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contrariées, des violents chagrins, des fatigues de l’esprit et de l’abus des jouissances : tout ce qui remue vivement notre àme, tout ce qui porte coup à la sensibilité, a des effets à peu près semblables sur la figure.

Un grosse tête annonce de l’imagination par instant, de la pesanteur par habitude, de l’enthousiasme par éclairs, beaucoup de volonté et souvent du génie. Un front étroit indique de la vivacité ; un front rond, delà colère.

Chaque homme a beaucoup de peine à se faire une juste idée de ses propres traits ; les femmes elles-mêmes n’y parviennent que très-difficilement. Cela vient de ce qu’on ne peut voir les mouvements des yeux par qui la physionomie reçoit sa principale expression.

On peut, jusqu’à un certain point, juger de la respiration d’une personne d’après son style, d’après la coupe de ses phrases et sa ponctuation. Assurément J.-J. Rousseau ne ponctuait pas comme Voltaire, ni lîossuet comme Fénelon. Quand je dis qu’on peut , à l’aide du style, apprécier la respiration d’un individu, c’est dire qu’on peut aussi juger des passions qui l’agitent, de l’émotion qu’il éprou\e ; car les vives pensées ont pour efiét de remuer le cœur, et les palpitations du cœur accélèrent la respiration et rendent la voix tremblante. Voilà d’où vient le pouvoir qu’une voix émue est toujours sûre d’exercer sur nous : die attire l’attention, elle indique un orateur ou inspiré, ou timide, ou consciencieux. Les orateurs froids et médiocres simulent celle émotion vraie, qui vient du cœur, à l’aide de l’agitation oscillatoire et saccadée des bras.

La même émotion morale qui hâte la respiration , qui fait palpiter le cœur et rend la voix tremblante, rend de même tous les mouvements du corps vacillants et incertains, tant que dure l’inspiration morale, et quelquefois même longtemps après que l’agitation de l’esprit a cessé. Voilà pourquoi l’écriture de nos grands écrivains est généralement si illisible ; et comme il est écrit que toujours l’incapacité singera jusqu’aux défauts inséparables du vrai mérite, voilà pourquoi beaucoup d’hommes médiocres se sont crus engagés d’honneur à graver en caractères indéchiffrables les stériles pensées qu’une verve engourdie leur suggérait.

L’extrême laideur est presque toujours un signe d’esclavage, de souffrances morales ou de durs travaux. 11 est certain que l’oisiveté, qu’une douce incurie sont favorables à la beauté corporelle : il y avait donc plus de vrai qu’on ne pense dans ce titre de gentilhomme dont on gratifiait jadis tout heureux fainéant.

Il n’est pas d’homme peut-être qui ne consentît très- volontiers à échanger, à son choix et selon son goût, quelque trait de sa physionomie, une partie quelconque de son corps. On n’est jamais aussi complètement satisfait de sa figure que do son esprit. Jugez combien la perfection corporelle doit être rare chez les peuples actuels de l’Eu-

rope, puisque la Vénus deTliornwaldsen lui a nécessité trente différents modèles 1 J’observe toutefois que la démoralisation des villes capitales, mais surtout les bienfaits récents de la vaccine, sont des causes qui doivent puissamment seconder le génie des peintres et des sculpteurs de nos jours

Un homme qui a le malheur de loucher, doit se montrer beaucoup plus réservé qu’un autre dans ses actions et ses discours ; car la malignité humaine est naturellement disposée à augurer mal de la symétrie de tout édifice dont les issues sont désordonnées.

De profondes rides aux côtés de la bouche font conjecturer qu’on est ou moqueur, ou naturellement gai, ou soumis aux caprices d’un mai re mauvais plaisant.

Le rire (je ne parle pas du sourire) est un caractère d’ineptie plutôt que d’intelligence : les hommes supérieurs sont généralement graves. L’habitude des grandes pensées rend presque toujours indifférent aux petites choses qui sont en possession d'exciter le rire.

