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serait soumte et discret, qu’à neuf heures et demie très-précises il se trouverait à son poste, et qu’il veillerait si exactement le mort, que les chauves-souris mêmes n’en approcheraient pas. Il s’en alla faire ses préparatifs.
Au bout d’un moment, Lambert Van Moll parut, fidèle aussi à présenter son hommage. C’était un avocat auquel toute la ville présageait de l’avenir.
— S’il est vrai que vous m’aimiez, dit l i coquette, je vais en avoir la preuve. Des voisins que vous connaissez et qui sont nos ennemis veulent nous nuire. Pour cela, ils ont placé tout à l’heure un corps mort dans la tombe romaine qui appartient à ma famille. Je veux tout tenter pour faire enlever ce mort; ce qui vous sera facile....
— A moi ? interrompit Lambert.
— A vous. Je sais que vous êtes au-dessus des vaines frayeurs.
— C’est vrai. Mais vous me donnez là une commission ridicule.
— 11 n’y aura sans doute que des enfants qui garderont le mort celte nuit. Pour les écarter, il ne faut que vous barbouiller le visage de noir, vous rendre aussi laid que vous êtes agréable, vous travestir enfin en démon. C’est une commission ridicule, si vous voulez. Mais allez à la tombe, à dix heures précises ; enlevez le mort, apportezle ici, et attendez tout de ma reconnaissance.
Lambert Van Moll, en y réfléchissant, ne trouva pas que ce fût acheter trop cher le cœur de Gertrude ; il promit, comme les deux autres, exactitude et discrétion. Il se retira pour s’occuper de ses dispositions.
Sigismond de Vletter vint alors rendre ses devoirs à M. et à Madame Stock ; il souhaita le bonsoir à la jeune fille et causa quelques instants avec elle, en faisant un tour de jardin. L’ayant pris à l’écart, Gertrude, qui avait ses projets, lui proposa à son tour un personnage dans la comédie qu’elle se donnait. Mais Sigismond répondit qu’il était à ses ordres pour les choses sérieuses et non pour les choses absurdes, et que les enfantillages ne convenaient qu’aux enfants. Car malgré le ton grave dont elle assaisonnait la fable qu’elle débitait pour lui, il découvrait dessous quelque malice. La coquette le trouva peu complaisant et le laissa. Cependant, à neuf heures bien précises, par une nuit déjà froide, Gilles Collin arriva à la tombe romaine. 11 s’était muni d’une petite lanterne, n’étant pas très-rassuré. Il fit sa ronde autour de la tombe, visita minutieusement les buissons et tous les lieux où l’on aurait pu s’être caché pour lui jouer quelque tour ; et mal raffermi par le silence et la solitude qui l’entouraient, il souffla pourtant sa lanterne ; puis il se couvrit des pieds à la tête d’un long drap blanc qu’il avait apporté, caché sous ses habits, le fixa autour de son cou et autour de ses rein* avec deux serviettes, s’étendit de son long au fond de la tombe, et devint bientôt aussi triste et aussi immobile que le personnage qu’il représentait. 11 faisait là d’assez lugubres réflexions dans son suaire.
Au bout d’un grand quart-d’heure, les cris de la chouette le firent tressaillir. Il souleva le drap qui lui couvrait les yeux ; mais il ne vit rien, sinon quelques vagues lueurs qui se marquaient à peine dans l’air, du côté de la ville. Bientôt il entendit, dans le silence do la nuit, des pas qui venaient évidemment de son côté. Il se souleva ; des reflets de lumière le frappèrent, et il vit paraître, à peu de distance, un mystérieux fantôme, vêtu d’une longue robe de toile d’argent, avec une ceinture bleue, la tête couronnée d’étoiles sans doute en papier doré, et les épaules chargées de deux pièces de mousseline qui flottaient comme des ailes. Celte apparition tenait à la main un gros flambeau de résine allumé. Le pauvre Gilles, qui n’avait pas prévu un tel incident, se blottit sous son drap, ne sachant comment s’expliquer ce qu’il voy.ait.
— Est-ce un ange ? disait-il en lui-même.
Mais l’ange toussa.
— Ce n’est pas on habitant du ciel, repritil à part lui. Si c’est un des gens du sabbat, me voilà mal placé.
