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contredit par l'expérience; car. après tout, l'expérience ne comprend que les lois et les laits que nous connaissons, et rien ne nous empêche d'en supposer d'autres que nous ne connaissons pas, ou qui. sans exister, peuvent être regardés comme 1 possibles. De là vient que, dans les sciences qui - ont pour unique appui les définitions et le rai- * sonnement, par exemple en géométrie, il n'y a pas de milieu entre l'absurde et le vrai ; dans toutes les autres, l'hypothétique et le faux servent d'intermédiaire entre les deux extrêmes dont nous venons de parler.
ACADÉMIE. L'Académie était un gymnase d'Athènes ainsi appelé du nom du héros Académus. Platon ayant choisi ce lieu pour y réunir ses disciples, l'école philosophique, dont il est le chef, prit à son tour le nom d'Ecole académique ou simplement d'Académie.
L'École académique, considérée en général, embrasse une période de quatre siècles, depuis Platon jusqu'à Antiochus, et comprend des systèmes philosophiques d'une importance et d'un caractère bien différents. Les uns admettent trois Académies : la première, celle de Platon ; la moyenne, celle d'Arcésilas ; la nouvelle, celle de Carnéade et de Clitomaque.' Les autres en admettent quatre, savoir, avec les trois précédentes, celle de Philon et de Charmide. D'autres enfin ajoutent une cinquième Académie, celle d'Antiochus (Sextus Emp., Hyp. Pyrrh., lib. I, c. xxxni).
Parmi ces distinctions, une seule est importante : c'est celle qui sépare Platon et ses vrais disciples. Speusippe et Xénocrate. et toute cette famille de faux platoniciens, de demi-sceptiques dont Arcésilas est le père, et Antiochus le dernier membre considérable.
Ce qui marque d'un caractère commun cette seconde Académie, héritière infidèle de Platon, c'est la doctrine du vraisemblable, du probable, tô rctOavôv, qu'elle essaya d'introduire en toutes choses.
Arcésilas la proposa le premier, et la soutint avec subtilité et avec vigueur contre le dogmatisme stoïcien et le pyrrhonisme absolu de Timon et de ses disciples, essayant ainsi de se frayer une route entre un doute excessif, qui choque le sens commun et détruit la vie, et ces tentatives orgueilleuses d'atteindre, avec des facultés bornées et relatives, une vérité définitive et absolue.
Après Arcésilas, l'Académie ne produisit aucun grand maître, jusqu'au moment où Carnéade vint jeter sur elle l'éclat de sa brillante renommée. Carnéade était le génie de la controverse. Il livra au stoïcisme un combat acharné, où, tout en recevant lui-même de rudes atteintes, il porta à son adversaire des coups mortels. Armé du sorite, son argument favori (Sextus, Ado. Mathem., éd. de Genève, p. 212 sqq.), Carnéade s'attacha à prouver qu'entre une aperception vraie et une aperception fausse il n'y a pas de limite saisissable. l'intervalle étant rempli par une infinité d'aperceptions dont la différence est infiniment petite (Cic, Acad. quœst., lib. II, c x\ix sqq.).
Si la certitude absolue est impossible, si le doute absolu est une extravagance, il ne reste au lion sens que la vraisemblance, la probab Disciple d'Arcésilas sur ce point, comme sur tous Les autres, mais disciple toujours original, Carie fit d'une opinion encore indécise un système régulier, et porta dans l'analyse de la probabilité, oY tes degrés, des signes qui la révèlent, la pénétration et l'ingénieuse subtilité de son esprit (Sextus, Adv. Mathem., p. 169 B; Hyp.
Pyrrh., lib. I, r. xxxm).
chute '1'- l' Icadémie ne se lit pas attendre. Clitomaque éi rivit les doeti
de son maître, mais sans y rien ajouter de considérable (Cic, Acad. '/a est., lib. II, c. xzxi sqq.: Sextus, Adv. Mathem., p. 1508). Ni Charmadns, ni Melanchtus de Rhodes, ni Métrodore de Stratonice, ne parvinrent à relever l'école décroissante Enfin Antiochus et Philon, comme épuisés par la lutte, passèrent à l'ennemi.
Philon ne combat qu'avec mollesse le critérium stoïcien, la célèbre çavioiaîa xaTaÀn^tix^, si vigoureusement pressée par Arcésilas et Carnéade. Il alla même jusqu'à accorder à ses adversaires qu'à parler absolument, la vérité peut être comprise (Sextus, Hyp. Pyrrh., lib. I, c. xxxm). L'Académie n'existait plus après cet aveu.
