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Jusque-là, rien de bien original dans la doctrine de Fries. Mais il prend une physionomie plus caractérisée, lorsqu'il gradue la connaissance, et qu'il distingue et superpose, pour ainsi dire, le savoir, le croire et le pressentir. Ici se montre le disciple de Jacobi.
Le savoir se tonde toujours immédiatement ou médiatcment sur l'intuition. Nous demander si nous savons quelque chose, c'est rechercher si la vérité d'une connaissance a sa raison dans l'enchaînement nécessaire de notre intuition sensible : c'est là ce qui constitue le savoir médiat. Mais lorsqu'il s'agit de nos idées rationnelles ou des différents états de notre âme, par exemple de l'idée de beauté, des sentiments de respect et d'amour, notre savoir est réfléchi^ certain, immédiat; c'est le savoir accompagne de croyance. Le pressentiment, supérieur à ce savoir et à la croyance elle-même, est aussi un jugement primitif dont la certitude parfaite arrive à la conscience sans se fonder sur une perception, comme dans l'intuition du savoir, ou sur une notion, comme dans la croyance immédiate aux sentiments et aux idées de la raison. Nous savons donc, au moyen de l'intuition des sens et des notions de l'entendement, comment l'existence des choses nous apparaît dans la nature; nous croyons, d'après les idées de la raison, à l'essence éternelle des choses de pure raison, telles que le beau, le vrai, le bon, et nous pressentons dans le sentiment l'existence des choses en elles-mêmes, pressentiment qui n'est ni perception ni notion.
Nous pourrions insister davantage sur cette distinction; mais elle n'en deviendrait ni plus radicale, ni plus claire, ni plus vraie. En donnant plus de précision à la pensée de Fries, pour mieux faire ressortir ces trois degrés de la connaissance, nous risquerions de la fausser. D'ailleurs, comment la foi ou le pressentiment, qui semble être la faculté de la connaissance objective dans ce système, se concilie-t-elle avec l'idéalisme ou le mode de connaître tout subjectif que notre philosophie a commencé par établir ? Comment *e disciple de Jacobi peut-il se mettre d'accord avec celui de Kant? Cette difficulté de concilier Fries avec lui-même a déjà été signalée par M. H. Fichte, qui le représente aussi; comme édifiant d'une main et détruisant de l'autre.
Fries a beaucoup écrit; voici la liste de ses principaux ouvrages philosophiques : Reinhold, Fichte et Schelling, in-8, Leipzig, 1803; in-8, Halle, 1824 ; — Théorie philosophique du droit, et critique de toute législation positive, in-8, Leipzig^ 1804; — Système de la philosophie, considérée comme science évidente, in-8, ib.,1804 ; — Sa,voir, foi et pressentiment, in-8, Iéna, 1803 ; — Critique nouvelle ou anthropologique de la raison, 3 vol. in-8, Heidelberg, 1807-1828; — Nouvelles doctrines de Fichte et de Schelling sur Dieu et le monde, in-8, ib., 1807; —Système de la logique, et Esquisse de la logique, in-8, ib., 1811-1828; —De la philosophie, du genre et de Vart allemands; un Vœu pour Jacobi contre Schelling, in-8, ib., 1812; — Manuel de philosophie pratique, t. I, comprenant l'éthique générale et la théorie philosopliique de la vertu, in-8, Leipzig, 1818; — Manuel d'anthropologie psychique, 2 vol. in-8, Iéna, 1820, 1821 et 1837; — Philosophie mathématique de la nature, in-8, Heidelberg, 1822; —les Doctrines de l'amour, de la foi et de V espérance, ou points principaux de la morale et de la foi, in-8, ib.; 1823; — Système de métaphysique, in-8, ib., 1824; — Julius et Évagoras, ou la Beauté de
âme (roman philosophique). 2 vol. in-8, Heidelberg, 1822 : le premier volume du Manuel de philosophie pratique ou de Théologie philoso-
phique contenait l'éthique générale ou la morale philosophique ; le second, qui a paru à Heidelberg, 1832, in-8, contient la science philosophique de l'État ou la politique, la philosophie de la religion ou la théorie des fins dans le monde, et l'esthétique; — Histoire de la philosophie] exposée d'après les progrès de ses développements scientifiques, t. I, in-8, Halle, 1837. — Divers articles philosophiques du même auteur ont été insérés dans les Eludes, recueil publié par Daub et Creuzer. J. T.
