LE PENDU DE SCUENDELBEKE
Le village do Schendclbekc , à une petite lieue de Grammont sur la Dendre, a aussi ses souvenirs ; car l’histoire populaire a laissé partout quelques traces. Si uous cherchions bien, il n’y a pas de hameau, pas de champ
(1) Le P. de Itavignan, Conférences de 1813 à Notre- Dame de Paris.
Diction*, des sciences occultes. IL
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peut-être, dans ces Gaules que tant de guerres ont parcourues , qui ne présenterait sa chronique. Et partout, avec des Plutarque et des Cornélius-Népos, nous relèverions , à côté des traditions plus ou moins singulières, de grands hommes endormis, d’héroïques actions oubliées, qui nous permettraient d’établir un parallèle à notre avantage entre les Grecs et nous.
Vous avez lu au collège, par exemple, l’histoire de ce soldat grec si vanté, de ce Cynégire, frère du poète Eschyle, qui, voulant retenir une galère sur laquelle des Perses fuyaient, saisit le câble de la main droite, et, comme on la lui coupa, il le prit de la gauche qui fut abattue aussi ; alors il le saisit dans ses dents et périt sans le lâcher.
Comparez à Cynégire Corneille Sneyssen, ce vaillant Flamand qui, en 1542, combattait si courageusement sous les murs de Gand, luttant avec une poignée d’hommes contre l’armée de Philippe le Bon, qui venait d’enlever Audenarde. Corneille portail la bannière du métier des bouchers. Déchirée de cent coups de lance, il en défendait les lambeaux de sa vaillante épée; et sa main gauche agitait le glorieux étendard, pendant que sa droite frappait sans relâche. Il avait étendu à ses pieds plusieurs braves. Un coup de hache lui brisa la jambe droite. 11 s’appuya sur la lance de sa bannière et continua de combattre. Un autre coup lui cassa l’autre jambe; il tomba à genoux aussitôt et refusa de se rendre. Un chevalier lui abattit la main qui lenait l’étendard ; il la saisit dans la jointure du bras qu’il replia sur sa poitrine, et ne cessa encore d’agiter son épée.
Les seigneurs , ayant regret de tuer un si vaillant homme, lui offrirent la vie qu’il dédaigna ; il acheva de la vendre et tomba entouré de morts.
Le trait que nous allons rapporter est d’un autre genre ; c’est un courage moins exalté : mais ceux qui aiment les prodigieux faits d’armes ne repousseront pas celui-là.
Philippe le Bon, en 1 4-53, continuant sa guerre contre les Gantois , vint assiéger la petite forteresse de Schendelbeke , défendue par deux cents rebelles. En avant du fort était une petite tour très-haute, où vingt hommes décidés s’étaient enfermés seuls, résolus de sc défendre jusqu’à la dernière extrémité. L’armée du bon duc s’empara assez promptement des fossés et des approches delà tour; mais il fallait enlever la tour ellc-méme, et les vingt Gantois qui la défendaient s’étaient abondamment munis de pierres et de pavés. On avait alors peu d’artillerie de campagne; les canons étaient si lourds, dans des routes partout enfoncées, qu’on assiégeait toutes les petites places par l’ancienne méthode , laquelle n’employait que de l’intrépidité et de l’audace. Parmi les assiégeants, le sire de Montaigu, Jacques do Fallcrans, Jean do Florcy, Etienne de Sair.t- Moris , ne manquaient, ni d’ardeur ni de lé-
(2) Lcloyer, Histoire des spectres.
