidie , dans laquelle l’esprit malin jouait un rôle. Un prêtre sarrasin avait conjure deux démons dans le corps d’une jument et de son poulain , leur donnant pour instruction que chaque fois que la jument hennirait , le poulain , qui était d’une taille peu commune, devrait s’agenouiller pour téter sa mère. Le poulain maléficié fut envoyé au roi Richard, dans l’espoir qu’il obéirait au signal accoutumé, et que le Soudan, monté sur la mère, aurait ainsi l’avantage. Mais le monarque anglais fut averti par un songe du piège qu’on lui tendait , et avant le combat le poulain fut exorcisé , avec ordre de rester docile à la voix de son cavaiier durant le choc. L’animal endiablé promit soumission en baissant la tête ; et celle promesse n’inspirant pas assez de confiance, on lui boucha encore les oreilles avec de la cire. Ces précautions prises , Richard , armé de toutes pièces , courut à la rencontre de Saladin , qui, se confiant dans son stratagème, l’attendit de pied ferme. La cavale hennit de manière à faire trembler la terre à plusieurs milles à la ronde; mais le poulain ou démon, que la cire empêchait d’entendre le signal , n’y put obéir. Saladin, désarçonné, n’échappa que difficilement à la mort, et son armée fut taillée en pièces par les chrétiens.
La troisième lettre est consacrée à l’étude de la démonologie et des sorciers chez les Romains, chez les Celtes et chez les différents peuples du Nord. Les superstitions des anciens Celles subsistent encore en divers lieux, dit l’auteur, et les campagnards les observent sans songer à leur origine.
Vers 17G9, lorsque M. Pennant entreprit son voyage, la cérémonie de Baaltein ou Beltane, ou du 1er de mai, était strictement observée, quoique avec variations, dans les différentes parties des montagnes. Le gâteau cuit au four avec des cérémonies particulières était partagé en plusieurs portions offertes aux oiseaux ou bêles de proie, afin que ces animaux, ou plutôt les êtres dont ils n’étaient que les agents, épargnassent les troupeaux. Une autre coutume du même genre a longtemps fleuri eu Ecosse. Dans plusieurs
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paroisses, on laissait une portion de terrain, qu’on nommait le clos de Gudeman , sans le labourer ni le cultiver. Personne ne doutait que le clos (lu bonhomme (Gudeman) ne fût consacré à quelque esprit malfaisant. En effet, c’était la portion de Satan lui-même, que nos ancêtres désignaient par un nom qui ne pût offenser ce terrible habitant des régions du désespoir. Cet abus devint si général, que l’Eglise publia à ce sujet une ordonnance qui le traite d’usage impie et scandaleux. Et il existe encore plusieurs personnes qui ont été habituées à regarder avec effroi tout lieu inculte, dans l’idée que, lorsqu’on y voudra porter la charrue , les esprits qui l'habitent manifesteront leur colère. Nous-mêmes, nous connaissons beaucoup d’endroits voués à la stérilité par une superstition populaire dans le pays de Galles, en Irlande et en Ecosse.
Nixas ou Nicksa, dieu d’une rivière ou de l’Océan , adoré sur les bords de la Baltique , paraît incontestablement avoir tous les attributs de Neptune. Parmi les vents brumeux et les épouvantables tempêtes de ces sombres contrées, ce n’est pas sans raison qu’on l’a choisi comme la puissance la plus contraire à l’homme, et le caractère surnaturel qu on lui a attribué est parvenu jusqu’à nous sous deux aspects b en différents. La Nixa des Germains est une de ces aimables fées, nommées Naïades par les anciens; le vieux Nick (le diable en Angleterre) est un véritable descendant du dieu de la mer du Nord, et possède une grande portion de sa puissance. Le matelot anglais, qui semble ne rien craindre, avoue la terreur que lui inspire cet être redoutable, qu’il regarde comme l’auteur des différentes calamités auxquelles sa vie précaire est continuellement en butte.
Le Bhar-Guest ou Bhar-Geist, appelé aussi Dobie dans le comté d’York , specire local qui, sous différentes formes, liante un endroit particulier, est une divinité qui, ainsi que l’indique son nom, nous vient des anciens Teutons; et s’il est vrai que quelques familles , portant le nom de Dobie , ont un fantôme ou spectre passant dans leurs armoiries, ce fait démontre pleinement que, quoique le mot soit devenu un nom propre, son origine ne s’est pas perdue.
On trouve dans l’Eyrbiggia Saga l’histoire curieuse d’une lutte entre deux sorcières du Nord. L’une d’elles, Geirada, était résolue à faire mourir Oddo, le fils de l’autre, nommée Kalia, qui , dans une dispute, avait coupé une main à sa bru. Ceux qui devaient tuer Oddo partirent et revinrent déconcertés par l’habileté de sa mère. Ils avaient rencontré seulement, dirent-ils, Kalta filant du lin à une grande quenouille. — Fous, leur dit Geirada , celle quenouille était l’homme que vous cherchiez. Ils retournèrent, saisirent la quenouille et la brûlèrent. Mais alors la sorcière avait caché son fils sous la forme d’un chevreau apprivoisé. Une troisième fois elle lui donna la figure d’un porc grattant dans les cendres. Les meurtriers revinrent à la charge encore : ils entrèrent pour la qua-
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trième fois, s’emparèrent de l’olijct de leur animosité et le mirent à mort.
L<*s Norwégiens, imbus de sombres superstitions , croyaient que quelquefois , lorsque l’âme abandonnait le corps, elle était sur-lechamp remplacée par un démon qui saisissait l’occasion d’occuper son dernier séjour. Le récit suivant est fondé, sur cette supposition : Saxo-Grammalicus parle de deux princes norsi s qui avaient formé entre eux une fraternité d ames , s’engageant à se secourir et à s’aider dans toutes les aventures où ils se trouveraient jetés pendant leur vie, et se promellant, par le serment le plus solennel, qu’après la mort de l’un d’eux, l’autre descendrait vivant dans la tombe de son frère d’armes et se ferait enfermer à ses côtés. 11 fut donné à Asmund d’accomplir ce serment terrible. Assueil , son compagnon , ayant été tué dans une bataille, la tombe, d’après les usages du Nord, fut creusée dans ce qu’ils nommaient l’Age des Montagnes, c’est-à-dire en un endroit exposé à la vue et que l’on couronnait d’un tertre. On construisit une épaisse voûte. Dans ce monument sépulcral furent déposés les armes, les trophées, peut-être le sang des victimes, les coursiers des champions. Ces cérémonies accomplies, le corps d’Assueit fut placé dans sa dernière demeure, et son dévoué frère d’armes entra et s’assit à côté du cadavre, sans témoigner, par un mot ou par un regard, la moindre hésitation à rempl r son engagement. Les guerriers témoins de ce singulier enterrement d’un vivant avec un mort roulèrent une large pierre sur l’ouverture de la tombe; puis, entassant de la terre et des pierres sur l’endroit, ils bâtirent une élévation visible à grande distance, et, après de bruyantes lamentations sur la perte de ces vaillants chefs, ils se dispersèrent.