FRISESOMORUM. Terme mnémonique de convention par lequel les logiciens désignaient un des mode? indirects de la première des trois figures du syllogisme reconnues par Àristote. Les deux dernières syllabes de ce mot n'ont aucun sens, elles sont ajoutées pour fournir le spondé nécessaire à la mesure du vers mnémonique usité dans l'École :
Célentés, Dabitis, Fopesmo, Frisesomorum.
Voy. la Logique de Port-Royal, 3e partie, et l'article Syllogisme.
FRONTON (M. Cornélius), rhéteur latin, né à Cirta, en Numidie, vers la fin du premier siècle après J. C. La philosophie ne lui doit rien; il est vrai qu'il fut le maître de Marc-Aurèle, mais il employa toute son autorité à le dégoûter de la philosophie, et à le gagner à la rhétorique. On trouve dans sa correspondance avec ce prince de singulières préventions contre les philosophes : il les croit occupés à inventer des arguments captieux, à diviser et à distinguer sans fin, il les juge incapables de parler ou d'écrire avec goût, et en tout lieu inférieurs aux rhéteurs. Voy. dernière édition de ses Lettres, Leipzig, 1867, et en outre G. Boissier : la Jeunesse de Marc-Aurèle. Revue des Deux-Mondes, 1er avril, 1868.
FÙLLEBORN (Georges-Gustave), né à Glogau, en 1769, professeur de latin, de grec et d'hébreu à Breslau, a publié un recueil précieux. On y trouve une foule de dissertations remarquables sur différents points de l'histoire de la philosophie. Outre ce recueil intitulé Mémoires pour servir à l'histoire de la philosophie, 3 vol. en douze cahiers in-8, Zùllichau et Freystadt, 1796, Fùlleborn a fait paraître aussi quelques leçons de philosophie dans la Revue mensuelle de Silésie (ch. vr, vu et ix). Il mourut en 1803.
GALE (Théophile), presbytérien anglais, né en 1628 à King's-Teiguton, dans le Devonshire, et mort en 1678 à Holborn, pasteur d'une congrégation secrète de non-conformistes, fut le fondateur de cette école moitié théologique, moitié philosophique, moitié païenne et moitié chrétienne, en tout cas plus éruditeque savante, qui comptait dans son sein Cudworth, Henri More, Thomas Gale, et qu'on a coutume d'appeler l'école platonicienne d'Angleterre. La lecture du livre de Grotius, de la Vérité de la religion chrétienne, inspira à Théophile Gale l'idée de son premier ouvrage, The court of the gentiles (Aula deorum gentilium, in-8, Londres, 1676), où il s'efforce de prouver que tout ce que nous admirons chez les sages du paganisme est un emprunt fait à la révélation ; qu'ils ont puisé à cette source les éléments les plus essentiels de leur théologie, de leur philosophie, et jusqu'aux mots dont ils se servaient pour exprimer leur pensée. D'après cela on pourrait croire que la philosophie doit disparaître du nombre des sciences, et que la théologie seule, sévèrement renfermée dans les textes de l'Ecriture, doit être appelée à résoudre tous les problèmes qui intéressent la pensée humaine. Il n'en est rien cependant. Gale croyait, avec saint Justin et Clément d'Alexandrie, que la parole de Dieu fut révélée aux hommes de diverses manières et à
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différentes époques, et qu'il faut savoir la retrouver et la reconnaître partout où elle existe, si l'on veut avoir la vraie philosophie. De là l'éclectisme ; mais un éclectisme sans franchise et sans liberté, toujours subordonné à des croyances théologiques. L'école d'Alexandrie paraissait à Gale le meilleur modèle à suivre pour arriver à ce résultat. D'ailleurs la doctrine d'Alexandrie est, selon lui, l'interprétation la plus légitime de celle de Platon, et Platon, plus qu'aucun autre philosophe de l'antiquité païenne, a puisé aux sources de la révélation. Toutefois le néoplatonisme alexandrin, soumis au contrôle de la Bible, ne suffisait pas à Gale; il y ajoutait encore les idées kabbalistiques interprétées par Reuchlin et Pic de la Mirandole. C'est dans cet esprit qu'il a écrit son second ouvrage, Philosophia universalis (in-8, Londres, 1676), composé de deux parties : dans la première il retrace l'origine et l'histoire de la philosophie, principalement de la philosophie platonicienne; dans la seconde il expose son propre système tel que nous venons de l'esquisser à grands traits. — C'est l'influence de Théophile Gale qui a poussé Thomas Gale, plus philologue que philosophe, à publier les Mystères des Egyptiens, attribués à Jamblique, et la lettre de Porphyre à Anébon.
