DES MAINS
Il y a autant de diversité et de dissemblance entre les formes des mains qu’il y en a entre les physionomies. Deux visages parfaitement ressemblants n’existent nulle part ; de même vous ne rencontrerez pas, chez deux personnes différentes, deux mains qui se ressemblent.
Chaque main, dans son état naturel, c’està-dire abstraction faite des accidents extraordinaires, se trouve en parfaite analogie avec les corps dont elle fait partie. Les os, les nerfs, les muscles , le sang et la peau de la main ne sont que la continuation des os, des nerfs , des muscles, du sang et de la peau du reste du corps. Le même sang circule dans le cœur, dans la tête et dans la main. La main contribue done, pour sa part, à faire connaître le caractère de l’individu ; elle esl, aussi bien que les autres membres du corps, un objet de physiognomonie, objet d’autant plus significatifet d’autant plus frappant, que la main ne peut pas dissimuler, et que sa mobi ité la trahit à chaque instant. Sa position la plus tranquille indique nos dispositions naturelles, ses flexions nos actions et nos passions. Dans tous ses mouvements, elle suit l’impulsion que lui donne le resle du corps. Voy. Main.
du CORPS.
Tout le monde sait que des épaules larges, qui descendent insensiblement et qui ne remontent pas en pointes, sont un signe de santé et de force. Des épaules de travers influent ordinairement aussi sur la délicatesse de ia complexion ; mais on dirait qu’elles favorisent la finesse et l’activité de l’espril, l’amour de l’exactitude et de l’ordre. Une poitrine large et carrée, ni trop convexe, ni trop concave, suppose toujours des épaules bien constituées, et fournit les mêmes indices. Une poitrine plate, et pour ainsi dire creuse, dénote la f.iiblesse du tempérament. Un ventre gros cl proéminent incline bien plus à la sensualité et à la paresse qu’un ventre plat et rétréci.
On doit attendre plus d’énergie et d’activité, plus de flexibilité d’esprit et de finesse, d’un tempérament sec, que d’un corps surchargé d’embonpoint. Il se trouve cependant des gens d’une taille effilée, qui sont excessivement lents et paresseux ; mais alors le caractère de leur indolence reparaît dans le bas du visage. Les gens d’un mérite supérieur ont ordinairement les cuisses maigres. Les pieds plats s’associent rarement avec le génie.
DES RESSEMBLANCES ENTRE l’üOMME F.T LES ANIMAUX.
Quoiqu’il n’y ait aucune ressemblance proprement dite entre l’homme et les animaux, selon la remarque d’Aristole, il peut arriver néanmoins que certains traits du visage humain nous rappellent l’idée de quelque animal.
Porta a été plus loin, puisqu’il a trouvé dans chaque figure humaine la figure d’on animal ou d’un oieaü, et qu’il juge les hommes par le naturel de l’animal dont iis simulent un peu les iraits.
Le singe, le cheval et l’éléphant sont b s animaux qui ressemblent le plus à l’espèce humaine, par le contour de leurs profils et de leur face. Les plus belles ressemblances sont celles du cheval, du lion, du chien, de Féléph.i ni et de l’aigle. Ceux qui ressemblent au singe sont habiles, actifs, adroits, rusés, malins, avares et quelquefois méchants. La ressemblance du cheval donne le courage et la noblesse de l’âme. Un front comme celui de l’éléphant annonce la prudence et l’énergie. Un homme qui, par le nez et le front, ressemblerait au profil du lion, ne serait certainement pas un homme ordinaire (la face du lion porte l’empreinte de l’énergie, du calme et de la force) ; mais il est bien rare que ce caractère puisse se trouver en plein sur une face humaine. La ressemblance du chien annonce la fidélité, la droiture et un grand appétit (1); celle du loup, qui en diffère si peu, dénote un homme violent, dur, lâche, féroce, passionné, traître et sanguinaire; ceile du renard indique la petitesse, la faiblesse, la ruse et la violence. La ligne qui partage le museau de l’hyène porte le caractère d’une dure é inexorable. La ressemblance du tigre annonce une férocité gloutonne. Dans les yeux et le mufle du tigre, quelle expression de perfidie! La ligne que forme la bouche du lynx et du tigre est l’expression de la cruauté. Le chat : hypocrisie, attention et friandise. Les chats sont <ies tigres en petit, apprivoisés par une éducation domestique. La ressemblance de l’ours indique la fureur, le pouvoir de déchirer, une humeur misanthrope (2); celle du sanglier ou du cochon annonce un naturel lourd, vorace et brutal. Le blaireau est ignoble, méfiant et glouton. Le bœuf est patient, opiniâtre, pesant, d’un appétit grossier. La ligne que forme la bouche de la vache et du bœuf est l’expression de l'insouciance, de la stupidité et de l’entêtement. Le cerf et la biche : timidité craintive, agilité, attention, douce et paisible innocence. La ressem-
(H Dans la Physiognomonie de Porta, Platon ressemble a un chien de chasse.
