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ORDALIE. On donnait le nom A' ordalie à une série d’épreuves par les éléments. Elles consistaient à marcher les yeux bandés parmi des socs de charrue rougis au feu, à traverser des brasiers enflammés, à plonger le bras dans l’eau bouillante, à tenir à la main une barre de fer rouge, à avaler un morceau de pain mystérieux, à être plongé les mains liées aux jambes dans une grande cuve d’eau, enfin à étendre pendant assez longtemps les bras devant une croix. Voy. Croix, Eau, Feu, etc.
OREILLE. On dit que nos amis parlent de nous quand l’oreille gauche nous tinte, et nos ennemis quand c’est la droite.
ORESME (Guillaume) , astrologue du xiv' siècle, dont on sait peu de chose.
ORIAS, démon des astrologues et des devins, grand marquis de l’empire infernal. Il se montre sous les traits d’un lion furieux, assis sur un cheval qui a la queue d’un serpent.II porte dans chaque main une vipère. Il connaît l’astronomie et enseigne l’astrologie. 11 métamorphose les hommes à leur volonté, leur fait obtenir des dignités et des litres, et commande trente légions (1).
ORIGINEL (Péché), la source de tous les maux qui affligent l’humanité, réparé par le baptême dans ses conséquences éternelles. Ceux qui nient le péché originel n’ont pourtant jamais pu expliquer leur négation. Voy. Pec h é
ORIGINES. Voy. Monde.
ORNITHOMANCIE, divination qu’on tirait de la langue, du vol, du cri et du chant des oiseaux. Voy. Augures.
OROBAS, grand prince du sombre empire.
On le voit si us la forme d’un beau cheval. Quand il paraît sous la figure d’un homme, il parle de l'essence divine. Consulté, il donne des réponses sur le passé, le présent et l’avenir. 11 découvre le mensonge, accorde
Ides dignités et des emplois, réconcilie les ennemis, et a sous ses ordres vingt légions (2).
OROMAS1S, salamandre distingué que les cabaliste^ donnent pour com| agnon de Noé dans l’arche.
OROMAZE. La mythologie persane dit que le dieu Oromaze fit vingt-quatre dieux, et les mit tous dans un œuf. Arimane, son ennemi, en ayant aussi fait un pareil nombre, ceux-ci percèrent l’œuf, et le mal se trouva alors mêlé avec le bien. Voy. Arimane.
ORONTE. Pausanias raconte qu’un empereur romain, voulant transporter ses troupes depuis la mer jusqu’à Antioche, entreprit de rendre l’Oronte navigable, afin que rien n’arrêtât ses vaisseaux. Ayant donc fait creuser un canal, avec beaucoup de peines et de frais, il détourna le fieuve et lui fit changer de lit. Quand le premier canal fut à sec, on y trouva un tombeau de br ques long de onze coudées, qui renfermait un cadavie de pareille grandeur et de figure humaine dans toutes ses parties. Les Syriens ayant
(1 ) Wierus in Pseudom. dæm.
Oj Idem, ibid.
(3) Celte légende esl empruntée aux Légendes et ira»
consulté l’oracle d’Apollon, à Claros, pour savoir ce que c’était, il leur fut répondu que c’était Oronte, Indien de nation.
ORPHÉE, époux d’Eurydice, qu’il perdit le jour de ses noces, qu’il pleura si longtemps, et qu’il alla enfin redemander aux enfers. Pluion la lui rendit, à condition qu’il ne regarderait point derrière lui jusqu’à ce qu’il fût hors du sombre empire. Orphée ne put résister à son impatience : il se retourna et perdit Eurydice une seconde fois et sans retour. 11 s’enfonça alors dans un désert, jura de ne plus aimer, et chanta ses douleurs d’un ton si touchant, qu’il attendrit les bêles féroces. Les bacchantes furent moins sensibles, car sa tristesse le fil mettre en pièces par ces furieuses.
Les anciens voyaient dans Orphée un musicien habile, à qui rien ne pouvait résister. Les compilateurs du moyen âge l’ont regardé comme un magicien insigne, et ont attribué aux charmes de la magie les merveilles que la mylhologe attribue au charme de sa voix.