GALIEN. Personne n'ignore quelle est la place de Galien dans l'histoire de la médecine; mais on connaît moins bien le rôle qu'il a joué dans les destinées de la philosophie. Les historiens même de cette science en ont à peine parlé ; le souvenir rapide et superficiel qu'ils ont consacré au médecin de Pergame ne nous apprend rien de certain sur ses doctrines et sur son influence. Cependant rien n'est plus injuste qu'un tel oubli. Entraîné dès sa jeunesse vers la philosophie par une vocation naturelle et décidée, Galien n'a jamais séparé l'étude de cette science de l'étude de la médecine, et poussa même si loin cette alliance, qu'il composa des traités philosophiques à l'usage particulier des étudiants en médecine. Critique et historien plutôt encore que philosophe dogmatique; n'ayant pas toujours une doctrine bien arrêtée ; trop souvent incertain et en contradiction avec lui-même, soit par caractère, soit par principe; éclectique en philosophie plus encore qu'en médecine, mais de cet éclectisme en quelque sorte matériel, qu'on a appelé le syncrétisme; dialecticien comme Aristote, dont il suivit presque tous les principes logiques et auquel il doit la disposition méthodique de ses ouvrages; psychologue comme Platon, qui lui a fourni ses plus belles inspirations sur la nature et sur la vie, Galien occupe une place à part dans l'histoire de la philosophie. Les Arabes surtout lui doivent peut-être autant comme philosophe que comme médecin. On a comparé Galien à Aristote : cette comparaison est juste, si l'on tient seulement compte des connaissances encyclopédiques des deux écrivains, de leur esprit d'observation et de leur influence au moyen âge ; mais elle ne soutient pas l'examen, si l'on considère la direction générale de leurs idées, la trempe de leur génie, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, leur valeur intrinsèque.
Galien (Claude) naquit l'an 131 de notre ère à Pergame. en Asie, sous le règne de l'empereur Adrien. Son père, nommé Nicon, architecte trèsdistingué, possédait des connaissances étendues en mathématiques, en astronomie, en philosophie, el jouissait, en outre, d'une fortune considérable. Premier précepteur de son fils, il ne contribu i pis peu à lui inculquer de bonne heurt.' l'amour de toutes les sciences qu'il cultivait lui-même.
surtout le goût des mathématiques, qu'on est un peu étonné de rencontrer chez un médecin, ce qui lui attira même quelquefois, ainsi qu'il nous l'apprend, les railleries de ses confrères. Dès l'âge de quatorze ans, Galien fut envoyé aux écoles de philosophie, qu'il fréquenta toutes en même temps. Nicon accompagnait partout son fils et lui servait de répétiteur. Ce fut à l'âge de dix-sept ans que, d'après un songe de son père, Galien se décida à embrasser la médecine, et se consacra dès lors tout entier à l'étude de cette science. Il avait un goût prononcé pour les voyages ; mais il n'en fit aucun sans un but vraiment scientifique. En l'an 164 il vint à Rome, où il passa la plus grande partie de sa vie, exerçant son art avec un succès presque inouï, rédigeant ses nombreux et immortels ouvrages, souvent en butte à l'envie de ses confrères, et cependant honoré par eux et par ses contemporains comme un des plus savants médecins de son siècle. On ne connaît ni le lieu ni la date précise de la mort de Galien : on sait seulement qu'il parvint à un âge très-avancé.