mérité. Ils ordonnèrent aux archers de tirer sur la tour, et les (lèches volèrent bientôt si serrées, que les vingt assiégés n’y purent tenir et qu’ils furent obligés de se cacher dans leur asile. Ils cessèrent donc de se montrer et poussèrent leur cri de détresse, espérant d’être secourus par leurs amis du fort, et comptant sur la hauteur de leur tour et sur l’épaisseur de ses murailles. Il n’y avait à la tour qu’une porte qui était fort élevée au-dessus du fossé. Comme ils avaient brisé le pont-levis , ils comptaient que les assiégeants ne parviendraient pas facilement à la forcer. D’ailleurs , ils en confièrent la garde à un enfant de Gand , dont ils savaient l’hahilelé, le sang-froid et le courage; c’était Michel de Jung. Ce jeune homme s’était posté derrière la porte avec sa pique noire, et, à travers un très-petit guichet, il observait les mouvements de l’ennemi. 11 aperçut bientôt qu’on apportait une échelle dans le fossé, et qu’on se décidait à monter pour rompre la
fiorte. Il prit ses mesures. Jacques de Falerans, en effet, venait de mettre le pied sur le premier échelon, et, faisant le signe de la croix, il avait pris une hache et montait. Mais comme il étendait le bras pour frapper, Michel de Jung, passant sa pique par le guichet, lui porta un grand coup et le fit rouler dans le fossé. Ce coup muet produisit sur les chevaliers une sensation de colère. Etienne de Saint-Moris, cousin du déconfit, jura qu’il aurait raison du vilain.
— Ne montez pas , cria aussitôt le sire de Montaigu, qui avait des prétentions au talent de deviner. J’ai prévision que cè Gantois vous fera mauvaise aventure.
— Bah ! bah 1 répondit Saint-Moris, je suis moins lourd que ce pauvre Fallerans , et d’un coup de ma bonne hache d’armes je suis sûr de couper la pique noire.
Il monta aussitôt, avisant les moyens de Michel de Jung et s’apprêtant à couper tout ce qui sortirait du guichet. Mais le Gantois prit son temps et lança sa pique si adroitement , qu’elle entra dans la visière du casque de Saint-Moris, lui creva l’œil gauche et le jeta à terre en mauvais cas. 11 se releva pourtant et voulut retourner à la charge. Montaigu l’en empêcha.
— Vous n’avez perdu qu’un œil, dit-il; rendez grâces au ciel, car votre horoscope annonce que le fer d’une lance vous percera les deux yeux. N’y retournez donc plus.
Pendant qu’il disait ces mots, dix autres hommes d’armes montèrent successivement et furent pareillement renversés par l’infatigable Gantois. Alors le sire de Montaigu détendit formellement qu’on montât davantage à cette échelle. Il la fit ôter, et Jean de Florey, s’en emparant, alla la planter de l’autre côté contre la muraille, et y fit avec sa hache une large brèche, tandis qu’on appliquait à la porte des fascines allumées, que les hommes d'armes soutenaient au bout de leurs lances. La porte prit feu ; après trois heures de siège, les vingt assiégés déclarèrent qu’ils se rendaient. Suivant les usages de cette guerre, devenue guerre d’extermination, on
les pendit aussi'ôt aux arbres voisins ; le brave Michel de Jung, malgré ses faits hardis, ne fut pas plus épargné que les autres.
— Je suis bien aise qu’il en arrive ainsi, dit le sire de Montaigu , en s’adressant à Saint-Moris, dont on venait de panser la blessure; car les dangers de votre horoscope finissent ici, -et c’est de la main du même homme que vous deviez perdre les deux yeux, mais le voilà pendu.
— J’en suis pourtant fâche, dit Saint-Moris ; c’était un rude jouteur, et j’aurais voulu lui donner une mort plus digne d’un si vaillant champion. Pour le distinguer de ses camarades , lui qui a si chaudement renversé une douzaine d’entre nous, je demande qu’on lui donne un signe, afin que les passants l’honorent. Qu’on lui rende sa pique noire !
— Bonne idée ! s’écria Jacques de Fallerans, en frottant ses côtes meurtries.
Et tous ceux que Michel avait abattus ayant appuyé cette proposition , Jean de Florey appliqua son échelle à l’arbre où était pendu Michel. Il y monta, lui remit sa pique dans la main. Le pendu , qui ressentait les dernières convulsions de la mort, saisit avec vigueur le manche de la pique, e?, le penchant vers la terre, il fit reculer les chevaliers. La contraction nerveuse qui lui avait fait reprendre son arme fut si violente, que par la suite on ne put la lui ôter.
Les hommes de Philippe le Bon mirent ensuite cinq jours pour enlever le petit fort de Schendelbeke , dont ils pendirent également toute la garnison ; après quoi ils allèrent à d’autres exploits. Michel de Jung resta à son arbre avec sa pique.
