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tion au sens d'un oracle qu’il cite. Cet
oracle, bien loin de détruire son sentiment,
le fait connaître et le confirme parfaitement.
Vous dites d’abord que ce qui a fait croire à la plupart des qens que les oracles avaient cessé à la naissance de Jésus-Christ, ce sont les oracles mêmes qui ont été rendus sur le silence des oracles. Il me paraît. Monsieur, que ee qui a persuadé les anciens chrétiens et les Pères de l’Eglise que les oracles avaient cessé après l’incarnation du Fils de Dieu, c’est qu’ils voyaient cette merveille de leurs yeux. Qu’avaient-ils besoin d’autres preuves? Us vivaient dans le temps même que les oracles tombaient en ruine. Us les faisaient cesser eux-mêmes par le signe de la croix et l’invocation du nom de Jésus-Christ. 11s entendaient les païens qui se plaignaient de celte cessation si surprenante pour eux, et qui en recherchaient la cause. Us n’ignoraient pas que quelques-uns de ces païens avouaient que ce silence procédait de ce que Jésus Christ était adoré et reconnu dans le monde. Cet aveu les confirmait dans leur sentiment. Voilà ce qui les a persuadés et convaincus de cette vérité, d’une manière à n’en pouvoir douter un seul moment. Pour les chrétiens qui sont venus après eux, et pour nous qui croyons aussi cette merveille, nous la croyons sur le témoignage de ces témoins oculaires, de ceux mêmes dont Dieu s’est servi pour l’opérer; gens dont nous connaissons d’ailleurs la capacité, les lumières et la sainteté éminente. 11 est vrai qu’à l’exemple de ces grands hommes, nous nous servons aussi du témoignage de Porphyre et des autres païens qui ont été obligés île reconnaître cette vérité. Et pourquoi ne profiterions-nous pas de l’aveu de nos plus grands ennemis? Après le témoignage des yeux et des oreilles, y en-a-t-il de plus sûrs et de moins suspects?
Mais c’est le démon, selon nous, qui a rendu cet oracle rapporté par Porphyre.
Premièrement nous ne nous appuyons pas sur cet oracle seul. Nous avons une infinité d’autres autorités, et celle de Porphyre même qui parle de son chef dans l’endroit que je vous ai cité de lui après Eusèbe. Secondement, qu’importe que le démon ait rendu cet oracle dont vous parlez ? Est-ce la première fois qu’il a été obligé de rendre témoignage à la vérité? Ne l’a-t-il pas fait à l’égard de Jésus-Christ et des apôtres (1)? N’a-t-il pas avoué à saint Antoine, au rapport de saint Athanase (Vit. S. Ant.), qu’il était contraint d’abandonner tous les lieux et toutes les villes dont il s’était emparé, parce qu’elles se remplissaient de chrétiens? A quoi le saint
(1) Marc. i,23, 21,25 : Et eral in synagoga eornm homo in spiriln iminundo ; et exclamavii dicens : Quid nobis et libi, Jesti Nazarene? Veuisli perdere nos? Scio qui sis, sanclus Dei Et comminatus est ei Jésus, dicens : Obinutesee, etexide homme; et discerpens eum spiritus immuudos et exclamaus voce magna, exiit ab eo. Ad. xvi, ttj : Factum est aulem eunliims nobis ad oratumem, puellam quamdam habentem spiiïtura Pyihonem obviare nobis, quai quæ-
lui répondit : « Je ne crois pas ce que tu dis, comme si tu étais digne de créance, mais parce que c’est la vérité, que tu es obligé d’avouer, quoique tu sois le père du mensonge. Car il est vrai que Jésus-Christ a ruiné tes forces et renversé ton empire. » Voilà ce que ce grand saint répondit, et ce que nous répondons encore au démon qui a rendu l’oracle dont vous parlez.
Le démon dit donc quelquefois la vérité malgré lui; mais remarquez, s’il vous plaît, que dans cet oracle même il n’oublie pas tout à fait ce qu’il est. Il y joint le mensonge avec la vérité, comme il avait coutume de f lire dans la plupart des autres, selon la remarque de saint Cyprien et de Minutius Félix (2). Il avoue que la plupart des oracles sont muets, voilà la vérité, qui était trop évidente pour être niée; mais il ajoute que cela vient du défaut des exhalaisons et des différents changements qui sont arrivés dans la terre; voilà le mensonge. Il dit aussi qu’il y a trois oracles qui subsistent encore. S’il y a un endroit dans toute sa réponse qui doive être suspect, c’est celui-ci. On ne doit pas attendre de lui qu’il avoue une vérité aussi préjudiciable à ses intérêts et à son honneur, comme est le silence des oracles, sans y ajouter quelque restriction qui diminue sa honte. C’est néanmoins sur cette restriction si suspecte que vous le jugez particulièrement digne d’être cru. Vous la faites valoir beaucoup. Vous vousen servez comme d’une preuve évidente et incontestable contre le sentiment que vous attribuez à Eusèbe; sans faire attention que l’on peut vous faire le même reproche que vous faites aux autres, d’avoir oublié que c'est le démon qui parle, ou tout au moins un fourbe et un imposteur qui ne mérite pas plus de créance.
Voyons néanmoins ce que vous concluez de l’exception de ces trois oracles. Vous accusez Eusèbe de n’avoir pas vu qu’elle ruinait son sentiment, ou, s’il l’a vu, dites-vous, il a peut-être cru que cette exception n’était rien, et qu'il suffisait que le plus grand nombre d’oracles eussent cessé. Mais, continuez-vous, cela ne va pas ainsi. Si les oracles ont été rendus par les démons que la naissance de Jésus-Christ ait condamnés au silence, nul démon n’a été privilégié. Qu’il soit resté un seul oracle après Jésus-Christ, il ne m’en faut pas davantage. Ce n'est point sa naissance qui a fait taire les oracles. C’est ici un des cas où la moindre exception ruine la proposition générale.
Eusèbe, Monsieur, n’a point dit que la naissance de Jésus-Christ ail condamné les démons au silence, dans le sens que vous donnez à celte proposition, comme je crois
sium magnum præstabat dominis suis divinando. Hæc subsecuta Paulum et nos clamabat dicens : Isii homines servi Dei excelsi sunt, qui annumianl vobis viam salmis, etc,
(2) Cyprian., I. de idol. Van. : « Oracula efficiunt, faba veris semper involvunt. » Minuiios Félix iu Oclav. : « Oracula efliciunt falsis pluribus invo luta . >
1121 REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE
vous Lavoir prouve dune maniéré fort claire; mais il a dit que les oracles avaient cessé après la naissance du Sauveur du monde, après que son Evangile a été annoncé, après que les hommes Font reconnu et embrassé. 11 a attribué cette cessation miraculeuse à son pouvoir et à celui qu’il a donné à ses disciples pour prêcher son Evangile et établir sa religion sur les ruines du paganisme, malgré toutes b s oppositions du monde et de l’enfer. Mais comme le christianisme n’a pas été établi tout d’un coup dans toutes les parties de l’univers, aussi les oracles et toutes les autres superstitions <ie l’idolâtrie n’ont pas cessé partout dans le même temps. A présent il y a encore des pays où les idolâtres consultent le démon, à peu près de la même manière que les Grecs et les Romains le faisaient dans leurs oracles avant la naissance de Jésus-Christ. Malgré cette exception, néanmoins, ne dit-on pas, et ne dites-vous pas vous-même, qu’à présent les oracles ont cessé, parce que la plupart ont été abolis en effet depuis longtemps, et que nous ne douions pas que, lorsque la foi sera établie dans ces pays idolâtres dont nous parlons, leurs oracles ne deviennent muets comme tous les autres, et que les démons n’en soient chassés, comme ils l’ont été partout ailleurs, et le sont encore tous les jours, par le pouvoir de Jésus- Christ, l’invocation de son nom et le signe glorieux de sa passion. Ainsi Eusèbe a eu raison de ne point s'inquiéter de cette exception que vous lui objectez, parce que, bien loin de ruiner son sentiment, comme vius le prétendez, elle le fait connaître, elle l’établit, elle le confirme et fait voir clairement combien vous avez eu tort de lui en attribuer un autre.
