IDÉES SUPERSTITIEUSES
MA, nom japonais qui signifie esprit malin ; on le donne au renard, qui cause de grands ravages au Japon, où des sectaires n’admeltenl qu’une espèce de démons, qui sont les âmes des méchants, lesquelles, après la mort, sont uniquement destinées à animer les renards.
MAB, reine des fées, dans Shakspeare.
MABERTHE. On lit dans l'Histoire des possédés de Flundre, tome II, pag. 275, qu’il y avait, en quelque royaume de l’Europe, une jeune fille nommée Maberlhe, menant une vie qui semblait céleste ; qu’elle fut reçue en pitié dans la maison du seigneur de Swert, l’an 1618. Elle se faisait passer pour sainte et se vantait que son Dieu lui parlait souvent. Mais elle refusa de conférer de ces merveilles avec un évêque , ce qui parut suspect ; et comme on disait qu’un jour le diable l’avait prise par la main et s’était promené avec elle, le seigneur de Swert insista pour qu’elle en parlât audit évêque, ce qu’enfin elle accorda. Après la conférence, quiembarrassaloutlemonde,sans rien éclaircir, elle s’en alla de la maison en disant : «S’ils savaient que je sais ce que je sais, ils diraient que je suis une sorcière. » On finit par découvrir de grandes abominations dans celte fille. Mais elle était effrontée ; et lorsqu’on lui parlait de se convertir, elle répondait :
« J’y penserai ; il y a vingt-quatre heures au jour. » On croit qu’elle finit par être brûlée.
MACHA-HALLA ou MESSA-HALA, astrologue arabe du vm' siècle de notre ère. On a de lui plusieurs ouvrages dont on trouve la liste dans Casiri. Les principaux ont été traduits en latin : 1* Un traité des Eléments et des choses célestes ; 2° un autre, De la Révolution des années du monde ; 3° un troisième, De la Signification des planètes pour les nativités, Nuremberg, 1549. La bibliothèque Bodléienne a parmi ses manuscrits une traduction hébraïque de ses Pro blèmes astrologiques, faite par Aben-Ezra.
MACHINES. Des savants ont produit par la mécanique des machines compliquées où Dictions. des sciences occultes. 13.
de bonnes gens ont vu de la magie parce qu’ils ne savaient pas. Voy. Albert le Grand.
Descartes avait fait, dit-on, avec beaucoup d’industrie , une machine au|omale pour prouver démonstrativement que les bêtes n’ont point d’âme, et que ce ne sont que des machines très-composées qui se remuent à l’occasion des corps étrangers qui les frappent et leur communiquent une partie de leur mouvement. Ce philosophe ayant mis celle machine sur un vaisseau, le capitaine eut la curiosité d’ouvrir la caisse dons laquelle elle était enfermée; surpris des mouvements qu’il remarqua dans cette machine, qui agissait comme si elle eût été animée, il la jeta dans la mer croyant que c’était le diable.
Les androïdes, par exemple, comme celui d’Albert le Grand, sont des figures à f irmes humaines qui, au moyen d’un mécanisme intérieur, imitent les mouvements, les gestes, quelquefois même la parole de l’homme, et exécutent des actions souvent si compliquées, qu’elles paraissent ne pouvoir être que le résultat de l’inlelligence. La mécanique invente tous les jours et inventera sans doute encore bien des choses nouvelles, plus ou moins utiles, plus ou moins ingénieuses; mais de plus merveilleuses, il ne semble pas que la chose soit possible. Un a exposé, il y a dix ans , à la curiosité publique, dans plusieurs capitales, une société de trois jeunes artistes qui possédaient tous trois un talent différent : d’abord un jeune écrivain de deux ans et demi, nommé Lierre Droz, qui écrivait d’une main ferme l’écriture de grosseur moyenne, qui en prenant de l’encre secouait proprement sa plume sur son écriloire pour ne point salir ses doigts ou son papier; qui suivait de l’œil la ligne que sa main traçait sans se permettre la moindre distraction; ce qu’il y avait de plus joli encore, c’est qu’il savait parfaitement son orthographe; quelque phrase qu’on lui dictât, il la rendait correctement. Son jeune cousin Henri paraissait à peu près du même
âge et promettait de devenir un grand dessinateur ; imaginez-vous que, tout jeune qu’il semblait (deux ans et demi), il faisait des esquisses hardies; il commençait même à ombrer. II dessinait les porlrailsde Louis XV, de Georges 111 d’Angleterre et de la reine Charlotte sa femme , et faisait de petits amours. 11 tenait ses dessins très-propres, et s’il venait à tomber dessus quelques grains de poussière de crayon, il ne manquait pas de la souffler. Le troisième phénomène de cette intéressante famille, mademoiselle Henriette Droz, jeune personne de sept à huit ans, sœur du dessinateur, était une organiste qui mettait dans son jeu beaucoup d’uplomb. Elle n’improvisait pas si jeune I Quoiqu’elle sût par cœur différents morceaux, elle aimait cependant à les avoir sous les yeux et à suivie la musique pour les exécuter avec plus de précision. L’expression avec laquelle elle jouait communiquait à ses sens une agitation remarquable. Quand les applaudissements venaient à la fin couronner son beau talent musical, elle se levait modestement et saluait l’assemblée. Quelques critiques trouvaient sa musique peu piquanie de nouveauté, car parmi les morceaux exécutés par elle, on reconnaissait des motifs t rés du menuet de Fischer, et l’air tant soilpeu suranné de la Garde passe; mais ce qui explique celte circonstance particulière, c’est que la jeune personne avait appris ces airs lorsqu’ils étaient nouveaux, c’est-àdire il y avait quelque soixante ans. Le lecleurdevine qu’il s’agit ici de trois androïdes. Ce sont ceux de deux célèbres mécaniciens suisses, Pierre et Henri Droz.
Pierre-Jacques Droz, disent les biographes, naquit à la Chnux-de-Fonds, dans le comté de Neufchâlel, en 1721. Ses éludes achevées, il revint sous le loit paternel, et là, trouvant une de ses sœurs occupée d'horlogerie, il prit du goût pour la mécanique, et se fil bientôt dans cet art une réputation européenne par ses travaux ingénieux. Quelques-uns de ses ouvrages pénétrèrent même jusqu’en Chine. Il est auteur du petit écrivain automate. Son fils, Henri-Louis, né en 1752, devint aussi bientôt, sous ses yeux, un habile mécanicien. A l’âge de 23 ans, il vint à Paris, et exposa, aux yeux de la cour et de la ville émerveillées , son dessinateur et sa jeune organiste. Droz le père mourut à Bienne (Suisse), l’an 1790, et son fils, l’année suivante, à Naples. Depuis lors, leurs androïdes sont passés en différentes mains.
« J’avoue, dit un écrivain qui les a visités, que si j’ai été émerveillé de l’effet produit par ces machines ingénieuses, je le fus bien davantage à la vue de la muilLude de rouages de toutes les dimensions, de mouvements de toutes les vitesses , de leviers de toutes les formes, agissant dans toutes les directions ; et tout cela mû par un principe unique, la rotation régulière du cylindre à ressort, et aboutissant à un point unique, le doigt du dessinateur ou de l’écrivain ; car c’est là le mouvement principalement remarquable. Bien n’égaie la simplicité avec
laquelle on communique à l’écrivain les phrases qu’on veut lui dicter; car on conçoit qu’il ne les écrit pas à la simple audition. (Autrefois il écrivait bien de lui-même quelques phrases, mais le cylindre qui les contenait a été brisé et n’a pu être encore remplacé.)