L’ange, de son côté, ne paraissait pas à son aise. Il s’était contenté d’un regard oblique jeté sur le suaire qui enveloppait le mort, et ne se montrait pas très-ardent à le dévisager de pi ès. Tenant sa torche à la main, Wenceslas Slroobant,docilementtransformé en ange, parut faire un grand effort pour s’asseoir au pied de la tombe ; et si le mort n’eût pas été si troublé, il eût pu remarquer que l’ange tremblait, de froid ou d’autre chose. Le rhume, qui s’était manifesté chez le nouveau venu par un petit accès de toux, monta cependant au cerveau. Wenceslas éternua deux fois ; et ne pouvant sous sa robe attraper son mouchoir, il se moucha avec une de ses ailes.
— Décidément, pensa le mort, ce n’est pas un ange, et c’est un sorcier. Qui sait s’il n’est pas le maître des cérémonies ? il est là, avec sa lumière, pour appeler les autres. Je vais me trouver au milieu du sabbat ; et si le diable y préside, que ferai-je?
Comme il faisait ces réflexions peu agréables, il fut frappé de l’agitation dans laquelle tomba tout à coup l’ange au flambeau, il semblait observer quelque spectacle effrayant. C'était le troisième personnage qui arrivait.
Ce dernier (Lambert Van Moll) cheminait en costume de spectre sombre. A mesure qu’il s’approchait, la torche l’éclairait par intervalles d'une teinte lugubre. 11 avançait sans paraître trop effarouché ; mais par prudence probablement il venait en zig zag, poussant à droite et à gauche, s’arrêtant parfois comme préoccupé d’apercevoir ce qu’il n’attendait pas.
La robe de loi e d’argent brillait à la lueur du flambeau ; et Lambert ne se rendait pas compte non plus de ce singulier costume.
Comme l’ange, dont les jambes flageolaient, demeurait cloué à sa place, Lambert
se décida à tourner la position ; et il arriva à la tombe par l’autre bout.
Sa mise était effroyable ; il s’était affublé en démon, coiffé d’une peau de vache munie de ses longues cornes eide ses oreilles pendantes, le visage noirci et tout le bas de la figure caché par une immense barbe de laine rouge. , Il tenait à la main une de ces fourches de bois avec lesquelles on fane les foins.
Wenceslas, qui ne le perdait pas de vue, se signala par le plus grand effort de courage qu'il eût produit de sa vie ; il s’avança d’un pas brusque, et avec sa torche il fit reculer le spectre. Mais ce mouvement mit le feu à la grande barbe que Lambert s’était accrochée aux oreilles ; il l’arracha vivement et se jeta sur l’ange, dont la torche tomba et s’éteignit. Les deux gaillards aussitôt se prirent aux cheveux, étonnés peut-être mutuellement de se trouver palpables.
Le mort cependant, qui avait tout vu et qui commençait à douter que ce fût là une scène de sorciers, prenant alors Wenceslas et Lambert pour un bon et un mauvais ange qui se disputaient sa possession, fut dominé d’une telle épouvante, qu’il s’élança de la tombe avec son suaire et prit la luite à travers champs. Les deux champions, voyant bondir le mort, furent saisis de la même terreur, et, se lâchant par une commotion réciproque, se mirent à courir aussi comme des fous. Les trois amants rentrèrent malades au logis ; et le lendemain tous les trois étaient au lit.
Pour clore l’aventure, Gertrude leur fit dire qu’ils l’estimaient donc bien peu, pour rechercher sa main par des extravagances, et elle épousa Sigismond.
PHARMACIE, divination employée par les magiciens et enchanteurs, lesquels devinent, à l’aide du commerce qu’ils ont avec les démons, qu’ils évoquent pour cela au moyen de fumigations faites sur un réchaud.
PHENIX, grand marquis des enfers. Il paraît sous la forme d’un phénix avec la voix d’un enfant; avant de se montrer à l’exorciste, il rend des sons mélodieux. 11 faut au contraire se boucher les oreilles quand on lui commande de prendre la forme humaine. Il répond sur toutes les sciences. C’est un bon poëte, qui satisfait en vers à toutes les demandes. Après mille ans, il espère retourner au septième ordre des trônes. Vingt légions lui obéissent (1).