Cuap. ix. — Du traité cle Plutarque sur le silence des oracles. On y trouve une preuve authentique de ce que les Pères de l'Eglise ont enseigné sur ce sujet. On y voit que , cent ans environ après la naissance de Jésus-Christ , la plupart des oracles avaient déjà cessé. Il se rendait encore des oracles à Delphes du temps de Cicéron. Fausseté de la conjecture qu'apporte l'auteur de l'Histoire pour expliquer le silence des oracles. En quel état se trouvaient, du temps de Plutarque , les temples où ils étaient établis.
Vous parlez ensuite du traité de Plutarque
(1) Voici le passage dont il s’agit : il est tiré du second livre de la Divination : « Sed, qtiod capot est, cur isto modo jam oracida Delphis non ednnlur, non modo nosira ætate, sed jam din, jam ut nihil possit esse contemplins? t Cicéron avait cité immédiaiemenl auparavant lesoracles rendus en vers à Crésus et à Pyrrhus. Et c’est de cetie sorte d’oracles qui se rendaient en vers qu’il parle, lorsqu’il dit qu'il ne s’en rendait plus en cette manière : isto modo; et cela depu.s longtemps : jam diu, ce qui se rapporte à ce qu’il avait dit que, dès le temps de Pyrrhus, Apollon avait cessé de rendre ses oracles en vers. Pvœierea Pyrrhi lemporibus jam Apollo versus fucere desierat. Ce qu'il ajoute ensuite marque encore la meme chose. Au reste Plutarque répond à cette ob-
sur la cessation des oracles. Vous dites que bien des gens sur ce seul titre ont formé leur o pi ni n et pris leur parti. C’est par l’ouvrage même, Monsieur, qui répond parfaitement bien à son litre, que tous ceux qui ont un peu de lecture et de bon sens ont été entièrement confirmés dans le sentiment général de tous les chrétiens, que les oraeles ont cessé après la naissance de Jésus-Christ. Et peui-on avoir une preuve plus convaincante de ce que les Pères de l’Eglise nous ap: minent sur ce sujet, que l’ouvrage de ce ph losophe? Les autres païens n’ont paré qu’en passant et en assez peu de mots de cet événement, qui les surprenait tous; mais celui-ci en fait exprès un traité dans toutes les formes. Il recherche avec application les causes de ce silence, et ou voit combien il est embarrassé d’en trouver qui aient quelque vraisemblance et qui le satisfassent. N’esl-ce pas une chose admirable, que, cent ans environ après la mort de Jésus-Christ, de toute cette multitude d’oracles qui étaient dans le monde, la plupart, de l’aveu même de ce philosophe, qui en était admirateur passionné, n’aient déjà plus rendu de réponses, quoique les temples où elles s<> rendaient subsistassent encore dans tout leur éclat? Peut-on ne pas reconnaître en cela le pouvoir de celui qui était venu sur la terre pour renverser l’empire du démon et ruiner toutes ses œuvres? Voilà ce que l’on trouve dans le traité de Plutarque, et les savants ont raison d’y renvoyer les incrédules, pour les convaincre, par le témoignage de ce païen, de ce qu’ils ne veulent point croire sur l’autorité des Pères de l’Eglise. Quoi que vous puissiez dire au contraire, tandis que ce livre subsistera, il sera un monument et une preuve éclatante du silence des oracles après la naissance de Jésus-Christ.
Vous disputez après cela contre votre auteur touchant un passage de Cicéron (1), qu’il entend des oracles qui se rendaient en vers. D’abord, vous prétendez qu’il doit s’en- Icndre de loute sorte d’oracles tant en vers qu’en prose. Ensuite vous êtes obligé, après cet effort inutile, de vous rendre à son sentiment. Vous avez raison, l’oracle de Delphes rendait encore des réponses du temps de Cicéron : on en a un grand nombre de preuves (2j. Aussi le Sauveur du monde n’avait pas encore paru : il n’avait pas encore fait éclater son pouvoir par l’établissement miraculeux de son Eglise. Jamais, comme
jeelion de Cicéron, en faisant voir par plusieurs exemples qu’il produit dans le livre qu’il a f ût Mtr ce sujet, que de tout temps l’oracle de Delphes a répondu souvent en prose, et que de son temps il répondait encore quelquefois eu vers.
(2) Comme ce que Cicéron fait dire à son frère Quinliis dans le i«r livre de la Divination , que l’oracle de Delphes était alors moins illusire, à cause que la vérité de ses réponses avait moins d’éclat et Je réputation. Ce qui suppose que cet oracle répondait encore. L’exemple de Cicéron lui-même qui * n reçut une réponse rapportée par Plutarque ; celui d Appius qui c nsulla le même oracle durant la guerre d» l’harsate, etc.
Eusèbe le remarque dans les passages que nous en avons rapportés, il n’est arrivé avant sa naissance que les oracles soient demeurés muets, comme ils ont fait après, au grand étonnement des païens.
Vous ne pouvez néanmoins vous résoudre à reconnaître cette vérité , que les païens mêmes ont avouée, et sous prétexte de les concilier entre eux, vous dites que le silence des oracles dont ils ont parlé pourrait bien venir de quelque accident qui aurait ruiné leurs temples. Sur quoi vous rapportez ce que dit Plutarque, qu’anciennement un dragon s’était venu loger sur le Parnasse et avait fait déserter l’oracle de Delphes. Vous ajoutez qu’il fut pillé ensuite par un brigand descendu de Phlégyas , par l’armée de Xerxès, par les Phocéens , par Pyrrhus, par Néron, enfin par les chrétiens sous Constantin. Par là vous faites entendre assez clairement que la même chose pourrait bien être arrivée dans le temps que les païens parlaient du silence de leurs oracles , et que
f»ar conséquent on ne doit l’attribuer qu’à a ruine des temples et des villes où ces oracles se rendaient auparavant. L’explication est heureuse ; mais si elle était vraie, il me semble que les païens auraient eu grand tort d’être surpris de ce silence. Estil étonnant qu’il n’y ait plus d’oracles où il n’y a plus de temples ni de villes , et où tout est déserté et ravagé ? Pourquoi chercher bien loin des raisons de ce silence, comme ils ont fait avec tant de soin et d’inquiélude , puisqu’ils en avaient une si sensible et si palpable devant les yeux? Pourquoi Plutarque s’en prend-il tantôt aux dieux, tantôt aux démons et tantôt au défaut des exhalaisons de la terre , ainsi que Porphyre et Julien l’Apostat ont fait après lui , et jamais à la ruine des temples et aux ravages de la guerre? Se serait-il jamais avisé de composer un traité philosophique sur la cessation des oracles , s’ils n’avaient cessé que par quelque accident pareil? Les chrétiens auraient-ils jamais eu la hardiesse de reprocher ce silence aux païens, et de s’en servir comme d’une preuve évidente de la faiblesse de leurs divinités et de la puissance toute divine de Jésus-Christ ? Enfin où sont les auteurs qui ont parlé de ces accidents arrivés , après la naissance du Sauveur du monde, à la plupart des temples où les oracles se rendaient? Qui sont ceux qui les ont { iilés et saccagés en ce temps-là? Direz-vous que ce sont les chrétiens, eux qui, bien loin d’être en état de renverser les temples des idoles , pouvaient à peine garantir leur vie de la fureur des persécutions?