Bien des années se passèrent; un siècle même s’était écoulé , lorsqu’un nolfe suédois, engagé dans une périlleuse aventure et suivi d’une troupe vaillante, arriva dans la vallée qui prend son nom de la tombe des frères d’armes. Le fait lui fut raconté ; il résolut d'ouvrir le tombeau, soit parce qu’il voyait là une action héroïque, soit pour s’emparer des armes et surtout des épées avec lesquelles s'étaient accomplies de grandes actions. Les soldats se mirent à l’œuvre; ils eurent bientôt écarté la terre et les pierres , et rendu l’entrée d’un accès facile. Mais les plus vaillants reculèrent , lorsqu’au lieu du silence des tombeaux iis entend lient des cris horribles, un choc d’épées, un cliquetis d’armes et tout le bruit d'un combat à mort entre deux champions furieux. A l’aide d’une corde, un jeune guerrier fut descendu dans le sépulcre. Mais au moment où il y entra , un autre individu, se précipitant, prit sa place dans le nœud coulant; et lorsque la corde fut retirée, au iieu de leur camarade, les soldats virent Asmund , celui des deux frères d’armes qui s’était enterré vivant. 11 parut un glaive nu à la main, son armure à moitié arrachée, le côté gauche de son visage déchiré comme par les griffes de quelque bêle
féroce. Il n’eut pas plutôt revu la clarté du jour que, saisi d’enthousiasme , il entreprit un long récit en vers, contenant 1 histoire de ses combats dans la tombe pendant les cent ans qui s’étaient écoulés. Il conta qu à peine le sépulcre fermé, le mort Àssueit s’était ieve de terre, animé par quelque goule affamée , et qu’ayant commencé par mettre en pièces, pour les dévorer, les chevaux ensevelis avec lui, il s’éiait jeté sur son compagnon pour le traiter de la même manière. Le héros, loin de se laisser abattre, saisit ses armes et se défendit vaillamment contre Assuëit, ou plutôt contre le méchant génie qui s’était emparé de son corps, il soutint un combat surnaturel qui dura tout un siècle; il venait d’obtenir la victoire en terrassant son ennemi et lui enfonçant un pieu dans le corps, ce qui l’avait réduit à cette immobilité qui convient aux habitants des tombeaux. Après avoir ainsi chanté ses exploits, le fantastique guerrier tomba mort. Le corps d’Assueil fut retiré de la tombe, brûlé, et ses cendres jetées au vent ; celui de son vainqueur fut déposé dans ce même lieu où l’on espérait que son sommeil ne serait plus troublé. Ces précautions prises contre une seconde résurrection d’Assueit nous rappellent celles qu’on adoptait dans les îles grecques et dans les provinces turques contre les vampires. Elles indiquent au'si l’origine d’une ancienne loi anglaise contre le suicide, qui ordonnait d’enfoncer un pieu à travers le corps du mort, pour le garder d’une manière plus sûre dans sa tombe.
Les peuples du Nord reconnaissaient encore une espèce de revenants qui, lorsqu’ils s’emparaient d’un édifice ou du droit de le fréquenter, ne se défendaient pas contre les hommes d’après le principe chevaleresque du duel , ainsi que fit Assueit, ni ne se rendaient aux prières des prêtres ou aux charmes des sorciers, mais devenaient fort traitables à la menace d’une procédure légale.
L’Eyrbiggia-Saga nous apprend que la maison d’un respectable propriétaire en Islande se trouva, peu après que l’î le fut habitée, exposée à une infestation de celle nature. Vers le commencement de l’hiver, il se manifesta, au sein d’une famille nombreuse, une maladie contagieuse qui , emportant quelques individus de tout âge, sembla menacer tous les autres d’une mort précoce. Le trépas de ces malades eut le singulier résultat de taire rôder leurs ombres autour de la maison, en terrifiant les vivants qui en sortaient. Comme le nombre des morts dans celle famille surpassa bientôt celui des vivants, les esprits résolurent d’entrer dans la maison et de montrer leurs formes vaporeuses et leur affreuse physionomie, jusque dans la chambre où se faisait le feu pour l’usage général des habitants, chambre qui pendant l’hiver, en Islande, est la seule où puisse se réunir une famille. Les survivants effrayés se retirèrent à l’autre extrémité de la maison et abandonnèrent la place aux fantômes. Des plaintes furent portées au pontife du dieu Thor, qui jouissait d'une influence considé-
rable dans l’île. Par son conseil, le propriétaire de la maison hantée assembla un jury composé de ses voisins, constitué en forme , comme pour juger en matière civile, et cita individuellement les divers fantômes et ressemblances des membres morts de la famille, pour qu’ils eussent à prouver en vertu de quel droit ils disputaient à lui et à ses serviteurs la paisible possession de sa propriété, et quelle raison ils pouvaient avoir de venir ainsi troubler et déranger les vivants. Les mânes parurent dans l’ordre où ils étaient appelés ; après avoir murmuré quelques regrets d’abandonner leur toit, ils s’évanouirent aux yeux des jurés étonnés. Un jugement fut donc rendu par défaut contre les esprits ; et l’épreuve par jury, dont nous trouvons ici l’origine, obtint un triomphe inconnu à quelques-uns de ces grands écrivains, qui en ont fait le sujet d’une eulogie.
La quatrième et la cinquième lettre sont consacrées aux fées. Nous continuerons d’en présenter des extraits.