Orphée fut le plus grand sorcier et le plus grand nécromancien qui jamais ait vécu, dit Pierre Leloyer. Ses écrits ne sont farcis que ries louanges des diables. II savait les évoquer. 11 institua Tordre des Orphéotélestes, espèces de sorciers, parmi lesquels Racchus tenait anciennement pareil lieu que le diable tient aujourd’hui aux assemblées du sabbat. Bacchus, qui n’était qu’un diable déguisé, s’y nommait Subasius : c’est de là que le sabbat a tiré son nom. Après la mort d’Orphée, sa tête rendit des oracles dans Pile de Lesbos. Tzelzès dit qu’Orphée apprit en Egypte la iunesie science de la magie, qui y était en grand crédit, et surtout l’art de charmer les serpents. Pau-anias explique sa descente aux enfers par un voyage en Thesprot de, où l’on évoquait par des enchantements les âmes des morts. L’époux d’Eurydice, trompé par un fantôme qu’on lui fit voir pendant quelques instants, mourut de regret, ou du moins renonça pour jamais à la société des hommes et se relira sur les montagnes de Thrace.
Leclerc prétend qu’Orphée était un grand magicien; que ses hymnes sont des évocations infernales; et que, si Ton en croit Apollodore et Lucien, c’est lui qui a mis eu vogue dans la Grèce la magie, l’art de lire dans les astres et l’évocation des mânes.
ORPHROTKLESTES, gens qui faisaient le sabbat institué par Orphée, comme on vient de le dire.
ORTHON LE FARFADET (3). Le voyageur qui parcourt aujourd hui la France ne peut guère se faire une idée de la physionomie variée qu’elle présentait au moyen âge. La centralisation du pouvoir a relié tant bien que mal les éléments hétérogènes dont elle se composait; une teinte uniforme part de Paris, et tend à absorber de plus en plus les individualités tranchées des provinces. C’est
dirions populaires de la France, publiées par M. le comte Aniédée de Beaufcrt.
là peut-être pour l'économiste un résultat heureux, un louable progrès; mais, à coup eûr, l’artiste déplore ce nivellement monotone; il revient avec amour vers cette France du temps passé, si pleine de passions ardentes et colorées, de croyances naïves, où chaque province était un centre autour duquel venaient quelquefois se grouper les plus grands intérêts. Il importe de se reporter à ces idées pour le récit qui va suivre.
Orthez, qui n’est plus qu’une petite ville sans importance, était au moyen âge le siège d’une cour brillante, la résidence des comtes de Foix. Le xive siècle a vu l’apogée de sa gloire : Gaston III en était alors le suzerain. Surnommé Phœbus, soit à cause de sa beauté, soit à cause du soleil qu’il plaça dans son écusson, Gaston ne resta pas au-dessous de cet emblème glorieux. L’illustration des armes , celle des richesses et l’habileté politique si nécessaire pour se maintenir au faite d’une haute position, tout concourut à le placer à la tête de ces grands vassaux de la couronne, féodales grandeurs qui devaient s’abaisser sous la main puissante de Richelieu et de Mazarin. Plus d’une fois les intérêts de la France entière se concentrèrent autour de lui dans cette petite cour. Pendant que les ambassadeurs des puissances voisines venaient s’y disputer son appui, les savants , les troubadours et les jongleurs accouraient y briguer les faveurs et les encouragements de cette main quasi royale. On aurait en vain cherché ailleurs , même à la cour du roi de France, un modèle plus accompli de cette chevalerie qui brillait d’un lusire si éclatant, alors qu’il allait s’éclipser.
Les chants du gai- savoir, les nobles déduits de la chasse trouvaient auprès de Gaston un amateur aussi éclairé que magnifique. La chasse était alors une passion, une affaire sérieuse, qui exigeait des études approfondies. Plus un seigneur était puissant ei riche, plus il y déployait de luxe. Gaston y excellait, et il en a laissé le traité le plus complet du temps.