Mais, pour ne point perdre le temps à réfuter une imagination aussi fausse et aussi chimérique que celle-là, ne reconnaissezvous pas, Monsieur, que, du temps de Plutarque, le lemplé de Delphes était plus magnifique que jamais ( Plutarch ., lib. de Pythiœ orne) ; qu'on en avait relevé d'anciens bâtiments que le temps commençait à ruiner, et quon y en avait ajouté d’autres tout modernes. Que même on voyait une petite ville ,
qui, s’étant formée peu à peu auprès de Delphes, en tirait sa nourriture , comme un petit arbre auprès d’un grand, et que cette petite ville était parvenue à être plus considérable qu’elle n’avait été depuis mille ans. Nous pouvons donc juger par là de l’état où se trouvaient alors les temples à oracles, et en même temps du peu de solidité de la conjecture que vous apportez ici pour expliquer leur silence.
Chap. x. — Quelque durée que l’on puisse donner à quelques oracles, elle ne peut préjudicier au sentiment des Pères de l’Eglise sur leur silence. Les preuves sur lesquelles M . de F ontenelle appuie cette longue durée ne sont pas mieux choisies. Il ne serait pas surprenant quand , après la cessation des oracles, on trouverait encore des auteurs qui en produiraient des réponses. Pourquoi les oracles , après avoir cessé durant quelque temps, ont pu rendre encore des réponses.
Vous faites ensuite l’histoire de la durée de l’oracle de Delphes et de quelques autres. Vous poussez celui de Delphes jusqu’à Julien l’Aposlat , et celui du dieu d’Hél iopolis jusqu’au temps d’Arcadius et d’Honorius. Je veux que votre supputation soit juste. Qu’estce que cela fait contre le sentiment des Pères de l’Eglise, quand on le connaît et que l’on sait qu’ils n’ont pas assigné le temps de la naissance du Sauveur du monde pour le moment précis du silence universel de tous les oracles, mais seulement pour le commencement de la décadence et de la ruine dans laquelle ils sont tombés depuis? Il suffit, pour vérifier leur sentiment, qu’ils aient cessé après que Jésus-Christ a été connu des hommes, et à mesure que la religion chrétienne s’est établie dans le monde. Or c’est ce qui est indubitable et ce que vous êtes obligé de reconnaître vous-même, quelque longue durée que vous puissiez leur donner.
Examinons néanmoins quelles sont les autorités que vous employez pour prouver leur longue durée après la naissance de Jésus- Christ. 11 me paraît qu’elles ne sont pas des mieux choisies ; par exemple , celle de Phi- 1 strate, dans la Vie d’Apollonius de Tyaries, où l’on sait que cet auteur païen , pour obscurcir la gloire du Sauveur du monde et l’éclat de ses miracles, n’a point fait de difficulté d’inventer les fables les plus ridicules et de mettre en œuvre les faussetés les plus insignes. Ne reconnaissez-vous pas vousmême que, dans ce qu'il dit de l’Apollon de Delphes, il pourrait bien y avoir du venin contre les chrétiens ? Est-ce donc d un tel homme, et dans un semblable ouvrage, que l’on doit attendre un aveu sincère du silence des oracles, silence si honteux et si préjudiciable au paganisme , si glorieux à Jésus- Christ et si avantageux à la religion chrétienne ?
L’autorité de ce prêtre de Tyanes , qui demande à l’imposteur Alexandre si les oracles de Didyme, de Claros et de Delphes, sont vrais, n’est pas meilleure. L’imposteur n’ose lui répondre sur ce sujet : il lui dit qu’il u’est
REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FON I ENELLE
pas permis de le savoir. S’il s’en fût encore rendu, de quelque nature qu’ils pussent être, aurait-il fait difficulté de le dire et de les reconnaître pour légitimes, afin de rendre plus croyables ceux qu’il supposait à son Esculape ?
ii est vrai que Julien l’Apostat reçut des réponses de l’oracle de Delphes, qu’il fit tous ses efforts pour remettre sur pied. Mais estil surprenant que, employant la magie et les enchantements les plus détestables pour évoquer le démon , il en soit venu à bout? A présent que les oracles sont entièrement abolis, un magicien ne peut-il pas faire la mêrtie chose ? Pourrait-on conclure de là que les oracles subsistent encore; n’avez-vous pas vu, dans le passage que je vous ai cité de cet empereur, qu’il avoue lui même que tous les oracles avaient cessé, et qu’il n’y avait plus que la magie qui pût suppléer à leur défaut.
Enfin, quand, après l’extinction de la plupart des oracles, arrivée certainement avant l’empire de Constantin, il se trouverait quelque auteur païen de ce temps-là qui en parlerait encore et qui rapporterait de leurs réponses, il ne faudrait pas s’en étonner. Ils avaient duré plqs de deux mille ans. Pendant cette longue suite de siècles, ils avaient rendu une infinité de réponses. Les temples où les démons les avaient rendues subsistaient encore : les sacrifices et toutes les autres cérémonies païennes s’y faisaient à l’ordinaire. 11 était fort naturel que plusieurs fussent encore dans la pensée qu’ils continuaient à prédire l’avenir. Toute sorte de raisons engageaient les païens à le croire, et même à supposer de fausses réponses au défaut des véritables.
J’ajoute de plus qu’il ne faut pas croire que le démon, chassé uae fois d’un oracle, n’ait pu y retourner une seconde et une troisième, surtout lorsqu’il a été rappelé par des gens qui lui étaient dévoués, et qui employaient tout ce qu’il faut pour l’obliger de revenir. Il lui était sans doute bien fâcheux de quitter ses anciennes demeures, où il avait joui si paisiblement, durant tant de siècles , des honneurs divins qu’on lui rendait. 11 ne les quittait donc qu’à regret , et faisait souvent ses efforts pour s’y rétablir. Mais enfin il en a été si souvent chassé par les chrétiens qui se multipliaient tous les jours, si mal reçu et si mal mené, qu’il s’est vu contraint de leur abandonner le champ de bataille et de tourner ailleurs ses pernicieux desseins.
(!) Hesterni sumus.et vestra omnia iniplevimus, urbes, imulas , castella , municipia, conciliabula, castra ipsa, tribus, decurias, senalum, forum. Sola vobis relinquimus tenipla. Apotog. tu quem euim aliurn uuiversæ gentes credideruni , nisi in Cliristuin qui jam venit? Cui enim et aliæ gentes credideruni, Parlhi, Medi, Elainilæ et qui inhabitant Mésopotamiam, Armeniam, Phrygiam, Cappadociam, et incolentes Pontum et Asiam et Pamphyliam ; immorantes iEgyptum , et regioneua Al'ricæ quæ est trans Cyrenein inhabitantes? Romani et ineolæ ; lune et in Ilierusalem Judæi et cæteræ gentes ; ut jam Geluloruni var-ietales et Maurorum mulli fines ; Hispaniarum
Mais il est inutile que je m’arrête plus longtemps sur ce sujet. Il suffit, quelque interruption ou quelque durée que vous donniez aux oracles , que vous reconnaissiez qu ils ont cessé après la naissance de Jésus- Clirist et la prédication de son Evangile, ainsi que les Pères de l'Eglise l’ont assuré, et que cet événement ne puisse être attribué qu’à sort pouvoir sur les démons, et à celui qu’il a laissé à ses disciples et à son Eglise, de les chasser en son nom. C’est ce que je vous ai fait voir d’une manière qui me paraît assez claire et as^ez évidente. Néanmoins, comme vous attribuez cet événement miraculeux à d’autres causes, je crois devoir les réfuter en peu de mots, pour vous ronvaincre toujours de plus en plus de la vérité de celle que les Pères de l’Eglise ont rapportée.