Les classiques, dit l’illustre auteur, n’ont pas oublié d’enrôler dans leur mythologie une certaine espèce de divinités inférieures, ressemblant par leurs habitudes aux fées modernes. Le docteur Leyden, qui a épuisé sur les fées, comme sur beaucoup d’autres sujets, les trésors de son érudition, a trouvé la première idée des êtres connus sous le nom de Fées, dans les opinions des peuples du Nord concernant les duergars ou nains. Ces nains étaient pourtant , il faut l’avouer, des esprits d’une nature plus grossière, d’une vocation plus laborieuse, d’un caractère plus méchant que les fées proprement dites , qui étaient de l’invention des Celtes. Les duergars n’étaient originairement que les naturels, diminués de taille, des nations laponne, finlandaise et islandaise, qui, fuyant devant les armes conquérantes des Asœ, cherchèrent les régions les plus reculées du Nord, et s’efforcèrent d’échapper à leurs ennemis de l’Orient. On a supposé que ces pauvres gens jouissaient, en compensation de leur taille inférieure, d’une puissance surnaturelle. Ils obtinrent ainsi le caractère des esprits allemands appelés kobolds, desquels sont évidemment dérivés les gobelins anglais et les bogies écossais. Les kobolds, espèce de gnomes qui habitaient les lieux noirs et solitaires, se montraient souvent dans les mines, où ils semblaient imiter les travaux des mineurs, et prendre plaisir à les tromper. Parfois ils étaient méchants, surtout si on les négligeait ou si on les insultait; mais parfois aussi ils étaient bienveillants. Quand un mineur découvrait une riche veine, on concluait, non pas qu’il eût plus d’habileté ou de bonheur que ses compagnons, mais que les esprits de la mine l’avaient dirigé. L’occupation apparente de ces gnomes souterrains ou démons conduisit naturellement à identifier le Finlandais ou le Lapon avec le kobold ; mais ce fut un plus grand effort d’imagination qui confondit celte race solitaire et sombre avec l’esprit joyeux qui correspond 5 la fée.
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Suivant la vieille croyance norso,ces nains forment la machine ordinaire des Sagas du Nord. Dans les Niebelungen , un des plus vieux romans de l’Allemagne, compilé, à ce qu’il semblerait, peu après l’cpoque d’Attila, Théodoric de Berne ou de Vérone figure parmi un cercle de champions qu’il préside. Entre autres vaincus célèbres domptés par lui, est l'Elf-roi ou Nain-Laurin, dont la demeure était dans un jardin de rosiers enchantés, et qui avait pour gardes du corps des géants. 11 fut pour Théodoric et ses chevaliers un formidable antagoniste ; mais comme il essaya d’obtenir la victoire par trahison, il fut , après sa défaite , condamné à remplir l’office déshonorant de bouffon ou jongleur à la cour de Vérone.
Cette possession d’une sagesse surnaturelle est encore imputée par les naturels des îles Orcades et Schetland aux êtres appelés drows, mot qui est une corruption de duergar ou dwarf. Ces êtres peuvent, sous beaucoup d’autres rapports, être identifiés avec les fées calédoniennes. Les Irlandais , les Gallois , les Gaëls ou Highlanders écossais , toutes tribus d’origine celtique , assignaient aux hommes de paix, aux bons voisins, ou de quelque autre nom qu’ils appelassent les pygmées champêtres, des habitudes plus sociales et un genre de vie beaucoup plus gai que ces rudes et nombreux travaux des duergars sauvages. Leurs elves n’évitaient pas la société des hommes, quoiqu’ils se conduisissent envers ceux qui entraient en relations avec eux d’une manière si capricieuse, qu’il était dangereux de leur déplaire.
Les occupations, les bienfaits, les amusements des fées ressemblaient en tout à ces êtres aériens. Leur gouvernement fut toujours représenté comme monarchique. Un roi, plus fréquemment une reine des fées, étaient reconnus, et parfois tenaient ensemble leur cour. Leur luxe, leur pompe, leur magnificence dépassaient tout ce que l’imagination pouvait concevoir : dans leurs cérémonies, ils se pavanaient sur des coursiers splendides. Les faucons et les chiens qu’ils employaient à la chasse étaient de la première espèce. À leurs banquets de tous les jours, la table était servie avec une opulence que les rois les-plus puissants ne pouvaient égaler; leurs salles de danse retentissaient de la plus exquise musique. Mais, vue par l’œil d’un prophète, l’illusion s’évanouissait les jeunes chevaliers et les jolies dames ne semblaient plus que des rustres ridés et de hideuses souillons; leurs pièces d’argent se changeaient en ardoise; leur brillante vaisse le, en corbeilles d’osier bizarrement tressées; et leurs mets, qui ne recevaient aucune saveur du sel (le sel leur étant défendu parce qu’il est l’emblème de l’éternité), devenaient insipides et sans goût; les magnifiques salons se transformaient en misérables cavernes humides ; toutes ces délices de l’Elysée des fées s’anéantissaient en même temps.
Une hostilité sérieuse était, supposait-on, constamment pratiquée par les fees contre
les mortels • elle consistait à enlever leurs enfants et à les élever comme s’ils appartenaient à leur race. Les enfants non baptisés étaient principalement exposés à ce malheur; mais les adultes pouvaient aussi être arrachés à la terre, s’ils avaient commis quelque action qui les soumît au pouvoir de ces esprits, et, par exemple, pour nous servir de la phrase légale, s’ils avaient été pris sur le fait. S’endormir sur une montagne dépendante du royaume des fées, où il se trouvait que leur cour fût pour le moment tenue, était un moyen facile d’obtenir un passeport pour Elfland, c’est-à-dire l’île des fées : heureux encore le coupable si les fées, dans leur courroux, se contentaient en pare lie occasion de le transporter à travers les airs dans une ville éloignée d’une quarantaine de milles, et de laisser peut-être son chapeau ou son bonnet sur quelque clocher, pour marquer la droite ligne de la course.
D’autres, qui faisaient une action illégale ou s’abandonnaient à quelque passion invétérée, s’exposaient aussi à aller habiter la fameuse île. Cette croyance exista t en Irlande. Glanville, dans sa Dix-huitième Délation, parle du sommelier d’un gentilhomme, voisin du comte d’Orrery , qu’on envoya acheter des cartes. En traversant les plaines, il vit une table entourée de gens qui semblaient festoyer et faire bonne chère. Ils se levèrent pour le saluer et l’invitèrent à partager leur repas; mais une voix amie, de la bande, lui murmura à l’oreille : — Ne faites rien de ce qu’on vous dira dans celte compagnie. En conséquence, il refusa de prendre part à la réjouissance. La table s’évanouit aussitôt, et toute la société se mit à danser et à jouer de divers instruments : il ne voulut pas davantage participer à leur musique. On le laissa pour le moment; mais, en dépit des efforts de milord Orrery, en dépit de deux évêques anglicans, en dépit de M. Gréatrix, ce fut tout ce qu’on put faire que d’empêcher le sommelier d’être emmené par les fées, qui le regardaient comme leur proie. Elles l’enlevèrent en l’air quelques instants. Lespectre,qui d’abord l’avait conseillé, continua à le visileret lui découvrit qu’il était l’âme d’une de ses connaissances, morte depuis sept ans. — Vous savez, ajouta-t-il, que j’ai mené une vie désordonnée; depuis, j’ai toujours été ballotté de bas en haut et de haut en bas, sans jamais avoir de repos dans la compagnie où vous m’avez vu : j’y resterai jusqu’au jour du jugement. 11 déclara en outre que si le sommelier avait reconnu Dieu dans toutes ses œuvres, il n’aurait pas tant souffert du pouvoir des fées. II lui rappela qu’il n’avait pas prié Dieu le matin où il avait rencontré la troupe dans la plaine, et que même il allait remplir une commission coupable. On prétend que lord Orrery a confirmé toute cette histoire, assurant même qu’il avait vu le sommelier soutenu en l’air par les êtres invisibles qui voulaient l’enlever : seulement il ne disait rien de cette circonstance qui semble appeler action illégitime l’achat d’un jeu de cartes. La raison assi-
çnée à ret usage de voler des enfants, si habituellement pratiqué par les fées, venait, dit-on , de ce qu’e'les étaient obligées de payer aux régions infernales un tribut annuel de leur population, tribut dont elles lâchaient de se défrayer en livrant au prince de ces régions les enfants de la race humaine, plutôt que les leurs. De ce fait, on doit conclure qu’elles avaient elles-mêmes des descendants, comme le soutiennent plusieurs autorités, et particulièrementM.Kirke, ministre d’Aberfoyle. Il ajoute, il est vrai, qu’après une certaine durée de vie, ces esprits sont sujets à la loi universelle de la mortalité, opinion qui cependant a été controversée.