« Ses équipages pour ce plaisir, dit l’historien de sa vie, surpassaient en magnificence ceux des princes les plus riches (1); ses écuries ne nourrissaient pas moins de deux cents chevaux, la plupart destinés à cet usage, et il avait de douze à seize cents chiens. Ses lévriers étaient les plus légers et les plus beaux de l’Europe, et ses chiens pour le cerf, le daim, lerangier, pour les grands ours des Pyrénées, pour le loup et le sanglier, les plus forts et les plus courageux.... Tous les oiseaux de fauconnerie étaient aussi élevés avec grand soin chez le comte de Foix.
«Rien n’était noble à voir comme la compagnie du châtelain d’Orlhez parlant pour une
(1) Et pourtant, sans compler le roi de France et les rois étrangers, bien d’autres seigneurs et princes poussaient alors l’amour de la chasse à un point extrême et rivalisaient de dépenses entre eux. Le duc de Bourgogne avait un équipage de chasse dans lequel on comptait : six pages de chiens courants, six de lévriers, douze sous-pages de chiens, six valets de chiens limiers, douze valets de chiens courants, six valets d’épagneuls, six valets de petits chiens.
chasse à la volerie : les chevaliers , sur de beaux palefrois, escortant galamment les darnes montées sur d’éléganles baquenées, et portant sur le poing chacune un bel oiseau qu’elles caressaient de temps en temps avec leur blanche main. Et puis les écuyers et pages aux couleurs de Foix et de Béarn, vêtus de vair en été et de fourrure de gris en hiver; et les gens de service, si nombreux et si bien mis , qui apportaient tous les engins et filets les plus ingénieux qu’il soit possible d’imaginer. Gaston aimait â un tel point tous ces di vertissemenis de chasse, qu’il en avait fait une étude particulière, et qu’il se plaisait à en enseigner les préceptes aux hommes qu’il y destinait. »
Mais ces nobles plaisirs ne lui faisaient point oublier de régler avec une admirable sagesse l’administration de ses Etals. C’est peut-être le seul exemple d’un haut et puissant seigneur de cette époque qui n’ait pas tout sacrifié à la passion de la guerre. Aussi sa réputation était immense, et les populations de Béarn le bénissaient. Un tel personnage devait être entouré de cette auréole de merveilleux qui ne manque jamais aux héros du moyen âge. Il était trop aimé des troubadours et des jongleurs pour qu’on ne célébrât pas sa gloire avec l’exagération mythique de quelque merveilleuse légende.
Froissart, le crédule et naïf chroniqueur, nous en a conservé le plus précieux document. C’est en 1388 qu’il visita la cour brillante d’Orthez. Curieux et questionneur, il se passionna pour les récits des vaillants chevaliers qu’il y rencontra. Là, un écuyer lui apprit que le sire comte savait tout ce qui se passait avant personne, et que cette science lui devait venir par aucune voie de nécromancie : puis, comme le chroniqueur lui demanda avec instance des détails, l’écuyer le lira à part en un onglet de la chapelle du chdtel d’Orthez, et commença ainsi :
Il peut y avoir environ vingt ans qu’il régnait en ce pays un baron qui s’appelait de son nom Raymond. Il était seigneur de Coarasse (c’est une petite ville à sept lieues d’Orthez). A cette époque dont je vous parle, le sire de Coarasse avait un procès à Avignon devant le pape, contre un clerc de Catalogne, au sujet des dîmes de l’église de Coarasse. Ces dîmes valaient bien cent florins de revenu par an, et le clerc disait qu'il y avait droit. Or, comme il était bien appuyé dans le clergé, il montra et prouva son droit, et le pape Urbain V, séant en consistoire général, condamna le chevalier à payer. Lorsque le clerc eut levé les bulles du pape, il chevaucha à grandes journées vers le Béarn pour venir prendre possession de son dîmage. Mais 1? décision du pape avait grandement irrité le
six valets de chiens anglais et de chiens d’Artois. Quelle dut être la surprise du duc, lorsque, fait prisonnier à Nicopolis, il vit que Bajazet avait sept mille fauconniers et autant de veneurs ! A la même époque, le comte de Saucerre signala sa passion pour la chasse d’une façon particulière ; il fonda un ordre de chevalerie sous le titre de l’Ordre du Levrier. (Noie de l’historien.)