Ciiap. xi. - - Réfutaiion des causes du silence des oracles , rapportées par l'auteur de i H istoire. On ne peut pas l'attribuer aux édits des empereurs chrétiens contre l'idolâtrie. La plupart des oracles ont cessé avant l'empereur Constantin. On doit plutôt attribuer la décadence de l'idoillrie à la cessation des oracles , que la cessation des oracles à la décadence de l'idolâtrie.
En général, dites-vous, les oracles n'ont cessé qu'avec le paganisme , et le paganisme n'a point cessé à la venue de Jésus-Christ. YTous rapportez ensuite les édits des empereurs chrétiens contre les temples des idoles et toutes les superstitions de l’idolâtrie. Je vous prie d’abord, Monsieur, de faire attention qu’avant qu’il y eût des empereurs chrétiens, le christianisme était déjà établi et répandu presque par tout le monde, et que les chrétiens, ainsi que Terlullien l’assure de son temps (1) , remplissaient déjà les villes et les provinces entières, malgré la fureur des persécutions , qui en multipliaient tous les jours le nombre, bien loin de le diminuer. Par là vous reconnaîtrez sans doute que le plus grand miracle du christianisme, qui est son établissement, ne doit pas être attribué aux édits des empereurs chrétiens, ainsi que vous l’insinuez , mais au pouvoir tout divin de Jésus-Christ, qui n’a jamais plus éclaté que dans cet établissement merveilleux , et dans la destruction de l’idolâtrie qui s’y opposait de toutes ses forces.
Pour ce qui regarde eu particulier les oracles, qui étaient le plus fort appui de celle idolâtrie, il est constant , par le témoignage des païens mêmes , que la plupart au moius
omnes lermini, et Galliarum divers naiiones et Brilaimorum inaccessa Romanis loca, Cbrisio vero subdita ; et Sarinatarum et Dacortim et Germanorum et Scytliarum ; ei abditarum multarnin geniiurn, et provinciarum et insularum niullarum nobis ignolaruni et quæ enuinerare minus possunnis? In qui Dus omnibus locis Chrisli nomen qui jam venit , régnai, ulpote ante qnem omnium civilalum portæ sunl apertæ, et cui nuilæ sunt clausæ ; ante quem seræ ferreæ sunt comminutæ et valvæ æreæ sont apertæ. Adversus Juda’os. Terlulliano adjunge Origenem inil. 1. iv de Princip., et Plinium Secondent , Epislolarum I. x, ep. ad Trajanum, de Gluislianis,
ne rendaient déjà plus de réponses longtemps avant l’empereur Constantin, quoique les temples de faux dieux, les sacrifices et toutes les autres superstitions subsistassent toujours. Si vous voulez bien faire réflexion à cela, vous avouerez qu’il est bien plus raisonnabled’attribuer, au moins en partie, l’extinction du paganisme à la cessation des oracles, que la cessation des oracles à l’extinction du paganisme.
En effet, une fausse religion comme cellelà, qui autorisait les plus grands crimes par l’exemple des dieux qu’elle adorait, qui exigeait des sacrifices de chair humaine, qui ordonnait des jeux et des fêtes remplies des plus grandes infamies, et dont les plus saints et les plus sacrés mystères ne contenaient que des abominations et des obscénités détestables ; une religion qui, dans ses dogmes et son culte, choquait évidemment la raison et les bonnes mœurs, ne pouvait naturellement subsister sans être soutenue par des espèces de prodiges et de merveilles qui fascinassent en quelque sorte ses sectateurs, et leur fissent fermer les yeux à l’extravagance et à la brutalité de leurs superstitions. Ces merveilles et ces faux prodiges se trouvaient particulièrement dans les oracles. On y voyait des prédictions de l’avenir qui s'accomplissaient souvent; des malades qui guérissaient par des remèdes inouïs, qu’ils avaient appris et reçus en dormant, des apparitions des divinités prétendues que l'on venait consulter; des prêtres et des prêtresses transportés d’une fureur qui paraissait être toute surnaturelle et toute divine, et une infinité d’autres merveilles semblables. Voilà ce qui soutenait l’idolâtrie et qui lui donnait un dehors éblouissant qui entretenait les peuples dans la séduction.
Mais, lorsqu’après l’incarnation du Fils de Dieu toutes ces illusions du démon eurent été dissipées par le pouvoir du Verbe incarné, et que l’idolâtrie fut dépouillée de tout ce qu’elle paraissait avoir à l’extérieur de merveilleux et de divin, l’extravagance de ses superstitions parut aux yeux de tout le monde dans toute sa monstrueuse difformité : surtout lorsque l’on vint à la comparer à la sainteté du christianisme et aux véritables miracles dont il a toujours été autorisé, entre lesquels ce pouvoir admirable qu’avaient les chrétiens de faire taire les démons ou les dieux du paganisme, de leur faire avouer leur imposture, de les confondre et de les chasser en mille manières, a été sans doute un des plus éclatants et des plus efficaces pour désabuser les païens. Dès lors le paganisme, rendu à luimême, et destitué de tous les faux prodiges qui le soutenaient, est allé en décadence et a été abandonné par ses plus zélés sectateurs. Ainsi, bien loin que la décadence du paganisme ait été la cause de la cessation des oracles, c’est au contraire le silence où les oracles ont été réduits par les chrétiens qui a contribué beaucoup au renversement du paganisme.
Chap. xii. — On examine ce que M. de Fonlenelie avance, que, quand l’idolâtrie n’eût pas dû être abolie , les oracles néanmoins eussent pris fin. Quelles sont les raisons qu'il en apporte. Réfutation de la première, qu’il tire des fourberies et des crimes des prêtres des idoles. Réponse à la seconde, qu’il tire des railleries que quelques philosophes faisaient des oracles. Apres la naissance de Jésus-Christ, les philosophes , et les épicuriens mêmes, ont été entêtés plus que jamais des oracles. Ils y ont ajouté, pour la plupart, la magie et les enchantements. Explication d’un passage de Plutarque mal entendu par l’auteur de l'Histoire.
Mais vous allez encore plus loin ; car. comme si vous appréhendiez qu’il ne revînt quelque gloire et quelque avantage à la religion chrétienne de la cessation des oracles, vous entreprenez de prouver que, quand le paganisme n'eût pas dû être aboli , les oracles néanmoins eussent pris fin. Vous en apportez trois raisons : vous tirez la première du mépris où ils tombèrent, par le peu d’importance des affaires sur lesquelles on les consultait après la naissance de Jésus-Christ, et du peu d’estime que les Romains, devenus les maîtres de la terre, en faisaient; la seconde, du grand tort que leur firent trois sectes de philosophes, les cyniques, les péripatéliciens et les épicuriens , qui travaillaient continuellement , dites-vous , d désabuser le monde de leurs fourberies; la troisième, enfin, de ces mêmes fourberies qui étaient trop grossières pour n’être pas enfin découvertes.
Je vous ai déjà fait voir que l’on ne pouvait attribuer qu’aux démons les fourberies et les impostures qui étaient dans les oracles, et que si les prêtres des idoles en eussent été les auteurs , elles n’auraient pas subsisté plus de deux mille ans, ni tardé si longtemps à être découvertes. Les crimes de ces prêtres dont vous parlez ici ne se sont pas toujours commis dans des temples à oracles, et ces prêtres n’ont pas commencé à commettre ces crimes après la naissance du Sauveur du monde. Hérodote, que vous citez, en est une bonne preuve (Hist. lib. i). Et si, malgré toutes ces infamies, les oracles et l’idolâtrie n’ont pas laissé que de subsister dans tout leur éclat avant l’incarnation du Fils de Dieu, vous n’avez pas raison de dire que ce sont ces mêmes fourberies et ces mêmes abominations qui les ont fait cesser après sa naissance.
