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intérêt à se lairc , n’avait vu le juif entrer chez lui.
En déclarant sa mort , il courait risque d’être soupçonné. 11 imagina donc de changer en bien son malheur , comme il cherchait à changer le cuivre en or. Liévin Doël connaissait ou soupçonnait la grande fortune d’Haltrow. Il commença par le fouiller.
Ayant trouvé dans ses poches, avec quelque monnaie, un gros paquet de clefs, il résolut d’aller les essayer aux serrures du défunt. Le juif n’avait point de parents, et l’alchimiste, qui avait la conscience large, ne voyait pas grand mal à s’instituer son héritier. Il s’arme donc d’une lanterne sourde et se met en route ; il n’avait qu’une petite rue à parcourir. 11 arrive, sans s’apercevoir du temps affreux qu’il faisait ; il essaie les clefs, il entre dans l’appartement ; il trouve le colTrc-fort, et après bien des pemes, il parvient à ouvrir toutes les serrures. Là il voit des bracelets, des chaînes d’or , des diamants et quatre sacs sur chacun desquels il lit : cinq mille florins en or. 11 s’en empare en tressaillant de joie, referme tout, et revient chez lui sans être vu de personne. De retour dans sa maison, il serre d’abord ses richesses ; après cela , il songe aux funérailles du défunt : il le prend entre ses bras, le descend dans sa cave, et ayant creusé à quatre pieds de profondeur, il l’enterre avec ses clefs et ses habits. Il recouvre la fosse avec tant de précaution , qu’on ne pouvait s’apercevoir que la terre eût été remuée en cet endroit. II monte ensuite à sa chambre, ouvre ses sacs , compte son or et trouve les sommes parfaitement conformes aux étiquettes. Forcé de se sevrer un moment de la jouissance qu’il goûtait à les considérer, l’orfèvre cache le tout dans une armoire secrète et va se coucher, car le travail et la joie l'avaient fatigué rudement.
Quelques jours après, Haltrow ne paraissant plus, on ouvrit ses portes par ordre des magistrats. On ne fut pas peu surpris de ne trouver chez lui aucun argent comptant. On fit longtemps de vaincs recherches ; et ce ne fut que quand Liévin Doël vit que l’on commençait à n’en plus parler, qu’il hasarda quelques propos sur ses découvertes en alchimie. Bientôt même il parla de quelques lingots. On lui riait au nez ; mais il soutenait de plus en plus ce qu’il avait avancé et graduait adroitement ses discours et sa joie. Enûn il parla d’un voyage en France pour aller vendre ses lingots ; et afin de mieux jouer son jeu, il feignit d’avoir besoin d’argent pour ce voyage. Il emprunta cent florins sur une métairie qui n’avait pas encore passé par ses iourneaux. On le crut tout à fait fou : il n’en partit pas moins, en se moquant tout bas de ses voisins qui se moquaient de lui tout haut.
Cependant il arriva à Paris, changea son or contre des lettres de change sur de bons banquiers de Gand, et écrivit à sa femme
(J) Il y a, dans le village d’Abone, aujourd’hui Abano, une fontaine qui prêtait autrefois la parole aux muets, et qui donnait àceux qui y buvaient te talent de dire labonne
qu’il avait vendu ses lingots. Sa lettre jeta dans tous les esprits un étonnement qui durait encore lorsqu'il reparut dans la ville. 11 prit un air triomphant en arrivant chez lui; et pour ajouter des preuves sonnantes à ce qu'il disait do sa fortune, il alla chercher 20,000 florins chez ses banquiers. Dès lors on exalta partout sa science ; on raconta partout son histoire; considéré à la fois comme homme •riche et comme savant homme, il jouit de sa fortnne sans la gaspiller. On n’en connut la source que cinquante ans après, par son testament. On appela la rue ou il demeurait la rue du Bonheur. La voie large qui lui est parallèle, sur laquelle donnaient les fenêtres de la maison du juif, fut appelée la rue d’Or. La ville ayant hérité du manoir d’Haltrow, le cul-de-sac Sainte-Catherine devint une rue.