« Au centre de la machine est un cadran, c’est pour ainsi dire le cerveau où aboutissent toutes les sensations de l’androïde, et d’où partent les esprits vitaux qui portent l’impulsion à ses membres. Autour de ce cadran sont écrites toutes les lettres de l’alphabet, et vous n’avez qu’à porter successivement l’aiguille du cadran sur toutes les lettres que vous voulez faire écrire, et l’automate exprime fidèlement votre pensve.
Quelle infinité de calculs n’a-l-il p s fallu à l’auteur pour arriver à une si admirable simplicité ! Je ne conçois pas comment des machines si ingénieuses, destinées à immortaliser le génie de l’homme, ne sont pas acquises par les gouvernements, et précieusement conservées dans les musées nationaux. »
« La fameuse statue rie Memnon peut passer, dit un autre écrivain, pour le plus ancien des automates musiciens. Tout le monde sait que celte figure colossale faisait entendre quelques sons lorsqu’elle était frappée des premiers rayons du soleil levant. Des inscriptions latines et grecques attestent qu’au ni0 siècle de notre ère le phénomène se produisait encore. Plusieurs écrivains ont révoqué en doute l’existence de ce fait; d’autres ont cherché à l’expliquer par le moyen de mécaniques de leur invention. Ces derniers lions semblent être plutôt dans le vrai. Les Egyptiens étaient assez habiles dans les arts manuels pour inventer une machine capable de produire un pareil résultat.
« On trouve dans le moyen âge plusieurs automates exécutant différentes fonctions. Le plus célèbre est celui d’Albert le Grand. Les couleurs crédules assurent qu’il lui servait d’oracle et lui expliquait les mystères des choses. De plus, ce personnage mécanique allait ouvrir la porte de la cellule d’Albert lorsqu’on y venait frapper, et adressait des paroles distinctes à la personne qui entrait.
« Des auteurs qui ont parlé de l’automate d’Albert le Grand disent que cet homme célèbre y travailla trente ans sans relâche, se réglant pour ses opérations sur la marche des constellations. Ainsi, lorsque le soleil se trouvait à un certain signe du zodiaque, il fit un mélange de métaux marqués de l’image de ce signe pour en former une partie quelconque du corps; puis, quand chaque membre fut terminé séparément, il réunit le tout en une figure entière à laquelle il donna la vie. Saint Thomas d’Aquin, son disciple, aurait brisé la statue à cause de l’ennui que lui causait son bavardage. Barlhélemi Sibi le assure qu’elle était composée de chair et d’os, mais par art , non par nature. Naudé le léfute et suppose que l androïde d’Albert le Grand ( androïde et automate sont une
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seule el même chose) était composé de métal ; il aftirme qu’il ne pouvait ni entendre, ni parler, ni servir d’in«trument au diable pour la parole. D’après lui, Albert, qui était fort instruit dans les sciences mathématiques, et qui avait déjà inventé plusieurs machines ingénieuses, aura pu composer, au moyen d’une certaine combinaison de ressorts, une télé ou un personnage tout entier capable d’exécuter des mouvements et de proférer des paroles. Maintenant, jusqu’à quel point de perfection cette machine était-elle portée? C’est ce qu’on ne saurait dire. Il ne fallait pas qu’elle lût irréprochable pour exciter l’admiration, dans un temps où l’on était si peu avancé en mécanique. Le père Théophile Raynaud dit seulement que la tête-automate d’Albert était si artistement composée, que l’air qu’on y sou fila i t pouvait prendre les modifications requises pour former la voix humaine. Du reste, aucun délai! sur la composition du mécanisme.
« Jean Muller, pins connu sous le nom de Regiomontanus , célèbre astronome du xv° siècle, passe pour avoir exécuté deux automates qui n’ont point de rapport avec les androïdes musiciens , mais que l’on croit pouvoir signaler ici. L’un était un aigle (nous ne parlons que sur la foi de certains écrivains), un aigle qui avait la faculté de voler et de se diriger dans l’air. La perfection du mécanisme qui faisait agir cet oiseau était telle, qu’on le vit aller à la rencontre de l’empereur, lors de son entrée à Balisbonne, et revenir jusqu’à la ville en planant au-dessus de sa tête. L’autre automate était une mouche de fer , que Regiomontanus s’amusait souvent à laisser s’envoler lorsqu’il était assis à une table nombreuse, qui faisait le tour de la chambre en bourdonnant à l’oreille des convives et revenait se poser sur sa main. On comprend l’homme-automate marchant par des moyens mécaniques; on croirait peut-être à l'histoire de l’aigle, si l’écrivain auquel on en doit le récit ne lui prêtait l’intelligence d’aller se placer au-dessus de la tête de l’empereur; mais le phénomène de cette mouche de fer ne saurait être admis que par des gens doués d’une crédulité robuste.
« Aulu-Geile nous apprend qu’Architas avait construit un pigeon de bois qui pouvait voler au moyen d’une puissance cachée, par laquelle il contre-balançail la force d’al- Iracliou qui tendait à le rapprocher de la terre.
« Une opinion fortement accréditée attribue aussi à Roger Racon la création d’une tête d’airain qui parlait, et qui même avait le don de prophétiser. L’historien Maeyer nous apprend que, suivant le sentiment public, ce moine illustre et son frère de religion, Thomas Bungey , travaillèrent sept ans à forger cette tête pour savoir d'elle s’il n’y aurait pas moyen d’entourer toute l’Angleterre d’un gros mur. Le naïf écrivain ajoute qu’ils ne purent pas bien saisir la réponse de l’oracle, parce que, n’étant pas
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préparés à la recevoir si tôt, ils s’étaient occupés d’autre chose que de prêter l’oreille à son discours. Quoi qu’il en soit, il est certain que Roger Bacon passait pour communiquer avec les puissances occulles, et que dans des comédies on l’a souvent représenté comme un grand magicien. Sa tête d’airain était probablement, ainsi que l’androïde d’Albert le Grand , une pièce de mécanique ingénieusement conçue.
« 11 paraît que la construction des automales fut négligée pendant une longue période de temps, et que le goût de ces sortes de machines s’éleignit insensiblement, car on n’en voit point de cités depuis le xv* jusqu’au xvme siècle. Les plus célèbres de celle époque furent ceux imaginés par Vaucanson. On ne saurait nier que le joueur de llûte de ce dernier ne fût une création dans la pratique des arts mécaniques. La description qu’il en fit à l’académie des sciences de Paris, dans le courant de l’année 1738, reçut de ce corps savant une éclatanle approbation, et les expositions publiques, où il parut, eurent du retentissement dans loute l’Europe. La grandeur de la figure était de cinq pieds et demi environ : elle était assise sur un fragment de rocher supporté par un piédestal carré de quatre pieds et demi de haut sur trois el demi de large. Au moyen d un mécanisme dont la description serait trop étendue, l'automate jouait douze airs différents en donnant au son toutes les variétés de force et de douceur, ainsi qu’eût pu le faire un habile ai liste. Six soufflets marchant alternativement envoyaient l’air à un réservoir commun d’où il était poussé par un tube jusqu’aux lèvres sur lesquelles était appuyée l’embouchure de la flûte. Les doigts, mus par un mécanisme ingénieux, ouvraient et fermaient les trous de l’inslrument avec une précision parfaite et suivant qu’il fallait produire tel ou tel sou. L'inventeur de cette belle machine était fort jeune lorsqu’il en conçut le plan; elle fut imaginée tout d’un jet et exécutée sans changement notable, tant ses différentes parties avaient été bien ordonnées. Le jour où Vaucanson l’essaya pour la première fois, son domestique pensa perdre la tète dès les premiers sons qu’elle fit entendre, et lui sauta au cou en pleurant , lui-même ne put retenir ses larmes.