Le nombre des écrits philosophiques de Galien était considérable; mais la plupart ne sont pas arrivés jusqu'à nous, et cela s'explique aisément par le peu d'importance qu'on devait leur accorder, en comparaison de ceux d'Aristote. Presque tous ses livres se rapportaient à la logique et à la dialectique, quelques-uns à la morale, et les autres, presque entièrement historiques, renfermaient l'exposition critique des quatre principaux systèmes suivis alors. C'est dans cette dernière classe que se range un fragment sur le Timéc de Platon, publié seulement en latin, et le fameux traité des Dogmes d'Hippocrate et de Platon en neuf livres, dont malheureusement nous avons perdu le commencement. Galien a, en outre, composé plusieurs écrits sur les mathématiques dans leur application à la philosophie, entre autres un livre intitulé que la Démonstration géométrique est préférable à celle des stoïciens.
Malgré cette prédilection, et peut-être à cause de cette prédilection pour les mathématiques, Galien, comme on en sera bientôt convaincu par l'exposé de ses doctrines, montre peu de rigueur dans ses recherches relatives à la philosophie : choisissant, dans les systèmes les plus célèbres, les idées qui lui offrent un certain degré de probabilité, il en poursuit les conséquences par le raisonnement, sans trop s'inquiéter de savoir quelle est la valeur de ces idées considérées en elles-mêmes, quelle en est la portée et la signification exacte, quelles sont les relations qui existent entre elles.
Privés, comme nous l'avons dit, de la plupart des livres de Galien, nous allons essayer de faire connaître, à l'aide de ceux qui nous restent, ses opinions touchant les points les plus importants de la science philosophique, telle que les anciens la comprenaient. Nous exposerons donc successivement les théories de Galien sur la nature en général, sur la nature particulière de l'âme et de ses facultés, puis les principes fondamentaux de sa morale, ce qu'il a ajouté à la logique d'Aristote, et enfin les avantages qu'on peut retirer de la lecture de ses œuvres pour l'histoire de la philosophie.
1" Opinion de Galien sur la nature. — Rien n'est plus confus que la doctrine de Galien sur la nature : ici il en fait une force, et là un être, tantôt il entend ce mot dans le sens universel, tantôl dans le sens particulier : aussi est-il trèsdifficile, pour ne pas dire impossible, de tirer quelques notions générales des diverses définitions que noua trouvons dans ses nombreux ou-
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vrages, où les opinions de ses devanciers sont presque toujours placées à côté de celles qui lui sont propres. Ainsi, Galien admet dans plusieurs passages la définition que l'on retrouve le plus souvent dans les écrits hippocratiques, c'est-àdire que la nature est la substance universelle formée par le tempérament des quatre éléments, quelquefois des quatre humeurs. Ailleurs elle est « la substance première qui forme la base de tous les corps nés et périssables », ou bien une force, une faculté mise en nous, et qui gouverne le corps. Dans le livre sur le Tremblement, la Palpitation, etc., il dit, en parlant de la chaleur innée : « La nature et l'âme ne sont rien que cela; de sorte que vous ne vous tromperez pas en les regardant comme une substance qui se meut elle-même et meut toujours. — Il n'estpersonne de si stupide, dit-il ailleurs (de la Formation du fœtus, ch. vi), qui ne comprenne qu'il y aune cause de la formation du fœtus; nous la nommons tous nature, sans savoir quelle est sa substance; mais, comme j'ai montré que la construction de notre corps indique la sagesse et la puissance sublime de son créateur, je prie les philosophes de m'indiquer si celui qui l'a fait est un Dieu puissant et sage, qui délibère d'abord comment il convient de construire le corps de chaque animal, et qui détermine ensuite la force par laquelle il pourra construire ce qu'il se proposait, ou si c'est une autre âme (^vy.'ô Èxépa) différente de celle de Dieu. Ils diront que la substance de ce qu'on appelle nature, qu'elle soit corporelle ou incorporelle, n'atteint pas cette sagesse sublime, puisque, selon eux, il est impossible de prouver qu'elle puisse agir avec tant d'art dans la formation du fœtus. Mais quand nous entendons dire cela à Ëpicure et à ceux qui croient que tout se fait sans Providence, nous ne les croyons pas. »
Ce qu'il y a de plus clair dans les idées de Galien sur la nature, c'est qu'il admet, avec Platon et Aristote, le principe des causes finales. Ce principe qui revient à chaque instant dans ses œuvres, et qu'il applique à tous les détails de l'organisme et de la vie, est aussi la preuve sur laquelle il s'appuie pour reconnaître, audessus de la nature, un être infini en sagesse, en bonté et en puissance. Le passage où il exprime cette conviction [de V Usage et de l'utilité des parties, liv. III), est devenu classique, et mérite d'être reproduit ici.