Je vous ai fait voir aussi que toutes ces trois grandes sectes de philosophes qui se moquaient des oracles , se réduisaient à quelques cyniques et à quelques épicuriens en très-petit nombre, dont l’autorité était très-méprisable parmi les anciens, et certainement infiniment moins considérable que celle de tous les autres philosophes, et en particulier des platoniciens et dos stoïciens, qui soutenaient les oracles de toutes leurs forces, et traitaient d’impies et d’athées
REPONSE A L’iilSTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE. 11Ô0
ceux, qui ti’y ajoutaient pas foi. Depuis la naissance du Sauveur du monde , tous les philosophes en ont été plus entêtés que jamais. Ils les ont soutenus avec ardeur, pour défendre la cause commune de leur religion cj u i tombait en décadence. Les épicuriens mêmes , oubliant dans cette occasion les principes et les intérêts de leur secte, les faisaient valoir autant qu'ils pouvaient, comme on le voit par l’ouvrage de Gelse, où cet épicurien ( Apud Origen., lib. vu) oppose aux. prophètes de l'Ancien Testament que les chrétiens produisaient, pour prouver la vérité du christianisme, les oracles de la Grèce qu’il exalte beaucoup au-dessus de ces prophètes, et dont il parle en homme persuadé de leur excellence et des grands avantages que l’on en avait retirés.
Cet entêtement des philosophes pour les oracles et la divination allait alors jusqu’à la folie. Ils y ajoutaient, la plupart, la magie et les enchantements, qu’ils regardaient, ainsi que les oracles, comme des faveurs extraordinaires des dieux et des arts tout divins. Pour être convaincu de ce que je dis, il n’y a qu’à lire les vies de ces philosophes écrites par Eunapius, et se souvenir quelles gens c’étaient, entre autres, que Porphyre, Jamblique, Ædesius, Chrysanthe, Maxime, Julien l’Apostat, et quels étaient les dogmes et les mystères de leur philosophie théurgique. De là il sera aisé de conclure que ce n’est pas non plus au mépris que les philosophes ont fait des oracles avant ou après la naissance de Jésus-Christ, qu’il faut attribuer leur decadence et ensuite leur extinction.
Au reste, Monsieur, vous dites, en parlant des méchants vers dont les oracles étaient composés, que ces philosophes se moquaient de ceux qui, par un certain raisonnement qui se renversait , eussent conclu également que les vers étaient d'un dieu, soit qu’ils eussent été bons, soit qu'ils eussent été méchants. Ce n’est point là l’argument renversé dont parle Plutarque (Lib. de Pith œ Oraculis ), de qui vous avez tiré cette réflexion et le trait d’histoire dont vous l’accompagnez. Voici ce que c’est : il introduit dans un de ses dialogues un épicurien, qui répond à ceux qui disaient qu’il ne fallait pas s’étonner si les vers des oracles péchaient contre les règles ordinaires de la poésie, puisqu’ils venaient d’Apollon, qui était au-dessus de toutes les réglés, que cis défauts et celle négligence même étaient une preuve qu’il eu était l’auteur. A quoi l’épicurien réplique que d’autres peut-être , en renversant cet argument, pourraient conclure avec plus de raison que les oracles ne viennent pas d’Apollon, puisqu’ils sont si défectueux et si contraires aux règles de la poésie. Les piemiers argumentaient ainsi : Ces vers viennent d’Apulion, donc il uYst pas surprenant qu ils pèchent contre les régies de la poésie, parce que Apollon est
(1) Cicero, 1. u de Divin. : < lia enim cum niagis pi opérant eoncludere soient : Sidiisunt, esulivinaiio;
D;cîiom des sciences occultes. 11.
au-dessus de toutes ces règles. L'épicurien renversait l’argument et disait : Ces vers pèchent contre les règles de la poésie, donc i! est visible qu’ils ne viennent pas d’Apoilun, le père et le d;eu de la poésie. Prenez la peine de relire cet endroit de Plutarque : vous reconnaîtrez, si je ne me trompe, que vous n’avez pas pris sa pensée, ni bien conçu ce que c’est qu’un argument renverse. Vous pouviez néanmoins en avoir vu un exemple tout semblable dans Cicéron sur la même matière (1); mais ce n’est là qu’une bagatelle.
Chap. xiii. — Béfutalion de la troisième raison rapportée par M. de Fontenelle, pour expliquer la cessation des oracles. Avant lu naissance de Jésus-Christ on a consulté les oracles sur des araires d’aussi petite importance qu’après. Apres celle même naissance, on les a consultés sur des u flair i s pour le moins uussi importantes qu auparavant.
Je viens donc à votre troisième raison, par laquelle vous prétendez montrer que , quand le paganisme n’eût pas dû être aboli, les oracles n’eussent pas laissé que de cesser. Vous la tirez, comme j’ai dit, du peu d’importance des affaires sur lesquelles on les consultait après la venue de Jésus- Chris!, et du mépris que les Romains en faisaient. Je réponds à cela en deux mots , et je dis qu’avant la naissance du Sauveur du monde on a consulté les oracles sur des affaires d’aussi petite importance, et après sa naissance sur des affaires pour le moins aussi importantes qu’auparavant , et par conséquent que ce n’est point là la cause de leur cessation et de leur ruine.
Pour en être convaincu, il n’y a qu’à se souvenir que toutes sortes de personnes allaient en louie les consulter sur leurs affaires. Ainsi , si les princes et les républiques y allaient pour leurs affaires et leurs entreprises, qui étaient souvent importantes, les particuliers, qui sont toujours eu beaucoup plus grand nombre, y allaient aussi pour le leurs, qui ne pouvaient être que de très-petite conséquence. De plus, il n’y y qu’à parcourir les oracles qu'Eusèhe et les autres auteurs anciens et nouveaux ont ramassés : on en trouvera un grand nombre rendus à des particuliers sur leurs mariages, sur leurs enfants, leuis voyages, leurs maladies, leur tralic et mille autres bagatelles. C’est de là qu’Eusèhe (Prœp. JSvang., lib. v) lire un argument, après LEnomaùs. pour prouver que les oracles ne pouvaient venir de Dieu ni des bous génies. 11 montre dans le 21)' chapitre qu’ils ne répondaient le plus souvent que sur des niaiseries; dans le suivant, qu’ils ne donnaient que des réponses triviales; dans les autres, qu’ils louaient des fripons et des scélérats, comme le poêle Archiioque et i’alloète Cléomède. Enfin, après la venue de Noire-Seigneur,
sunt aulem dii ; est ergn divimuio. JIullo est probati.lius ; Non est aulem divuiatio; non mni ergo dii. >
on a consulté les oracles sur des choses pour le moins aussi importantes qu’auparavant, tandis qu’ils ont subsisté, et dans le temps même de leur décadence et de leur ruine. C’est ce qui se voit par les empereurs romains et les personnes de la première considération parmi eux, qui les ont interrogés sur leurs entreprises et les destinées même de l’empire. J’en rapporterai des exemples un peu plus bas, et il est aisé d’en voir un grand nombre dans Suétone , Tacite , Sparlien , Xiphilin et les autres historiens romains. Ce n’est donc pas le peu d’importance des affaires sur lesquelles on les a interrogés après la venue de Notre-Seigneur, qui a été la cause de leur cessation.
Chap. xiv. — Les Romains , bien loin de mépriser les oracles, y ont été fort attachés. Première preuve tirée de l'entêtement qu'ils avaient pour toute sorte de divinations, pour leurs augures, leurs aruspices et leurs livres sibyllins. Il y en avait qui de toutes ces sortes de divinations n'estimaient que les oracles. Les Romains adoptaient toutes les superstitions des nations étrangères. Ils attribuaient à cette prétendue piété la prospérité de leurs armes et la gloire de leur empire. Pourquoi, de toutes les religions, il n'y a eu que la véritable qu'ils n'aient pas voulu recevoir.