Un mois après, un soir qu’Elienne de Saint-Moris, après avoir largement dîné à Grammont, s’en allait rejoindre le bon duc, en paix enfin avec les Gantois, comme il passait, un peu échauffé par le vin, devant Schendelbeke, il aperçut les pendus dont il gardait un bon souvenir. On les laissait pourrir en plein air suivant la coutume.
— Vous allez voir, dit-il à ses compagnons, l’homme qui in’a crevé l’œil gauche, et qui, si Montaigu ne m’eût préservé, m’aurait, dit-on, rendu aveugle. C’é ait un solide batailleur, et j’ai regret de l’avoir laissé pendre. Mais puisque le voilà , je veux lui ren-. dre quelque honneur, et s’il vous plaît, mes amis, nous allons le mettre en terre. Il n’<-st pas bien que les corbeaux se nourrissent des entrailles d’un si vaillant soldat.
— Mais qui le décrochera de là-haut? dit un écuyer. Il doit puer en diable.
— C’est vrai , riposta Saint-Moris. Aussi je veux purifier son gibet, en faisant avec lui une passe d’armes. Vous voyez qu’il lient toujours sa pique noire. C’est l’arme qui nous a renversés , douze étourdis que nous étions. Nous la lui avons laissée par distinction.
En achevant ces mots, Saint-Moris se trouvait tout juste en face du pendu. Il tourna son cheval vers lui, et, levant gaiement sa lance , il courut sur le cadavre desséché de Michel et le frappa. Ce mouvement fit tom-
ber la pique noire si malheureusement , qu’elle creva l’autre œil du jeune fou.
— -Puisque c’était mon horoscope, dit tristement Saint-Moris, je ne pouvais pas l’échapper
Car en ce lemps-là on croyait aux horoscopes.
PÉNITENCE. Le Kari-Chang est le temps de pénitence des idolâtres de l’îlc Formose , et chez les peuples que les ténèbres couvrent encore , les pénitences sont bien autrement dures que chez les chrétiens. Le Kari-Chang les oblige à vingt-sept articles qu’ils doivent observer exactement, sous pe ne d’être sévèrement châtiés. Entre autres choses, il leur est défendu, pendant ce temps, de construire des huttes, de se marier, de vendre des peaux, de semer, de forger des armes, de faire rien de neuf, de tuer des cochons, de nommer un enfant nouveauné, etc.
Les Formosans prétendent que ces lois leur ont été imposées par un de leurs compatriotes, qui, se voyant exposé au mépris , parce qu’il était difforme et hideux, conjura les dieux de l’admettre dans le ciel, la première fois qu’il recevrait quelque insulte. Ses vœux furent entendus. Ce Formosan , qui avait à peine figure d homme , devint donc un dieu, et, comme il était laid, un dieu redoutable. Il ne tarda pas à se venger des railleries de scs compatriotes : il descendit dans l’ile de Formose et leur apporta les vingt-sept articles du Kari-Chang , leur faisant les plus terribles menaces, s’ils en négligeaient un seul.
PENOTE. Un alchimiste, réduit à l’hôpital (c’était Penote) , avait coutume de dire qu’il ne souhaitait rien à ses plus mortels ennemis qu’un peu de goût pour l’alchim e.
PENTEMAN. Le peintre Pentcman , né à Rotterdam, vers l’an 1G50, fut chargé de représenter dans un tableau des têtes de morts et plusieurs autres objets capables d’inspirer du mépris pour les amusements et les vanités du siècle. Afin d’avoir sous les yeux des modèles, il entra dans un cabinet d’anatomie, qui devait lui servir d’atelier. En dessinant les tristes objets qui l’entouraient, l’artiste s’assoupit malgré lui et céda bientôt aux charmes du sommeil. 11 en goûtait à peine les douceurs , qu’il fut réveillé par un bruit extraordinaire. Quelle dut être sa frayeur, en voyant remuer les têtes des squelettes qui l’environnaient , et en apercevant les corps suspendus au plancher s'agiter et se heurter avec violence. Saisi d’elfroi, Penteman sort de ce lieu terrible, se précipite du haut de l’escalier et tombe dans la rue à demi-mort. Lorsqu’il eut repris connaissance, il fut facile de s’assurer que le spectacle dont il venait d’être épouvanté n’était que trop naturel, puisqu’il avait été occasionné par uu tremblement de terre.