Plus sont profondes celles des rides qui dépendent des muscles, et plus il est permis de croire à une longue vie, à une santé durable. En effet, l’énergie des muscles indique toujours une heureuse organisation, des fonctions régulières. Voilà sur quel principe vrai l’art de la chiromancie est fondé : s’il ne conduit si souvent qu’à des mensonges, cela vient de ce qu’on lui fait dire autre chose que ce qu’il dit en effet...

Terminons ce long article par une anecdote.

Louis XIV était si persuadé du talent que la Chambre, médecin et académicien français, s’attribuait de juger, sur la seule physionomie des gens , quel était non-seulement leur caractère, mais encore à quelle place et à quels emplois chacun d’eux pouvait être propre, que ce prince ne se déterminait, soit en bien, soit en mal, sur les choix qu’il avait à faire qu’après avoir consulté ce singulier oracle.

Si je meurs avant Sa Majesté, disait la Chambre, elle court grand risque de faire à l’avenir beaucoup de mauvais choix.

La Chambre mourut en effet arant le roi, et sa prédiction parut plus d’une fois justifiée.

Ce médecin a laissé des ouvrages dont le genre dénote assez le penchant qu’il avait à etudier les physionomies.

PIACHES, prêtres idolâtres de la côte de Cumana en Amérique. Pour être admis dans leur ordre, il faut passer par une espèce de noviciat qui consiste à errer deux ans dans les forêts. Us persuadent au peuple qu’ils reçoivent là des instructions de cer tains esprits qui prennent une forme humaine pour leur enseigner leurs devoirs et les dogmes de leur religion. Ils disent que le soleil et ia lune sont le mari et la femme. Pendant les éclipses, les femmes se tirent du sang et s’égratignent les bras, parce qu’elles croient la lune eu querelle avec son mari.

Les Piaches donnent un talisman en for-

me de X comme préservatif contre les fantômes. Ils se mêlent de prédire, et il s’est trouvé des Espagnols assez crédules pour ajouter foi à leurs prédictions. Ils disent que les échos sont les voix des trépassés.

PICARD (Mathurin), directeur d’un couvent de Louviers, qui fut accusé d’être sorcier et d’avoir conduit au sabbat Madeleine Bavan , touricre de ce couvent. Comme il était mort lorsqu’on arrêta Madeleine, et qu’on lui fit son procès, où il fut condamné ainsi qu’elle, son corps fut délivré à l’exécuteur des sentences criminelles, traîné sur des claies par les rues et lieux publics, puis conduit en la place du Vieux-Marché; là brûlé et les cendres jetées au vent , 1647.

P1CATRIX , médecin ou.charlatan arabe, qui vivait en Espagne vers le xme siècle. 11 se livra de bonne heure à l’astrologie, et se rendit si recommandable dans celte science, que ses écrits devinrent célèbres parmi les amateurs des sciences occultes. On dit qu’Agrippa, étant allé en Espagne, eut connaissance de ses ouvrages, et y prit beaucoup d’idées creuses, notamment dans le traité que Picatrix avait laissé De la philosophie occulte»

PIC DE LA MIRANDOLE (Jean), l’un des hommes les plus célèbres par la précocité et l’étendue de son savoir, né le 24 février 1463. Il avait une mémoire prodigieuse et un esprit très-pénétrant. Cependant un imposteur l’abusa en lui faisant voir soixante manuscrits qu’il assurait avoir été composés par l’ordre d’Esdras, et qui ne contenaient que les plus ridicules rêveries cabalistiques. L’obstination qu’il mit à les lire lui fit perdre un temps plus précieux que l’argent qu’il en avait donné et le remplit d’idées chimériques dont il ne fut jamais entièrement désabusé. 11 mourut en 1494. On a recueilli de ses ouvrages, des Conclusions philosophiques de cabale et de théologie, Rome, Silbert, in-fol., extrêmement rare ; c’est là le seul mérite de ce livre. Car, de l’aveu même de Tiraboschi , on ne peut que gémir, en le parcourant, de voir qu’un si beau génie, un esprit si étendu et si laborieux, se soit occupé de

uestions si frivoles. On a dit qu’il avait un

émon familier.