L » sixième lettre traite principalement des esprits familiers, dont le plus illustre était le célèbre Puck on Robin Goodfellow, qui, chez les sylphes, jouait en quelque sorte le rôle de fou ou de bouffon de la compagnie. Ses plaisanteries étaient du comique à la fois le plus simple et le plus saugrenu : égarer un paysan qui se rendait chez lui, prendre la forme d’un siège afin de faire tomber une vieille commère sur son derrière, lorsqu’elle croyait s’asseoir sur une chaise, étaient ses principales jouissances. S’il se prêtait à faire quelque travail pour les gens de la maison pendant leur sommeil , c’était à condition qu’on lui donnerait un déjeuner délicat.
La septième, la huitième et la neuvième lettre s'occupent des sorciers et de la sorcellerie. Nous n'en reproduirons rien, non plus que de la dernière, consacrée aux devins et aux revenants, tout ce Dictionnaire étant parsemé, à ce sujet, de faits et de documents qui suffisent au lecteur curieux.
WATT1ER (Pierre). Il a publié, au xvir siècle, la Doctrine et interprétation des songes, comme traduite de l’arabe de Gabdorrharnan, fils de Nosar; in-12, Paris, 1664.
WICLEF. On croit qu’il fut étranglé par le diable.
WTKRUS (Jean), célèbre démonographe brabançon, élève d’Agrippa, qu’il a défendu dans ses écrits. On lui doit les cinq livres des Prestiges des Démons , traduits en français sous ce titre : Cinq livres de l'imposture et tromperie des diables, des enchantements et sorcelleries, pris du latin de Jean Wier, médec n du duc de Elèves, et faits français par Jacques Grevin, de Clermont. Paris, in-8°,
L’ouvrage de Wierus est plein de crédulité, d’idées bizarres, de contes populaires, d’imaginations, et riche de connaissances. C’est ce même écrivain qui a publié un traité curieux des lamies et l’inventaire de la lausse monarchie de Satan (Pseudomonarchia Dœmonum) , où nous avons trouvé de bonnes désignations sur presque tous les esprits de ténèbres cités dans ce Dictionnaire.
W1L1S. Dans quelques contrées de l’Allemagne, toute fiancée qui meurt avant le ma-
riage, « pour peu que de son vivant elle ait un peu trop aimé la danse, devient après sa mort un ewili, c’est-à-dire un fantôme blanc et diaphane, qui s’abandonne chaque nuit à la danse d’outre-tombe. Cette danse des morts ne ressemble en rien à la danse terrestre : elle est calme, grave, silencieuse; le pied effleure à peine la fleur chargée de rosée. La lune éclaire de son pâle rayon ces ébats solennels : tant que la nuit est au ciel et sur la terre, la ronde poursuit son chemin dans les bois, sur les montagnes, sur le bord des lacs bleus. Avez-vous rencontré, à la fin d’une pénible journée de voyage , quand vous allez au hasard loin des chemins tracés, ces flammes isolées qui s’en vont çà et là à travers les joncs des marécages? Malheureux voyageur, prenez garde! ce sont les wilis qui dansent, c’est la ronde infernale qui vous provoque de ses fascinations puissantes. Prenez garde, n’allez pas plus loin, ou vous êtes perdu. Les wilis, ajoute Jules Janin, que nous copions ici, sautent jusqu’à l’extinction complète de leur partner mortel. » Voy. Couïuls.
WiULMEROZ ( Guillaume ) , sorcier en Franche-Comté, vers l’an 1600. Son fils, âgé de douze ans, lui reprocha d’avoir été au sabbat et de l’y avoir mené. Le père, indigné, s’écria : « Tu nous perds tous deux!...»' 11 protesta qu’il n’avait jamais été au sabbat. Néanmoins on prononça son arrêt, parce qu’il y avait cinq personnes qui le chargeaient ; que d’ailleurs sa mère avait été suspecte, ainsi que son frère, et que beaucoup de méfaits avaient été commis par lui.
Comme il fut démontré que l’enfant ne participait pas à la sorcellerie, il fut élargi (1).
WODEN, dieu suprême des anciens Germains, le même qu’Odin. On laissait dans les moissons des épis pour ses chevaux, et dans les bois du gibier pour sa chasse. Les chercheurs ont trouvé que Woden,dont les races germaniques ont fait God, en se convertissant au christianisme, a de l’analogie avec le Bouddha des Indiens (2).
WODENBLOCK. Le Chamber's Magazine a publié la singulière facétie que voici :
HISTOIRE DE M. WODENBLOCK.
Celui qui a étéàRolterdamjie manquera pas de se rappeler une maison à deux étages sise dans le faubourg, juste en face du bassin du canal qui de celte cité se dirigé vers la Baye, Lcyde et d’autres villes. 11 se rappellera celte maison, car nous sommes sûrs qu’on la lui aura désignée comme ayant été jadis la demeure du plus habile mécanicien qui ait vu le jour en Hollande. On sait qu’il faisait des instruments de chirurgie avec une habileté peu commune, et que ce qui lui avait valu surtout sa belle réputation, c’était l’adresse admirable avec laquelle il faisait des jambes de bois et des jambes de liège. Tous ceux qui avaient le malheur de perdre quelque membre avaient recours à sa merveil-
f I) M. Garinet., Hist. de la magie en France, p. 1G4-.
(2) Voyez M. Ozatiain, Recherches sur rélablissemeni du christianisme en Allemagne.