« Le second automate de Vaucanson fut une figure habillée en berger d’opéra , qui jouait une vingtaine d’airs, de menuets, de rigodons et de contredanses. On pensait généralement que les obstacles avaient été moindres pour celte mécanique que pour celle du joueur de flûte , mais il paraît au contraire qu’ils fuient si grands, que Vaucanson fut mainte fois sur le point de l’abandonner. L'automate soufflait dans un flageolet provençal, tout en frappani, au moyen d’une baguette, sur un tambourin de Marseille. Ce flageolet provençal, instrument ingrat s’il en fut, n’était percé que de trois trous; il fatiguait excessi veinent le musicien , parce qu’il nécessitait une dépens-1
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de souffle très-considérable. On jugera de la difficulté qu’il y avait eu à faire la division exacte de l’émission du vent pour chaque noie, lorsqu’on saura que les muscles de la poitrine faisaient un effort égal à un poids de cinquante-six livres pour faire sonner le si d’en haut, landisqu’une force d'une once suffisait pour la note la plus grave. L’instrument n’étant supportable que dans les mouvements rapides, il fallait que l’automate jouât tous les airs en doubles croches et qu’il donnât un coup de langue à chaque note ; et l’on doit dire qu’en cela il était plus habile que la plupart des musiciens de chair et d’os. Ce n’est pas tout encore. Il frappait en même temps sur son tambour des coups alternativement simples et doubles, varies suivant les airs.
« Tout le monde a entendu parler d’un autre automate construit par Vaucanson ; c’est le canard qui exécutait tous les mouvements d’un hôte de la basse-cour avec la vérité de la nature même. On le voyait se lever sur les pattes, allonger le cou pour saisir le grain qu’on lui présentait , et l’avaler, en y mettant tous les gestes d’un oiseau qui mange avec précipitation , puis rendre ia nourriture par les voies naturelles, après lui avoir fait subir une sorte de trituration. Il buvait ensuite, barboltait dans l’eau, et faisait entendre un cri très-bien imité. Toute ia machine fonctionnait sans qu’on la touchât, et après avoir été montée une seule -fuis. »
Nous avons parlé des frères Droz.
«L’abbé Mical, homme savant et ingénieux , exécuta deux tètes de bronze qui prononçaient des mots et même des phrases entières. Leur mécanisme se composait de deux claviers , l’un en forme de cylindre par lequel on n 'obtenait qu’un nombre déterminé de phrases, mais qui indiquait clairement les intervalles des mots et leur prosodie; l’autre clavier contenait tous les sons et toutes les indexions de la langue française, réduits à un petit nombre par une méthode particulière à l’auteur. Avec un peu d’habitude, on eût parlé avec les doigts comme avec la langue ; mais le gouvernement , sur le rapport du lieutenant de police, M. Lenoir, ayant refusé d’acheter les têtes parlantes de l’abbé Mical, ce malheureux artiste, accablé -de dettes, brisa son chef-d’œuvre, et mourut pauvre, en 1789.
« Rivarol , dans une des notes de son Discours sur l’universalité de la langue française, observe qu’une pareille machine pourrait servir à retracer aux siècles futurs l’accent et la prononciation d'une langue vivante, qui tôt ou tard finissent par s’altérer ou se perdre ab>olument, ainsi qu’il est arrivé du grec et du latin , auxquels Démoslhènes et Cicéron ne comprendraient rien à coup sûr, en nous entendant parler ces langues. Si l’abbé Mical était allé jusqu’à faire prononcer purement des phrases entières par ses têtes de bronze, il est permis de croire qu’en poussant un peu plus loin ses recherches, il eût pu former un automate
chantant. On se figure aisément quels auraient été les avantages de cette invention ; ils sont de la même nature que ceux dont Rivarol fait une application à la langue.
« Le baron de Kempelen , auteur d'un excellent ouvrage sur le mécanisme de la parole, et du fameux automate joueur d’échecs, que l’on vit à Paris, vers la fin du xvmc siècle, fut conduit par ses recherches à la construction d’un machine parlante, susceptible d’être appliquée indifféremment aux langues latine , française et italienne. Il a laissé une explication de sa mécanique, et assure qu’eu moins de trois semaines , on pouvait apprendre à la faire parler couramment, au moyen du clavier. Il faisait prononcer surle-champ chaque mot qu’on lui demandait; mais il avance qu’il ne pouvait pas dépasser les phrases d’une certaine longueur, comme par exemple celles-ci : Vous êtes mon ami , — Je vous aime de tout mon cœur , ou, eu latin : Leopoldus secundus , — Romanorum imperator ; — semper augustus. Cependant , comme d’après ce qu’il dit, la difficulté ne venait que de la petite quantité de vent fournie par le soufflet, il était facile de la faire disparaître. Depuis longtemps déjà, le célèbre Euler avait annoncé l’importance et la possibilité d’une semblable machine.
« La machine parlante de M. de Kempelen avait la forme d’une petite caisse de la grandeur d’une cage moyenne : l’inventeur se proposait de lui donner, après l’avoir perfectionnée, celle d’un enfant de six à sept ans, parce que les sons qu’elle rendait ressemblaient à la voix d’un enfant de cet âge. Celte voix était douce et agréable ; il n’y avait que l’R qu’elle prononçât en grasseyant et avec un certain ronflement pénible. Lnrsqu’on n’avait pas bien compris sa réponse, elle la répétait , mais sur le ton d’une impatience enfantine.
« Nous avons dit que l’inventeur de la machine parlante avait également construit l’automate joueur d’échecs, qu’il fit voir à Paris , à la tin du siècle dernier. La création de cette mécanique prodigieuse fut eu quelque sorte due au hasard. Le baron de Kempelen , gentilhomme hongrois et conseiller aulique de la chambre royale des domaines de Hongrie, se trouvant à Vienne, fut appelé à la cour, pour assister à une séance de jeux magnétiques qu’un Français, nommé Pelletier, devait donner devant l’impératrice. 11 était connu comme amateur ingénieux de mécanique, et les personnes présentes lui ayant demandé son opinion sur les expériences auxquelles il assistait, il lui arriva de dire qu’il se croyait en état de faire une machine beaucoup plus étounanie que tout ce qu’on venait de voir. L’impératrice , qui l’avait entendu , le prit au mot et lui exprima le désir qu’il se mît a l’œuvre. En moins de six mois , M. de Kempelen avait entièrement exécuté son joueur d’échecs. On chercha vainement à découvrir sou secret en Allemagne, et les mécaniciens de Paris ne furent pas plus heureux.
« L’automate de M. de Kempelen était un
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personnage de grandeur naturelle, habillé à la turque, et assis sur une chaise de bois, fixée à une armoire de trois pieds et demi de large sur deux et demi de haut. L’inventeur ouvrait cetle armoire , et montrait les rouages , cylindres et leviers dont se composait le mécanisme ; il détachait ensuite les vêlements de l’automate dont le corps était également rempli par des pièces d’horlogerie. Ensuite les portes de l’armoire étaient refermées, les vêlements remis en place, et la partie d’échec s’engageait avec le premier venu. Comme c’était au moment où Mesmer donnait à Paris des épreuves publiques de sa science, on ne manqua pas d’attribuer au magnétisme ce nouveau prodige. Combien de curieux auraient cessé de s’étonner, s’ils avaient su qu’en dépit du soin qu’ils avaient mis à bien examiner, un homme se trouvait caché dans l’armoire qui servait de piédestal à la figure 1 Cependant la machine en étaitelle moins admirable? Comment supposer, avec un peu de réflexion, qu’une combinaison de ressorts, quelque ingénieuse qu’elle soit, pût produire l’intelligence? N'élail-ce point assez que la mécanique exécutât environ quinze cents mouvements différents , sans confusion , sans embarras et avec l’apparence d’une extrême facilité? Le joueur, caché dans le piédestal , déterminait les coups , mais l’automate les exécutait, et cela suffisait pour la gloire du baron de Kempelen.