PICHACHA , nom collectif des esprits follets che? les Indiens.

P1COLLUS , démon révéré par les anciens habitants de la Prusse, qui lui consacraient la tête d’un homme mort et brûlaient du suif en son honneur. Ce démon se faisait voir aux derniers jours des personnages importants. Si on ne l’apaisait pas, il se présentait une seconde fois ; et lorsqu’on lui donnait la peine de paraître une troisième, on ne pouvait plus l’adoucir que par l'effusion du sang humain.

Lorsque Picollus était content, on l’entendait rire dans son temple; car il avait un temple.

PIE, oiseau de mauvais augure. En Bretagne, les tailleurs sont les entremetteurs des

(I) Cambry, Voyage dans ie Finistère, t. III, p. 47.

•mariages; ils se font nommer, dans cette fonction , basvanals ; ces basvanals, pour réussir dans leurs demandes, portent un bas rouge et un bas bleu , et ils rentrent chez eux s’ils voient une pie, qu’ils regardent comme un funeste présage (1).

M. Berbiguier dit que la pie voleuse, dont on a fait un mélodrame, était un farfadet.

PIED. Les Romains distingués avaient dans leur vestibule un esclave qui avertissait les visiteurs d’entrer du pied droit. On tenait à mauvais augure d’entrer du pied gauche chez les dieux et chez les grands. On entrait du pied gauche lorsqu’on était dans le deuil ou dans le chagrin (2). Les anciens avaient pour règle de religion de construire en nombre impair les degrés des temples ; d’où il résultait qu’après les avoir montés, on entrait nécessairement dans l’édifice auquel ces degrés conduisaient par le pied droit ; ce que les païens regardaient comme un point essentiel et (fun augure aussi favorable que le contraire eût été funeste.

PIED FOURCHU. Le diable a toujours un pied fourchu quand il se montre en forme d’homme.

PIERRE A SOUHAITS. Voy. Aselle.

PIERRE D’AIGLE, ainsi nommée parce qu’on a supposé qu’elle se trouvait dans les nids d’aigle. Dioscoride dit que cette pierre sert à découvrir les voleurs. Matthiole ajoute que les aigles vont chercher cette pierre jusqu’aux Indes pour faire éclore plus facilement leurs petits. C’est là-dessus qu’on a cru qu’elle accélérait les accouchements. Voyez à leur nom les autres pierres précieuses. Voy. aussi Rugner et Sakhrat.

PIERRE DU DIABLE. Il y a dans la valléo de Schellenen, en Suisse, des fragments de rocher de beau granit, qu’on appelle la pierre du Diable. Dans un démêlé qu’il y eut entre les gens du pays et le diable, celuici l’apporta là pour renverser un ouvrage qu’il avait eu, quelque temps auparavant, la complaisance de leur construire.

PIERRE PHILOSOPHALE. On regarde la pierre philosophale comme une chimère. Un mépris si mal raisonné, dirent les philosophes hermétiques, est un effet du juste jugement de Dieu, qui ne permet pas qu’un secret si précieux soit connu des méchants et des ignorants. La science de la pierre philosophale ou la philosophie hermétique fait partie de la cabale, et ne s’enseigne que de bouche à bouche. Les alchimistes donnent une foule de noms à la pierre philosophale : c’est la fille du grand secret, le soleil est son père, la lune est sa mère, le vent l’a portée dans son ventre, etc.

Le secret plus ou moins chimérique de faire de l’or a été en vogue parmi les Chinois longtemps avant qu’on en eût les premières notions en Europe. Us parlent dans leurs livres, en termes magiques, de la semence d’or et de la poudre de projection. Ils promettent de tirer de leurs creusets, nonseulemçnl de l’or, mais encore un remède

(2) M. Nisard, Suce.

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spécifique et universel qui procure à ceux qui le prennent une espèce d’immortalité.

