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« Vous pouvez, » dit saint Justin , en parlant au sénat romain dans sa Première Apologie, « reconnaître la vérité de ce que je dis, par ce qui se passe tous les jours à vos yeux et en votre présence. Car un grand nombre de gens qui étaient possédés du démon, tant dans votre ville que dans tout le reste du monde, et qui n’avaient pu être délivrés par tous les enchanteurs et les magiciens, ont été guéris par les chrétiens par l’invocation du nom de Jésus-Christ, qui a été crucifié sous Ponce Pilate; et ils les guérissent encore à présent, en domptant et en chassant ces malins esprits qui possèdent les hommes. » Et dans son Dialogue avec le Juif Tryphon : « Nous appelons , dit ce Père, Jésus-Christ, notre Sauveur et notre Rédempteur. La puissance de son nom fait trembler les démons, et encore aujourd’hui , lorsque nous les conjurons par le nom de Jésus- Christ crucifié sous Ponce Pilate , ils nous sont soumis et nous obéissent.

Chap. vu. — Passage d'un ancien auteur sur le pouvoir de la croix contre les dieux des païens et leurs oracles. Autorité de saint Jrénée, de saint Grégoire de Nazianze , de saint Athanase. Histoire de saint Grégoire de Néocésarée touchant le pouvoir des chrétiens contre les démons. Ce pouvoir a toujours subsisté dans l’Eglise catholique, et d y subsistera toujours. Conclusions tirées de tous ces passages des Pères contre le sentiment de M . de Fontenelle

L’auteur des Questions sur le Vieux et le Nouveau testament, qui paraît plus ancien que saint Augustin , entre les ouvrages de qui il se trouve, après avoir dit que les miracles n’étaient plus nécessaires comme ils l’avaient été au commencement de l’établissement de la religion chrétienne, ajoute (1) : « Néanmoins, encore à présent, ies démons sont effrayés à la seule prononciation de la croix de Jésus-Christ. Que si on les presse par là, ils sont contraints de prendre la fuite, et les dieux des païens ne peuvent rendre de réponses, par la crainte qu’ils ont de cette même croix Si les démons , con-

tinue-t-il, ou les dieux des païens ne sentaient que la croix de Jésus-Christ est un grand mystère, ils ne seraient pas effrayés lorsqu’on la nomme ; et pour le dire d’une manière plus expresse, s’ils ne se sentaient coupables, ils ne la craindraient pas. Car

(1) Tamen et modo dæmonia nominata cruce Chrisli terrentur, et si impensius fiat, f'ugantur. Et dii paganorum formidine et metu nominatæ crucis resnonsa dare non possunl... liaque nisi sentirent dæmonia vel dii paganorum sacramento esse crucem Cliristi, nominata ea non terrerentur, et, ut expressius dicam, nisi rei essent, non limèrent. Hi etenim omnes qui ex parte diaboli sunt, consenserunt iu mortem Chrisii. Unde cuncla dæmonia sive dii gentiurn, nominata cruce Cliristi terrore concuiiumur. Quœsl. 1 IL

(2) Præsente signo crucis obmutescit paganitas. Et si adest quam voeant stultam prudemia ilia, sacra illorum responderenouaudeni.lteprimonlurenim exta illorum, respondere nonaudenietoccultaniurob

tous ceux qui appartiennent aux démons ont consenti à la mort du Sauveur, et c’est pour cette raison que tous les démons ou les dieux des gentils tremblent de frayeut au seul nom de la croix. » 11 avait dit (2), on peu auparavant, que, « à la vue du signe de la croix, tout le paganisme devenait muet, que les dieux n’osaienl rendre de réponses, qu’ils ne marquaient plus rien dans les entrailles des victimes, qu’ils se taisaient, qu’ils se cachaient, tant la majesté du christianisme leur inspirait de frayeur et de respect. 11 est étonnant, ajoute-t-il, que tout le paganisme, qu’ils appellent sagesse , appréhende si fort le christianisme, qu’ils traitent de folie. »

« Parmi nous, dit saint Irénée (3), il y en a qui chassent sûrement et infailliblement les démons, de telle sorte que ceux qui en ont été délivrés se convertissent très-souvent et embrassent la foi. »

« Moi-même , dit saint Grégoire de Nazianze ( Carm . ad Nemes.) , qui suis du nombre des disciples de Jésus-Christ, il m’est arrivé souvent qu’à peine j’ai eu prononcé ce nom adorable, que le démon a pris la fuite en sifflant et en hurlant de toutes ses forces, faisant connaître par là quelle est la puissance du Dieu immortel sur lui. La même chose m’est arrivée en formant seulement le signe de la croix dans l’air. »