Je ne vois pas enfin ce qui a pu vous persuader que les Romains n’estimaient pas les oracles. La preuve que vous en apportez est qu’ils étaient attachés à leurs augures et à leurs aruspices. Cela est vrai; mais l’un n’empêche pas l’autre, comme on le voit par les Grecs mêmes , qui n’étaient pas moins attachés à toutes ces superstitions qu’à leurs oracles. Au contraire, l’attachement que les Romains avaient à leurs augures et à leurs aruspices les portait naturellement à en avoir beaucoup pour les oracles. Tous ces devins qui étaient parmi eux dans une si haute considération montrent l’estime infinie qu’ils faisaient de la divination, et la passion qu’ils avaient de connaître l’avenir. Ils n’avaient donc garde de mépriser les oracles, qui en promettaient une connaissance beaucoup plus claire et plus certaine, etqui, par toutes les circonstances qui les accompagnaient, paraissaient avoir quelque chose de plus surprenant et de plus divin.
D’ailleurs ils ne pouvaient être attachés à
(1) Cicero, 1. i de Divin.. « Ilis igitur assentior qui duo généra divinationis esse dixerunt : umnn , quod parliceps esset ariis; alterum, quod acte careret... C.areni auiem aile qui non ralione aut conjectura observatis ac notatis signis , sed concitatione quadam animi aut soluto bberoque moiu futura præseniiunt; quod et somniantibus sæpe contingit et nonnunquam vatic'mantibusperfurorem, utBacchis Bœotius, ut Epimenides Cres, ut sibylla Erylhræa. Cujus geueris oracula eliam hahenda sunt , non ea quæ æquatis sortibus ducuntur, sed ilia quæ insiinctu divino afllatuque fundunlur. >
(2) Idem, 1. n de Divin. : < Non ignoro, Quinte, te semper ita sensisse, ut de eæteris divinandi generibus dubilares : isla duo furoris et somnii , quæ a libéra mente fluere videnlur, probares.
leurs livres sibyllins, qu’ils ne le fussent aussi aux oracles , puisqu’ils reconnaissaient , comme vous le pouvez apprendre de Cicéron (1), que les uns et les autres venaient de la même cause, c’est-à-dire de l’enthousiasme et de la fureur divine. Bien plus, il y avait des Romains qui méprisaient l’artdesaugures et des aruspices, et qui, de toutes les sortes de divinations, n’estimaient et ne reconnaissaient pour vraies que les oracles , comme, entre autres, Quintus (2), le frère de Cicéron, qui n’était pas sans doute seul de son sentiment. Ce n’est donc pas l’attachement que les Romains avaient à leurs augures et à leurs aruspices qui leur a fait mépriser les oracles.
Vous objectez que les oracles étaient grecs d’origine. Cela peut être vrai , quoique je puisse vous en montrer en Italie d’aussi anciens à peu près que ceux qui étaient dans la Grèce, comme, entre aulres, celui de Faunus dont parle Virgile (3) et celui de Mars, duquel Denis d’Halicaruasse (4) fait mention, dans le premier livre de ses Antiquités romaines. Mais quand cela serait certain, n’était-ce pas la coutume ou la politique des Romains d’adopter toutes les divinités et toutes les superstitions des Grecs et des Egyptiens? Isis , Anubis , Osiris , Sérapis n’avaient-ils pas droit de bourgeoisie dans Rome? N’y avaient-ils pas des aulels , des temples (5) et des prêtres? D’où avaient- ils tiré leur Bonne Déesse (6) et ses mystères, si ce n’est de Pessinunte enPhrygie, où ils avaient envoyé une célèbre ambassade pour l’amener à Rome? Esculape (7), à qui ils avaient élevé un fameux temple dans l’Ile du Tibre, ne venait-il pas d’Epidaure, où le sénat l’avait envoyé chercher par des députés de considération , après avoir appris de l’oracle de Delphes que c’était celte prétendue divinité qui devait les délivrer de la peste dont ils étaient cruellement affligés ? Vous savez sans doute ce qui se passa en celte occ ision, et comment le faux Esculape se rendit dans le vaisseau des ambassadeurs, sous la figure d’un serpent; les honneurs qu’on lui rendit; les prodiges par lesquels il se signala , et qui doivent obliger les plus incrédules, ou à donner le démenti à tous les historiens romains qui rapportent celte histoire, ou à reconnaître que ce serpent n’était autre chose qu’un démon travesti.
Toutes les superstitions, de quelque pays
(3) Virgil., 1. vu Æneidos :
At rex sollicitus monslris, oracula Fauni Fatidici genitoris adit.
Hinc Italæ gentes oninisque OEuotria tellus In dubiis responsa petuui.
(4) Dinriys. llalicarn., I. i Rom. Antiq., interprète Æmilio Porto : « Tiora vero quæ et Maliera dicilur ad Lrecenlesimum indestadium. In bac aniiquissimmii Marlis oraculum fuisse lerlur, i on absimile illi (ni aiuni) quod Dodonæ quoudam fuisse fabulis proditur. »
(5) SextusRufus et P. Victor, de Regionibus urbit.
(ü) Plinius, I. de Viris illustribus; Herodianus, 1.
llist., cap. 2.
(7) Valerius Maximus, I. i, cap. 8; Plinius, 1. dt Viris illustribus, etc.
qu’elles fussent, étaienldonc très-bien venues à Rome. Les Romains, bien loin de les mépriser, les recevaient avec honneur, et ils attribuaient , selon la remarque de saint Augustin (1), à celle piété si universelle, qu’ils faisaient paraître en les recevant toutes , la prospérité de leurs armes et la gloire de leur empire. 11 n’y avait que la véritable religion et le seul véritable Dieu qu’ils ne pouvaient souffrir : sans doute, dit le même Père, parce qu’ils voyaient qu’en recevant et en adorant celui-ci, il leur faudrait nécessairement rejeter et abandonner tous les autres.
Chap. xv. — Seconde preuve de l'estime que les Romains ont toujours faite des oracles : la manière dont ils en ont parlé , comme Tite-Live , Tacite , V alère-Maxime , Suétone, Pline l'Ancien , Justin, Quinte - Curce , Pomponius Mêla , etc. Cicéron parle des oracles en académicien qui réfute et soutient également le pour et le contre. Son témoignage pour cette raison n'est pas recevable. Jl a consulté l'oracle de Delphes.
A ces réflexions générales, j’en ajoute de plus particulières et qui regardent précisément notre sujet. Je lire la première de la manière dont les Romains ont parlé des oracles dans leurs ouvrages, et je puis vous assurer, Monsieur, que de tous ceux que j’ai lus , je n’en ai vu aucun qui n’en ait parlé avec eslime.
Tite-Live (2) appelle l’oracle de Delphes le plus fameux des oracles du monde, et il rapporte, entre autres , deux de ses réponses, qu’il a eu grand soin d’insérer dans son Histoire, parce qu’elles ont eu toutes deux des suites très-considérables. La première fut rendue aux filsde Tarquin le Superbe, et à Junius Brutus, qui seul, à ce qu’il rapporte, en comprit le véritable sens, et prit de là l’occasion de chasser les rois de Rome et d’établir la république, dont il fut le premier consul. La seconde (3) fut rendue aux ambassadeurs que le sénat, plusieurs années après , envoya encore à Delphes , pour consulter l’oracle touchant le succès de la guerre qu’il avait alors avec lesVéiens, qui furent vaincus, suivant la prédiction d’Apollon , après que l’on eut accompli ce qu’il avait demandé dans sa réponse.
