XE
disposé à croire. Un jour, par exemple, le docteur reçoit la visite d’un individu qui se présentait à lui avec une lettre d’introduction. C’était, lui disait-on, un savant distingué qui désirait se perfectionner auprès de lui. M. Sargenkoenig tend la main à son visiteur qui la lui serre avec effusion. Tout à coup le docteur relire sa main comme si un fer rouge l’eût brûlé. Fuyez, malheureux, lui dit-il , ma maison ne peut pas servir d’asile à un meurtrier. L’individu se trouble, pâlit, tombe aux genoux du professeur et avoue son crime. On rencontre vingt ou trente événements de ce genre dans le traité de Xeirscopie. Nous sommes trop polis, et nous sa vons trop bien ce que nous devons à un savant étranger pour révoquer sa sincérité en doute, mais tout le monde pensera avec nous qu'il faudra encore bien des exemples, et des exemples bien authentiques , pour que l’on se décide à substituer la xeirscopie à l’épreuve de la cour d’assises.
«Nous avons cherché avec soin dans le livre du professeur allemand quelques indications propres à établir que certains proverbes relatifs à la main, et nous professons un grand respect pour les proverbes, sont fondés en raison. Ainsi on dit ordinairement des personnes dont les veines de la main sont saillantes et très-visibles : qui voit ses veines , voit scs peines. Nous n’avons rien trouvé. Celte particularité s’explique tout naturellement et sans le secours d’aucune influence morale. Les veines sont saillantes chez les sujets pléthoriques, elles sont visibles chez les sujets à peau délicate , chez ceux dont le chorion manque de densité. Le chorion est la partie la plus épaisse du tissu de la peau.
« On prétend que les Normands ont les doigts crochus. Généralement les Normands ont le caractère processif et quelque pou rapace. Autrefois , dit-on encore , quand un enfant normand venait au monde, on le lançait contre un mur; s’il parvenait à s’y accrocher, il était déclaré bon Normand et digne enfant de la famille ; s’il tombait, on le laissait, sans pitié, se casser la tête. Nous avons demandé au livre du docteur Sargenkoenig, quels sont les indices d’un caractère processif et d’un penchant à la rapacité. Nous avons trouve que les individus dont les phalanges dépassent le volume ordinaire sont naturellement difficultueux ; difficultueux peut bien être accepté comme synonyme de processif. Quant à la rapacité, elle est signalée par une grande élasticité des fléchisseurs. Les doigts crochus ne signifient donc absolument rien.
« Dans l’impossibilité où nous nous trouvons de suivre le docteur allemand dans le développement de sa théorie, et cela, comme nous l’avons dit déjà, faute de connaissances préliminaires suffisantes , nous nous bornerons à ses principes généraux et d application usuelle.
« Une main potelée, douce, molle, avec les doigts effilés et leur surface dorsale un peu saillante, dénote un caractère, facile, timide et faible. Une main large , d’une largeur qui n’est pas en proportion avec la constitution
XER
physique de l’individu, si la surface palmaire ne forme pas cavité, si, en d’autres termes, la main ouverte et renversée ne laisse qu’à peine apercevoir les deux éminences , annonce un caractère absolu, tranchant et de la sécheresse de cœur. La rigidité des extenseurs externes est généralement une indication fâcheuse; c’est la preuve d’un caractère qui manque de franchise; c’est aussi le signe de l’avarice.
« Il y a ici quelque chose qui semble se rapporter à une locution assez usitée. On dit : avoir le cœur sur la main. Quand on prononce celte phrase, il semble que l’on voie une main toute grande ouverte, la main d’une personne qui ne sait rien refuser. La rigidité des extenseurs s’oppose à ce quela main s’ouvre avec facilité. L’aisance dans les fléchisseurs, au contraire, est un indice de générosité. Le volume disproportionné de l’éminence thénar, si la face dorsale de la main est potelée, révèle des passions généreuses. S’il arrive, ce qui est peu ordinaire, que l’éminence hypothénar l’emporte en volume sur l’autre éminence, c’est la plus déplorable de toutes les indications. L’individu colère a l’attache des premières phalanges trèsmarquée. La surface dorsale des doigts , grasse et couverte d’un léger duvet, dénote un individu voluptueux. La main sèche et plate, avec les doigts carrés à leur extrémité, est l’indication d’un cerveau propre à l’élude des sciences exactes.