Mais la terreur avait tellement glaéé son sang qu’il mourut peu de jours après.
PERATOSCOP1E, divination par l’inspec-
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lion desphénomènesetchosesexlraordinaires qui apparaissent dans les airs.
PERDRIX. On dit qu’un malade ne peut mourir lorsqu’il est couché sur un lit de plumes d’ailes de perdrix (1).
PEltEZ (Juan). Voy. Inquisition.
PERICLES, général athénien qui, se défiant de l’issue d’une bataille , pour rassurer les siens, fit entrer dans un bois consacré à Pluton un homme d’une taille haute, chaussé de longs brodequins, ayant les cheveux épars, vêtu de pourpre, et assis sur un char traîné de quatre chevaux blancs, qui parut au moment de la bataille, appela Périclès par son nom, et lui commanda de combattre, l’assurant que les dieux donnaient la victoire aux Athéniens. Celte voix fut entendue des ennemis, comme venant de Pluton , et ils en eurent une telle peur qu’ils s’enfuirent sans tirer l’épée.
PERIS, génies femelles des Persans, d’une beauté extraordinaire ; elles sont bienfaisantes, habitent le Ginnislan, se nourrissentd’odeurs exquises, et ressemblent un peu â nos fées. Elles ont pour ennemis les dives. Voy. Dives.
PERITHE, pierre jaune qui avait, dit-on, la vertu de guérir la goutte et qui brûlait la main quand on la serrait fortement.
PERLIMPINPIN. V. Secrets merveilleux.
PERRIER, démon invoqué comme prince des principautés, dans les litanies du sabbat.
PERSIL ( Maitre). Voy. Verdelet.
PERTEMAN. Une jeune fille de la commune d’Uccle (près de Bruxelles) avait dit à plusieurs personnes qu’elle était ensorcelée ; que la nuit des spectres et des revenants, vêtus de longues robes jaunes, se présentaient devant son lit et venaient lui causer de grandes frayeurs, au point que sa santé en était altérée. Les frères de cette jeune fille, croyant que leur sœur était réellement ensorcelée, eurent recours à un individu de la commune surnommé le pcrleman ( le joueur de mauvais tours), qui avait la réputation de posséder le moyen de conjurer les spectres et les esprits malins. Cet homme s’attendait probablement et pour cause à être consulté par les parents de la jeune tille; il se mil donc en devoir d’employer, moyennant salaire bien entendu, ses talents surnaturels, comme il les appelait, pour combattre les œuvres des nombreuses sorcières, dont il prétendait que la jeune fille était la victime. Presque tous les soirs il se rendait, muni d’un gros livre, au domicile de l’a fille, y allumait des chandelles et restait souvent là toute la nuit ; cependant le revenant reparaissait toujours lorsque l’exorciseur ne venait pas; enfin, le perleman vint annoncer qu’il était parvenu à reconnaître la cause du malheur et le remède à employer; ce remède était une somme de 15 francs à répartir entre les trente sorcières qui assiégaienl la malheureuse jeune fille ; on les calmait donc à raison dn 50 centimes par tête.
(1) Tbiers, Traité des superstitions.
Le frère de cetle infortunée, ne possédant pa9 la somme de quinze francs, alla consulter le bourgmestre, et l’on conçoit qu’il n’en fallut pas davantage pour mettre un terme aux manœuvres du sorcier. L’autorité communale envoya, le soir même où le perte man devait venir opérer le désenchantement définitif, deux gardes forestiers chargés de vérifier ce qui se passait; ceux-ci trouvèrent le perteman dans la maison.il s’occupait à feuilleter son gros volume, à jeter de l’eau bénite et àmarmoller certaine» paroles ; vers minuit, ils virent approcher de la maison une femme habillée de jaune, qui alla écouter à la porte ; un instant après, le perteman sortit, disposé à lier conversation avec le revenant ; il aperçut alors les gardes, prit la fuite, ainsi que la femme, et dans son trouble il laissa tomber son volume mystérieux, qui, vérification faite, fut trouvé être un ouvrage de Mirabeau intitulé : De la monarchie prussienne , sous Frédéric le Grand.
Le perteman fut arrêté, et depuis le revenant n’a plus été vu ni par la jeune fille ni par personne. Ce fait s’est passé il y a moins de dix ans.