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leuse science; et, si désespéré que fût leur état, ils ne tardaient, pas, comme on disait, à être remis par lui sur leurs jambes. Des impotents, des perclus, des culs-de-jatte qu'on tenait depuis longtemps pour incurables, se trouvaient si bien accommodés des jambes fabriquées par la main de M. Turningvort, que l’on commençait à douter si des jambes de liège ou de bois n’étaient pas préférables à des jambes faites d’os, de chair e.t de sang. Et franchement, si vous aviez vu de quelle habile façon les jambes de M. Turningvort étaient travaillées, quels ingénieux ressorts il employait, vous eussiez été fort embarrassé à décider la question, surtout si vos pieds se fussent trouvés sujets à la goutte, ou si vos orteils avaient été tourmentés par des cors.
Un matin , on vint l’avertir qu’il était mandé chez M. de Wodenblock. M. de Wodenblock était le plus opulent banquier de Rotterdam. Il n’est pas nécessaire de dire que notre artiste suspendit immédiatement son Ira' ail, et revêtant son plus bel habit, couvrant son chef de sa meilleure perruque, il sortit pour alierà l’hôtel de M. de Wodenblock, tenant dans sa main son chapeau à trois cornes et sa canne à pomme d’argent.
Nous devons apprendre au lecteur que quelques jours auparavant M. de Wodenblock, agissant, selon sa coutume, avec peu de cérémonie envers un parent pauvre qui était venu le visiter, et s’empressant de le mettre lui-même à la porte, avait voulu lui donner un coup de pied, afin de lui faire descendre plus rapidement l’escalier; mais dans ce mouvement, ayant perdu l’équilibre, il était tombé et avait roulé sans connaissance jusqu’au bas de l’escalier. Les domestiques, accourus à son secours, l’avaient relevé et porlédans son lit. M. de Wodenblock avait reconnu, avec la plus amère douicur, en reprenantses sens, qu’il s’était fracturé la jambe droite et cassé trois dents. 11 eût pu accuser de tenlalive de meurtre son parent qui était la cause de son malheur; mais comme il était naturellement doux et enclin au pardon, il s’était contenté de le faire mettre en prison. Un dentiste eut bientôt remplacé les trois dents brisées, par trois dents qu’il avait arrachées à un poêle, à raison de dix francs la pièce: mais il eut soin de se les faire payer cinq cents francs par le riche banquier.
Le chirurgien qui fut appelé déclara, après avoir examiné la jambe avec la plus grande atlenlion, que la cure était impossible, si la jambe n’était pas ampulée. Il fallut se soumettre à l’opération. Le membre amputé fut emporté par le chirurgien, et servit de texte à sa leçon du lendemain. M. de Wodenblock, considérant qu’il s’était accoutumé jusque-là à marcher sur ses deux jambes, et non à sauter sur une seule, prévenu sans doute en faveur du premier mode de locomotion, fil mander notre ami qui demeurait en face du bassin du canal, afin de lui commander une jambe qui pût remplacer celle qu’il avait perdue.
M. Turningvort fut introduit dans le magnifique appartement du riche banquier, qu’il
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trouva étendu sur son lit. Sa jambe gauche faisait bonne figure, mais le moignon qui lui restait de sa jambe droite était couvert et enveloppé de bandes et de ligatures.
— Vous avez appris le malheur qui m’est arrivé, Turningvort, dit-il à celui-ci, aussitôt qu’il l’aperçut; vous savez que j’ai été à deux doigts d‘u trépas. Tout Rotterdam l’a su, et en a frémi. Il faut donc que vous me fassiez une jambe; mais une jambe la plus parfaite qui soit jusqu’ici sortie de vos mains.
L’artiste répondit à ces paroles par un humble salut.
— Vous sentez que je ne liens pas au prix; je donnerai ce que vous exigerez, à condition que vous ferez dans cette occasion mieux que vous n’avez fût de votre vie.
Turningvort salua encore humblement.
—Je ne veux pas, moi, une jambe de bois, en forme de luseau. Je .eux une jambe de liège; je veux qu’elle soit légère etélaslique, et qu’elle contienne autant de ressorts que la boite d’une montre. 11 m’est impossible dé m’expliquer plus clairement, voyez-vous, continua le malade, car je n’entends rien à votre affaire. Mais ce que j’exige de vous, c’est une jambe aussi bonne que celle que j'ai perdue. Je sais qu’il ne vous est pas impossible d’arriver à ce résultat. Si je suis satisfait de votre travail, vous aurez vingtcinq mille francs.
Le Prométbée hollandais déclara que, pour plaire à M. de Wodenblock, il surpasserait tout ce dont pouvait être capable l’habileté des hommes; et il s’engagea à apporter au bout de huit jours une jambe qui l’emporterait de tout point sur les jambes de chair et d’os, de tendons, etc. *
On serait tenté d’accuser Turningvort de forfanterie; mais ces paroles, quelque orgueilleuses qu’elles paraissent, notre artiste se croyait autorisé à les prononcer. Homme de théorie ainsi que de pratique, il s’était depuis longtemps livré à la recherche d’une découverte qu’il avait faite enfin, le matin même du jour où il avait été mandé par M. de Wodenblock.
Comme tous les autres mécaniciens qui faisaient des jambes de bois, Turningvort s’était toujours trouvé arrêté par la difficulté d’introduire dans la jambe quelque ressort qui fonctionnât de manière à pouvoir être réglé par la volonté, et qui pût remplacer l’admirable mécanisme que le genou et la cheville remplissent dans le système actuel. Quoiqu’il fût avancé dans son art plus que nul de ses confrères, plusieurs années s’étaient écoulées dans de vaines rechercher pour vaincre celte difficulté ; et c’est, comme nous l’avons dit, le matin même qu’il était enfin parvenu à découvrir ce grand secreU La jambe que venait de lui commander Mde Wodenblock allait être faite d’après le système qu’il venait de découvrir.
Le huitième jour, comme il avait été convenu, l’artiste se présenta chez l’impatient malade, avec sa jambe magique. L’orgueilleux clignement de l’œil, qu’il était aisé de remarquer chez lui, faisait assez voir qu’il»
estimait que les 25 raiile fr. étaient à peine dignes de payerson œuvre, qui lui assurerait enfin celte célébrité, cette gloire, cette immortalité, le but de ses travaux, le rêve de sa vie.Turningvorl mit sous les yeux du banquier la jambe qui lui était destinée ; il énuméra les nombreuses additions qu’il avait faites à son travail ; il expliqua l’usage et les fonctions de chaque ressort. La nuit était près de venir; et l’artiste et le banquier étaient encore engagés dans d’interminables discussions sur les mouvements des roues, sur les ressorts, le balancier, les poids et sur tout l’assemblage des nombreuses pièces de la machine. M. de Wodenbiock ne se possédait pas de joie, tant il était satisfait du Lavail de l’artiste. Mais il lui était impossible en ce moment de faire l’essai de sa nouvelle jambe. 11 était tard, et notre banquier se trouvait pressé par le sommeil. Afin de pouvoir plus tôt le lendemain faire cet essai, et voir comment l’instrument fonctionnait, il pria Turningvort de passer la nuit dans son hôtel , ce que celui-ci accepta de bonne grâce.