PHENIX. 11 y a , dit Hérodote , un oiseau sacré qu’on appelle phénix. Je ne l’ai jamais vu qu’en peinture. Il est grand comme un aigle ; son plumage est doré et entremêlé de rouge. Il se nourrit d’aromates et vient tous les cinq cents ans en Egypte, chargé du cadavre de son père enveloppé de myrrhe, qu il enterre dans le temple du Soleil.
Solin dit quele phénix naît en Arabie; que sa gorge est entourée d’aigrettes, son cou bridant comme l’or, son corps pourpre, sa queue mêlée d’azur et de rose ; qu’il vit cinq cent quarante ans. Certains historiens lui ont
(1) Wieruî, iu Pseudomoaarchia dæmoa.
Püf
sri piie
donné jusqu'à douze mille neuf ccnt cinquante-quatre ans de vie.
Saint Clément le Romain rapporte qu’on croit que le phénix naît en Arabie, qu’il est unique dans son espèce, qu’il vit cinq ans ; que, lorsqu’il est près de mourir, il se fait, avec de l’encens , de la myrrhe et d’autres aromates, un cercueil où il entre à temps marqué, et il y meurt ; que sa chair corrompue produit un ver qui se nourrit de l’humeur de l’animal mort et se revêt de plumes ; qu’ensuite, devenu plus fort, il prend le cercueil de son père et le porte en Egypte, sur l’autel du Soleil, à Héliopolis.
Outre que tous ceux qui parlent de cet oiseau mystérieux ne l’ont point vu , et n’en parlent que par ouï-dire, qui peut être sûr qu’il a vécu cinq cents ans? qui peut assurer qu’il soit seul de son espèce?
Le P. Martini rapporte, dans son Histoire de la Chine , qu’au commencement du règne de l’empereur Xao-Hao IV, on vit paraître l’oiseau du soleil, dont les Chinois regardent l’arrivée comme un heureux présage pour le royaume. Sa forme , dit-il , le ferait prendre pour un aigle , sans la beauté et la variété de son plumage. Il ajoute que sa rareté lui fait croire que cet oiseau est le même que le phénix (1).
PHENOMENES. — Une négresse de Carthagène, dans le nouveau royaume de Grenade, mil au monde un enfant tel qu’on n’en a jamais vu ; c’était une fille qui naquit en 1738, et vécut environ six mois. Elle était tachetée de blanc et de noir, depuis le sommet de la tête jusqu’aux pieds, avec tant de symétrie et de variété, qu’il semblait que ce fût l’ouvrage du compas et du pinceau. Sa tête était couverte de cheveux noirs bouclés, d’entre lesquels s’élevait une pyramide de poil crépu, qui du sommet de la tête descendait, en élargissant ses deux lignes latérales, jusqu’au milieu des sourcils, avec taul de régularité dans la division des couleurs, que les deux moitiés des sourcils qui servaient de base aux deux angles de la pyramide, étaient d’un poil blanc et bouclé, au lieu que les deux autres moitiés, du côté des oreilles, étaient d’un poil noir et crépu. Pour relever encore l’espace blanc que formait la pyramide dans le milieu du front, la nature y avait placé une tache noire qui dominait le reste du visage. Une autre pyramide blanche, s’appuyant sur la partie inférieure du cou, s’élevait avec proportion, et, partageant le menton, venait aboutir au-dessus de la lèvre inférieure.
Depuis l’extrémité des doigts jusqu’audessus du poignet, et depuis les pieds jusqu’à la moitié des jambes, la jeune fille paraissait avoir des bottines et des gants naturels, d’un noir clair, tirant sur le cendré, mais parsemées d’un grand nombre de mouches aussi noires que du jais. De l’extrémité inférieure du cou descendait une espèce de pèlerine noire sur la poitrine et les
(1) Des criliques pensent que le pliçnix était le symbole de I» chasteté et de la tempérance cIipz les païens ; ils comptaient quatre apparitions de col oiseau merveilleux,
épaules ; elle se terminait en trois pointes, dont deux étaient placées sur les gros muscles des bras ; la troisième, qui était la plus large, sur la poitrine. Les épaules étaient d’un noir clair, tachelé comme celui des pieds et des mains. Les autres parties du corps étaient tachelé-es de blanc et de noir dans une agréable variété ; deux taches noires couvraient les deux genoux.
Toutes les personnes du pays voulurent voir ce phénomène, comblèrent cette petite fille de présents ; et on offrit de l’acheter à grand prix.