« Pourquoi disputerais-je plus longtemps avec ces êtres dépourvus de raison (les blasphémateurs)? Les personnes sensées ne seraient-elles pas en droit de me blâmer et de me reprocher à juste titre de profaner le langage sacré qui doit être réserve pour les hymnes à l'honneur du créateur de l'univers? La véritable piété ne consiste pas à immoler des hétacombes, ou à brûler mille parfums délicieux en son honneur, mais à reconnaître et à proclamer hautement sa sagesse, sa toute-puissance, son amour et sa bonté.... Le père de la nature entière a prouvé sa bonté en pourvoyant sagement au bonheur de toutes ses créatures, en donnant à chacune ce qui peut lui être réellement utile. Célébrons-le donc par nos hymnes et nos chants ! Il a montré sa sagesse infinie en choisissant les meilleurs moyens pour parvenir à ses fins bienfaisantes, et il a donné des preuves de sa toute-puissance en créant chaque chose parfaitement conforme à sa destination. C'est ainsi que sa volonté fut accomplie. »
Mais, tout en proclamant la toute-puissance divine, il croit, avec toute l'antiquité païenne, qu'elle ne peut agir qu'en se soumettant à certaines conditions inhérentes à la matière éternelle.
« C'est la. dit-il, ce qui distingue l'opinion de Moïse de la nôtre, de celle de Platon, et de tous les Grecs qui ont bien traité la science de la nature. Car pour Moïse, il suffit que Dieu veuille arranger la matière, et elle est de suite arrangée. Il croit que tout est possible à Dieu, quand même il voudrait changer de la cendre en cheval ou en bœuf. Nous ne pensons pas ainsi ; mais nous croyons qu'il y a des choses naturellement impossibles, et que Dieu ne touche pas à ces choseslà; mais qu'entre les choses possibles il choisit le meilleur. »
2" Opinion de Galien sur Vâme humaine. — ■ Malheureusement Galien ne sait pas suivre longtemps le même ordre d'idée. L'indécision que nous avons trouvée chez lui, quand il essaye de nous faire comprendre ce qu'est la nature en général, ce qu'est chacune des forces dont elle l'ait usage, se reproduit à propos de la nature particulière de l'âme et de ses facultés. L'âme est-elle une substance matérielle ou immatérielle? Galien n'ose pas se prononcer, déclarant qu'il lui est impossible d'arriver sur ce point à une démonstration évidente. 11 est résolu à rester neutre entre les deux solutions contraires, entre le spiritualisme et le matérialisme, et se console de cette incertitude par la réflexion peu philosophique que la connaissance de ces choses n'est pas absolument nécessaire pour l'acquisition de la santé ou des vertus morales (de Subst. facult. nat., t. IV, p. 760 et suiv.).
Cependant, à la manière dont il entend la définition qu'Aristote a donnée de l'âme, il est facile de voir qu'il incline beaucoup plus du côté du matérialisme. Selon lui, en effet, cette fameuse proposition : Vâme est Ventéléchie d'un corps naturel qui a la vie en puissance, signifie positivement que les facultés de l'âme suivent le tempérament du corps, et que l'âme elle-même est formée par le mélange de ces quatre qualités primitives des corps : le chaud, le froid, le sec et l'humide.