PERTINAX. Trois ou quatre jours avant que l’empereur Pertinax lût massacré par les soldats de sa garde, on conte qu’il vit dans un étang, je ne sais quelle figure qui le menaçait l’épée au poing.
PESTÉ. Les rois de Hongrie se vantaient de guérir la jaunisse, comme les rois de France guérissaient les écrouelles, et ceux de Bourgogne dissipaient la peste.
PET. Qui pète en mangeant voit le diable en mourant. Axiome populaire répandu pour euseigner la bienséance aux enfants dans les contrées où l’on mange beaucoup de choux et de navets.
PETCHiMANCIE, divination par les brosses ou vergettes. Quand un habit ne peut pas se vergeler, c’est un signe qu’il y aura de la pluie.
PETIT MONDE. On appelait petit monde une société secrète qui conspirait en Angleterre au dernier siècle peur le rétablissement des Sluarls. On débitait beaucoup de contes sur celte société : par exemple, on disait que le diable en personne, assis dans un grand fauteuil, présidait aux assemblées. C’étaient des francs-maçons.
PETIT-PIERRE. Les contes populaires de l’Allemagne donnent ce nom au démon qui achète les âmes et avec qui on fait pacte. 11 vient au lit de mort sous la forme d’un nain chercher ceux qu’il a achetés.
PETPAYATONS. Les Siamois appellent ainsi les mauvais esprits répandus dans l’air. S’ils préparent une médecine, ils attachent au vase plusieurs papiers, où sont écrites des paroles mystérieuses pour empêcher que les Pelpayaions n’emportent la vertu du remède.
PETR0BUS1ENS, disciples de Pierre de Bruys, hérétique du Dauphiné, contemporain de la première croisade. Ils reconnais-
SC1ENCES OCCULTES. 272
saient deux créateurs : Dieu et le diable. Ils disaient que les prières sont aussi bonnes dans un cabaret que dans une église, dans une étable que sur un autel ; en conséquence, ils détruisaient les édifices sacrés et brûlaient les croix et les images.
PETT1MANC1E, divination parle jet des dés. Voy. Astbagalomancie et Cubomaxcie.
PEUPLIER. ‘Les anciens regardaient le peuplier comme un arbre dédié aux eufer9 et aux démons.
PEUR. On prétend que pour se préserver de la peur il faut porter sur soi une épingle qui ait été fichée dans le linceul d’un mort.
Un officier logé en chambre garnie, et sur le point de rejoindre son régiment, était encore dans son lit au petit point du jour, lorsqu’un menuisier, qui portait un cercueil pour un homme qui venait de mourir dans la pièce voisine, entra, croyant ouvrir la porte de la chambre du mort.
Voilà, dit-il, une bonne redingote pour l’hiver.
L’officier ne douta pas qu’on ne vînt pour le voler. Aussitôt il saute à bas du lit et s'élance contre le prétendu voleur.... Le menuisier, voyant quelque chose de blanc, laisse tomber son cercueil, et s’enfuit à toutes jambes, criant que le mort était â ses trousses.... On dit qu’il en fut malade.
Un marchand de la rue Saint-Victor, à Paris, donnant un grand souper, la servante de la maison fut obligée de descendre à la cave à dix heures du soir. Elle était p ureuse ; elle ne fut pas plustôtdescenduc, qu’elle remonta tout épouvan ée, en criant qu’il y avait un fantôme entre deux tonneaux!... L’effroi se répandit dans la maison, les domestiques les plus hardis descendirent à la cave, les maîtres suivirent, et l’on reconnut que le spectre était un mort qui y avait glissé de la charrette de l’Hôtel- Dieu, et était tombé dans la cave par le soupirail.
Un provincial venu à Paris dans le temps du carnaval, fit la partie, comme tant d’autres idiots, d’aller au bal masqué avec un de ses amis, et il se déguisa eu diable ; c’était très-ingénieux.