L’auteur à qui nous empruntons cette description assure que la mère avait une petite chienne noire et blanche qui ne la quittait jamais, et qu’ayant examiné en détail les taches de sa fille et de la chienne, il y trouva une ressemblance totale, non-seulement par la forme des couleurs, mais encore par rapport aux lieux où les nuances élaient placées. 11 en conclut que la vue continuelle de cet animal avait été plus que suffisante pour tracer dans l’imagination de la mère cette variété de teintes et l’imprimer à la fille qu’elle portait dans son sein.
On dit que le peuple anglais est un peuple de philosophes ; ce qui n’empêcha pas, en 1726, une femme de Londres d’accoucher, disait-elle, d’un lapereau chaque jour ; le chirurgien qui l’accouchait nommé Saint- André, assurait que rien n’était plus positif, et le peuple philosophe le croyait.
Marguerite Daniel, femme de René Rondeau, du bourg du Plessé, dépendant du marquisat de Blin, devint grosse en 1685, vers la mi-octobre. Elle sentit remuer son enfant le jour de la Chandeleur et entendit le vendredi saint suivant trois cris sortir de son ventre. Depuis, son enfant continua de faire les mêmes cris trois ou quatre fois le jour, à chaque fois quatre, cinq cris, et même jusqu’à huit et neuf fort distincts, semblables à ceux d’un enfant nouvellement né; mais quelquefois avec de tels efforts, qu’on voyait l’estomac de cette femme s’enfler comme si elle eût dû étouffer.... Voy. Merveiï, les, Pkooiges, Visions, Imaginations, Apparitions, etc.
PH1L1NN10N. Voici nn Irait rapporté par Phlégon, et qu’on présume être arrivé à Hypate en Thessalie. Philinnion, fille unique de Démocrale et de Charilo, mourut en âge nubile ; ses parents inconsolables firent enterrer avec le corps mort les bijoux et les atours que la jeune fille avait le plus aimés pendant sa vie. Quelque temps après, un jeune seigneur, nommé Machalès, vint loger chez Démocrate, qui était son ami. Le soir, comme il éiait dans sa chambre, Philinnion lui apparaît, lui déclare qu’elle l’aime; ignorant sa mort, il l’épouse en secret. Machatès, pour gage de son amour, donne à Philinnion une coupe d’or pI se laisse tirer un anneau de fer qu’il avait au doigt. Philinnion, de son côté, lui fait présent de son colla première sous le roi Sésostris, la seconde sous Amasis, la troisième scus le troisième des Ptolémées, la quatrième sous Tibère.
lier et d’un anneau d’or, et se retire avant le jour. Le lendemain, elle revint à la même heure. Pendant qu’ils étaient ensemble, Charito envoya une vieille servante dans la chambre de Machatès pour voir s’il ne lui manquait rien. Cette femme retourna bientôt éperdue vers sa maîtresse et lui annonça que Pbilinnion était avec Machatès. On la traita de visionnaire ; mais comme elle s’obstinait à soutenir ce qu’elle disait, quand le matin fut venu, Charito alla trouver son hôte et lui demanda si la vieille ne l’avait point trompée. Machatès avoua qu’elle n’avait pas fait un mensonge, raconta les circonstances de ce qui lui était arrivé, et montra le collier et l’anneau d’or que la mère reconnut pour ceux de sa fille. Cette vue réveilla la douleur de la perte qu’elle avait faite; elle jeta des cris épouvantables et supplia Machatès de l’avertir quand sa fille reviendrait , ce qu’il exécuta. Le père et la mère la virent et coururent à elle pour l’embrasser. Mais Philinnion, baissant les yeux, leur dit avec une contenance morne :
— Hélas ! mon père, et vous, ma mère, vous détruisez ma félicité, en m’empêchant, par votre présence importune, de vivre seulement trois, jours. Votre curiosité vous sera funeste, car je m’en retourne au séjour de la mort, et vous me pleurerez autant que quand je fus portée en terre pour la première fois. Mais je vous, avertis que je ne suis pas venue ici sans la volonté des dieux.
Après ces mots, elle retomba morte, et son corps fut exposé sur un lit à la vue de tous ceux de la maison. On alla visiter le tombeau qu’on trouva vide et ne contenant seulement que l’anneau de fer et la coupe que Machatès lui avait donnés.
PHILOSOPHIE HERMETIQUE, F. Pierre