Avec une telle façon de penser, il ne pouvait accepter l'immortalité de l'âme, ou plutôt de la partie pensante de l'àme, enseignée par Platon. « Si Platon vivait encore, dit-il, je voudrais surtout apprendre de lui pourquoi une perte abondante de sang, de la ciguë prise en boisson, ou une fièvre ardente, sépare l'âme du corps; car, selon Platon, la mort arrive quand l'âme se sépare du corps.» Il ne saurait comprendre, dit-il un peu plus loin (ubi supra, p. 776), que l'âme, si elle n'est pas quelque chose du corps, puisse s'étendre par tout le corps.
Et cependant c'est justement la doctrine de Platon sur le siège, les divisions et les facultés de l'âme, qui a inspiré à Galien la profonde admiration qu'il professe pour lui ; car il l'appelle le prince des philosophes. Les sept premiers livres que Galien a écrits sur les Opinions d'Hippocrate et de Platon servent uniquement à exposer la doctrine de Platon sur les trois âmes de l'homme, doctrine attribuée aussi à Hippocrate et^ empruntée en partie aux pythagoriciens. Il défend à outrance cette théorie contre Aristote et contre les stoïciens.
3° Morale de Galien. — Conséquent avec luimême, au moins sur ce point, c'est encore à Platon que Galien emprunte la partie essentielle de sa morale. On reconnaîtra sans peine dans le passage suivant (Opinions d'Hippocrale et de Platon, liv. I, ch. i) la théorie des quatre vertus cardinales, qui a passé, comme on sait, de Platon aux stoïciens : « Si le meilleur est un, si la perfection est une, il est nécessaire que la vertu de la partie rationnelle de l'âme soit la science; et si cette partie rationnelle existe seule d tns
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nos âmes, il ne faut pas chercher d'autres vertus. Si, au contraire, il y a en outre l'âme courageuse, il est nécessaire qu'il y ait également une vertu correspondante. De même, s'il y a une troisième âme, c'est-à-dire la concupiscence, trois vertus se succéderont également, et il y aura de plus une quatrième qui naît de la relation des trois autres entre elles. » C'est encore un principe platonique que Galien exprime lorsqu'il dit {Quod animi mores corp. Icmp. seq., c. n) « que, pour notre nature, nous aimons, nous désirons le bien; qu'au contraire nous abhorrons, nous haïssons et nous évitons le mal.» En même temps, par une contradiction inexplicable, il accumule les preuves et les témoignages pour démontrer que les mouvements de l'âme suivent en général ceux du corps, et que presque toutes les opinions sont le résultat d'une disposition physique. Il en est de même, selon lui, du vice et de la vertu. « Tous, dit-il [ubi supra, ch. xi), ne sont pas ennemis de la justice, ni tous amis de la justice par leur nature; car ces deux espèces d'hommes sont ainsi faits par le tempérament de leur corps. » Un peu plus loin, il s'écarte encore davantage de la doctrine platonicienne, en soutenant que presque tous les enfants sont mauvais, et qu'un très-petit nombre seulement d'entre eux sont disposés à la vertu. Pour pallier une contradiction aussi choquante, il reconnaît dans l'homme trois penchants naturels qui se développent successivement et correspondent aux trois âmes dont nous avons parlé un peu plus haut : le premier de tous est le goût du plaisir, qui a son siège dans l'âme concupiscente ; puis vient le penchant qui nous porte à la victoire, et dont le principe est l'âme courageuse ; enfin le dernier, c'est l'amour du bien et du beau, entièrement réservé à l'âme rationnelle. Mais cette hypothèse ne remédie à rien, puisque nous apprenons ailleurs [ubi supra, c. iv) que l'âme rationnelle est, comme les deux autres, subordonnée au tempérament du corps. Du reste, il croit avec Aristote que les vertus, du moins celles qui ne dépendent pas exclusivement de la raison, s'acquièrent par l'exercice; que le bien consiste à savoir garder un juste milieu entre deux passions contraires, et qu'enfin les avantages de l'âme ne suffisent pas à notre bonheur; qu'il y faut joindre, dans une mesure convenable, les biens extérieurs.