« La xeirscopie est une science à l’état d’enfance. On se moquera probablement du docteur Sargenkoenig, comme on s’est moqué de Gall lorsqu’il a mis son système en avant. Qui sait pourtant si la xeirscopie n’est pas destinée à faire son chemin comme la cranioscopie a fait le sien ? Au surplus, comme nous l’avons dit, on ne s’arrêtera pas là. Nous connaissons déjà un homme très-sérieux, employé supérieur au ministère de la guerre en France, qui ne demande que deux lignes de l’écriture d’une personne pour reconnaître si elle a eu, ou si elle aura des garçons ou des filles.
«Auprès de ce sorcier-là, les cranioscopes et les xeirscopes, si le docteur Sargenkœnig n’est pas le seul de sa bande, font certainement triste figure. »
XERXES. Ayant cédé aux remontrances de son oncle Ai taban, qui le dissuadait de porter la guerre en Grèce, il vit dans son sommeil un jeune homme d’une beauté extraordinaire, qui lui dit: — Tu renonces donc au projet de faire la guerre aux Gr es, après avoir mis tes armées en campagne?... Croismoi, reprends au plus tôt cette expédition, ou tu seras dans peu aussi bas que tu te vois élevé aujourd’hui. Celte vision se répéta la nuit suivante. Le roi étonné envoya chercher Artaban, le fit revêtir de ses ornements royaux, en lui contant la double apparition qui l’inquiétait, et lui ordonna do se coucher dans son lit, pour éprouver s’il ne se laissait point abuser par l’illusion d’un songe. Ariaban, quoiqu’il craignît d’offenser les dieux eu les mettant ainsi à l’épreuve, fit ce que
le roi voulut, et lorsqu’il fut endormi, le jeune homme lui apparut et lui dit :
— J’ai déjà déclaré au roi ce qu’il doit craindre , s’il ne se hâte d’obéir à mes ordres; cesse donc de l’opposer à ce qui est arrêté par les destins. En même temps il sembla à Arlaban que le fantôme voulait lui brûler les yeux avec un fer ardent. Il se jeta à bas du lit, raconta à Xerxès ce qu’il venait de voir et d’entendre , et se rangea de son avis, bien persuadé que les dieux destinaient la victoire aux Perses; mais les suites funestes de cette guerre démentirent les promesses du fantôme.
XEZBETH, démon des prodiges imaginaires, des contes merveilleux et du mensonge. Il serait impossible de compter ses disciples.
X1TRAGUPTEN. Les Indiens appellent ainsi le secrétaire du dieu des enfers ; il est
chargé de tenir un registre exact des actions de chaque homme pendant sa vie.
Lorsqu’un défunt est présenté au tribunal du juge infernal, le secrétaire lui melon main le mémoire qui contient toute la vie de cet homme; c’est sur ce mémoire que le dieu des enfers règle son arrêt.
XYLOMANC1E, divination par le bois. On la pratiquait particulièrement en Esclavonie.
C’était l’art de tirer des présages de la position des morceaux de bois sec qu’on trouvait dans son chemin. On faisait aussi des conjectures non moins certaines pour les choses à venir sur l’arrangement des bûches dans le foyer, sur la manière dont elles brûlaient, etc. C’est }eut-êlre un reste de celle divination qui fait dire aux bonnes gens, lorsqu’un tison se dérange, qu'ils vont avoir une visite.