« Maelzel , artiste très-habile, montra en même temps un trompette-automale , non moins extraordinaire que le joueur d’échecs. Cette figure était établie sur de plus petites proportions ; elle n’avait guère que deux pieds et demi de haut. Au premier abord, en lui entendant exécuter des fanfares sur une trompette proportionnée à sa taille, on n’imaginait pas de quelle complication de ressorts elle était le résultat. 11 semblait qu’une fois l’embouchure prise, il n’était pas aussi difficile de souffler dans un instrument de cuivre que de fermer et d’ouvrir alternativement avec les doigts les trous de la flûte. En y réfléchissant, on voit que les obstacles ont du être au contraire beaucoup plus difficiles à surmonter. Ce n'est pas le plus ou moins d’air introduit par l’embouchure d’un cor ou d’une trompette qui fait monter ou baisser l'intonation, c’est par la position des lèvres que sont déterminées les modifications da la gamme. On voit qu’une prodigieuse rectitude dans les ressorts qui réglaient les mouvements de la bouche était nécessaire pour obtenir invariablement l’intonation voulue.
« Un autre automate de Maelzel fut exposé avec le trompette et le joueur d échecs. C’était un danseur de cordes haut de deux pieds, qui exécutait dans leur vérité absolue tous les mouvements d’un acrobate exercé. 11 s’enlevait, retombait dans des positions variées, se pendait par les pieds, etc. Un tube flexible, de la grosseur d’une plume, était attaché à ses reins; c’était le seul point par lequel il tînt à la machine. On ne pouvait
fl) Traduit en français par la Revue Britannique.
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donc chercher ailleurs que dans col espace infiniment petit le mécanisme qui le faisait fonctionner.
« Bruxelles a vu fonctionner, H y a dix ans , un automate joueur de clarinette. L’inventeur de ce nouvel androïde est M. Van Oeckelen, facteur d’instruments de Breda , qui a passé deux années à le concevoir et à l’exécuter.
« L’androïde hollandais ne le cède point à ses confrères d’Allemagne et de France. Les difficultés d'une pareille construction ont été vaincues chez lui, et l’ensemble qu’il présente est très-satisfaisant. Les doigts ont à exécuter des mouvements compliqués ; ils doivent non-seulement se lever et s’abaisser, mais aussi se porter de haut en bas et de bas en haut, pour saisir les clefs qui sont au nombre de seize , et qui , au moyen d’un mécanisme particulier, donnent liente-deux notes. Il porte l’instrument à sa bouche, lorsqu'il doit jouer, et le quitte dans les ritournelles ; il se penche, remue les bras, la tête et les yeux, sans trop de roideur. Nous ne lui reprocherons qu’une chose , c’est de ne pas jouer de la clarinette ainsi qu’il l’annonce ou du moins qu’on l’annonce pour lui. Il tient à la vérité un instrument qui ressemble assez à celui-ci ; mais la nature du son fait immédiatement connaître qu’il renferme de petites lames métalliques, dans le genre de celles dont se compose la gamme des accordéons. On comprend que la difficulté n’était pas la même. Pour mettre en vibration l’anche de la clarinette, il est nécessaire de bien régler l’emploi des lèvres qui doivent appuyer ou moins ou plus , suivant que l’intonation s’élève ou descend, ou seulement d’après le degré d’intensité du son. Au lieu de cela, un souffle continu, régulier, suffit pour faire résonner les lames métalliques. La machine n’en est pas moins fort intéressante ; elle nécessite, telle qu’elle est, l’emploi de procédés mécaniques assez ingénieux pour que son auteur puisse en tirer vanité. »
Il y a aussi des merveilles de mécanique qu’ou a attribuées à la magie blanche, laquelle, il est vrai, ne consiste guère qu’en choses d’adresse.
« Pendant mon séjour en Sicile , dit un rédacteur du Métropolitan (1) , j’eus occasion de connaître un personnage singulier ; il se nommait Calabressa : nez pointu, menton allongé, ventre énorme, physionomie mobile, contorsions variées, c’était une figure toute sicilienne. Il ne savait rien, il parlait de tout; il était bon , complaisant , spirituel.
« Excellence, me disait-il un soir, voici les ruines d’une tour de Sarrasins. Vous savez que les Musulmans ont occupé la Sicile; c’est ici qu’on a découvert les ossements des géants.
« Rien n’est plus bizarre dans le monde que le contraste des beautés de la nature et d’un personnage grotesque. Cette contradiction commença par me choquer. Je m’y habituai ensuite.
« Vous n’avez plus de roman , me disait-il
un autre jour, vous autres peuples d’industrie bien réglée et de commerce attentif. Ce que les peuples civilisés nomment roman, ce qui les amuse et leur plaît sous ce titre, grands coups d’épée, bizarres déguisements, comiques inventions , aventures extraordinaires, extravagances surnaturelles , tout cela est la vie même des peuples sauvages ou à-demi civilisés. Grâce à Dieu , le cordeau de votre civilisation rectiligne n’a pas encore tout nivelé ; nous ne vivons pas tous encore comme des castors dans nos tanières , et le pittoresque, l’émotion, l’étrangeté, l’élan des passions, la nouveauté des couleurs, ne sont pas bannis du monde. Lorsque tout< s les rues et toutes les villes du globe seront soumises à un alignement inexorable, quand le cadastre de l’humanité sera fait et accompli , quand l’univers ne sera plus qu’une vaste maison de commerce , lorsque l’on aura détruit, pour en faire des moellons, les vieux clochers de Westminster et les vieilles maisons chancelantes de Cologne, d’Augsbourg, de Wittemberg, je ne sais si les hommes dormiront plus doucement, si la somme de leurs jouissances sera augmentée; mais le poêle et le peintre n’auront plus qu’à renoncer à ce qui fait leur vie, aux premiers éléments du génie et de l’art.
« Quant à moi , ajoutait-il , dans mes longues excursions à travers ce globe dont toutes les latitudes me sent connues, si j’ai recueilli quelques souvenirs qui m’amusent encore, je les dois à l’Italie endormie, à l’Espagne enfiévrée , au Mexique livré à ses éternelles fureurs politiques. La Sicile où nous sommes, par exemple, est un des pays du monde les plus remarquables , même aujourd’hui, par l’originalité des mœurs et des aciions.
« A Païenne, il y a peu d’années, un marquis voulut donner à sa sœur, qui venait d’épouser le prince de V..., une fête splendide. Le frère était mécontent du prince qui, ayant reçu de sa fiancée une dot considérable, avait trompé la famille par les dehors d’une fortune plus brillante que réelle. Quelle vengeance tirer de cette duperie? Le marquis, homme fort original, imagina de transformer le repas et le bal en une longue mystification, d’assez mauvais goût , si l’on veut , mais étrangement dramatique.