Antiochus s'allie avec le vieil adversaire de sa propre école, le stoïcisme. Il ne veut reconnaître dans les diverses écoles académiques que les membres dispersés d'une même famille, et rêvant entre toutes les philosophies rivales une harmonie fantastique, du même œil qui confond Xénocrate et Arcésilas, il voit le stoïcisme dans Platon (Cic, l. c, c. xxn, xlii, xliii, xlvi ; de Nat. Deor., lib. I, c. vu).
Cette tentative impuissante d'édectisme marque le terme des destinées de l'Ecole académique.
Voyez, outre les ouvrages que nous avons cités et les histoires générales de la philosophie. Foucher, Histoire des Académiciens, in-12, Paris, 1690; le même, Dissert, de philosophia acadernica, in-12, Paris, 1692; Gerlach, Commentatio exhibens academicorum juniorum de probabilitate disputaliones, in-4, Goëtt. Em. S.
ACCIDENT (de accidere, en grec <j\Jii.6ior,v.bç). On appelle ainsi, dans le langage de la scolastique et de la philosophie aristotélicienne, toute modification ou qualité qui n'appartient pas à l'essence d'une chose, qui n'est pas l'expression de ses attributs constitutifs et invariables. Tels sont les vices par rapport à l'âme et le mouvement par rapport au corps : car l'âme n'est pas naturellement ni constamment vicieuse ; de même la matière ne peut être tirée de son inertie que par intervalles, grâce à une impulsion étrangère. Il ne faut pas confondre les accidents avec les phénomènes. En général, ceux-ci peuvent être constants, inhérents à la nature même des choses, par conséquent essentiels ; ceux-là. toujours eii dehors de l'essence des êtres, ont été très-justement définis par Aristote [Met E, c. n): ce qui n'arrive ni toujours ni ordinairement.
ACHENWALL (Godefroy), né en 1719 à Elbingen (Prusse), fit ses études à Iéna, à Halle et à Leipzig, s'établit à Marbourg en 1746, puis, en 1748, à Goëttingue, où il obtint une chaire peu de temps après. Il mourut en 1772.
Il se distingua surtout comme professeur d'histoire et de statistique ; mais il appartient aussi à ce Recueil par ses leçons sur le droit naturel et international et par les écrits estimables qu'il a publiés sur cette matière. A l'exemple de son compatriote Thomasius, il sépare attentivement, tout en la fondant sur la raison, la science du droit de la morale proprement dite. Ses vues sur ce point sont développées dans les ouvrages suivants : Jus nalurœ, Goëtt., 1750 et 1781 ; Observât, juris nat. et gcnl., in-4, 1754 ; Proleyomoia juris nat., in-8, 1758 et 1781.
ACHILLE. Tel est le nom qu'on a donné, dans L'antiquité, à l'un des arguments par lesquels Zenon d'Élée, et peut-être avant lui Parménide, voulait démontrer l'impossibilité du mouvement. On suppose Achille aux />icds légers luttant à la course avec une tortue et ne pouvant jamais l'atteindre, pourvu que l'animal ait sur le héros l'avantage de quelques pas. Car, pour qu'ils pussent se ren sontrer, il faudrait, dit-on, que l'un fût ar»
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rivé au point d'où l'autre part. Mais si la matière est divisible à l'infini, cela n'est pas possible, parce qu'il faut toujours admettre entre les deux coureurs une distance quelconque, infiniment petite (Arist., Phys., lib. IV, c. ix; Diog. Laërt., lib. IX, c. xxm, xxix). Cet argument n'a de valeur et n'a été dirigé que contre les partisans exclusifs de l'empirisme, forcés par leurs principes à nier toute continuité et toute unité, par conséquent le teaips et l'espace. Mais, à le prendre d'une manière absolue, c'est une subtilité qui ne mérite pas d'autre réponse que celle de Diogène. Voy. Ecoie Eléatique et Zenon.
ACHILLINI (Alexandre), de Bologne {Alex.
Achillinus Boloniensis) , professait à Padoue; dans le cours du xve siècle, la philosophie aristotélicienne commentée par Averrhoès, et eut même la gloire d'être surnommé Aristote second. Il n'eut pourtant d'autre titre à cette distinction que l'habileté de sa dialectique, habileté dont il fit surtout preuve dans la discussion qu'il soutint contre son célèbre contemporain, Pierre Pomponace. Il mourut en 1512, sans avoir laissé aucun écrit qui soit parvenu jusqu'à nous.