4° Influence de Galien sur la logique. — Il nous est difficile aujourd'hui de savoir positivement en quoi Galien a pu contribuer à élargir le domaine de celte partie de la science, et deux faits seulement nous permettent de croire qu'il n'a pas été étranger à son développement. On admettait depuis longtemps, sur la foi des commentateurs arabes d'Aristote, que Galien avait découvert la quatrième ligure du syllogisme, dans laquelle le terme moyen est attribut dans la majeure et sujet dans la mineure, quoiqu'on n'en trouvât pas la moindre trace dans ses ouvrages conservés jusqu'à nos jours. Grâce à la découverte de M. Minas, nous savons maintenant que Galien mentionne véritablement cette quatrième figure de syllogisme dans l'Introduction dialectique (retrouvée au mont Athos el publiée pour la première fois en grec, chez Didot, en 1844, in-8). Cependant, comme Galien n'en parle que i' lient et, pour ainsi dire, en pas-
sant, il semble qu'il n'y attachait pal lui-même une grande importance: il ne la présente pas non plus comme une découverte qui lui soit personnelle <'t dont aucun de ses prédécesseurs n'avait parlé. C'est donc peul être à tort que Lés n on! attribué cette découvei te ; du moins m. Minas nous cite dpns sa préface (p. 56)
un passage d'un commentateur grec inédit sur les Derniers Analytiques, où il est dit que Théophraste et Eudème avaient déjà quelques
combinaisons de syllogismes, outre celles d'Aristote, mais qu'ils les rangeaient sous la première figure, tandis que les auteurs plus récents en avaient fait une quatrième figure et regardaient Galien comme le père de cette opinion. Nous citerons, en second lieu, pour caractériser les travaux de Galien sur la logique, l'explication qu'il a donnée d'un passage fort obscur d'Aristote [Soph. Elench., lib. I, c. ni), sur les diverses causes qui peuvent donner un double sens à une proposition ; c'est précisément à cet effet que Galien a écrit son traité des Sophismes qui tiennent à la diction. L'explication de Galien a été accueillie par les commentateurs d'Aristote. qui vinrent après lui; car Alexandre d'Aphrodise [in Soph. Elench., t. IV, p. 298, éd. de Berlin) la mentionne et l'admet. Il ressort de là que les ouvrages de Galien étaient lus aussi bien par les philosophes que par les médecins Malgré l'assertion contraire de M. Minas (préface, p. 45), on doit en conclure que le silence gardé par les commentateurs grecs d'Aristote sur la quatrième figure de syllogisme, dite de Galien, tient au peu d'importance qu'ils attachaient à ce point de doctrine et non à l'indifférence qu'ils avaient pour les écrits du médecin de Pergame.
Comme nous venons de le voir, ce qu'on peut appeler la doctrine de Galien ne se présente pas sous un jour très-favorable; mais ses écrits sont, en revanche, une mine riche et encore mal explorée pour l'histoire de la philosophie.
5° Utilité des œuvres de Galien pour l'histoire de la philosophie. ■ — Dans son traité sur les Opinions d'Hippocrate et de Platon (liv. II, ch. xn; liv. III, ch. m), tout en réfutant les doctrines des stoïciens, Galien nous expose clairement les différentes phases et les transformations par lesquelles a passé ce système. Nous voyons, par exemple, qu'à dix-neuf siècles de distance les mêmes opinions conduisirent aux mêmes conséquences : ainsi, en identifiant entièrement l'âme avec la pensée, les stoïciens, aussi bien que Descartes, furent obligés de refuser toute espèce d'âme aux animaux. Nous voyons dans un autre endroit comment cette identification de l'âme avec la pensée avait influé sur la théorie des passions que les stoïciens regardaient comme de faux jugements; ainsi selon Chrysippe (liv. IV, ch. n), la douleur est l'opinion récente de la présence d'un mal; la peur, l'expectative d'un mal; le plaisir, l'opinion récente de la présence d'un bien. Par suite du même principe, les vertus ne sont plus que des applications diverses de la science, et la science elle-même est aussi la vertu dans son unité et sa généralité.