Les deux amis se retirèrent avant le jour. Comme le carrosse qui les remmenait passait dans le quartier où logeait le provincial, il fut le premier qui descendit, et son ami le laissa devant sa porte, où il frappa vivement parce qu’il faisait grand froid. Il fut obligé de redoubler les coups avant de pouvoir éveiller une vieille servante de son auberge, qui vint enfin à moitié endormie lui ouvrir, mais qui, dès qu’elle le vit, referma sa porte au plus vite et s’enfuit en criant. Le provincial ne pensait pas à son costume ; et, ne sachant ce que pouvait avoir la servante, il se remit à frapper, mais inutilement,personne ne revint. Mourant de froid, il prit le parti de chercher gîte ailleurs. En marchant le long de la rue, il aperçut de la lumière dans une maison; pour comble de bonheur, la porte n’était pas fermée tout à fait.
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Il vil en entrant un cercueil avec des cierges autour, et un bon homme qui, en gardant le mort, s'était endormi auprès d’un bon brasier. Le provincial, sans faire de bruit, s’approcha le plus qu’il put du brasier, s’y installa et s’endormit aussi fort tranqu 1lemeul sur un siège.
Cependant le gardien s’éveilla ; voyant la figure qui lui faisait compagnie, avec ses cornes et le reste, il ne douta pas que ce ne fût le diable qui venait prendre le mort. 11 poussa des cris si épouvantables, que le provincial, s’éveillant en sursaut, fut tout effrayé, croyant de son côté voir le défunt à ses trousses. Quand il fut revenu de sa frayeur, il fit réflexion sur son habillement et comprit que c’était ce qui avait causé ses embarras. Comme le jour commençait à paraître, il alla changer de mise dans une friperie, et retourna à son auberge, où il n’eut pas de peine cette fois à se faire ouvrir la porte. Il apprit en entrant que la servante était malade, et que c’était une visite que le diable lui avait rendue qui causait son mal. Il n’eut garde de dire que lui-même était le diable. 11 sut ensuite que l’on publiait dans le quartier que le diable était venu pour enlever un voisin. La servante attestait la chose ; et ce qui y donnait le plus de croyance, c’est que le pauvre défunt avait été usurier.
Les recueils d’anecdotes rapportent aussi ce petit fait :
Un cochon, fort gras et fort méchant, désolait un charcutier de Paris, qui résolut de s’en débarrasser en le tuant. En conséquence de son projet, il attacha l’animal à l’un des barreaux du soupirail de sa cave, et alla chercher son grand couteau pour lui couper le cou. Pendant ce temps-là le cochon rompit le lien qui le retenait, se sauva dans une rue voisine , entra dans une allée et monta jusqu’au troisième étage ; il trouva la porte d une chambre ouverte, dans laquelle demeurait une vieille femme qui venait d’en sortir pour aller chercher du feu chez sa voisine. Le cochon pénétra dans celte chambre , découvrit derrière la porte un panier plein d’ordures, et, comme il s’amusait à y fouiller, en se démenant il poussa la porte qui se ferma. La bonne femme, revenant sur ces entrefaites, fut très-surprise de trouver sa porte fermée ; ce qui aggravait l’inconvénient, c’est qu’elle avait laissé la clef sur sa table. Comme elle entendait un certain bruit, elle cria qu’on lui ouvrît: le cochon se mit alors à grogner; elle crut qu’on lui répondait non. Saisie de frayeur, elle s’imagina qu’il y avait un voleur dans son appartement, et courut chercher le commissaire et la garde. L’officier de police demanda à son tour qu’on lui ouvrît. Le corhon recommença à grogner, et tous les auditeurs crurent qu’on leur répondait non. Aussitôt la porte est enfoncée de par le roi ; le cochon effrayé veut se sauver, passe entre les jambes du commissaire , s’embarrasse dans sa robe et roule avec lui tous les escaliers ; il se dépêtre enfin de la longue robe
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et s’enfuit à toutes jambps dans la rue , en jetant des cris affreux , laissant l’officier de police persuadé qu’un million de diables venaient de lui faire faire une furieuse culbute.