Le lendemain, les préparatifs furent terminés de bonne heure, et M. de Wodenbiock fut on ne peut plus satisfait des dispositions mécaniques de sa jambe. Nous n’essayerons pas de donner une idée de son contentement, et des vives démonstrations de sa joie et de son bonheur. 11 marchait à grands pas dans sa chambre, allait et venait incessamment, serrait les mains à Turningvort, et ne tarissait pas en éloges sur son admirable travail. La machine, en effet, fonctionnait d'une manière surprenante. Dans la marche du banquier, on ne remarquait nulle roideur, nul effort, nulle gêne, nul embarras ; les appareils locomoteurs se mouvaient parfaitement, comme si c’eut été des organes d’os, de muscles, de tendons véritables. Personne n’eût soupçonné que ce tibia, cette rotule, devaient la régularité et l’ordre de leurs mouvements à certains ressorts mécaniques d’une espèce particulière. N’eût été une légère oscillation occasionnée par le mouvement rapide de plus de vingt petites roues engrenées les unes dans les autres, et un petit carillon ressemblant au bruit que Lit une pendule en marchant, quoique un peu plus fort, il est vrai, M. de Wodenbiock eût tout à fait oublié qu’il avait éprouvé un grave accident, et qu’il était autrement qu’avant de lever la jambe droite pour donner, suivant son dire, la bénédiction à son cher neveu, qui était venu prendre congé de son oncle.
M. de Wodenbiock sortit donc dans l’enchantement, et après s’être longtemps promené dans toute la ville, il prit le chemin de la maison des Etats. Comme il était près de monter les degrés qui conduisenlà la porte principale, il aperçut, au haut de l’escalier, son ami Vanoulern, qui le reconnut et lui tendit les bras. Il hâta sa marche, heureux d’embrasser son ami. Mais quel ne fut pas l'étonnement du bon Vanoulern, en voyant son ami passer devant lui sans s’arrêter, sans lui dire meme : — Comment ça va-t-il ?
Cependant, il ne faut pas faire un crime de celte incivilité à M. de Wodenbiock. Son étonnement fut cent fois plus grand que celui de Vanoulern, en voyant qu’il n’avait pas le pouvoir de déterminer quand, où et comment il arrêterait le mouvement de sa jambe. Tant que ses désirs avaient été d’accord avec le procédé qui faisait marcher la machine, tout avait été pour le mieux; et maintenant qu’il eût voulu arrêter la marche de l’instrument, il s’apercevait qu’il ne possédait aucun moyen pour arriver à ce résultat.
Il désirait vivement s’entretenir avec son bon ami Vanoulern ; mais, malgré lui, sa jambe avait continué à marcher, l’avait poussé en avant, et il s’était vu contraint d’obéir. 11 fit tous ses efforts pour diminuer au moins la rapidité de sa marche ; mais tout fut inutile : sa jambe l’entraînait toujours. 11 se cramponnait aux gril es de fer, aux murs, aux portes ; sa jambe s’agitait avec tant de violence et faisait des sauts si surprenants, qu’il craignait de se rompre les bras, et il se laissa aller à l’impulsion. Alors il commença à s’effrayer; sa jambe le poussait toujours en avant; la seule espérance qui lui restait maintenant, c’est que la puissance surnaturelle que possédaient les ressorts de cette machine extraordinaire ne tarderait pas sans doute à s’épuiser ellemême. Cependant il ne sentait aucun ralentissement dans le mouvement de la mécanique.
il se trouvait emporté dans la direction du canal de Leyde. Quand il fut en vue de la maison de Turningvort, il lui cria avec désespoir de venir à son secours. L’artiste mit la tête à la croisée :
— Scélérat, lui dit lemalheureux banquier, viens vite. La jambe que lu m’as faite semble être animée par l’esprit de la vengeance. Elle ne me permet pas de m’arrêter, elle m’entraîne, m’entraîne toujours. J’ai marché sans relâche depuis que j’ai quitté la maison, et si lu ne viens m’arrêter, Dieu sait combien de temps je marcherai encore. Accours à mon aide, ou dans un instant je serai hors de ta vue.
L’accent dont ces paroles étaient prononcées attestait le désespoir et les angoisses qui tourmentaient l’âme du banquier. Ce spectacle frappa le mécanicien de stupeur; il n’avait pas prévu cet incident, et il ne connaissait pas les moyensd’y parer. Néanmoins, il descendit pour porter secours au malheureux, espérant l’arracher à sa triste destinée. Mais M. de Wodenbiock était déjà loin. Turuingvort se mit à courir après lui, et quoiqu’il fût dans la force de l’âge, il eut toutes les peines du monde à l’atteindre, li le saisit avec force et le souleva dans ses bras vigoureux, pour empêcher que scs pieds ne touchassent la terre. Mais ce stratagème (si l’on peut parier ainsi) fut sans résultat ; les facultés locomotives de l’instrument, conservant toute leur énergie, entraînèrent l’artiste, ainsi que le fardeau qu’il avait soulevé. 11 le remit donc par terre; et se baissaut il pressa fortement un des ressorts de la ma-
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diine, croyant la forcer à s’arrêter, ou du moins à suspendre la vélocité de sa course. Mais quels furent sa douleur et son désespoir, en voyant M. de Wodenblock s’enfuir avec la rapidité d’une flèche, et crier d’une voix lamentable :
— Je suis perdu ! je suis possédé du démon. Arrêtez-moi 1 pour Dieu ! arrêlez-moi 1 je me meurs! personne ne pourra-t-il rompre en pièces ma jambe maudite?
El le malheureux, épuisé, pâle comme la mort, était emporté avec une effrayante rapidilé, comme par un pouvoir surnaturel. L’artiste, sans voix, sans mouvement, ne pouvait comprendre le phénomène dont il était. témoin. Il se laissa tomber à genoux, joignit ses mains, et ses yeux égarés s'attachèrent sur sa victime, qui courait avec la vélocité d’un buffle furieux, le long du canal de Leyde, demandant des secours d’une voix déchirante, que le désespoir, la fatigue et l’épuisement permettaient à peine d’entendre.