ACONTIUS (Jacques), né à Trente au commencement du xvie siècle, est très-peu connu et mériterait de l'être davantage. On ignore également l'année de sa naissance et celle de sa mort. Bayle, qui lui a consacré un article dans son Dictionnaire , affirme qu'il mourut en 1565; mais il vivait encore en 1567, puisque Ramus, qui entretenait avec Acontius une correspondance, s'adresse encore à lui en cette année même dans son Proœmium malhematicum et fait allusion à son crédit auprès de la reine d'Angleterre.
La vie d' Acontius, comme celle de la plupart des philosophes de ce temps-là, fut semée d'à ventures. Il nous apprend lui-même qu'ayant embrassé la réforme, il se détermina à quitter sa patrie, en compagnie d'un de ces coreligionnaires, nommé Francesco Betti. Sans doute ils suivirent la route que prenait alors l'émigration italienne, et dont les premières étapes étaient Genève et Zurich, Bàle et Strasbourg. Le séjour d'Acontius dans ces deux dernières villes est mentionné dans une lettre célèbre à son ami Jean Wolf de Zurich {de Ralione edendorum librorum, datée de Londres, 1562). C'est à Bâle qu'il publia ses principaux ouvrages et fit le plus long séjour avant de se réfugier en Angleterre, où la reine Elisabeth l'accueillit avec faveur et le pensionna, sinon comme jurisconsulte, ou comme philosophe, ou même comme théologien, au moins comme ingénieur : car il avait composé en italien un traité sur l'art de fortifier les places de guerre, et il entreprit de le mettre en latin par ordre de la reine : « tâche assez malaisée, disait-il, pour un homme qui, après avoir passe une bonne partie de sa vie à lire le mauvais latin {sordes) de Barthole, de Baldus et d'autres écrivains de cette espèce {ejus farinœ), avait mené pendant plusieurs années la vie des cours. » Aussi ne paraît-il pas qu'il ait jamais livré à l'impression ce travail.
Acontius a joui, durant le xvic et le xvne siècle, d'une assez grande réputation à cause d'un livre ingénieux, et souvent réimprimé, tur les Ruses de Satan (ou les Stratagèmes du Diable, suivant une autre traduction du titre latin : Stratagematum Satanœ libri oclo, Bâle, 1565). Mais nous n'avons à nous occuper ici que du philosophe qui eut l'idée de réformer la logique, et non du théologien protestant, accusé par quelquesuns de pousser jusqu'à leurs dernières limites la largeur et la tolérance, et vanté pour cela même par les arminiens, les sociniens et les libres penseurs.
Le principal titre d'Acontius aux yeux de l'historien de la philosophie est un petit traité de la méthode, qu'il publia à Bàle en 1558, intitulé : Jacobi Acontii T ridentini de Melhodo, hoc est de investigandarum tradendarumque artium ac seienliarum ralione (in-8, 138 pages, plus un errata d'après lequel nous rétablissons le titre) La logique étant définie l'art de découvrir et d'exposer la vérité (recta contemplandi docendique ratio), l'étude de la méthode en fait essentiellement partie, et il y a lieu de s'étonner que l'on s'en occupe si peu : car, si la méthode a pour but de nous procurer la connaissance que nous nous proposons d'acquérir, elle nous sert aussi à l'enseigner aux autres. Une telle connaissance n'est pas innée, comme celle des axiomes (p. 18, 19), ni obtenue immédiatement, comme les idées que nous donnent les sens : elle est le fruit du raisonnement, qui seul peut nous découvrir l'essence, les causes et les effets de chaque chose (qui sit, quae sint ejus causa, quisve effectus). A la recherche de l'essence se rattache la théorie logique de la définition que l'auteur traite avec le plus grand soin (p. 49-83). Pour découvrir les causes et les effets, il distingue deux méthodes, celle de résolution ou d'analyse et celle de composition, qui convient surtout à l'enseignement, quoiqu'elle contribue aussi à la recherche de la vérité. L'analyse dont il est ici question est celle des géomètres: il ne peut y avoir aucun doute à cet égard, et en général la méthode des mathémathiques est l'idéal d'Acontius en logique. Il le déclare à Wolf dans la lettre que nous citions plus haut, et il prétend qu'elle trouve partout son application, voire même en théologie, témoin son livre des Ruses de Satan, où il part de la définition du but de Satan et de principes généraux ou axiomes dont il va déduisant les conséquences jusqu'à la fin de l'ouvrage. On trouve encore, dans le de Melhodo d'Acontius, de bonnes règles pour l'emploi de la division et pour la culture de la mémoire; mais en somme, si l'on excepte l'expression de notions innées et ce qui est dit de l'analyse, on ne voit guère de quoi justifier un rapprochement entre Acontius et Descartes. Cependant Baillet rapporte dans sa Vie de Descaries (t. 11, p. 138) qu'un cartésien hollandais, nommé Huelner, signala au P. Mersenne le livre d'Acontius comme le seul qui lui parût digne d'être comparé au Discours de la Méthode: exagération évidente, que Bayle se contente de rappeler, mais que Brucker semble approuver.