« Nous invoquons Jésus-Christ crucifié, » dit saint Athanase (In Vita S. Antonii ), ou plutôt saint Antoine, en parlant à des philosophes païens qui l’étaient venus voir dans sa solitude ; « et d’abord tous les démons que vous adorez comme des dieux s’enfuient des corps qu’ils obsèdent, à la vue du signe de la croix. Partout où ce signe se trouve, la magie n’a point de force et les enchantements demeurent sans effet. Où sont à présent tous vos oracles ? Que sont devenus les prestiges des Egyptiens? Que sont devenues les illusions des magiciens? Quand est-ce que tout cela a cessé, si ce n’est depuis que la croix de Jésus-Christ a paru. » « Voici des possédés, » ajoute-t-il un peu plus bas, pour finir son discours par une preuve sensible : « fuites tous vos efforts, employez l’art magique tant qu’il vous plaira, pour obliger vos dieux à les délivrer. Si vous ne pouvez en venir à bout, rendez-vous, et voyez quelle est la puissance de la croix de Jésus-Christ.» 11 dit, et « après avoir invoqué Jésus-Christ

rcverentiam Christianæ majestatis. Magna res ut ilia quam voeant prudenliain meiuat iilam quam appellant stulliiiam. Ibid.

(5) Advers. Iiæreses, lib. n, cap. 53 : « Quapropter et in illius nomine qui vere illius sunt discipuli, ab ipso accipienles gratiam , perficiunt ad bénéficia leliquormn hominum , quemadmodum unusquisque accepit donum ab eo. Alii enim dæmones excludunt firmissiine et vere, ut etiam sæpissinie credant ipsi qui emundali sunt a nequi'simis spiritibus , et sine iu Ecclesia... Non est iiumerum dicere gratiarum quas per universum inundum Ecclesia a Deo accipiens, in nomine Cliristi Jesu crucilixi sub Ponlio Pilato per singulos dies in opiiulatioiiem gentium perticit.i Islrenæi locus refertur Cræce ab Lusebio,

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REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE. iH8

et fait trois fois le signe de la croix sur ces possédés, il les guérit entièrement, au grand étonnement, dit saint Athanase , de ces philosophes, qui admirèrent et la sagesse du saint et le miracle qu’il venait d’opérer en leur présence. »

Vous savez sans doute, Monsieur, quel était le pouvoir de saint Grégoire Thaumaturge sur les démons (1). Vous avez pu lire dans votre auteur, que ce saint étant un jour entré dans un temple où Apollon rendait des oracles, il l’en chassa par le signe de la croix et l’invocation du nom de Jésus- Christ; de telle sorte que le prêtre de ce faux dieu, voulant le lendemain le consulter à son ordinaire, n’en reçut aucune inspiration, et se trouva absolument destitué de sa vertu prophétique. 11 recommence ses sacrifices ; ilredouble ses enchantements : il déploie tous les secrets d'e son art. Eniin le démon lui apparaît et lui dit qu'il ne pouvait plus à l’avenir demeurer dans son temple , à cause de celui qui y avait couché la nuit précédente. Le prêtre court incontinent après le saint évêque, et Ip prie de vouloir rétablir son oracle. Le saint écrit sur-le-champ à Apollon en ces termes : « Grégoire a Apollon : Rentre. » Le démon obéit; et le prêtre ayant reconnu par là le pouvoir que saint Grégoire avait sur les dieux, les abandonna et se lit chrétien. Je sais que votre médecin anabaptiste se moque de cette histoire : je n’en suis pas surpris, elle ne pouvait pas lui plaire par plus d’un endroit ; mais, quoi qu’il en dise, il trouvera bon, s’il lui piaît, que vous et moi, Monsieur, nous fassions un peu plus de cas de l’autorité de saint Grégoire de Nysse et de Rufin qui la rapportent, que de la sienne, que vous devez reconnaître, à présent plus que jamais, pour très-fautive et très-peu sûre.

Au reste, je ne doute pas que vous ne soyez parfaitement instruit que celte puissance merveilleuse du nom et de l’invocation de Jésus-Christ contre les démons a

libre v Historiée ecclesiaslicæ , capite 7.

