DOGM
complète, il faut encore qu'elle soit distincte, tranchée ou opposée ; expressions synonymes.
En troisième lieu, elle doit être immédiate, c'est-à-dire porter d'abord sur les parties principales, suivant une loi de l'esprit humain, qui, dans l'analyse, s'attache premièrement aux objets saillants, et n'arrive que peu à peu au détail. La fidélité à cette condition est l'unique moyen de saisir les rapports vrais des choses, et de ne pas supposer entre elles des différences fictives ; autrement on est bien près d'imiter un géographe à qui il prendrait fantaisie de partager les Européens en autant de groupes qu'il y a de villes en Europe, sans tenir compte de la division supérieure des royaumes.
Une dernière règle qui n'a pas toujours été suivie, et qui cependant n'a pas moins d'importance que les précédentes, c'est que les divisions doivent être resserrées dans de justes bornes. Pour peu qu'on les pousse trop loin, comme les scolastiques en avaient la funeste habitude, elles fatiguent l'intelligence, et l'accablent au lieu de la soulager. On a obscurci l'objet dans l'espérance de l'éclaircir, et il finit par échapper au regard et se perdre dans une poussière confuse. Simileconfuso est quidquid in pulverem sectum est, a dit Sénèque.
Considérée dans les ouvrages de l'esprit, la division pourrait donner lieu à beaucoup d'autres remarques ; mais nous n'avons à l'envisager ici que sous le point de vue philosophique.
On peut consulter: Aristote, Analyt. Post., lib. II, c. xin; — Logique de Port-Royal, liv. II.
DIVINITÉ, voy. Dieu.
DOCÉTISME, voy. Gnosticisme.
DODWELL (Henri), né à Dublin en 1641, professeur d'histoire à l'Université d'Oxford, de 1688 à 1691, et mort à Shottesbrooke, en 1711, s'est principalement rendu célèbre par ses écrits théologiques et ses savants travaux sur plusieurs points d'archéologie et de philologie ; mais il appartient aussi, quoique d'une manière indirect à l'histoire de la philosophie, par la discussion qu'il souleva entre Collins et Clarke sur l'immortalité de l'âme et sa nature immatérielle. Déjà, en 1672, dans une lettre qu'il publia sur la manière d'étudier la théologie, il avait soutenu que l'âme est naturellement sujette à la mort, mais qu'elle devient immortelle par un esprit d'immortalité que Dieu y ajoute en ceux qui vivent dans son alliance. Ce paradoxe, soit qu'il n'eût p été compris, soit qu'il ne fût pas à sa place, it longtemps resté inaperçu, Dodwell entrepi e le développer, d'abord dans un écrit sur le n ige, publié en 1704, et deux ans plus tard, da un discours sous forme de lettre {Epistola. j discourse) dont il nous suffira de traduire le"titre, d'une longueur peu ordinaire, pour en faire connaître l'esprit et le contenu : Discours épistolaire, où ton prouve par les Écritures et les premiers Pères que l'âme est un principe naturellement mortel, mais que la volonté de Dieu, afin de le punir ou de le récompenser, a rendu actuellement immortel en vertu de son union avec Vesprit divin communiqué dans le baptême, et où Von fait voir que, depuis les apôtres , personne, à l'exception des. évêques, n'a le pouvoir de donner le divin esprit immorto isant, in-8, Londres, 1706. Une telle proposition dut soulever contre Dodwell ungrand nombre --''adversaires, tant parmi les théologiens que parmi les philosophes. C'est ce qui arriva. Samue' Clarke, encore jeune alors, mais déjà en possession d'un nom très-respecté, fut un des premiers qui sntrèrent en lice. 11 publia pendant la mêma année une lettre où il
réfute, avec beaucoup d'érudition et de logique, tous les arguments employés dans le Discours épistolaire {A leller io M. Dodwell, etc., in-8, Londres, 1706). Cette lettre en provoqua une autre dans un sens contraire de la part de Collins {A letter lo the learned M. H. Dodwell, conlcning some remarks on a pretended démonstration of the immater iality, etc., in-8, Londres, 1707). Dès lors, la discussion cessa d'être théologique, pour rentrer entièrement dans le domaine de la philosophie. Dodwell en disparut, laissant en présence l'un de l'autre son adversaire et son défenseur.
Dodwell s'est acquis des titres plus réels à notre reconnaissance, en publiant quelques dissertations sur divers points très-obscurs de l'histoire de la philosophie: Appendice concernant l'histoire phénicienne de Sanchonialhon, en anglais, in-8, Londres, 1791 ; — Apologie des œuvres philosophiques de Cicéron, servant de préface à la traduction anglaise du de Finibus, publiée par Parker, in-8, ib., 1702; — Exercitationes duœ : prima de œlate Phalaridis; secunda de œtate Pythagorœ philosophi, in-8, ib., 1699-1704; — de Dicœarcho ejusque fragmentis, dans le Recueil des anciens géographes {Geographiœ veteris scriptores), publié par Hudson, 4 vol. in-8, ib., 1698-1712.
DOGMATISME. Avant toute discussion sur la nature des choses que nous désirons connaître, il y a la question de savoir si la connaissance elle-même et, par conséquent, si la science est possible, si l'esprit de l'homme peut atteindre à la vérité. Cette question est résolue de trois manières : les uns veulent que la vérité se dérobe éternellement à nos recherches, qu'il n'y ait pour nous aucun moyen de la discerner de l'erreur, et que nous soyons condamnés à un doute universel et irrémédiable. Ce sentiment a reçu le nom de scepticisme. Les autres pensent que la vérité n'est pas refusée à l'homme, qu'il lui est donné, au contraire, de la puiser à sa source la plus élevée et la plus pure, mais à la condition qu'il renonce à lui-même et à l'usage de sa raison, naturellement trompeuse ; qu'il s'abandonne à une certaine inspiration ou intuition supérieure à la raison ; qu'il se laisse entraîner et absorber par ce mouvement intérieur, au point de perdre le sentiment de son existence et de s'anéantir en Dieu. Cette, opinion, qui suppose la précédente et s'appuie en partie sur elle, a été appelée le mysticisme. D'autres, enfin, sont pleins de confiance dans nos facultés intellectuelles, et croient qu'elles nous découvrent la vérité quand nous savons nous en servir, c'està-dire quand nous les soumettons à certaines règles d'ordre, de méthode de circonspection, qui résultent de leur nature même. Cette foi dans la raison humaine pour toutes les choses dont la raison, dont les facultés humaines, en général, nous suggèrent l'idée, voilà ce qui constitue le dogmatisme. Pascal a très-bien caractérisé les partisans du dogmatisme, qu'il appelle les dogmatistes, et ceux du scepticisme, également connus sous le nom de pyrrhoniens, quand il dit que les uns ont voulu ravir à l'homme toute connaissance de la vérité, et que les autres tâchent de la lui assurer. C'est d'après cela qu'il met chacun dans la nécessité de choisir entre les uns et les autres. « Il faut que chacun prenne parti et se range nécessairement ou au dogmatisme ou au pyrrhonisme: car qui penserait demeurer neutre serait pyrrhonien par excellence; cette neutralité est l'essence du pyrrhonisme : qui n'est pas contre eux est évidemment pour eux. » Cependant, comme il ne choisit pas luimême et qu'il déclare les deux opinions éga-