Zosimc, qui vivait au commencement du ve siècle, est lin des premiers parmi nous qui aient écrit sur Part de faire de Por et de l’argent, ou la manière de fabriquer la pierre philosophale. Cette pierre est une poudre ou une liqueur formée de divers métaux en fusion sous une constellation favorable.

Gibbon remarque que les anciens ne connaissaient pas l’alchimie. Cependant on voit dans Pline que l’empereur Caligula entreprit de faire de Por avec une préparation d’arsenic, et qu’il abandonna son projet, parce que les dépenses l’emportaient sur le profit.

Des partisans de cette science prétendent que les Egyptiens en connaissaient tous les mystères. Cette précieuse pierre philosophale, qu’on appelle aussi élixir universel, eau du soleil , poudre de projection, qu’on a tant cherchée, et que sans doute on n’a jamais pu découvrir (1), procurerait à celui qui aurait le bonheur de la posséder des richesses incompréhensibles, une santé toujours florissante, une vie exempte de toutes sortes de maladies, et même, au sentiment de plus d’un cabaliste, l’immortalité... Il ne trouverait rien qui pût lui résister, et serait sur la terre le plus glorieux, le plus puissant, le plus riche, et le plus heureux des mortels ; il convertirait à son gré tout en or, et jouirait de tous les agréments. L’em» pereur Rodolphe n’avait rien plus à cœur que cette recherche. Le roi d’Espagne Philippe II employa, dit-on, de grandes sommes à faire travailler les chimistes aux conversions des métaux. Tous ceux qui ont marché sur leurs traces n’ont pas eu de grands succès. Quelques-uns donnent cette recette comme le véritable secret de faire l’œuvre hermétique : Mettez dans une fiole de verre fort, au feu de sable, de l’élixir d’Aristée, avec du baume de mercure et une pareille pesanteur du plus pur or de vie ou précipi'é d’or, et la calcination qui restera au fond de la fiole se multipliera cent mille fois. Que si l’on ne sait comment se procurer de l’élixir d’Arislée et du baume de mercure, on pent implorer les esprits cabalistiques, ou même, si on l’aime mieux, le démon barbu, dont nous avons parlé.

On a dit aussi que saint Jean l’évangéliste avait enseigné le secret de faire de l’or; et en effet, on chantait autrefois, dans quelques églises, une hymne en son honneur, où se trouve une allégorie que les alchimistes s’appliquent :

Iiiexhaustum fert thesaurum Qui de virgis facit aurum,

Gemmas de lapidibus.

D’autres disent que, pour faire le grand œuvre, il faut de l’or, du plomb, du fer, de l’antimoine, du vitriol, du sublimé, de l’arsenic, du tartre, du mercure, de l’eau, de la terre et de l’air, auxquels on joint un œuf

(t) Voyez pourtant Raymond Lulle, quant à ce qui concerne l’or.

(2 Traité de demie phit'sopliiqne et hermétique, cnri-

dc coq, du crachat, de l’urine et des excréments humains. Aussi un philosophe a dit avec raison que la pierre philosophale était une salade, et qu’il y fallait du sel , de l’huile et du vinaigre.

Nous donnerons une plus ample idée de la matière et du raisonnement des adeptes, en présentant au lecteur quelques passages du Traité de chimie philosophique et hermé~ tique publié à Paris en 1725 (2).

«Au commencement, dit l’auteur, les sages, ayant bien considéré, ont reconnu que l’or engendre l’or et l’argent, et qu’ils peuvent se multiplier dans leurs espèces.

« Les anciens philosophes, travaillant par la voie sèche , ont rendu une partie de leur or volatil, et l’ont réduit en sublimé blanc comme neige et luisant comme cristal ; iis ont converti l’autre partie en sel fixe ; et de la conjonction du volatil avec le fixe, ils ont fait leur élixir.

