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LÉGENDE DE LA RUE DU RONDEUR A GAND

L’anecdote que nous allons rapporter se trouve mentionnée dans de vieux recueils flamands ; elle a été contée plus d’une fois à la cour de Philippe le Bon, pendant le séjour que fit dans les Pays-Bas le dauphin de France, depuis Louis N I ; elle a été connue de quelques nouvellistes italiens à qui peul-

(1) Philosophie magique. Vol. Vi, p. 383.

(2) Grazzmi, ilu le Lasca, daus ses nouvelles, a fan d a vielle histoire un peut romuu qui se termine d'une ina~

SClENGES OCCULTES.

être Guicciardini l’a portée ; ils l’ont arrangée à leur manière (2). Nous raconterons le fait dans sa simplicité.

En l’an 1398, il y avait à Gand, au fond de la rue Sainte-Catherine, qui alors du côté de la rue d’Or était un cul-de-sac, une petite maison qui appartenait à un juif nommé Haltrow. Plusieurs fois la commune de Gand avait voulu acheter cette maison pour la démolir et ouvrir ainsi une communication utile entre la rue d’Or et la rue du Bonheur. Mais l’avare n’avait pas voulu vendre. Il était si riche, disait-on, qu'il ne se souciait pas, dans un déménagement, d’exposer ses trésors auxregardsdupublic.il vivait seul et très -mesquinement ; il n’avait point de domestique, parce qu’il eût fallu le payer, point de chien parce qu’il eût fallu le nourrir ; personne ne pouvait se vanter d’avoir mis le pied dans sa retraite plus loin que la petite chambre d’entrée.

A côté de son avarice, Haltrow était dominé souvent par un autre défaut, la gourmandise. Mais il ne la satisfaisait jamais à ses dépens. C’était chez ceux avec qui il faisait des affaires que, lorsqu’il était invité, il se donnait ce qu’il appelait de la joie.

Or un soir, le 24 février, ayant soupé convenablement chez un patron de navire , il s’en revenait à 11 heures, seul, à pied, malgré la pluie qui tombait en abondance. Toutes les portes étaient fermées , toutes les lumières éteintes , toute la ville endormie. Il faisait un temps effroyable. Haltrow, qui n’allait jamais seul la nuit sans mourir de peur, descendait rapidement la rue des Raisins , lorsqu’après avoir traversé le petit pont du fossé d’Olhon pour entrer dans la rue qui était devant lui, il vit un homme s’élancer de l’enfoncement d’une petite porte et se précipiter sur lui. Il se dégagea en un clin d’œil par un mouvement violent, courut encore quelques pas et se réfugia dans la boutique d’un orfèvre, dont par hasard la porte était restée entr’ouverle. Il se jeta sur une chaise, sentant qu’il avait reçu un coup de poignard , et s’écria : Je suis assassiné l L.’orfévre accourut : c’élait un homme qui, comme le juif, courait après la fortune ; mais il avait pris un autre chemin que l’usure ; il cherchait la pierre philosophale. Comme il faisait ce soir-là une grande fonte dans son arrière-boutique, il avait laissé sa porte à demi ouverte, pour tempérer la chaleur de ses fourneaux. Liévin Doël ( c’est le nom de l’orfévre ) reconnut le juif et lui demanda ce qu’il faisait dans la rue à une telle heure ? Mais Haltrow ne répondit plus ; il expirait. Liévin, effrayé, courut à sa porte, mit la tête dehors et ne vit personne. Cet incident le mettait dans un certain embarras. Il ferma sa boutique pour prendre conseil. Sa femme, ses enfants, sa servante étaient couchés ; tout le momie donnait dans le voisinage ; il était seul : il conçut tout à coup un projet hardi. Persoune, excepté l’assassin qui avait

nicrc fort sombre; il place la sccce à Pise, et son héros Liévin Doël se nomme Fazio. Le poüie anglais Milmaa a lait «lu J'a-'.io de Gra/.nni une tragédie.

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