« Le palais du marquis resplendissait de lumières , des orangers en fleurs étaient placés sur les degrés , on voyait dans le vestibule une longue file de domestiques, revêtus de costumes brillants , tenant des torches allumées : l’encens des fleurs et des parlums circulait sous les voûtes de marbre. Cet enchantement ne larda pas à disparaître et à f>ire place à une magie funèbre. Les domestiques , armés de leurs flambeaux, s évanouirent, et un rideau, qui retomba devant eux, n’offrit aux regards surpris des, assistants qu’une fantasmagorie lugubre. C’étaient des personnages étranges, dont une illusion d’optique simulait la vie : Cupidon, assis sur un coffre-fort qui lui servait de char , le portrait en caricature du noble prince, une
série descènes qui rappelaient la danse domorts, et quelques figures singulières qui offraient les ressemblances burlesques des personnages les plus connus de Palermc. Il fallait voir l'étonnement des femmes, leur effroi , la colère de certains seigneurs qui ne pouvaient échapper à leur propre image. Le rideau se releva , et la voûte s’éclaira de nouveau. Autre changement de décoration : une lumière azurée se répand au loin ; des gazes transparentes laissent apercevoir une perspective aérienne de groupes nuageux , que le propriétaire habile avait empruntés à l’Opéra palermilain ; une foule d’amours vêtus de leur nudité classique rappellent les fantaisies de la mythologie païenne. Un peuple de nymphe» accueille la fiancée, un char couvert de fleurs, ombragé de pampres, la reçoit comme une triomphatrice ; elle s’avance ainsi, escortée d’un essaim de petits enfants qui sèment des roses. C’était un tableau de Boucher.
« Le bal s’ouvrit dans la grande salle, sous ces riants auspices. Une dépense extraordinaire et qui avait absorbé plusieurs années du revenu du marquis pouvait seule expliquer ces bizarres et magnifiques folies. On n’apercevait pas les bougies qui éclairaient le salon circulaire, théâtre du bal : cachées dans l’intérieur des colonnes de crisial qui soutenaient le plafond, elles versaient une lueur magique sur les groupes. Puis tout à coup, comme si le mystificateur eût voulu faire succéder la triste réalité à l’illusion riante, et les spectacles les plus disgracieux aux scènes joyeuses , tout le parquet s’abaissa à la fois, à un seul signal, au milieu du fracas, des gémissements, des murmures, qui émanaient des instruments de cuivre et des instruments de percussion : on vil descendre les danseurs effrayés dans un obscur caveau, où le même artifice avait simulé les forges de Vulcain. Là , le fer retentissait sous le marteau, les Cyclopes bronzés faisaient mugir le soufflet gigantesque, Vulcain lui-même, athlète difforme, saisissait de ses mains nerveuses les ardentes tenailles ; les femmes effrayées poussaient des cris ; mais toutes les issues étaient fermées , et quelques minutes après l’exécution de ce changement à vue, une évolution nouvelle vint calmer le mécontentement des convives. Les compagnons de Vulcain s’éclipsent, le sol s’exhausse, la salle souterraine et ceux qui l’occupent se trouvent emportés doucement jusqu’à une galerie supérieure, ombragée de ces immenses vignes siciliennes , dont les pampres servent de rideaux transparents.
On s’assit autour des tables disposées sur la terrasse. Le repas était servi avec élégance ; déjà l’on pardonnait à l’hôle le caprice de ces transformations. Les mels les plus rares et les plus exquis couvraient les tables de inarbre : tous les sens étaient flattés , et le sourire renaissait sur les lèvres. Lorsqu il fut question d’attaquer chacun des plais , la bonne humeur et l’espérance se transformèrent en étonnement. Un superbe pâté , auquel le couteau commençait à faire, une
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profonde blessure, effraya les convives par une explosion semblable à celle d'un coup de pistolet; puis se réduisit à rien. Une gelée, dont la couleur appétissante avait conquis l’admiration générale, prit feu et se dévora elle-même, lorsque la cuiller essaya de l'entamer. Une jeune personne , qui trouvait dans sa surprise une cause de gaîté pétulante, voulut saisir une pêche dont le coloris la séduisait. Cette pêche était creuse ; elle en vit sortir ce reptile innocent, le lézard , qui a conservé le droit d’épouvanter un si grand nombre de femmes. Au beau milieu de la table , un immense édifice de pâtisserie répandait au loin un fumet délicieux, qui semblait attester sa réalité. A peine une de ses murailles fut-elle démolie, une volée de polis oiseaux , que l’on avait enfermés dans cette singulière cage , s’échappa en battant des ailes.
« Longue serait l’énumération de toutes les subtilités de magie blanche que le maître de la maison avait inventées pour désappointer ses convives; quelques-uns de ces tours étaient barbares. La plupart des pièces de volailles, dont le couteau ou la fourchette sollicitaient les flancs, et qui, couvertes de la gelée ou de la sauce convenables, paraissaient bien mortes, étaient vivantes. Le pauvre animal, qui se sentait blessé, poussait un faible cri, se débattait, sautillait sur ia table avec effort, et de ses ailes étendues, qu’il agitait dans sa douleur, faisait voler sur les convives l’assaisonnement qui lui avait servi de cuirasse. Un narcotique, sans doute quelques gouttes d’opium , l’avait plongé dans cet étal de stupeur; et de légers ligaments l’avaient maintenu sur le plat qui le contenait. A ce repas illusoire succéda un repas véritable qui dédommagea un peu les convives, sans faire oublier aux hommes leurs manchettes souillées, aux femmes leurs parures flétries. On avait fini par accepter une mystification qui s’était présentée sous tant de formes diverses, et par s’attacher à la curiosité du spectacle. Ou vit apparaître tour à tour ce que les illusions d’optique peuvent créer de monstres effroyables et de riantes chimères. 11 y eut un moment où toutes les femmes apparurent livides comme des cadavres; un autre, où chacune d’elles se trouva parée tout à coup d’une couronne et d’un bouquet de fleurs magnifiques. »
Ces plaisanteries excentriques se terminèrent mal. Le lendemain matin, le marquis reçut une douzaine de provocations. 11 crut devoir y répondre et fut tué au troisième duel. Voy. Enchantements.
MACHLYES, peuple fabuleux d’Afrique, que Pline prétend avoir eu les deux sexes et deux mamelles, la droite semblable à celle d’un homme, et la gauche à celle d’une femme,
MACKEUSES, oiseaux de la famille des canards, qui sont très-communs sur les côtes d’Angleterre, d’Eco-se et d’Irlande.
Ils ont été le sujet de bien des contes. Plusieurs au’eurs ont assuré que ces oiseaux sont produits sans ceufs : les uns les font ' euir des coquilles qui se trouvent dans la mer ; d’autres ont avancé qu’il y a des arbres semblables à des saules, dont le fruit se change en macreuses, et que les feuilles de ces arbres qui tombent sur la terre produisent des oiseaux, pendant que celles qui tombent dans l’eau deviennent des poissons.
11 est surprenant, dit le P. Lebrun, que ces pauvretés aient été si souvent répétées, quoique divers auteurs aient remarque et assuré que les macreuses étaient engendrées lie la même manière que les autres oiseaux. Albert le Grand l’avait déclaré en termes précis ; et depuis un voyageur a trouvé, au nord de l’Ecosse, de grandes troupes de macreuses elles œufs qu’elles devaient couver, dont il mangea.
« 11 n’y a pas (rois ans qu’un journal de Normandie nous racontait sérieusement, dit M. Salgues (1), qu’on venait de pêcher, sur les côtes de Granville, un mât de vaisseau qui dormait depuis plus de vingt ans sous les eaux; que l’on fut fort étonné de le trouver enveloppé d’une espèce de poisson fort singulier, que b. s Normands nomment bernacle ou btrnache. Or, ce bernache ou bernacle est un long boyau rempli d’eau jaunâtre, au bout duquel se trouve une coquille qui renferme un oiseau, lequel produit une macreuse. Celte absurde nouvelle se répandit , et les Parisiens, ajoute M. Salgues, (uren! bien élohnés d’apprendre qu’il y avait des oies qui naissaient au bout d’un boyau, dans une petite coquille. »
Johnston, dans sa Thaumalogrnphie naturelle, rapporte que les macreuses se forment dans le bois pourri, que le bois pourri se change en ver et le ver en oiseau.