« Les philosophes modernes ont extrait de l’intérieur du mercure un esprit igné, minéral . végétal et multiplicatif, daus la concavité humide duquel est caché le mercure primitif ou quintessence universelle. Par le moyen de cet esprit , ils ont attiré la semence spirituelle contenue en l’or ; et par celte voie, qu’ils ont appelée voie humide, leur soufre et leur mercure ont été faits : c’esl lo mercure des philosophes, qui n’est pas solide comme le métal, ni mou comme le vifargent, mais entre les deux. Ils ont tenu longtemps ce secret caché, parce que c’est le commencement , le milieu et la fin de l’œuvre ; nous l’allons découvrir pour le bien de tous. Il faut donc, pour faire l’œuvre : 1° purger le mercure avec du sel et du vinaigre (suiade) , 2° le sublimer avec du vitriol et du salpêtre; 3° le dissoudre dans l’eauforte; le sublimer derechef ; 5° le calciner et le fixer; 6° en dissoudre une partie par défaillance à la cave, où il se résoudra en liqueur ou huile (salade) ; 7° distiller cette liqueur pour en séparer l’eau spirituelle, l’air et le feu ; 8” mettre de ce corps mercuriel calciné et fixé dans l’eau spirituelle ou esprit liquide mercuriel distillé ; 9U les putréfier ensemble jusqu’à la noirceur; puis il s’élèvera en superficie de l’esprit un soufre blanc non odorant, qui est aussi appelé sel ammoniac; 10° dissoudre ce sel ammoniac dans l’esprit mercuriel liquide, puis le distiller jusqu’à ce que tout passe en liqueur, et alors sera fait le vinaigre des sages ; 11° cela parachevé, il faudra passer de l’or à l’antimoine par trois fois, et après, le réduire en chaux ; 12’ mettre celte chaux d’or dans ce vinaigre très-aigre, les laisser putréfier ; et en superficie du vinaigre, il s’élèvera une terre feuillée de la couleur des perles orientales ; il faut sublimer de nouveau jusqu’à ce que celle terre soit très-pure; alors vous aurez fait la première opération du grand œuvre.

« Pour le second travail, prenez, au nom de Dieu , une part de cette chaux d’or et deux

chi des opérations les plus curieuses de l’art, sans nom d’auteur. Paris, 1723, in- 12, avec approbation signée Audry, docteur eu médecine, et privilège du roi.

paris de l’eau spirituelle chargée de son sel ammoniac; mettez cette noble confection dans un vase de cristal de la forme d’un œuf, scellez îe touldu sceau d’Hermès; entretenez un feu doux et continuel , l’eau ignée dissoudra peu à peu la chaux d’or; il se formera une liqueur qui est l’eau des sages et leur vrai chaos, contenant les qualités élémentaires, chaud, sec, froid et humide. Laissez putréfier celte composition jusqu’à ce qu’elle devienne noire: cette noirceur, qui est appelée la tête de corbeau et le saturne des sages, fait connaître à l’artiste qu’il est en bon chemin. Mais pour ôter celle noirceur, puante, qu’on appelle aussi terre noire , il faut faire bouillir de nouveau, jusqu’à ce que le vase ne présente plus qu’une substance blanche comme la neige. Ce degré de l’œuvre s’appelle le cygne. 11 faut enfin fixer par le feu cette liqueur blanche qui se calcine et se divise en deux parts, l’une blanche pour l’argent , l’autre rouge pour l’or ; alors vous aurez accompli les travaux et vous posséderez la pierre philosophale.

« Dans les diverses opérations, on peut tirer divers produits : d’abord le lion vert , qui est un liquide épais , qu’on nomme aussi Vazot, et qui fait sortir l’or caché dans les matières ign » blés ; le lion rouge, qui convertit les métaux en or: c’est une poudre d’un rouge vif; la tête de corbeau dite encore la voile noire du navire de Thésée, dépôt noir qui précède le lion vert et dont l’apparition, au bout de quarante jours, promet le succès de l’œuvre : il sert à la décomposition et putréfaction des objets dont on veut tirer l’or: la poudre blanche qui transmue les métaux blancs en argent fin; l’ élixir au rouge, avec lequel on fait de l’or et on guérit toutes les plaies; l 'élixir au blanc , avec lequel on fait de l’argent et on se procure nue vie extrêmement longue : on l’appelle aussi la fille blanche des philosophes. Toutes ces variétés de la pierre pilosophale végètent et se multiplient... »

Le reste du livre est sur le même ton. Il contient tous les secrets de l’alchimie. Voy. Baume universel, Elixïr de vie, Or potable , etc.