PIERRE DE SANTÉ. A Genève et en Savoie on appelle ainsi une espèce de pyrite martiale très-dure et susceptible d’un beau poli. On taille ces pyrites en facettes comme le cristal, et l’on en fait des bagues, des boucles et d’autres ornements. Sa couleur est à peu près la même que celle de l’acier poli. On lui donne le nom de pierre de santé, d’après le préjugé où l’on est qu’elle pâlit lorsque la santé de la personne qui la porte est sur le point de s’altérer.
PIERRE-DE-FEU, démon inconnu qui est invoqué dans les litanies du sabbat.
PIERRE- FORT, démon invoqué dans les litanies du sabbat. Nous ne le connaissons pas autrement; et il se peut aussi que ce soit un des affreux saints des sorciers.
PIERRE D’APONE, philosophe, astrologue et médecin, né dans le village d’Abano ou Apono (1), près de Padoue, en 1250. C'élait le plus habile magicien de son temps, disent les démonomanes; il s’acquit la connaissance des sept arts libéraux, par le moyen de sept esprits familiers qu’il tenait enfermés dans des bouteilles ou dans des boîtes de cristal, il avait de plus l’industrie de faire revenir dans sa bourse tout l’argent qu’il avait dépensé. 11 fut poursuivi comme hérétique et magicien; et s’il eût vécu jusqu’à la fin du procès, il y a beaucoup d’apparence qu’il eût été brûlé vivanî, comme il le fut en effigie après sa mort. 11 mourut à l’âge de soixante-six ans. Cet homme avait, dit-on, une telle antipathie pour le lait, qu’il n’en pouvait sentir le goût ni l’odeur. Thomazo Garsoni dit, entre autres contes merveilleux sur Pierre d’Apone, que, n’ayant point de puits dans sa maison , il commanda au diable de porter dans la rue le puits de son voisin, parce qu'il refusait de l’eau à sa servante. Malheureusement pour ces belles histoires, il paraît prouvé que Pierre d'Apone était une sorte (te pauvre esprit fort qui ne croyait pas aux démons, du reste homme de mauvais renom.
Les amateurs de livres superstitieux recherchent sa Géomancie. (2). Mais ne lui
aventure. Voyez le septième chant de la Pharsalc de Lucain.
(2) Geomaulia, iu-8°, Yenise, 1549.
attribuons pas un petit livre qu’on met sur sun compte et dont voici le titre : lesOEuvres magiques de Henri -Corneille Agrippa , par Pierre d'Aban, latin et français, avec des secrets occultes, in-24 , réimprimé à Liège, 1788. On dit dans ce livre que Pierre d’Aban était disciple d’Agrippa. La partie principale est intitulée : Heplatnéron, ou les Eléments magiques. On y trouve les sûrs moyens d’évoquer les esprits et de faire venir le diable. Pour cela il faut tracer trois cercles l’un dans l’autre, dont le plus grand ait neuf pieds de circonférence, et se tenir dans le plus petit, où l’on écrit le nom des anges qui président à l’heure, au jour, au mois, à la saison, etc.
Voici les anges qui président aux heures ; notez que les heures sont indiquées ici dans la langue infernale ; Yayn ou première heure, l’ange Michaël ; lanor ou deuxième heure, Anaël ; Nasnia ou troisième heure, Raphaël; Salla ou quatrième heure, Gabriel ; Sadedali ou cinquième heure, Cassiel;Thamus ou sixième heure, Sacbiel; Ourer ou septième heure, Samaël ; Thanir ou huitième heure, Araël; Néron ou neuvième heure, Cambiel; Jaya ou dixième heure, Uriel; Abaï ou onzième heure, Azaël; Natalon ou douzième heure, Sambaël. Les anges du printemps, cabalistiquement nommé Talvi, sont Spugliguel Caracasa, Commissoros et Amatiel; le nom de la terre est alors Atnadaï, le nom du soleil Abrai'm, celui de la lune Agusita. Les anges de l’été, nommé Gasmaran, sont Tubiel , Gargatiel, Tariel et Gaviel. La terre s’appelle alors Festativi, le soleil Athémaï, et la lune Arrnatas. Les anges de l’automne , qui se nommera Ardaraël, sont Torquaret, Tarquam et Guabarel. La terre s’appelle Rahimara, la soleil Abragini, la lune Malafignaïs. Les anges de l’hiver, appelé Fallas, sont Altarib, Amabaël, Crarari. La terre se nomme Gérénia, le soleil Commutai et la lune Affalerim. Pour les