Pour rester dans le vrai, il faut dire que le de Melhodo d'Acontius est l'ouvrage d'un esprit net et ferme, qu'il est bien compose, écrit d'un style clair et dégagé de toute scolastique. L'auteur est donc, en logique, un des précurseurs de la philosophie moderne. Il en avait pressenti les glorieux développements, témoin ce beau passage de sa lettre à J. "Wolf : « Intelligo etiam me in saeculum incidisse cultum prseter modum, nec tam certe vereor eorum, qui regnare nunc videntur, judicia, quam exorientem quamdam sseculi adhuc paulo excultioris lucem pertimesco. Etsi enim multos habuit habetque œtas nostra viros praestantes, adhuc tamen videre videor nescio quid majus futurum. » Quel dommage que cela soit dit à propos d'un écrit de Patrizzi!
Outre l'article de Bayle cité plus haut, on peut lire les quelques lignes que Brucker a consacrées à Acontius dans son Hist. critica philosophiœ (vol. V, p. 585, 586). Mais les écrits du théologien italien sont la source la plus riche et la plus sûre pour connaître sa vie et ses opinions.
Ch. W.
ACROAMATIQUE (de àxpoâ'-jj.ai, entendre).
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C'est la qualification que l'on donne a certaines doctrines non écrites, mais transmises oralement à un petit nombre d'élus, parce qu'on les juge inaccessibles ou dangereuses pour la foule. Dans le dernier cas, acroamatique devient synonyme d'i'sotérique (voy. ce mot). Quelquefois même on étend cette qualification à des doctrines écrites, quand elles portent sur les points les plus ardus de la science, et qu'elles sont rédigées dans un langage en rapport avec le sujet. C'est ainsi que tous les ouvrages d'Aristote ont été divisés e:i deux classes : les uns, par leur forme aussi bien que par les questions dont ils traitent, paraissent destinés à un grand nombre de lecteurs; on leur donnait le nom d'exotériques (è?wT£fixov:) ; les autres semblaient réservés à quelques disciples choisis : ce sont les livres acroamatiques (à/pou-a-axo; ou êyxuxXiouç). Quant à savoir quels sont ces livres et si nous les avons entre les mains, c'est une question qui ne peut être résolue ici. Voy. dans le tome I des Œuvres d'Aristote par Buhlë, 5 vol. in-8, Deux-Ponts, 1791, une dissertation intitulée : Commenlatio de libris Aristotelis acroamaticis etexotericis. — Voy. Aristote.
ACRON d'Agrigente ne se rattache à l'histoire de la philosophie que parce qu'il fut le fondateur de l'école de médecine surnommée empirique ou méthodique; cette école fleurit surtout pendant les deux premiers siècles après J. C, et arbora, en philosophie, le drapeau du scepticisme; elle a produit un grand nombre de philosophes sceptiques, tels que Ménodote, Saturnin, Théodas, etc.; le plus distingué d'entre eux tous fut, sans contredit, Sextus Empiricus. Voy. Sextos.
ACTE. La signification vulgaire de ce mot n'a pas besoin d'être définie; mais il est employé par Aristote avec un sens spécial et rigoureux qu'il importe de préciser.