Les adeptes prétendent que Dieu enseigna l’alchimie à Adam , qui en apprit le secret à Enoch , duquel il descendit par degrés à Abraham, à Moïse, à Job, qui multiplia ses biens au septuple par le moyen de la pierre philosophale, à Paracelse, et surtout à Nicolas Flamel. ils citent avec respect des livres de philosophie hermétique qu’i's attribuent à Marie, sœur de Moïse, à Hermès ïrismégiste, à Démocrite, à Aristote, à saint Thomas d Aquin, etc. La boîte de Pandore, la toison d’or de Jason , le caillou de Sisyphe, la cuisse d’or de Pythagore, ne sont, selon eux, que le grand œuvre (1), Ils trouvent tous leurs mystères dans la Genèse, dans l 'Apocalypse surtout, dont ils tout un poëme à la louange de l’alchimie ; dans YOdyssée, dans les Métamorphoses d'Oiide. Les dra-

(i) Naudé, Apologie pour les grands personnages, etc.

gons qui veillent, les taureaux qui soufflent du feu , sont des emblèmes des travaux hermétiques.

Gobineau de Montluisant, gentilhomme chartrain, a même donné une explication extravagante des figures bizarres qui ornent la façade de Notre-Dame de Paris ; il y voyait une histoire complète de la pierre philosophale. Le Père éternel étendant les bras, et tenant- un ange dans chacune de ses mains, annonce assez , dil-il , la perfection de l’œuvre achevée.

D’autres assurent qu’on ne peut posséder le grand secret que par le secours de la magie ; ils nomment démon barbu le démon qui se charge de l’enseigner; c’est, disent-ils, un très-vieux démon.

On trouve à l’appui de cette opinion , dans plusieurs livres de conjurations magiques, des formules qui évoquent les démons hermétiques. Cédrénus, qui donnait dans cette croyance, raconte qu’un alchimiste présenta à l’empereur Anastase, comme l’ouvrage de son art, un frein d’or et de pierreries pour son cheval L’empereur accepta le présent et fit mettre l’alchimiste dans une prison où il mourut ; après quoi le frein devint d’or, et on reconnut que l’or des alchimistes n’était qu’un prestige du diable. Beaucoup d’anecdotes prouvent que ce n’est qu’une friponnerie ordinaire.

Un rose-croix, passant à Sedan, donna à Henri 1er, prince de Bouillon, le secret de faire de l’or, qui consistait à faire fondre dans un creuset un grain d’une poudre rouge qu’il lui remit, avec quelques onces de liiharge. Le prince fit l’opération devant le charlatan, et tira trois onces d’or pour trois grains de cette poudre ; il fut encore plus ravi qu’étonné; et l’adepte, pour achever de le séduire, lui fit présent de toute sa poudre transmutante. 11 y en avait trois cent mille grains. Le prince crut posséder trois cent mille onces d’or. Le philosophe était pressé de partir; il allait à Venise tenir la grande assemblée des philosophes hermétiques ; il ne lui restait plus rien , mais il ne demandait que vingt mille écus ; le duc de Bouillon les lui donna et le renvoya avec honneur. Comme en ai ri van là Sedan le charlatan avait fait acheter toute la liiharge qui se trouvait chez les apothicaires de cette ville, et l’avait fait revendre ensuite chargée de quelques onces d'or, quand cette liiharge fut épuisée, le prince ne fit plus d’or, ne vit plus le rose-cruix et en lut pour ses vingt mille écus. .

Jérémie Médérus, cité par Delrio (2) , raconte un tour absolument semblable qu’un autre adepte joua au marquis Ernest de Bade.