anges des mois et des jours, voy. Mois et Jours. Après avoir écrit les noms dans le cercle, mettez les parfums dans un vase de terre neuf, et dites : « Je t’exorcise, parfum, pour que tout fantôme nuisible s’éloigne de moi. » Ayez une feuille de parchemin vierge sur laquelle vous écrirez des croix ; puis appelez des quatre coins du monde les anges qui président à l’air, les sommantde vous aidersur-le-champ, et dites : « Nous t’exorcisons par la mer flottante et transpai ente, par les quatre divins animaux qui vont et viennent devant le trône de la divine Majesté; nous t’exorcisons ; et si tu ne parais aussitôt, ici, devant ce cercle, pour nous obéir en toutes choses, nous te maudissons et le privons de tout office, bien et joie ; nous te condamnons à brûler sans aucun relâche dans l’étang de feu et de soufre , etc. » Cela dit, on verra plusieurs fantômes qui rempliront l’air de clameurs. On ne s’en épouvantera point et on aura soin surtout de ne pas sortir du cercle. On apercevra des spectres qui paraîtront menaçants
et armés de flèches ; mais ils n’auront pas puissance de nuire. On soufflera ensuite vers les quatre parties du monde et on dira :
« Pourquoi tardez-vous ? soumettez-vous à votre maître. » Alors paraîtra l’esprit en belle forme qui dira : «Ordonnez et demandez, me voici prêta vous obéir en toutes choses.» Vous lui demanderez ce que vous voudrez; il vous satisfera ; et après que vous n’aurez plus besoin de lui, vous le renverrez en disant: « Allez en paix chez vous, et soyez prêt à venir quand je vous appellerai.» Voilà ce que présentent de plus curieux les OEuvres magiques. Et le lecteur qui s’y fiera sera du moins mystifié (1).
PIERRE LE BRABANÇON, charlatan né dans les Pays-Bas, M. Saignes rapporte de lui le fait suivant.
Etant devenu épris d’une Parisienne, riche héritière, le Brabançon contrefit aussitôt la voix du père défunt, et lui fit pousser du fond de sa tombe de longs gémissements ; le mort se plaignit des maux qu’il endurait au purgatoire, et reprocha à sa femme le refus qu’elle faisait de donner sa fille àuu si galant homme. La femme effrayée n’hésita plus : le Brabançon obtint la main de la demoiselle , mangea la dot, s’évada de Paris et courut se réfugier à Lyon. Un gros financier venait d’y mourir, et son fils se trouvait possesseur d’une fortune opulente. Le Brabançon va le trouver, lie connaissance avec lui et le mène dans un lieu couvert et silencieux ; là, il fait entendre la voix plaintive du père, qui se reproche les malversations qu’il a commises dans ce monde, et conjure son fils de les expier par des prières et des aumônes ; il l’exhorte d’un ton pressant et pathétique à donner six mille fran< s au Brabançon pour racheter des captifs. Le fils hésite et remet l’affaire au lendemain. Mais le lendemain la même voix se fait entendre, et le père déclare nettement à son fils qu’il sera damné luimême s’il tarde davantage à donner les six mille francs à ce brave homme que le ciel lui a envoyé. Le jeune traitant ne se le fit pas dire trois fois; il compta les six mille francs au ventriloque, qui alla boire et rire à sgs dépens.
P1ERRE-LAKOURANT, nom que des sorciers donnèrent au diable du sabbat. Jeanne Garibaut, sorcière, déclara que Pierre-Labourant porte une chaîne de fer qu’il ronge continuellement, qu’il habite une chambre enflammée où se trouvent des chaudières dans lesquelles on fait cuire des personnes pendant que d’autres rôtissent sur de larges chenets g le.
PIERRE LE VENERABLE, abbé de Cluny, mort en 1156. Il a laissé un livre de miracles qui contient plusieurs légendes où le diable ne joue pas le beau rôle.
PIERRES D’ANATHÈMES. « Non loin de Patras, je vis des tas de pierres au milieu d’un champ, j’appris que c’était ce que les Grecs appellent pierres d’anathèmes, espèce de trophées qu’ils élèvent à la barbarie de
U) Des erreurs et des préjugés, t. I*r, p. 313.
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