Leyde esta plus de vingt milles de Rotterdam ; le soleil ne s’était pas encore couché, quand mesdemoiselles Backsneider, qui prenaient en ce moment le thé à la croisée de leur salon, en face du Lion-d’Or, saluant gracieusementles personnesqu’elles venaient à reconnaître dans la rue, aperçurent un individu qui venait de leur côté avec une rapidité incroyable. Le visage de cet homme était couvert d’une pâleur affreuse, son front inondéde sueur; il semblait suffoqué, épuisé, hors d’haleine. Cet homme arriva sous leur croisée, et sans lourner les yeux ni à gauche ni à droite, il continua à courir; il avait même disparu à leurs yeux, avant qu’elles eussent le temps de s’écrier :
— Dieu tout-puissant! n’est-ce pas là M. de Wodenblock, le riche banquier de Rotterdam?
Les habitants de Haarlem se rendaient à l’église pour dire leurs prières et pour entendre leur orgue, quand un homme, qui avait à peine la forme humaine, parut tout à coup sur le marché et vint jeter l’effroi au milieu de ces pauvres gens. Ceux qui osèrent fixer les yeux sur cet être extraordinaire furent frappés de la pâleur terne et livide répandue sur tout son visage. Ses yeux, profondément enfoncés, étaient tout à fait éteints ; ses lèvres étaient violettes, et sa bouche restait sans voix; ses doigts, étirés, sans force, paraissaient près de se détacher de ses mains. On eût dit que ce corps, qui semblait être lancé involontairement en avant, était privé de vie. Chacun s’empressa de se ranger pour lui faire place : tout Haarlem crut que c’était l’ombre d’un mort, doué encore de la faculté locomotive.
Le même spectre apparut aussi dans les autres villages et les villes de la province, et puis dans les villes et les grandes forêts de l’Allemagne. Des semaines, des mois, des
années s’écoulèrent; mais par intervalles on continua à voir la même apparition dans les différentes contrées du nord de l’Europe. Les vêtements que portait celui qui lut M. de Wodenblock ont tout à fait disparu, il est vrai; la chair a aussi complètement aband nné les os : maintenant ce n’est plus qu’un squelette, un hideux squelette, auquel demeure toujours attachée sa jambe de liège, qui conserve sa rotondité, et, semblable au mouvement perpétuel, traîne et traînera à jamais par toute la terre les restes de celui qui fut jadis l’homme le plus riche de Rotterdam.
Que Dieu et ses saints vous garantissent de tout accident funeste! N’ayez jamais besoin de jambes de bois ou de liège ! et puisse ne plus exister de mécanicien qui, comme Turningvort, fasse des jambes douées d’une puissance aussi fatale, aussi mystérieuse!...
WOLOTY, monstres épouvantables qui, selon le récit de Lomonosoff, étaient chez les Slavons comme les géants chez les Grecs.
WOODWARD. Un médecin empirique , James Woodward, surnommé le Docteur noir à cause de son teint, est mort en 1844- à Cincinnati , laissant une fortune considérable. On a é é surpris de trouver chez lui , dans une grande armoire vitrée , une immense quantité de petites fioles de diverses dimensions, les unes pleines et les autres vides, et portant sur leurs étiquettes les noms et demeures de personnages habitant les différents Etals de l’Union. Il y en avait aussi du Canada, des Antilles et du Mexique. Voici quel en était l’usage : le Docteur noir se vantait de découvrir le diagnostic de toutes les maladies par des émanations des consultants, à quelque distance qu’ils fussent de lui. Le malade devait tremper son doigt pendant une heure dans une fiole remplie de l’eau la plus pure , et lui envoyer ensuite cette fiole soigneusement bouchée. L’eau, se trouvant ainsi imprégnée des sueurs du malade, était soumise à une analyse chimique. Le Docteur noir, sans autre indication, répondait au malade qu’il était attaqué ou menacé de phthisie, de péripneumonie, dégoutté, de rhumatisme, etc., et il faisait ses prescriptions en conséquence. Quand il rencontrait juste, on était émerveillé de sa science profonde, et l’on demandait une consultation nouvelle, payée plus cher que la première. Les registres du docteur ont constaté qu’il avait répondu avec les plus grands détails à ungrand nombre de ses malades, sans prendre la peine d’analyser leurs émanations , car les fioles étaient encore hermétiquement fermées.
WORT1GERN, roi d’Angleterre. Voy. Mbplin.
WULSON DE LA COLOMBIÈRE (Marc).
On lui doit le Palais des Curieux, où, entre autres sujets, il est question des songes, ave un traité de la physionomie. Orléans, 1660
XACCA, philosophe indien, né à Sica, mille ans avant notre ère, et regardé par les Japonais comme leur législateur. Il leur persuada que, pour gagner le ciel, il suffisait de prononcer souvent ces mots : natnn, mio, foren , qui, quio. Jusqu’ici, aucun interprète n’a pu deviner le sens de ces paroles.
Ce fut Xacca qui introduisit au Japon le culte d’Amidas (1).
XAPHAN, démon du second ordre. Quand Satan et ses anges se révoltèrent contre Dieu, Xaphan se joignit aux mécontents, et il en fut bien reçu, car il avait l’esprit inventif. II proposa aux rebelles de mettre le feu dans le ciel ; mais il fut précipité avec les autres au fond de l’abîme, où il est continuellement occupé à souffler la braise des fourneaux avec sa bouche et ses mains.
XE1RSCOPIE. Voici sur ce sujet un trèsjoli article dû à M. Munier des Closeaux :
Xeirscopie, de xeir, main, et scopeô , j’examine. Les lecteurs sont priés de supposer que les deux mots xeir et scopeô sont écrits en lettres grecques, ainsi qu’ils ont droit de l’être; nous avons mille raisons pour les écrire eu lettres ordinaires; la première et la meilleure de ces mille raisons, c’est celle qui fait que l’on ne tire pas le, canon dans les villes qui n’ont pas de canons.
La signification positive de xeirscopie est donc examen de la main; mais il en est du mot xeirscopie comme du mot cranioscopie, qui signifie proprement examen , inspection du crâne, et qui, par extension , veut dire aussi, art de reconnaître le développement des parties du cerveau, des organes particuliers , ou des conditions matérielles de l’intelligence,d’après la configuration extérieure du crâne. Xeirscopie ne veut pas dire seulement examen , inspection de la main ; il signifie encore l’art de connaître le caractère des hommes d’après la conformation de leur main.
La xeirscopie est donc un système nouveau de physiognomonie à ajouter au système de Lavater et à celui de Gall.
Au premier coup d’œil, nous avons considéré la xeirscopie comme une plaisanterie; il a dû en être de même des doctrines de Lavaler et de Gall à leur origine. On en a ri beaucoup avant de les élever à l’état de science ou de quasi-science; mais un examen attentif nous a prouvé que l’inventeur de la nouvelle doctrine prend la chose au sérieuxc est très-sérieusement qu’il prétend trouver dans les dillerentes parties dont se compose une main des indications aussi nombreuses aussi variées , aussi certaines que peut en fournir la configuration d’un crâne plus ou moins bossué.