Tous les souverains s’occupaient autrefois de la pierre philosophale ; la fameuse Elisabeth la chercha longtemps. Jean Gauthier, baron de Plumerolles, se vantail de savoir faire de l’or ; Charles IX, trompé par ses promesses, lui fit donner cent vingt mille livres, et l’adepte se mit à l’ouvrage Mais après

(2) Disquisit, mag. lib. i, cap, b, quæst. 5.

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avoir travaillé huit jours, il se sauva avec l’argent du monarque. On courut à sa poursuite, on l’attrapa et il fut pendu : mauvaise fin , même pour un alchimiste.

En 1616 , la reine Marie de Médicis donna à Gui de Crusembourg vingt mille écus pour travailler dans la Bastille à faire de l’or. 11 s’évada au bout de trois mois avec les vingt mille écus, et ne reparut plus en France.

Le pape LéonX fut moins dupe. Un homme qui se vantait de posséder le secret de la pierre philosophale lui demandait une récompense. Le protecteur des arts le pria de revenir le lendemain, et il lui Gt donner un grand sac, eu lui disant que puisqu’il savait faire de l’or il lui offrait de quoi le contenir (1). Mais il y e :t des alchimistes plus fiers. L’empereur Rodolphe II, ayant entendu parler d’un chimiste franc-comtois qui passait pour être certainement un adepte lui envoya un homme d- confiance pour l’engagera venir le trouver à Prague. Le commissionnaire n’épargna ni persuasion, ni promesse pour s’acquitter de sa commission ; mais le Franc-Comtois fut inébranlable, et se tint constamment à celle réponse : ou je suis adepte ou je ne le suis pas ; si je le suis, je n’ai pas besoin de l’empereur, et si je ne le suis pas, l’empereur n’a que faire de moi.

Un alchimiste anglais vint un jour rendre vi'ite au pe ntre Rubens, auquel il proposa de partager avec lui les trésors du grand œuvre, s’il voulait construire un laboratoire et payer quelques petits frais. Rubens, après avoir écouté patiemment les extravagances du souffleur, le mena dans son atelier : Vous êtes venu, lui dil-il , vingt ans trop tard , car depuis ce temps j’ai trouvé la pierre philosophale avec cette palette et ces pinceaux.

Le roi d’Angleterre, Henri VI, fut réduit à un tel degré de besoin, qu’au rapport d’Evelyn (dans ses Numismuta) il chercha à remplir ses coffres avec le secours de l’alchimie. L’enregistrement de ce singulier projet contient les protestations les plus solennelles et les plus sérieuses de l’existence et des vertus de la pierre philosophale, avec des encouragements à ceux qui s’en occuperont.11 annule et condamne toutes les prohibitions antérieures. Aussitôt que cette patente royale fut publiée, il y eut tant de gens qui s’engagèrent à faire de l’or, selon fatîenle du roi, que l’année suivante Henri VI publia un autre édit dans lequel il annonçait que l’heure était prochaine où, par le moyen de la pierre philosophale, il allait payer les dettes de l’Etat en or et en argent monnayés.

Charles JI d’Angleterre s’occupait aussi de l’alchimie. Les personnes qu’il choisit pour opérer le grand œuvre formaient un assemblage aussi singulier que leur patente était ridicule. C’était une réunion d’épiciers, de merciers, et de marchands de poissons. Leur patente fut accordée authorilale pcuiiamenti.

Les alchimistes élaient appelés autrefois multiplicateurs; on le voit par un statut de Henri IV d’Angleterre, qui ne croyait pas A l’alchimie. Ce statut se trouve rapporté dans la patente de Charles 11. Comme il est fort court , nous le citerons :

« Nul dorénavant ne s’avisera de multiplier l’or et l’argent, ou d’employer la supercherie de la multiplication, sous peine d’êire traité et puni comme félon.»