Boëtius est celui dont l’autorité lui paraît la plus imposante. Or ce savant rapporte qu’en 1490 on pêcha sur les côtes d’Ecosse une pièce de bois pourri, qu’on l’ouvrit en la présence du seigneur du lieu, et qu’on y trouva une quantité énorme de vers; mais ce qui surprit singulièrement l’honorable baronnet et les spectateurs, c’est que plusieurs de ces vers commençaient à prendre la forme d’oiseau, que les uns avaient des plumes, et que les autres étaient encore tout rouges. Ce phénomène parut si étonnant, que l’on déposa la pièce de bois dans l’église voisine, où elle fucconservée. Boëtius ajoute à ce conte, et pour le faire tenir debout, qu’il fut lui-même témoin d’un prodige semblable ; que le ministre d’une paroisse voisine des bords de la mer ayant pêché une grande quantité d’algues et de roseaux, il aperçut, à l’extrémité de leurs racines des coquillages singuliers, qu’il les ouvrit et y trouva au lieu de poissons des oiseaux. L’auteur assure que le pasteur lui fit part de cette merveille, et il repète qu’il fut lui-même témoin de la vérité du fait
(t) Des Erreurs et des préjugés, t. Irr, p. ’t'iS.
MACRODOR. médecin écossais dont voici l’aventure: « En l’année 1574, un nommé Trois-Rieux s’obücea envers un médecin écossais, nommé Macrodor (tous deux habitants de Bordeaux), de lui servir de démon après sa mort ; c’est-à-dire que son esprit viendrait lui obéir en toutes choses et lui faire connaître ce qui était caché aux hommes. Pour parvenir à ces fins, ils signèrent un pacte eu lettres de sang sur un parchemin vierge.
.< Ce Macrodor était regardé comme sorcier et magicien ; il eut une fin misérable, ainsi que toute sa famille. On surprit chez lui l’obligation que nous venons de mentionner, avec une platine de cuivre ronde, de médiocre grandeur, sur laquelle étaient gravés les sept noms de Dieu, sept anges, sept planètes et plusieurs autres figures, caractères, lignes, points, tous inconnus (1). »
MACZOCHA. Un jeune écrivain (2) a rapporté sur ce gouffre une tradition polonaise que nous transcrivons ici.
Du temps des Hussiles, un brigand nommé Obesslik se rendit à la justice qui le poursuivait depuis longtemps, mais il se rendit à condition qu’on épargnât son sang. Il fut donc condamné à mourir de faim et descendu dans le gouffre de Maczocha avec une cruche d’eau et un seul pain. Le pain fut bientôt dévoré, la cruche d’eau bientôt vidée. Alors commença pour lui cette horrible agonie dont on peut se faire une idée après avoir lu l’épisode d’Ugolin dans le Dante. La mort lente s’approchait avec le désespoir, lorsque tout à coup le condamné entendit un sifflement étrange dans l’air et vit, en levant les yeux, un dragon ailé qui plongea à grands coups d’aile dans le précipice. Obesslik, qu’épouvantait l’idée que ce dragon le dévorerait, ramassa le reste de ses forces, se recula dans une crevasse de la paroi, prit une pierre et la jeta vers le dragon qui lut atteint, sous le ventre, au seul endroit qui n’était pas protégé par des écailles comme tout le reste de son corps. Un sang noir sortit de la blessure du monstre qui s’abattit sur une saillie du cratère où il se reposa quelque temps ; une demi-heure s’écoula ainsi, et, quand il eut repris quelques forces par le repos, il se releva et sorit. Ainsi délivrédeson hôlemonstrueux, Obesslik pensa ceci :
Ne pourrais-je pas me sauver par son secours, s’il revenait?
Le lendemain, à la même heure, le dragon redescendit dans le gouffre et se mit à fouiller la vase avec son bec immense pour y chercher des vipères d’eau dont il se nourrissait. Obesslik se glissa derrière lui et se plaça sur son dos écaillé. Quand le monstre se fut bien repu, il reprit son vol sans s apercevoir qu’un homme était placé sur son dos et sortit du précipice. Il s’éleva bien haut dans l’air, portant toujours son cavalier qui attendait un moment lavorable pour descen*
dre de son étrange coursier. Ses ailes bruissaienl dans le vent; et il s’abattit dans une forêt voisine où il se coucha sous un grand chêne et s’endormit.
Obesslik sauvé reprit son ancien métier de dévaliseur, et plus d’une fois l’effroi se répandit dans la contrée au récit des crimes de celui que l’on croyait mort dans la Maczocha. Les montagnes de Hradi étaient surtout le théâtre de ses sanguinaires exploits. Mais il fut repris et décapité à Olmülz.
MAGARES, sorciers de M ngrélie, fort redoutés des gens du pays, parce qu’ils nouaient l’aiguillette. Aussi la cérémonie du mariage, en ce pays, se faisait toujours en secret, et sans qu’on en sût le jour, de peur que ces prétendus sorciers ne jetassent quelques sorliléges fâcheux sur les époux.
MAGES, sectateurs de Zoroaslre, adorateurs du feu et grands magiciens. C’est d’eux, disent les démonomanes, que la magie ou science des mages lire son nom. Ils prêchaient la mélempsychose astronomique; c’est-à-dire que , selon leur doctrine , les âmes, au sorlir de ce monde, allaient habiter successivement toutes les planètes avant de revenir sur la terre.
MAGIE et MAGICIENS. La magie est l’art de produire dans la nature des choses audessus du pouvoir des hommes, par le secours des démons, ou en employant certaines cérémonies que la religion interdit. Celui qui exerce cet art e*t appelé magicien. On distingue la magie noire, la magie naturelle, la cœleslialis, c’est-à-dire l’astrologie judiciaire, et la ræremonialis ; cette dernière consiste dans l’invocation des démons, en conséquence d’un pacte formel ou tacite fait avec les puissances infernales. Ses diverses branches sont la cabale, l’enchantement, le sortilège, l'évocation des morts et des esprils malfaisants, la découverte des trésors cachés et des plus grands secrets; la divination, le don de prophétie, celui de guér.r par des termes magiques et par des pratiques mystérieuses les maladies les plus opiniâtres, de préserver de tous maux, de tous dangers, au moyen d’amulettes, de talismans; la fréquentation du sabbat, etc.
La magie naturelle, selon les démonographes, est l’art de connaître l’avenir et de produire des effets merveilleux par des moyens naturels, mais au-dessus de la portée du commun des hommes. La magie artificielle est l’art de fasciner les yeux et d’étonner les hommes, ou par des automates, ou par des escamotages, ou par des tours de physique. La magie blanche est l’art de faire des opérations surprenantes par l’évocation des bons anges, ou simplement par adresse et sans aucune évocation. Dans le premier cas, on prétend que Salomon en est l’invenleur; dans le second, la magie blanche est la même chose que la magie naturelle, confondue avec la magie artificielle. La magie noire ou diabolique, enseignée par le diable,
(l) Delancre, Tableau de l'inconstance des déni., etc.,
iiv. ii, p 174.
(2) M. Henri Van Hasselt.
