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sire dcCoarasse; il s’avança vers le clerc, et lui dit :
— Or çà, maître Pierre ou maître Martin, suivant son nom, pensez-vous que par vos lettres je doive perdre mon héritage? Ne soyez pas assez hardi pour toucher à ce qui m’appartient ; car, si vous le faites, c’est voire vie que vous y laisserez. Allez ailleurs obtenir bénéfice , car vous n’aurez rien de mon héritage; et une fois pour toutes, je vous le défends. ■
Le chevalier était cruel, le clerc eut peur et n’osa poursuivre. Il se décida donc à retourner à Avignon. Mais avant de partir il voulut protester contre cette violence. Il vint trouver le sire de Goarasse, et lui parla ainsi :
— Sire, c’est votre force et non le droit qui m’enlève les biens de mon église ; vous méfaites grandement en conscience : je ne suis pas aussi puissant que vous ici, mais sachez que je vous enverrai tel champion que vous redouterez plus que moi.
Raymond ne tint aucun compte de ses menaces.
— Va, lui dit-il, fais ce que tu pourras, je ne te crains pas plus mort que vif. Tes paroles ne me feront rien abandonner de mon héritage.
Le clerc partit donc : retourna-t-il en Catalogne ou en Avignon? point ne le saisje; toujours est-il qu’il n’oublia pas ses menaces. Trois mois après, alors que le chevalier y pensait le moins, des messagers invisibles vinrent le trouver. Ils commencèrent à heurter et à bouleverser tout ce qu’il y avait dans le château, de telle façon qu’on eût dit qu’ils allaient l’abattre. La porte de la chambre de monseigneur en était tout ébranlée, et la dame qui se couchait se mourait de frayeur. Quant au chevalier , il entendait bien tout ce tapage, mais il ne disait mot, car il ne voulait pas montrer un cœur susceptible de faiblesse ; d’ailleurs il était assez brave pour attendre l’issue de toutes sortes d’aventures. Ce tapage dura toute la nuit. Au malin, les serviteurs du château se réunirent et vinrent trouver le baron qui était encore couché.
— Monseigneur, lui dirent-ils, n’avez-vous rien ouï cette nuit comme nous?
Le sire de Coarasse fit l’étonné.
— Et qu’avez-vous ouï? leur répondit-il.
Alors les serviteurs lui racontèrent comment on avait bouleversé le château et cassé toute la vaisselle de la cuisine. Le chevalier se mit à rire, en disant qu’ils l’avaient songé, et que ce n’avait été que vent.
— Mon Dieu 1 dit ta dame à demi-voix , je l’ai bien entendu.
« La nuit suivante, le même vacarme se renouvela, mais cette fois plus violent encore; les portes et les fenêtres tremblaient sous les coups, les chaises dansaient dans ia chambre. Le chevalier n’y put tenir, il se leva sur son séant.
— Or çà, s’écria-t-il, qu’est-ce qui heurte ainsi à ma chambre à cette heure?
— C’est moi , lui fut-il répondu, c’est moi.