On lit dans les Curiosités de la littérature , ou vrage traduit de l’anglais par Th. Berlin, qu’une princesse de la Grande-Bretagne, éprise de l’alchimie, fit rencontre d’un homme qui prétendait avoir la puissance de changer le plomb en or. 11 ne demandait que les matériaux et le temps nécessaires pour exécuter la conversion, il fut emmené à la campagne de sa protectrice, où l’on construisit un vaste laboratoire : ci afin qu’il ne fût pas troublé, on défendit que personne n’y entrât. Il avait imaginé de faire tourner sa porte sur un pivot, et recevait à manger sans voir, sans être vu , sans que rien pût le distraire. Pendant deux ans il ne condescendit à parler à qui que ce fût, pas même à la princesse. Lorsqu’elle fut introduiteenfin dans son laboratoire,elle vit des alambics, des chaudières, de longs tuyaux, des forges, d s fourneaux, et trois ou quatre feux d’enfer allumés, elle ne contempla pas avec moins de vénération la figure enfumée de l'alchimiste , pâle, décharné, affaibli par ses veilles, qui lui révéla , dans un jargon inintelligible, les succès obtenus ; elle vit ou crut voir des monceaux d’or encore imparfait répandus dans le laboratoire. Cependant l’alchimiste demandait souvent un nouvel alambic et des quantités énormes de charbon. La princesse, malgré son zèle, voyant qu’elle avait dépensé une grande partie de sa fortune à fournir aux besoins du philosophe, commença à régler l essor de son imagination sur les conseils de la sagesse. Elle découvrit sa façon de penser au physicien : celui-ci avoua qu’il était sur pris delà lenteur de ses progrès ; mais il allait redoubler d’efforts et hasarder une opération de laquelle, jusqu’alors, il avait cru pouvoir se passer. La protectrice se retira ; les visions dorées reprirent leur premier empire. Un jour qu’elle était à dîner, un cri affreux, suivi d’une explosion semblable à celle d’un coup de canon, se fit entendre ; elle se rendit a\ ce ses gens auprès du chimiste. On trouva deux larges retories brisées, une grande panie du laboratoire en flamme, et le physicien grillé depuis les pieds jusqu’à la tôle.

Elie Ashmole écrit dans sa Quotidienne du 13 mai 1655 : « Mon père Backouse (astrologue qui l’avait adopté pour son iris, méthode pratiquée par les gens de cetie espèce) étant malade dans Fleet-Street , près de l’église de Sainl-Dunstan , et se trouvant, sur les onze heures du soir, à l’article de

(I) Le comte d'Oxenstierne attribue ce trait au pape Urbaia VIII, a qui un adepte dédiait un traité d'alchimie. Pensées, t. I", p. 172. ■

la mort, me révéla le secret de la pierre philosophale, et me le légua un instant avant d’expirer. »

Nous apprenons par là qu’un malheureux qui connaissait l’art de faire de l’or vivait cependant de charités, et qu’Ashmole croyait fermement être en possession d’une | pareille recette.

Ashmole a néanmoins élevé un monument curieux des savantes folies de son siècle, dans son Theatrum chimicum britannicum , vol. in-4° dans lequel il a réuni les traités des alchimistes anglais. Ce recueil présente divers échantillons des mystères de la secte des Roses-Croix, et Ashmole raconte des anecdotes dont le merveilleux surpasse toutes les chimères des inventions arabes. 11 dit de la pierre philosophale qu’il en sait assez pour se taire, et qu’il n’en sait pas assez pour en parler.

La chimie moderne n’est pourtant pas sans avoir l’espérance, pour ne pas dire la certitude, de voir un jour vérifiés les rêves dorés des alchimistes. Le docteur Girtanncr de Gottingue a dernièrement hasardé cette prophétie que, dans le xixe siècle, \ la transmutation des métaux sera généralement connue; que chaque chimiste saura faire de l’or ; que les instruments de cuisine seront d’or et d’argent, ce qui contribuera beaucoup à prolonger la vie, qui se trouve aujourd’hui compromise par les oxydes de cuivre, de fer et de plomb que nous avalons avec notre nourriture (1). C’est ce que surtout le galvanisme amènera.

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