Nous voyons les objets passer d'un contraire à l'autre, du chaud au froid ; mais ce n'est pas le contraire qui devient son contraire, le chaud qui devient froid. 11 y a nécessairement quelque chose en quoi le changement s'opère; nécessairement aussi ce quelque chose avait les deux contraires en puissance et était indifférent à l'un et à l'autre. Ce quelque chose c'est la matière qui ne se distingue pas de la puissance. Mais pouvoir, ce n'est pas agir ; être en puissance froid ou chaud. ce n'est pas être froid ou chaud. Pour être froid ou chaud, la puissance a besoin d'être réalisée, et lorsqu'elle est réalisée le froid ou le chaud est, non plus en puissance, mais en acte ; de sorte que l'acte et la puissance s'excluent mutuellement. Lorsqu'une chose est en puissance, elle n'est pas en acte ; lorsqu'elle est en acte, elle n'est plus en puissance. L'acte n'est cependant pas la réalisation de la puissance, mais la fin de la puissance qui se realise. La réalisation de la puissance est le passage de la puissance à l'acte, i c qu'Aristotc appelle le mouvement.
voy. UusTOTE, Actuel. A. L.
ACTIVITÉ. Voy. Volonté.
ACTUEL [quoa est in actu) est un terme emprunté Hc l.i philosophie scolastique, qui elle- ': n'a fait que traduire littéralement cette expression d'Aristote : ta 5v x-/t' Èvepyeiav. Or, 'lans la pensée du philosophe grec, assez fidèlement sur ce point par ses disciples du moyen âge 1 actuel c'est ce qui a eessé d'être simplement possible pour exister en réalité et à l'état 'h; lait: c'est :pussi L'état d'une faculté ou d'une force quelconque quand elle est entrée en exercice. Ainsi, ma volonté, quoique trh&réelle comme [acuité, ne commence à avoir une exisaetuelU qu'au moment où je veux telle ou elle chose. Arim-i dit, pai conséquent, plus que
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réel. De la langue philosophique, qui aurait tort de l'abandonner, ce terme a passé dans le langage vulgaire, où il signifie ce qui est présent ; sans doute parce que rien n'est présent pour nous que ce qui est révélé par un acte ou par un fait. Voy. Aristote.
ADAM du Petit-Pont, né en Angleterre au commencement du xne siècle, étudia à Paris sous Matthieu d'Angers et Pierre Lombard, et y tint une école près du Petit-Pont, comme l'indique son surnom, jusqu'en 1176; où il fut nommé évêque d'Asaph, dans le comte de Glocester. 11 mourut en 1180. Jean de Salisbury vante l'étendue de ses connaissances, la sagacité de son esprit, et son attachement pour Aristote ; mais on lui reprochait beaucoup d'obscurité. 11 disait qu'il n'aurait pas un auditeur, s'il exposait la dialectique avec la simplicité d'idées et la clarté d'expressions qui conviendraient à cette science. Aussi était-il tombé volontairement dans le défaut de ceux qui semblent vouloir, par la confusion des noms et des mots, et par des subtilités embrouillées, troubler l'esprit des autres et se réserver à eux seuls l'intelligence d'Aristote (Jean Salisbury, Metalogicus, lib. Ul c. x; lib. III, c. m; lib. IV, c. m). On ne connaît d'Adam qu'un opuscule incomplet, intitulé Ars disserendi, dont M. Cousin a publié quelques extraits dans ses Fragments de philosophie scolastique. Voy. aussi Histoire littéraire de France, t. XIV, Paris, 1840, p. 417 et suiv. C. J.
ADÉLARD, de Bath, vivait dans les premières années du xne siècle. Poussé, comme lui-même nous l'apprend, par le désir de s'instruire, il visita la France, l'Italie, l'Asie Mineure ; et, de retour dans sa patrie, sous le règne de Henri, fils de Guillaume, consacra ses loisirs à propager parmi ses contemporains les vastes connaissances qu'il avait acquises. Son nom est naturellement associé à ceux de Gerbert, de Constantin le Moine, à ces laborieux compilateurs qui introduisirent en Europe la philosophie arabe. On lui doit des Questions naturelles, imprimées sans date à la fin du xive siècle; un dialogue encore inédit, intitulé de Eodem et Diverso, qui, sous la forme d'une fiction ingénieuse, renferme une éloquente apologie des études scientifiques, une Doctrine de l'Abaque, une version latine des Éléments (TEuclide, et plusieurs autres traductions faites de l'arabe. Il est fréquemment cité par Vincent de Beauvais, sous le titre de Philosophus Anglorum. M. Jourdain, dans ses Recherches sur l'origine des traductions d'Aristote (in-8, Paris, 1819), a donné une analyse étendue du de Eodem et Dicerso. X.