Un bourgeois de Tarascon en Provence, ayant fait creuser dans sa cave qui était tou! proche du Rhône , trouva un mur avec une porte de fer qu’il fit ouvrir. C’était l’entrée d’un caveau très-profond, dans lequel il pénétra. Il entendit bientôt un bruit si effroyable, qu’il n’osa porter sa curiosité plus loin. Les magistrats de la ville, ayant eu connaissance de ce fait , promirent la liberté à un galérien, s’il voulait se résoudre à parcourir le souterrain jusqu’au bout. Muni.de tout ce qui pouvait le rassurer, cet homme y entra; mais à peine avait-il traversé la moitié du souterrain, qu’il revint pâle et tremblant, criant qu’on le pendît plutôt que de le condamner à mourir d’ une mort inconnue. Il disait avoir entendu des coups redoublés, avec des roulis si étonnants , qu’il s’imaginait à chaque instant que tout tombait en dissolution autour de lui. On lui laissa reprendre ses esprits jusqu’au lendemain ; on lui offrit de nouveau son pardon et même de l’argent, afin qu’il tentât encore l’aventure. Il descendit donc une seconde fois et eut le courage de pousser jusqu’au fond , où se rencontra une seconde porte de fer, à laquelle il heurta sans qu’on lui fit de réponse. Enfin la curiosité des magistrats les porta à offrir une somme considérable à quiconque irait ouvrir cette nouvelle porte. Six ouvriers de bonne volonté s’ensevelissent dans cette espèce d’abîme, enfoncent la porte et trouvent qu’elle conduisait dans la ville de Beaucaire. Ce caveau n’était autre chose qu’une communication d’une ville à l’autre, ignorée depuis longtemps. A l’égard du bn U qui avait tant effrayé d’abord, il était causé par les eaux du Rhône, qui dans son extrême rapidité roulait, en passant sur ci'ttc voûte qui le traversait, des cailloux et des pierres. C’est par cette galerie, creusée dans le roc, sous le Rhône, qu’on prétend que Charles Martel fit passer son armée pour aller vaincre les Sarrasins.
Un nègre d’une trentaine d'années, au service d’un riche Lyonnais, s’en revenant un soirau château de son maître, rencontra un paysan qui sanglotait auprès d’une haie. Il s’approche et lui demande le sujet de ses pleurs.
— Hélas 1 j’allais à la foire de Montluel acheter du bétail, dit le paysan. Deux voleurs m’ont pris mon argent et ma tasse.
— Y a-t-il longtemps ? dit vivement le nègre. Sont-ils loin d’ici ? De quel côté ont-ils tourné ?
Le bon homme répond qu'ils peuvent être à peine à deux portées de fusil; il indique la traverse qu’ils ont prise. Le nègre se dépouille en un clin d’œil de ses vêlements.
— Gardez tout ceci , dit-il au villageois ; je suis à vous dans une minute.
11 part comme un éclair et atteint les voleurs.
— Coquins , leur crie-l-il d’une voix me-
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naçante, rendez l’habit, l’argent , la lasse, que tous venez de voler à un malheureux , ou je vous entraîne dans les enfers.
11 faisait nuit. À ce terrible accent, à la vue de cette noire effigie, les brigands, peu aguerris, croyent voir le diable ; ils le prient en tremblant de ne pas approcher, vident leurs poches, jettent a terre leur bagage et se sauvent à toutes jambes. Le nègre les laisse courir, ramasse les effets abandonnés et les rapporte au villageois qui, en ayant fait l’inventaire , y trouva plusieurs écus eu sus de ce qui lui avait été volé.
Du temps que Lee, le poëte, était renfermé à Bedlam, unde ses amis alla le voir. Comme Lee avait des moments lucides, l’autre s’imagina qu’il était absolument guéri et se promena avec lui dans l’enceinte de la maison. Ils monlèrentmêmc ensemble jusqu’à la coupole du bâtiment. Comme ils eu regardaient tous deux la hauteur prodigieuse, Lee saisit son ami par le bras et lui dit :
— Immortalisons-nous ; sautons du parapet à terre.
— Tout le monde peut sauter en bas, et nous ne nous immortaliserons pas par là , reprit l’ami d’un grand sang-lroid; mais descendons et essayons de sauter de bas en haut.
Le fou , flatté d’une idée qui lui présentait un saut plus étonnant que celui qu’il avait proposé, accepta la proposition ; le visiteur s’échappa ainsi. Mais depuis ce fut l’idée fixe de Lee, auquel la passion de la célébrité avait fait perdre la tête, de s’immortaliser par un saut de bas en haut, jusqu’au dôme de Bedlam.
LA COQUETTE d'aRLON.