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et pratiquée sous son influence, est l’art de commercer avec les démons, en conséquence d’un pacte fait avec eux, et de se servir de leur ministère pour faire des choses au-dessus de la nature. C’est de celle magie que sont accusés ceux qu’on appelle proprement magiciens. Chain en a été, dit-on, l’inventeur ou plutôt le conservateur; car Dieu n’envoya le déluge, disent les démonomanes, que pour nettoyer la terre des magiciens et des sorciers qui la souillaient. Cham enseigna la magie et la sorcellerie à son fils Misraïm, qui, pour les grandes merveilles qu’il faisait, fut appelé Zoroaslre. On a dit qu’il avait composé cent mille vers sur ce sujet, et qu’il fut emporté par le diable en présence de ses disciples.
Il n’est pas nécessaire d’établir ici la vérité des faits rapportés dans l’Ecriture sainte sur la magie et les magiciens. Ils ne sont contestés que par la mauvaise foi des incrédules qui ont leur parti pris de nier. C’est plus tôt fait. Tous les peuples ont reconnu l’existence de la magie, et les plus forts des esprits forts ne la nieront pas, s’ils ont vu quelques-unes des merveilles du magnétisme. Nous ne parlons ici que des faits et lion de la manière de les interpréter. Et puis on a atttribué à cet art noir bien des accidents qui n’en ont pas été le produit ; aussi il est constant que les écrivains des siècles passés ont entouré les historiens magiques d’une crédulité trop étendue. La magie, disent-ils, donne à ceux qui la possèdent une puissance à laquelle rien ne peut résister : d’un coup de baguette, d’un mot, d’un signe, ils bouleversent les éléments, changent l’ordre immuable de la nature, livrent le monde aux puissances infernales, déchaînent les tempêtes, les vents et les orages; en un mot, font le froid et le chaud. Les magiciens et sorciers, dit Vecker, sont portés par l’air d’un très-léger mouvement, vont où ils veulent, et cheminent sur les eaux, comme Oddon le pirate, lequel voltigeait çà et là en haute mer, sans esquif ni navire
On conte qu’un magicien coupa la tête d’un valet en présence de plusieurs personnes qu’il voulait divertir; toutefois il coupait celle tête avec le dessein de la remettre; mais pendant qu’il se disposait à la rétablir, il vil un autre magicien qui s’obstinait à le contrecarrer, quelque prière qu'il lui adressât; il fit naître tout d’un coup un lis sur une table, et en ayant abattu la tête, son ennemi tomba par terre sans tête et sans vie. Puis il rétablit celle du valet, et s’enfuit.
Mais voici un fait moins grotesque : Les habitants d’Hamel sur le Wéser, en basse Saxe, étant, en Tannée 1284, tourmentés d’une quantité surprenante de rats et de souris, jusque-là qu’il ne leur restait pas un grain qui ne fût endommagé, et plusieurs d’entre eux songeant aux moyens de se délivrer de ce fléau, il apparut tout d’un coup, au milieu de la ville, un homme étranger, d’une taille extraordinaire, qui entreprit, moyennant une somme d’argent dont on
convint, de chasser sur l’heure toutes les souris hors du territoire. Après que le marché fut conclu , il tira une flûte de sa gibecière et se mit à en jouer. Tous les rats aussitôt, qui se trouvaient dans les maisons, sous les toits, dans les planchers, sortirent par bandes, en plein jour, et suivirent le joueur de flûte jusqu’au Wéser, où ayant relevé ses habits il entra dans la rivière, et les rats qu’il enlraînait s’y noyèrent. Lorsqu’il eut ainsi exécuté sa promesse, il vint demander l’argent dont on était convenu avec lui; mais il ne trouva plus les bourgeois dans la disposition de le lui compter. Cette mauvaise foi le rendit furieux; il les menaça d’une vengeance terrible s’ils ne le satisfaisaient sur-le-champ. Les stupides bourgeois se moquèrent de lui et de ses menaces. Mais, le lendemain, le magicien reparut, avec une mine effrayante, sous la figure d’un chasseur; il avait un chapeau de pourpre sur la tête. 11 joua d’une autre flûte différente de la première, et tous les enfants de la ville, depuis quatre ans jusqu’à douze, le suivirent spontanément. Il les mena dans une caverne , sous une montagne qui est hors de la ville, sans que depuis ce temps-là on en ait jamais revu un seul, et sans qu’on ail pu apprendre ce que tous ces enfants étaient devenus. Depuis cette surprenante aventure, on a pris, dans Hamel, la coutume de compter les années depuis la sortie des enfants , en mémoire de ceux qui lurent perdus de cette manière; et d’un autre côlé les annales transylvaines disent que, vers ce temps-là , il arriva en Transylvanie quelques enfants dont on n’entendait pas la langue, et que ces enfants s’y étant établis y perpétuèrent aussi leur langage, tellement qu’encore aujourd'hui ou y parle allemandsaxon. La première preuve de celle histoire singulière, qu’on n’a pu expliquer, consiste dans la vitre d’une église d’Hamel, sur laquelle elle est peinte, avec quelques lelln s que le temps n’a pas encore effacées. La seconde preuve était sur la porte appelée la Neuve, où Ton voyait des vers latins qui apprenaient qu’en 1284, un magicien ava t enlevé aux habitants cent trente enfants, et les avait emmenés sous le mont Coppenberg.
Mouchemberg, dans la suite de l’Argenis, raconte les aventures bizarres du magicien Lexilis. Ce magicien ayant été mis en prison par ordre du souverain de Tunis (le fait a eu lieu quelque temps avant la splendeur de Rome, et quoique roman il expose des idées reçues il y a deux cents ans), il arriva dans ces entiefaites une chose étrange au fils du geôlier de la prison où Lexilis était détenu. Ce jeune homme venait de se marier, et les parents célébraient les noces hors de la ville. Le soir venu, on joua au ballon. Pour avoir la main plus libre, le jeune marié ôta de son doigt l’anneau nuptial; il le mit au doigt d’une statue qui était près de là. Après avoir bien joué, il retourne vers la statue pour reprendre son anneau; mais la main s’était fermée, et il lui fut impossible de le retirer. Ce fait se retrouve dans plusieurs légendes
DICflONNÂME DES SCIENCES OCCULTES
«lu moyen âge. Le jeune homme ne dit rien «l’un tel prodige; mais quand lout le monde fut rentré dans la ville, il revint seul devant Ja statue, trouva la main ouverte et étendue comme auparavant, toutefois sans la bague qu’il y avait laissée. Ce second événement le jeta dans une grande surprise. Il n’en alla pas moins rejoindre sa famille. Mais il voulut inutilement se rapprocher de sa femme. Un corps solide se plaçait continuellement devant lui. «C’est moi que tu dois embrasser, lui dit-on enfin, puisque tu m’as épousée aujourd’hui : je suis la statue au doigt de laquelle tu as mis ton anneau. » Le jeune époux effrayé révéla la chose à ses parents. Son père lui conseilla d’aller trouver Lexilis dans son cachot; il lui en remit la clef. Le jeune homme s’y rendit et trouva le magicien endormi sur une table. Après avoir attendu longtemps sans qu’il s’éveillât, il le lira doucement par le pied; le pied avec la
jambe lui demeura dans les mains Lexi-
lis, s’éveillant alors, poussa un cri : la porte du cachot se referma d’elle-même. Le marié tremblant se jeta aux genoux du magicien, lui demanda pardon de sa maladresse et implora son assistance. Le magicien promit de le débarrasser de la statue, moyennant qu’on le mît en liberté. Le marché fait, il rajusta sa jambe à sa place, et sortit. Quand il fut libre, Lexilis écrivit une lettre qu’il donna au jeune homme : — Va-l’en à minuit, lui dit-il, dans le carrefour voisin où aboutissent quatre rues; attends debout et en silence ce que le hasard l’amènera. Tu n’y seras pas longtemps sans voir passer plusieurs personnages, chevaliers, piétons, laquais, gentilshommes : les uns armés, les autres sans armes; les uns tristes, les autres gais. Quoi que tu voies et que tu entendes, garde-toi de parler ni de remuer. Après celte troupe, suivra un certain, puissant de taille, assis sur un char ; tu lui remettras ta lettre, sans dire un mol, et tout ce que tu désires arrivera. Le jeune homme fit ce qui lui était prescrit, et vit passer un grand cortège. Le maître de la compagnie venait le dernier, monté sur un char triomphal. Il passa devant le fils du geôlier, et, jetant sur iui des regards terribles, il lui demanda de quel front il osait se trouver à sa rencontre? Le jeune homme, mourant de peur, eut pourtant le courage d’avancer la main et de présenter sa lettre. L’esprit, reconnaissant le cachet , la lut aussitôt et s’écria : Ce Lexilis sera-t-il longtemps encore sur la terre!... Un instant après, il envoya un de ses gens ôter l’anneau du doigt de la statue, et le jeune époux cessa d’être troublé. Cependant le geôlier fit annoncer au souverain de Tunis que Lexilis s’était échappé. Tandis qu’on le cherchait de toutes parts, le magicien entra dans le palais, suivi d’une vingtaine de jeunes filles qui portaient des mets choisis pour le prince. Mais, tout en avouant qu’il n’avait rien mangé de si délicieux, le roi de Tunis n’en renouvela pas moins l’ordre d’arrêter Lexilis. Les gardes voulant s’emparer de lui ne trouvèrent à sa place qu’un
chien mort, sur le venrre duquel ils avaient tous la main,... prestige qui excita la risée générale. Après qu’on se fut calmé, on alla à la maison du magicien ; il était à sa fenêtre, regardant venir son monde. Aussitôt qüe les soldats le virent, ils coururent à sa porte qui se ferma incontinent. De par le roi, le capitaine des gardes lui commanda de se rendre, le menaçant d’enfoncer la porte s’il refusait d’obéir. — Et si je me rends, dit Lexilis, que ferez-vous de moi ?