ADELGER (appelé aussi ADELHER), philosophe scolastique et théologien du xne siècle, chanoine à Liège, puis moine de Cluny. 11 s'est fait remarquer uniquement par sa manière d'expliquer la prescience divine, en la conciliant avec la liberté humaine. Selon lui, le passé et l'avenir n'existent pas devant Dieu, qui prévoit nos actions comme nous voyons celles de nos semblables, sans les rendre nécessaires et sans porter atteinte à notre libre arbitre. Voy. Adelgerus, de Libero arbilrio ; dans le Thésaurus anecaotormti de Pèze, t. IV, p. 2.
ADÉQUAT, se dit en général de nos connaissances et surtout de nos idées. Une idée adéquate est conforme à la nature de l'objet qu'elle représente. Mais quels sont les objets véritables de nos idées, ou, ce qui revient au même, quels sont les modes de notre intelligence auxquels le mot idée, conformément aux plus illustres exemples, doit être consacré particulièrement? L'idée nous représente l'essence invariable et intelligible des choses, tandis que la sensation correspond
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aux modes variables, aux apparences fugitives. Par conséquent, plus elle est étrangère à la sensation, et épurée des affections de la sensibilité en général, plus elle est conforme à la nature réelle de la chose représentée, c'est-à-dire plus elle est adéquate. C'est dans ce sens que ce mot a été employé surtout par Spinoza, qui s'en sert très-fréquemment. Aux yeux de ce philosophe, la connaissance adéquate par excellence, la connaissance parfaite, c'est celle de l'éternelle et infinie essence de Dieu, implicitement renfermée dans chacune de nos idées {Eth., part. II, de Anima). C'est dans cette connaissance qu'il fait consister l'immortalité de l'âme et le souverain bien.
ADRASTE d'Aphrodisie {Adrastus Aphrodisiœus), commentateur estimé d'Aristote, qui vivait dans le 11e siècle après J. C, et a été classé parmi les péripatéticiens purs. Nous n'avons rien conservé de lui, qu'un manuscrit qui traite de la musique.
^EDÉSIE, femme philosophe de l'école néoplatonicienne, épouse d'Hermias et mère d'Ammonius. Elle fut célèbre par sa vertu et sa beauté, mais plus encore par le zèle avec lequel elle se dévoua à l'école néoplatonicienne et à l'instruction de ses fils.
Elle était parente de Sizianus, qui aurait désiré l'unir à Proclus, son disciple ; mais ce dernier, à l'exemple d'un grand nombre de néoplatoniciens, regardait le mariage comme une institution profane et voulut garder le célibat. vEdésie s'unit à Hermias d'Alexandrie, et conduisit à Athènes, à l'école de Proclus, les fils qui naquirent de cette union. Elle doit, ipar conséquent, avoir vécu dans le ve siècle après J. C.
^EDÉSIUS de Cappadoce {sEdesius Cappadox), néoplatonicien du iv* siècle après J. C, et successeur de Jamblique. Après l'exécution de Sopater, autre néoplatonicien que Constantin le Grand, converti au christianisme, livra au dernier supplice, yEdésius se tint caché pendant quelque temps pour ne pas subir le même sort: mais plus tard, ayant reparu à Pergame, où il établit une école de philosophie, ses leçons lui attirèrent un grand concours de disciples venus de l'Asie Mineure et de la Grèce.
-ŒGIDIUS COLONNA. issu de la noble race italienne des Colonna, appelé aussi du lieu de sa naissance ^Egidius Romanus (Gilles de Rome), est un philosophe et un théologien célèbre du xive siècle. Il reçut le surnom de Doclor fundatissimus et de Princeps theologorum. Entré, jeune encore, dans l'ordre des ermites de S. Augustin, il vint étudier à Paris, où il suivit surtout les leçons de S. Thomas d'Aquin et celles de S. Bonaventure, devint précepteur du prince qui plus tard porta le nom de Philippe le Bel, enseigna la philosophie et la théologie à l'Université de Paris, fut nommé en 1294 archevêque de Bourges et mourut à Avignon en 1316, après avoir pris parti pour Boniface VIII contre le prince qui avait été son élève et son bienfaiteur.