YAG A-BABA , monstre décrit dans les vieux contes russes, sous les traits d’une femme horrible à voir, d’une grandeur démesurée, de la forme d’un squelette, avec des pieds décharnés, tenant en main une massue de fer, avec laquelle elle fait rouler la machine qui la porte (espèce de vélocipède). Elle paraît remplir l’emploi de Bellone ou de quelque autre divinité infernale.
YAN-GANT-Y-TAN, espèce de démon qui porte dans la nuit cinq chandelles sur les cinq doigts, et les tourne avec la rapidité d’un dévidoir; superstition des habitants du Finistère.
YEN-VANG, roi de l’enfer chez les Chinois. Il exerce des châtiments terribles sur ceux qui n’ont rien à lui offrir.
YEUX. Boguet assure que les sorcières ont deux prunelles dans un œil. Les sorcières illyriennes avaient la même singularité dans les deux yeux. Elles ensorcelaient mortellement ceux qu’elles regardaient, et tuaient ceux qu’elles fixaient longtemps.
11 y avait dans le Pont des sorcières qui avaient deux prunelles dans un œil et la figure d’un cheval dans l’autre. Il y avait en Italie des sorcières qui, d’un seul regard, mangeaient le cœur des hommes et te dedans des concombres.... On redoute beaucoup, dans quelques contrées de l’Espagne, certains enchanteurs qui empo'sonnent par les yeux. Un Espagnol avait l’œil si malin, qu’en regardant fixement les fenêtres d’une maison, il en cassait toutes les vitres. Un auire, même sans y songer, tuait tous ceux sur qui sa vue s’arrêtait. Le roi, qui en fut informé, fit venir cet enchanteur et lui ordonna de regarder quelques criminels condamnés au dernier supplice. L’empoisonneur obéit; les criminels expiraient à mesure qu’il les fixait. Un troisième faisait assembler dans un champ toutes les poules des envi-
(1) Voyage de Dumont, liv. ni.
(2) Mangeart, Souvenirs de la Morée, 1830.
rons, et si ôt qu’il avait fixé celle qu’on lui désignait, elle n’était plus (1).
Les Ecossais redoutent beaucoup, dans ce sens, ce qu’ils appellent le mauvais œil. Parmi leurs superstitions les plus vulgaires, celle qui attribue au regard de certaines personnes la faculté de produire de fâcheux effets est la plus généralement répandue. Dalyell raconte qu’il y a peu d’années un domestique de sa famille étant mort de la petite vérole, la mère de ce dernier soutint qu’il avait péri victime d’un mauvais œil. 11 ajoute que maintenant encore il exisle une femme dans les plaines, dont le regard, au dire de ses voisins, suffit pour aigrir le lait, rendre les chèvres stériles et quelquefois même pour faire périr les troupeaux. Une cheville de fer rouillee peut seule détourner le maléfice.
Dans le Péloponèsc, à peine le nouveau-né a-t-il vu le jour, que la sage-femme le couvre d’un voile ,et lui étend sur le front un peu de boue prise au fond d’un vase où l’eau a longtemps séjourné. Elle espère ainsi éloigner de lui l’esprit malin, autrement dit mauvais œil, dont les Grecques croient voir partout la mauvaise influence.
Un soldat, dans l’expédition du maréchal Maison, faisait des sauts dé force, mangent cies étoupes et rendait de la fumée par la bouche. On le prit pour le mauvais œil ou esprit malin (2).
On a prétendu que l’on devenait aveugle lorsqu’on regardait le basilic. Voy. ce mol.
A Plouédern, près de Landerneau, dans la Bretagne, si l’œil gauche d’un mort ne se ferme pas, un des plus proches parents est menacé de cesser d’être (3).
YFFROTE, roi de.Gothie et de Suède, qui mourut sur le bord de la mer où il se promenait, frappé des cornes d’une vache que l’on pense être certainement une sorcière conver-
(3) Caoibry, Voyage dans le Finistère, t. Iî, p. 170.