— Nous vous conduirons courtoisement au prince.
— Je vous remercie de votre courtoisie; mais par où irons-nous au palais?
— Par cette rue, reprit le capitaine, en la montrant du doigt.
En même temps il aperçut un grand fleuve qui venait à lui en grossissant ses eaux, et remplissait la rue qu’il venait de désigner, tellement qu’en moins de rien iis en eurent jusqu’à la gorge. Lexilis, riant, leur criait :
— Retournez au palais, car pour moi je ne me soucie pas d’y aller en barbet.
Le prince ayant appris ceci résolut de perdre la couronne plutôt que de laisser le magicien impuni : il s’arma lui-même pour aller à sa poursuite, et le trouva dans la campagne qui se promenait paisiblement. Les soldats l’entouièrent pour le saisir; mais Lexilis faisant un geste, chaque soldat se trouva la tête engagée entre deux piquets, avec deux cornes de cerf qui l’empêchaient de se retirer. Ils restèrent longtemps dans cette posture, pendant que des enfants leur donnaient de grands coups de houssine sur les cornes... Le magicien sautait d’aise à ce spectacle, et le prince était furieux. Ayant aperçu à terre, aux pieds de Lexilis, un morceau de parchemin carré, sur lequel étaient tracés des caractères, le roi de Tunis se baissa et le ramassa sans être vu du magicien. Dès qu’il eut ces caractères dans la main, les soldats perdirent leurs cornes, les piquets s’évanouirent, Lexilis fut pris, enchaîné, mené en prison, et de là sur l’échafaud pour y être rompu. Mais ici il joua encore un tour de son métier; car, comme le bourreau déchargeait la barre de fer sur lui, le coup tomba sur un tambour plein de vin, qui se répandit sur la place, et Lexilis ne reparut plus à Tunis...
Voici une autre histoire contée par Wierus. Un magicien de Magdebourg gagnait sa vie en faisant des tours de son métier, des enchantements, des fascinations et des prestiges, sur un théâtre public. Un jour qu’il montrait, pour quelque monnaie, un petit cheval à qui il faisait exécuter, par la force de sa magie, des choses incroyables; après qu’il eut Gni son jeu, il s’écria qu’il gagnait trop peu d’argent avec les hommes et qu’il allait monter au ciel... Ayant donc jeté son fouet en l’air, ce fouet commença de s’enlever. Le petit cheval ayant saisi avec sa mâchoire l’extrémité du fouet, s’enleva pareillement. L’enchanteur, comme s’il eût voulu retenir s'>n bidet, le prit par la queue et fut
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emporté de même. La femme de cel habile magicien empoigna à son tour les jambes de son mari qu’elle suivit; enfin la servante s’accrocha aux pieds de sa maîtresse, le valet aux jupes de la servante, et bientôt le fouet, le petit cheval, le sorcier, la femme, la cuisinière, le laquais , s’enlevèrent si haut qu’on ne les vit plus. Pendant que tous les assistants demeuraient stupéfaits d’admiration, il survint un homme qui leur demanda pourquoi ils bâillaient aux corneilles, et quand il le sut : — Soyez en paix, leur dit-il, votre sorcier n’est pas perdu, je viens de le voir à l’autre bout delà ville, qui descendait à son auberge avec tout son monde... .(1). Voy. Hoque, Agrippa, Faüst, etc.
On raconte qu’Hemmingius , théologien célèbre, cita un jour deux vers barbaresdans une de ses leçons, et ajouta, pour se divertir, qu’ils pouvaient chasser la fièvre, parce qu’ils étaient magiques. L’un de ses auditeurs en fit l’essai sur son valet, et le guéri!. Puis après on fit courir le remède, et il arriva que plusieurs fébricitants s’en trouvèrent bien. Hemmingius, après cela, se crut obligé de dire qu’il n’avait parlé de la sorte qu’en riant, et que ce n’était qu’un jeu d’esprit. Dès lors le remède tomba; niais il y en eut beaucoup qui ne voulurent point se dédire de la confiance qu’ils y avaient ajoutée.
Les maladies n’existent souvent que dans l’imagination : telle personne guérira avec un charlatan en qui elle a confiance; telle autre ne guérira point avec un excellent médecin de qui elle se défie.
Il y a eu de tous temps, chez tous les peuples peu éclairés, grand nombre de magiciens, et on a beaucoup écrit contre eux. Nous citerons ici quelques-uns des mille et un volumes qui traitent de cette matière ex professa.
1° Le Traité de la magie blanche , ou de l’escamotage, de Decremps.
2° La Magie naturelle de Porta.
3° La Véritable mqgie noire , ou le Secret des secrets, manuscrit trouvé à Jérusalem dans le sépulcre de Salomon, contenant quarante-cinq talismans, avec la manière de s’en servir et leurs merveilleuses propriéiés; plus, tous les caractères magiques connus jusqu’à ce jour, traduit de l’hébreu du mage Iroé-Grego, Rome, 1730. Cet ouvrage stupide est donné comme un écrit de Salomon. On y trouve surtout des conjurations.
Trinam magicum, ou Traité des secrets magiques, contenantdes recherches sur la magie naturelle, artificielle etsuperstilieuse ; les talismans, les oracles de Zoroastre, les mystères des Egyptiens, Hébreux, Chaldéens, etc., in-8 , Francfort, 1673.
5“ Lettres de Saint-André, conseiller-médecin ordinaire du roi, à quelques-uns de ses amis, au sujet de la magie, des maléfices et des sorciers, etc., Paris, in-12, 1725.
6 a Traité sur la magie, le sortilège, les possessions, obsessions et maléfices, etc.; par Rl. Daugis; Paris, in-12, 1732. — Voy. Bo-