Tacite parle {Annal, lib. n) de plusieurs oracles , et particulièrement de celui de Claros, et il est évident, par la manière dont il en décrit toutes les particularités , et
(1) AngustinUS, 1. 1 de Consensu evangelislarum, cap. 12 : « Solebanl aulem Romani deos genliuin quas subjugabant colendo propiliare et eorum sacra suscipere. Hoc de Deo gémis llebrææ, cum eam vel oppugnaverunl vel vicerunl, facere noliierunt, credo, quod videbant, si ejus Dei sacra reciperent , qui se solum deletis etiam simulacris coli juberet, diniitlenda esse omnia quae prius colenda susceperant, quorum religionibus imperium suum crevisse aibitrabantur. >
(2) Titus Livius , 1. î, decad. I : « Delpbos nd maxime inclylum in terris oraculum nti itéré stamit, neque responsa sorlium ulli alii commiliere ausus, duos lilios per ignotas ea tempestate terras, ignoiiora
par le désir qu’il témoigne qu’eut Germanicus de le consulter, que ni lui ni Germanicus ne le méprisaient assurément pas.
Valère-Maxime paraît partout touché et convaincu de la divinité des oracles. 11 n’en parle qu’avec respect, et en homme persuadé que tout y était l’effet de la puissance deé dieux immorlels. Il rapporte en particulier {Lib. j, cap. 8) l’oracle rendu à Appius par l’Apollon de Delphes, touchant la guerre de Pharsale , et il montre comment cet oracle fut exactement accompli à l’égard du même Appius , qui ri’en comprit pas le sens. Il parle du châtiment d’un certain sophiste, nommé Daphidas, qui avait voulu surprendre le même Apollon de Delphes par ses interrogations captieuses, et qui fut , dit-il , puni de sa folie audacieuse, qui allait jusqu’à vouloir se jouer des dieux.
Suétone {k) rapporte le dessein qu’eut Tibère de ruiner les oracles qui étaient autour de Rome, parce qu’il craignait qu’on ne les consultât sur sa destinée; mais il n’osa, dît-il, exécuter son dessein , effrayé de la majesté des sorts de Préneste , et du prodige qui arriva en cette occasion.
Le témoignage de Pline l’Ancien est surtout digne d’attention. Si cet auteur eût pu soupçonner que les oracles ne fussent que des fourberies des prêtres des idoles, il n’aurait pas manqué de les traiter comme tels, avec le dernier mépris, lui qui se moque des dieux, de la Providence, de l’immortalité de l’âme et de toute sorte d’augures et de présages. Néanmoins, lorsque cet athée parle des oracles (5), il avoue qu’ils prédisent i’avenir pâr le moyen des exhalaisons. Il en apporte pour exemple l’oracle de Delphes, qu’il appelle le plus illustre de tous , et il attribue cette vertu des exhalaisons à la divinité qu’il reconnaît seule, je veux dire à la nature et à la variété de ses productions.
Justin parle {Lib. xxiv, cap. 6-8) d'un grand nombre d’oracles, et rapporte quantité de leurs réponses , mais il s’étend surtout sur celui de Delphes qu’il décrit , et sur le châtiment des Gaulois sous Bronnus, qui entreprirent de le piller. Il ne manque pas d’attribuer ce châtiment et les prodiges qui l’accompagnèrent, à la puissance du dieu qui présidait à cet oracle.
Quinle-Curce {Lib. iv) décrit au long celui d’Ammon, et quoiqu’il soupçonne de flatterie les réponses qui furent données à Alexandre par ies prêtres de cette idole, il ne dit rien de l’oracle qui marque qu’il le méprisât; au
maria in Græciam misiR » etc.
(5) idem, 1. v, decad. 1 : « Sed auclorem levem nec salis tidum super tanta rc Patres rali, decrevere legatos sorlesque oraculi Pylbici exspectandas, etc. »
(4) Suetonius in Tiberio, cap. 65 : « Vicina vero Urbi oracula etiam disjicere conatus est, sed inajeslaie Præueslinaruui sorlium lerrilus desiilil. >
(5) Plinius, 1. Nat. Ilisl., cap. 92 : « Fatidici specus , quorum exhalalione temulemi fulura præcinunt ut Delpbis nobifissimo oraculo. Quibus in rebus quid possil aliud eau sue atterre mortalium quispiam, quant diffusæ pe renne naturæ subinde aliter atque alite? numcii erumpens.
REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE
11 bl
contraire il rapporte certaines circonstances qui témoignent qu’il était persuadé qu’une divinité y présidait.
Pomponius Mêla (1) fait l’éloge de ce même oracle en deux mois lorsqu’il dit qu’il était d'une foi et d’une vérité reconnue. A tous ces auteurs je pourrais ajouter Pline le Jeune, Elien, Aulu-Gelle, Solin, Macrobe et tous les poêles, comme Virgile, Lucain, Ovide , Sénèque , qui tous ont parlé des oracles comme persuadés de leur divinité.
Vous m’opposerez sans doute Cicéron, qui s’en moque dans son second livre de la Divination ; mais faites attention , s’il vous plaît, qu’il les estime et les soutient dans le premier, et que dans l’un et l'autre de ces deux livres il parle en académicien qui, suivant les principes de sa secte, établit et renverse également le pour et le contre, en doutant de tout et n’assurant jamais rien, ainsi qu’il en avertit lui-même (2) au commencement de ce second livre. C’est à quoi il me semble que vous deviez faire réflexion, avant que de vous servir de son autorité, comme vous avez fait en quelque endroit de votre Histoire : elle ne vous aurait pas paru des plus propres pour décider la question dont si s’agit. Je pourrais facilement prouver, par les autres ouvrages de Cicéron où il parle moins en académicien, qu’il n’a pas méprisé les oracles; mais ce qu’il a fait le prouve beaucoup mieux encore que tout ce qu’il a dit. Or vous ne doutez pas que, dans sou premier voyage d’Asie, il n’ait consulté l’oracle de Delphes, ainsi que Plutarque nous en assure {ln Cicer.) ; et c’est là une bonne preuve qu’il ne le méprisait pas.
Chap. xvi. — Troisième preuve que les Romains ne méprisaient pas les oracles, c'est qu’ils en avaient un grand nombre en Italie, et qu’ils consultaient souvent ceux de la Grèce. L’Etat et les empereurs parmi les Romains n’ajoutaient pas moins foi aux oracles que les particuliers. Conclusion de cette troisième partie de la Réponse, en faveur du sentiment des saints Pères et de tous les chrétiens touchant le silence des oracles. Conclusion de tout l’ouvrage, et les motifs que l’on a eus pour l’entreprendre.