(2) Beaucoup d’écrivains se sont exercés dans ces données. M Alexis Dumesnil, dans ses Mœurs Politiques , divise ies hommes en deux espèces sociales, l’espèce conservatrice et l’espèce destructive. Le mot. n’esl pas correct. Pour être conséquent en langage, l’auteur aarait dû dire : l’espèce destructrice. Destructif non plus ne s’applique pas rigoureusement aux êtres animés ; et nous le sommes, nous que M. Dumesnil, détracteur du présent, juge en dernier ressort espèce destructive. Ce sont les anciens qui conservaient, si on veut l'en croire, eux qui
blance do l’aigle annonce une force uctorieuse; son œil étincelant a tout le feu de l’éclair. Le vautour a plus de souplesse, et en même temps quelque chose de moins noble. Le liibou est plus faible, plus timide que le vautour. Le perroquet : affectation de force, aigreur et babil, etc. Toules ces sortes de ressemblances varient à l’infini, mais elles sont difficiles à trouver.
Tels sont les principes de physiognomonie , d’après Aristole , Albert le Grand, Porta, etc., mais principalement d’après Lavater, qui a le plus écrit sur celte matière, et qui du moins a mis quelquefois un grain de bon sens dans ses essais. Il parle avec sagesse lorsqu’il traite des mouvements du corps et du visage, des gestes cl des parties mobiles, qui expriment, sur la figure de l’homme, ce qu’il sent intérieurement et au moment où il le sent. Mais combien il extravague aussi lorsqu’il veut décidément trouver du génie dans la main! Il juge les femmes avec une injustice extrême.
Tant que la physiognomonie apprendra à l’homme à connaître la dignité de l’être que Dieu lui a donné, cette science, quoique en grande partie hasardeuse, méritera pourtant quelques éloges, puisqu’elle aura un but utile et louable. Mais lorsqu’elle dira qu’une personne constituée de telle sorte est vicieuse de sa nature; qu’il faut la fuir et s’en défier; que, quoique celle personne présente un extérieur séduisant et un air plein de bonté et de candeur, il faut toujours l’éviter, parce que s n naturel est affreux, que son visage l’annonce et que le signe en est certain, immuable, la physiognomonie sera une science abominable, qui établit le fatalisme.
On a vu des gens assez infatués de celle science pour se donner les défauts que leur visage portail nécessairement, et devenir vicieux, en quelque sorte, parce que la fatalité de leur physionomie les y condamnait : semblables à ceux-là qui abandonnaient la vertu parce que la fatalité cle leur étoile les empêchait d être vertueux.
Les pensées suivantes, publiées par le Journal de Santé, sont extraites d’un petit traité de la Physiognomonie , par M. Bourdon :
La douleur physique, les souffrances, donnent souvent à la physionomie une expression analogue à celle du génie. J’ai vu une femme du peuple, affectée d’un cancer, qui ressemblait parfaitement à madame de Staël quanta l’expression profonde de la physionomie. Je dis la même chose des passions
n’ont cessé de saccager et de renverser. II va plus loin ; il prétend qu’on peut reconnaître par la mimique et la physiognomonie les individus destructifs. « L’espèce destructive, dit il, a sa forme de tête particulière, courte ordinairement et étroite du haut, quelquefois même terminée en pain de sucre, mais toujours remarquable par un très-grand développement du crâne vers ies oreilles; ce qui lui donne l’apparence d’uue poire. » Voilà qui passe la plaisanterie ; une tête au contraire qui a la tournure d’un pain de sucre renversé ou d'un navel dénote ?’espèce conservatrice
PHY