(1)11 parait, d après la description que les disciph d Anudas, idole japonaise, font de ce dieu, que c’est l’Iitr suprême; car dans leur idée c’est une substance indivis blc, mcnrporelle, distincte de tous les éle
Sfmiîl;. ?vanl la (iat,ire ; n est la souicu « ie foi
ement de lout bien , sans commencement et sans fin, ii
L’inventeur de la nouvelle doctrine a des titres qui doivent inspirer la confiance, les voici avec ses noms et prénoms : W.-F. Sargenkœnig , docteur en médecine de l’université de Wurtzbourg, conseiller et professeur de physiognomonique à l’université d’iéna, membre de toutes les académies' d’Allemagne et de plusieurs autres sociétés savantes. Après cela , ciroyez si vous voulez. Au fait, nous ne voyons pas pourquoi des passions qui se trahissent sur la boîte osseuse qui leur sert dedomicile, ne viendraient pas aussi révéler leur existence par quelques modifications dans la conformation de i’organe qui leur sert d’agent principal et plus habituel.
Dans notre siècle de lumières, on ne croit plus aux sorciers; on traite de fables ridicules les prédictions faites par des sorciers d’une autre époque, au moyen d’un examen aüeniif de la paume de la main. 11 est prouvé pourtant, à en croire les almanachs, que beaucoup de prédictions de ce genre se sont réalisées. La xeirscopie va peut-être éclaircir cemyslère; les sorciers vont peut-être obtenir enfin une tardive réparation ; on arrivera peut-être à reconnaître que ces sorciers n’étaient pas des sorciers dans la vulgaire acception du mot , mais bien des savants , des profonds xeirscopistes ou xeirscopes ; le terme est à créer.
Ainsi, la mulâtresse qui, après avoir examiné la main de la belle et gracieuse créole de la Martinique, lui prédit qu’elle serait un jour plus que reine, c’est-à-dire impératrice des Français, reine d’Italie, et, par alliance, protectrice de la confédération du Rhin el médiatrice de la confédération suisse, n’était pas , comme on l’a toujours dit, une vieille sorcière tannée, mais bien une xeirscope naturelle, possédant la xeirscopie par intuition. Au train dont vont les choses , bien d’autres mystères seront certainement éclaircis. On ne s’est pas arrêté à Lavater, Gall est venu à son tour ; on ne s’est pas arrêté à la phrénologie ; voici venir le savant docteur W.-F. Sargenkœnig ; on ne s’arrêtera pas à la xeirscopie. Un petit os de quelques lignes suffi sait à Cuvier pour recomposer un animal antédiluvien ; un jour peut-être il suffira d’un fragment d’os pour faire, en ce qui concerne l’homme et sous le rapport moral, ce que Cuvier n’a jamais prétendu faire que pour les animaux, et seulementau physique. Quel sièc'e que notre siècle!
Avant de nous livrer à l’examen de la doctrine du savant professeur de physiognomonique à l’université d’Iéna , qu’il nous soit permis de nous féliciter d’avoir lu son livre. Un livre de médecine, pour un homme qui n’y entend rien, renferme des richesses 1 i Itérai—
fini, immense, et créateur de l’univers. Il est représenté sur un autel, montant un cheval iisept têtes, hiéroglyphe de sept mille ans, avec une tête de chien, et tenaut dans ses mains un anneau en cercle d’or qu'il mord. Cet emblème a beaucoup d’analogie avec le cercle égyptien, que l’on regarde comme un emblème du temps.
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res vraiment incalculables. Un embarras terrible pour ceux qui écrivent en français , c’est l’absence de synonymes; on est condamné à de fâcheuses répétitions, ou il faut, pour varier un peu les formules, recourir à îles à peu près qui ne rendent jamais complètement l’idée. Ainsi , et pour ne pas sortir de notre sujet, nous avons à parler d’une main; nous u’avons qu’un mot, un seul, main, et toujours main; pour les doigts de même, c’est toujours doigts. Ce dernier mot nous est si habituel, que nous l’appliquons même hors de propos ; nous disons les doigts des pieds comme nous disons les doigts de la main; si pourtant nous av ons lu un livre de médecine, nous saurions que les pieds n’ont pas de doigts, mais des orteils. Pour notre part, nous ne craignons pas de déclarer, en toute humilité, qu’avant d’avoir lu le traité de Xeirscopie, nous n’hésitions pas le moins du monde à nous plaindre de cors au petit doigt du pied ; dorénavant nous rougirions jusqu’à l’extrémité du gros orteil s’il nous arrivait de commettre une pareille faute.
« Dans les livres de medecine, les synonymes abondent ; ce sont mieux que des synonymes, ce sont des termes originaux, des termes propres, des termes qui rendent à eux seuls une idée. Main , par exemple, est une appellation vulgaire, uneappellation que tout le monde emploie, mais qui signifie tout simplement main , et ne vous dit pas ce que c’est que la main. Ne préférez-vous pas : extrémité du membre pectoral? Vous vous adressez à une dame et vous lui demandez la permission de lui baiser la main; la même demande lui estadressée vingt fois par jour; elle est fatiguée de celte répétition éternelle : main, main! elle détourne la tête avec impatience. Dites-lui, au contraire : « Madame, permeltez-moi de baiser l’extrémité de votre membre pectoral ; elle ne vous comprendra pas et vous laissera faire. »
« Mais c’est déjà une chose assez peu distinguée que de demander à une femme de lui baiser la main ; vous êtes plus poli, mieux élevé , vous vous conteniez de moins que cela, et avec une galanterie toute Directoire, vous demandez seulement la permission de baiser l’ongle du petit doigt. Ongle est un mot désagréable, disgracieux à prononcer; doigt est aussi vulgaire, aussi usé que main ; ouvrez un livre de médecine, Celui du docteur Sargenkœnig, par exemple, et vous y puiserez cetie formule irrésistible. « Madame, permeltez-moi d’imprimer discrètement mes lèvres sur cette lame dure, élastique, cornée, rosée ei demi-transparente qui garnit l’ex! rémité de la face dorsale du plus petit des prolongements de l’extrémité de votre membre pectoral. » Evidemment vous devez être vainqueur avant d’avoir atteint seulement la moitié de votre phrase. Et l’on dit que notre langue est pauvre ! Remarquez que nous avons dit lèvres, parce que nous supposons que l’orateur est quelque peu pressé d’arriver au dénouement, car pour être correct il aurait fallu lui faire dire, au lieu de lèvres : les deux voiles mobiles , musculo-membra- Dictionn. des sciences occultes. II.