Outre son commentaire sur le Magisler sententiarum de Pierre Lombard, on a de lui deux ouvrages philosophiques dont l'un, sous le titre de Tractatus de esse et essenlia, fut imprimé en 1493 ; l'autre, intitulé Quodlibeta} a été publié à Louvain en 1646, et se trouve précède du de Viris illustribus de Curtius, qui donne des renseignements circonstanciés sur la vie et la réputation littéraire de ce philosophe scolastique. C'est à tort, sans doute, que les Commentationes physicœ et metaphysicœ ont été attribuées à Mgïdius ; car non-seulement il y est nommé à la troisième personne, mais on y voit aussi mentionnés des écrivains qui lui sont postérieurs, et le style est d'une latinité plus pure que dans les
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écrits de notre auteur. Ses recherches philosophiques se rapportent presque toutes à des questions d'ontologie, de théologie et de psychologie rationnelle, à divers problèmes relatifs à l'être, la matière, la forme, l'individualité, etc. Il se rattache strictement sur plusieurs points à la doctrine d'Aristote : par exemple, il considère la matière comme une simple puissance {Potentia pura), qui ne possède aucun caractère, aucune propriété de la forme ou de la réalité. Il ne fait pas seulement dépendre la vérité de la nature des choses, mais encore des lois de l'intelligence : en somme, il peut être regardé comme un réaliste assez conséquent avec lui-même.
.dSgidius Romanus n'est pas seulement un philosophe scolastique, c'est aussi un philosophe politique. Sur la demande de son royal élève, il a compose un traité du Gouvernement des princes {de Regimine principum) imité de celui qui a été écrit en partie par S. Thomas d'Aquin, mais beaucoup plus étendu; et sur la fin de sa vie, probablement pendant la querelle de Boniface VIII et de Philippe le Bel, il a pris la défense du pouvoir temporel du pape dans un traité de la Puissance ecclésiastique {de Ecclesiastica potestale) , qui a été découvert et publié assez récemment par M. Jourdain, sous le titre suivant : Un ouvrage inédit de Gilles de Rome, précepteur de Philippe le Bel, en faveur de la papauté, in-8, Paris, 1858. Dans le premier de ces deux ouvrages (in-f°, Augsbourg, 1473), on trouve un traité a peu près complet de droit naturel, de droit politique et même d'économie politique, où les idées d'Aristote et de S. Thomas se trouvent unies à quelques principes plus modernes. Le second contient un plaidoyer en faveur des prétentions les plus exagérées de la papauté, telles que les concevait Grégoire VII. — On trouvera une notice étendue sur Gilles de Rome dans les Réformateurs etpublicistes de V Europe de M. Ad. Franek, in-8, Paris, 1864.
.ffiîNEAS ou ÉNÉE de Gaza, d'abord philosophe païen, puis philosophe chrétien du ve siècle. Après avoir suivi les leçons du néoplatonicien Hiéroclès à Alexandrie, après avoir lui-même enseigné quelque temps l'éloquence et la philosophie, il se convertit au christianisme, et greffa si habilement sur cette doctrine nouvelle les fruits qu'il avait recueillis de la philosophie platonicienne, qu'on le surnomma le Platonicien chrétien. Outre un bon nombre de lettres, on a conservé de lui un dialogue écrit en grec, et qui, sous le titre de Théophrasle, traite principalement de l'immortalité de l'âme et de la résurrection des corps. Il y est aussi beaucoup parlé des anges et des démons. A ce propos, Enée de Gaza invoque fréquemment la sagesse chaldaïque, ainsi que les noms de Plotin, de Porphyre et de plusieurs autres néoplatoniciens. Il explique la Trinité chrétienne avec le secours de la philosophie platonicienne, établissant un rapport entre le Logos de Platon et le Fils de Dieu, entre l'âme du monde et l'Esprit saint. Il est facile de voir que ce transfuge du néoplatonisme au christianisme aime à faire un fréquent emploi de ses anciennes doctrines, afin de donner à ses croyances religieuses la consécration d'une conviction philosophique. Voy. JEneaz Gazœi Thcophrastus, gr. et lat., in-f°, Zurich, 1560; le même ouvrage avec la traduction latine, et les notes de Gasp. Barthius, in-4, Leipzig 1655 ; enfin on a de lui vingt-cinq lettres insérées dans le Recueil des lettres grecques, publié par Aide Manuce, in-4, Rome, 1499, et in-f°j Genève. 1606.
iENESlDÉME. L'antiquité ne nous a laissé sur la vie d'^Enésidème qu'un petit nombre de renseignements indécis. A peine y peut-on découvrir
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