Dans des temps extrêmement anciens, les habitants d’Arlon rendaient un culte à la lune, et les doctes soutiennent que le nom d’Arlon vient de là ( ara lunœ). C’est pour cela, ajoute-t-on, que les jeunes dames de cette ville antique ont encore parfois des idées. A ce propos, voici une histoire qu’on aura certainement racontée à M. Adolphe Déchamps, lorsqu’il était gouverneur du Luxembourg, car c’est un souvenir de la province ; tous les Arlonnais la savent, et je vais vous la dire à vous, lecteurs, qui n’avez pas le culte de la lune dans vos ancêtres et qui n’êtes pas gouverneurs de provinces.
On ne parlait dans Arlori, il y a cent ans, que d’une jeune fille en possession de dixhuit belles années, gaie, bonne, franche, toujours souriante , toujours heureuse , mais qui semblait peu facile à fixer, tant elle était vive, rieuse et alerte. Elle se nommait Gertrude. Elle était fille de Charles Stock, propriétaire aisé de la petite ville, généralement désigné par le nom de Stock fils ; on le distinguait ainsi de son père et de son grandpère, qui vivaient encore. On durait vieux dans cette famille-là, selon une expression locale. Arlon au reste n’avait pas subi alors son triste incendie de 1785. Tous les jeunes gens faisaient la cour à Gertrude ; mais aucun tie parvenait à la captiver. A cause de
celle circonstance et de ses manières avenantes on l’appelait la coquette d’Arlon. Ne prenez pas ce mot dans un sens farouche. Son père et sa mère la laissaient rire, ayant en elle une confiance méritée.
Parmi ceux qui la recherchaient, on remarquait surtout quatre jeunes bourgeois de la ville, Sigismond de Vletter, Gilles Collin, Wenceslas Slroobant et Lambert Van Moll. Le premier était si calme qu’il n’inspirait point d’ombrage aux trois autres ; et les trois autres étaient si ardents, qu’on n’attendait que le choix de la jeune fille. Certainement, disait-on, il y a dans ceux-là un mari. Comme ils la pressaient tous les quatre, chacun de son côté et chacun à sa manière, de prendre une bonne résolution, un jour du mois de septembre de l’année 1743, elle s’avisa d’un stratagème qui devait les éprouver. Son père et sa mère encore une fois la laissaient faire; car elle ne faisait rien qu’elle ne les en eut consultés ; ce qui permet de supposer qu’ils n’étaient pas gens moroses comme on gémit d’en rencontrer ici bas.
Dans un champ qui appartenait à son père, à un quart de lieue d’Arlon, Gertrude avait remarqué une vieille tombe romaine, dont personne n’osait s’approcher, parce qu’on en racontait toutes sortes de choses mystérieuses. Ce monument a disparu, nous ne saurions dire comment. Elle en fit le centre de ses batteries.
Gilles Collin étant venu, selon son usage de chaque jour, se montrait passionné et protestait plus que jamais qu’il marcherait sur des charbons ardents pour lui plaire.
— Je suis moins exigeante, dit-elle. Toutes réflexions faites, je ne dis pas que je vous refuserais pour époux. Mais je veux une marque de dévouement et à la fois de courage.
— Voilà qui est bien parlé, réponditGilles. On vous en donnera des marques ; dites seulement ce que vous voulez.
— Vous connaissez, reprit-elle, la tombe romaine qui est là, sur le petit tertre, à un quart de lieue de la ville ?
— Je la connais, dit l’Ar'onnais intrigué, je la connais de loin. Ce n’est pas curieux.
— Eh bien ! je désire que ce soir, à neuf heures, sans avoir rien dit de nos conventions à personne au monde, vous alliez vous coucher dans cette tombe...
— Dans le trou aux sorcières I Quel caprice 1
— Et que vous y restiez immobile jusqu’à minuit.
— Mais, Gertrude, à quoi pensez-vous ?
dans quel but?
— Vous êtes un poltron ; vous tremblez déjà. C’est un caprice peut-être. J’ai mon projet ; je veux vous mettre à l’épreuve. Si vous faites ce que je dis, je m’assurerai de la chose ; et pourvu que vous restiez là, de neuf heures à minuit, mon cœur est à vous. Dites non ; j’en épouse un autre.
Gilles, frappé du ton décidé de la jeune fille, n’osa plus objecter les récits glaçants qu’on faisait dans les veillées à l’occasion de