Mais une marque encore plus évidente que les Romains ne méprisaient pas les oracles, c’est qu’ils en avaient plusieurs dans Rome même et aux environs, et dans d’autres endroits de l’Italie. Vous le reconnaissez, mais vous ajoutez que le petit nombre de ces oracles ne fait qu’une exception trèspeu considérable ri ce que vous avez dit. Permeltez-moi de n’être pas de votre sentiment, car ces oracles n’étaient pas tout à fait en aussi petit nombre que vous voulez nous le
(1) Pomponius Mêla, 1. i, cap. 8 : « Ammonis oracirtum lidei inclytæ. »
(2) Cicero, I. u de Divin., paulo post inilium : « Dicendum estmihi igitur ad ea quæsunt a le dicta: sed ita nitiil ut aftiniiem, quæram oimiia, dubilans plerumque et mihi ipse diflidens. Si enim aliquid cerii haberem quod dieerein,ego ipse divinareiu, qui cSïc divinationcm nego. >
persuader. En effet, outre l’oracle de Géryon, dont Suétone fait mention (3), et qui était auprès de Padouo, celui d’Esculape, qui était dans Rome, et dont l’inscription rapportée par Gruter (Inscript., pag. 71), sans parler des autres auteurs , est une preuve ; celui du dieu Clitumnus, dont Pline le Jeune fait la description ( Episl . lib. vin , ep. ad Romanum ); les sorts de Préneste, les fortunes d’Anlium , dont Suétone (In Tiber.), Macrobe (Saturnal. lib. i, cap. 23) et plusieurs autres auteurs ont parlé ; sans compter enfin l’oracle d’Auguste, que vous donnez pour certain, ou peut ajouter aux premiers celui de Faunus, dont parle Virgile (Lib. vu Æneid., loc. supra cit.); celui du dieu Vatican, dont parle Aulu-Gelte ( Noct Attic., lib. xvi, cap. 18); celui de Mars, que je vous ai déjà rapporté de Denis d’Halicarnasse (Lib. î Antiq. Rom., loc. supra cit.) ; celui de Podalirius, dans la Calabre, dont Lycophron et Tzelzès font mention (k) ; celui d’Apollon à Baies, dont parle Capitolin (In Clod. Albino); celui d’Hercule à Tivoli, cité par Slace (Carm. ni); celui qui était auprès de Cumes dans des souterrains dont parle Strabon (Geogr. lib. v) ; celui d’Apollon à Aquilée, dont parie Herodien (Lib. vm, cap. 3) ; celui enfin de Jupiter, surnommé Pistor, dont Ovide (Fasl.lib. vi) et Lactance (Divin. Instit. lib. 1) font mention. Il me semble que ce uombre, que je pourrais encore augmenter, suffit pour prouver que les Romains on» été aussi entêtés des oracles que les Grecs. Et certainement je ne sais si aucune province de la Grèce, sans en excepter la Béotie, qui en avait un si grand nombre, pourrait en fournir davantage.
Aussi, comme si vous vous défiiez un peu de la vérité de votre proposition, vous ajoutez que, parmi les Romains, les particuliers pouvaient avoir foi aux oracles, mais que l’Etat n’y en avait pas. Vous avez pu remarquer, par ce que j’ai rapporté de Tite-Live, que l’Etat n’était pas en cela différent des particuliers, puisque le sénat envoya une ambassade à l’oracle de Delphes pour le consulter touchant la guerre qu’il avait alors avec les Véiens, et qu’en ayant reçu la réponse, il s’appliqua avec grand soin à faire ce qu’elle ordonnait, jusqu’à déposer les tribuns de l’armée, parce qu’il crut que c’était là le sujet de la plainte que l’oracle avait faite. Ensuite de quoi Camille, leur général, pressa les ennemis plus vivement, ne doutant pas qu’il ne dût les vaincre, suivant les promesses de l’oracle; et étant sur le point de donner l’assaut à leur capitale, il ne manqua pas de faire ressouvenir Apollon, avec beaucoup de gravité et de religion (5), que c’était sous ses auspices et sui-
(3) Suetonius in Tiber. : « Et mox cum Illyricum petens juxla Patavium adiisset Geryonis omciiiutn, > etc.
(4) Lycophron in Cassandra, ad quem Tzetzes : EiùQrxai oi àavvioi rjrot oi R uïmpoi h [Anima.7; x.a0£t5£iv h rw t «yw ïloSahpiw xai xzV -jtx'mos >.au.£àv;tv xpwjxoùj ÈÇ «ùtoü.
(5) Tiius Livius, lib. v, dccad. 1 : « Tum diciu-
TABLE DES MATIERES
tics
vaut ses promesses qu'il allait subjuguer cette ville, du butin de laquelle il lui promettait par reconnaissance la dixième partie.
Vous avez pu remarquer de même que ce ne fut qu’après avoir consulté i’oracle de Delphes sur la peste qui ravageait Rome, que le sénat fit venir Esculape d’Epidaure avec un si grand appareil, ainsi qu’Ovide le rapporte (1) ; quoique Tite-Live et Valère- Maxitne disent que ce fut après que l’on eut consulté les livres sibyllins. Mas l’un et l’autre peut être vrai.
Ne croyez pas, au reste, que les Romains aient changé de conduite sous les empereurs, puisque Tibère, comme vous le remarquez vous-même, a consulté l’oracle de Géryon, Néron celui de Delphes (2), Germanicus celui de Claros (Tacit., Ann. lib. n, loc. cil.), Galigula celui d’Antium (3), Vespasien celui du dieu Carmel (4), adoré sur la montagne du même nom : divinité païenne dont quelques-uns ont voulu faire mal à propos ie véritable Dieu. Tite a consulté i’oracle de Vénus de Paphos (5), Trajan celui du dieu d’Héliopolis (6), Adrien celui de Jupiter Nicéphore (7), Sévère celui de Jupiter Bélus (8j, Caracalla consulta avec une avidité incroyable tous ceux qu’il put trouver (9). Tout cela me paraît prouver évidemment que ces maîtres de l'univers ont été aussi attachés aux crades que les Grecs.
tor auspicalo egressus cum edixisset ui. arma milites «apereni : Tuo duclu, inquit, Pyüiice Apollo, moque numine insiinclus, pergo ad delendam uibe.n Yeios, tibique hinc décimant parlent prædæ voveo. »
(1) Ovidius, Metamorph. 1. xv :
Auxiltum cm leste pelunt, mediamque lenentis
Ot bis tiumum Delphos adeum oracula Phœbi.
(2) Suotonius, in Nerone, cap. 40 : < Ut vero consolto Delpliis Apolline seplnagcsintum ac teriium antittm caveuduiu sibi audi vil, > etc.
Cela étant, je conclus que, la cessation des oracles ne pouvant être attribuée ni au mépris que les Romains en ont fait, ni aux railleries des philosophes, ni aux fourberies des prêtres des idoles ou aux crimes qu’ils ont commis à leur faveur, ni enfin aux édits des empereurs chrétiens contre les superstitions de l’idolâtrie, il laul nécessairement l’attribuer au pouvoir de Jésus-Christ sur les démons auteurs de ces oracles, ainsi que tous les chrétiens l’ont cru jusqu’à présent, et que les Pères de l’Eglise l’ont assuré et même prouvé si évidemment.
Voilà, Monsieur, ce que j’avais à répondre à votre Histoire. Je puis vous assurer qu’en y travaillant je n’ai eu d’autre mol l que celui de soutenir la vérité, l'autorité des Pères de l’Eglise, la gloire de la véritable religion et celle de Jésus-Christ même, à laquelle le paradoxe de M. Van-Dale aurait pu donner atteinte, étant soutenu et adopté par un homme qui a autant d’esprit et da mérite que vous en avez, et qui, par la variété et l’agrément de ses ouvrages, s’est fait une si belle réputation parmi les savants. Quoique je ne sois pas de ce nombre, je puis néanmoins vous dire avec vérité qu’il n’en est aucun qui vous honore plus parfaitement que moi, et qui admire plus sincèrement les grands talents que vous avez pour écrire poliment sur tant de sujets et en tant de manières différentes.
(5) Sueton., in Caligula: « Monuerunt et sortes Anliatinæ ut a Cassio caveret. »
(4) Idem in Vespas. : « Apud Judæam Carmeli dei oraculum consulentem, » etc.
(5) Idem in Tito , cap. v : « àditoque Paphiæ Veneris oraculo, duin de navigalione consulit, eliaic de imperi. spe confirmâtes est. >
(6) ftlacrob., Salurnal. 1. i, cap. 25, lococitato.
(7) Sparlianus, inAdria.no.
(S) Xipliilinus, in Caracalla.
(9) llerodian., lib. v.