(1) Gregorius Nyssen.us in Vita S. Gregorii Thaunuiturg i, et Ruliniis, 1. vu llisl. eccles. Eusel). , cujus ba'C su n t verba : < Iter ei fuisse quondam per Alpes dicitur hiemis tempore, et cum pei venissel ad summum Alpium jugum, nivibus repleta erant omnia, nullum usquam diversorium. Fanum ibi tantum Apollinis erat, cui succedens transacla nocte discessit. Sacerdos vero erat quidam fani ejus, cui considéré simulacrum Apollinis mos erat et reddere responsa poscenlibus, ex quo ei etiam alinioniæ quæstus esse videbatur. Igiiur post digression Gregorii offerre consulta et responsa poscere sacerdos accessit ex more, nibil inde responsi veniebat. Repciit victimas, siïeniiuin permanei. Iteruin atque iterum filai, surdis ingerit fabulam. Cunique siupore novi silentii assluaret sacerdos, nocte ei assistées dæmon um, dicit in somnis : Quid me illic invocas, quo jam venire non possunt? Percontanti causant, adveniu se Gregorii dicebat expulsum. Quid nunc reniedii dareiur cum perquireret, ait, non aliter sibi licere ingredi locum ilium, nisi Gregorius permisisset, Quibus andins, sacerdos occupât viain, niu!ta ;ipnd sentelipsum volvens atque atiimo recursante perlraclans, pe. venii ad Gregorium, adorlusque euin

toujours subsisté dans l’Eglise , qu’elle y subsistera toujours, et qu’elle y persévèie encore à présent, comme il me serait trèsfacile de vous le faire voir par le témoignage de lEcriture , par celui de tous les siècles, et par ce qui se passe encore tous les jours, particulièrement dans ies pays idolâtres où Jésus-Christ est annoncé. C’est là une des preuves les plus sensibles de la vérité de notre religion contre toutes les sectes hérétiques, qui, malgré tous leurs efforts, n’ont pas même pu la contrefaire avec quelque succès. Mais je craindrais de vous ennuyer si je vous entretenais plus longtemps sur ce sujet, quelque utile et quelque important qu’il soit.

Je conclus donc de ce que j’ai eu l’honneur de vous dire jusqu’à présent : premièrement, que les Pères de l’Eglise n’ont pas cru, comme vous l’avez supposé, que tous les oracles aient cessé précisément à la naissance de Jésus-Christ, mais après, à mesure qu’il a élé connu des hommes et que la foi chrétienne s’est établie dans le monde; secondement, qu’il n’est rien de plus indubitable que cette vérité, puisqu’elle est attestée, non-seulement par les Pères de l’Eglise, mais encore par les païens mêmes; troisièmement, que ce silence des oracles du paganisme a été un effet miraculeux du pouvoir de Jésus-Christ et de celui qu’il a donné à ses disciples et à son Eglise sur les démons. Cela étant, il ne me sera pas difficile de réfuter tout ce que vous avancez dans voire seconde dissertation, pour anéantir une vérité si glorieuse au Sauveur du monde et si honorable à la religion chrétienne.

Chap. viii. — Ce qui a persuadé les Pères de l'Egliie du silence des oracles , et ensuite les chrétiens qui sont venus ajiris eux. Le démon est quelquefois contraint de rendre témoignage à la vérité. Il a coutume néanmoins d'y mêler le mensonge. Eusèbe injustement accusé de n'avoir point fait allen-

rem pandit ex ordine, humanitaiis suæ atque hospitalitatis admonuil, querelam depulsi numinis promit, adeiupiain faculiaiem sui quæstus déplorât, ac reildi sibi omnia in pristinum sialuiii deposcit. At illenilul rnoratus scribit epistolam in hæc verba : « Gregorius « Apollini. Periniito tibi redire ad locum muni et « agere quæ eonsuevisli. i liane epistolam sacerdos accipit et ad fanum deferl; posilaque ea juxta simulacrum, adfuit dæmon ac dédit responsa poscenti. Tum ille in semeiipsum conversus ait : Si Gregorius jussit, et deus iste discessit nec potuil redire msi jussus et rursum jubente Gregorio restilulus est, quomodo non mnllo melior isto Gregorius, cujus hio obtempérai jussis? Clausis igiiur januis lani descendit ad Gregorium, episiolam secum quam acceperat deferens, omnemque apud eum rei gestæ ordinein pandens; simulque se ad pedes ejus proslerneiis rogat ut illi se Deoofferat, cujus virlule dti> gentium Gregorius imperatiat. Gumque enixius ei pertmacius persisteret, catechumenus ab eo faclus est, etc. »

On trouve dans le récit de saint Grégoire de Nysse quelques circonstances différentes , mais qui ne changent rien au fond de l’histoire. Emre autres, il rapporte ainsi la lettre de saint Grégoire : « Grecuire a Satan : Eutie. *

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