Nous ne comprenons pas plus que Galien comment Chrysippe a pu combattre cette doctrine, qui nous paraît parfaitement conséquente. Environ un siècle après Chrysippe, Posidonius, que Galien [de Plac. Hippocr. et PÎat.} lib. VIII. c. i) appelle le plus savant des stoïciens, ense\. cn se rapprochant de Platon, qu'il y a trois facultés '|m nous dirigent : la concupiscente, la courageuse et la pensante. Comment n'avait-il pas compris que cette théorie renversait de fond en. comble la philosophie stoïcienne? Il serait intéressant de voir par quels artifices il cherchait à se persuader qu'il était encore véritablemenl dans la voie du stoïcisme. On sait que,
selon les stoïciens, la règle supré 'le la rao-
ralej celle qui résumait on elle toutes Ifs autres, c'était de vivre selon la nature. Eh bien,
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Galien [ubi supra, liv. V, ch. vi) nous a conservé un endroit de Posidonius, où ce dernier se vante que lui seul peut donner une explication satisfaisante de ce précepte. « Celui-là, dit-il {ubi supra, lib. III, c. i), vit d'accord avec les règles nature qui suit en tout les commandements du démon intérieur, parent de celui qui régit le le entier, et qui n'a aucune indulgence pour l'autre démon de la nature animale dans les corps. » Galien nous apprend sur le même philosophe, et sur l'école stoïcienne en général, quelques autres détails qu'on ne trouve pas ailleurs, et qui répandent un jour nouveau sur cette école célèbre. Ainsi nous savons par lui que Diogène de Babylone regardait l'âme comme une evaporation de la nutrition ou du sang Galien remarque {ubi supra, lib. II, c. vin) que ce philosophe se rapprochait évidemment par cette définition de la doctrine d'Empédocle et de Critias, suivant laquelle l'âme était le sang.
Ce ne sont pas seulement les livres sur les Opinions d ' Hippocrate et de Platon qui contiennent des données intéressantes pour l'histoire de la philosophie; dans son premier commentaire sur le livre hippocratique des Humeurs (t. XV, p. 37), Galien nous a conservé une explication curieuse de la manière dont Thaïes entendait que l'eau était le seul élément; il prétend même que cette explication a été tirée d'un livre authentique de Thaïes lui-même. De même, dans son Introduction dialectique (p. 17-20 et p. 3645), il nous a conservé quelques fragments de la théorie des anciens sur les syllogismes hypothétiques, qui peuvent servir à compléter ce que nous en savions déjà par Jean Philopon [Comment, in Analyt. Post., lib. I). Dans le dernier chapitre du traité sur les Sophismes qui tiennent à la diction (t. XIV, p. 595-598, éd. de Kùhn), on trouve aussi un fragment de la dialectique stoïcienne, qui était si renommée chez les anciens pour sa subtilité. Nous irions beaucoup trop loin si nous voulions énumérer tout ce que les ouvrages de Galien contiennent d'intéressant pour l'histoire de la philosophie ; il nous suffit d'avoir appelé l'attention sur ce sujet.
Il nous reste une dernière question à examiner : c'est de savoir si Galien demeura entièrement étranger aux tendances mystiques qui commencèrent à se montrer chez quelques philosophes de son époque, et qui annonçaient, pour ainsi dire, la fondation de l'école d'Alexandrie. Nous avons déjà vu que ce fut un songe de son père qui le détermina à se consacrer à la médecine; de même ce fut un songe qui lui fit décliner l'honneur de suivre l'empereur Marc-Aurèle dans son expédition contre les Germains {de Lib. prop., c. n). Mais il va plus loin encore : il donne accès à cette croyance superstitieuse jusque dans ses écrits et dans son art. Dans le petit traité sur le Diagnostic des maladies par le moyen des songes, il en distingue trois espèces : les songes qui tiennent à nos occupations et à nos pensées habituelles; ceux qui tiennent à l'état de notre corps, et ceux qui ont une vertu divinatoire : car, dit-il, l'existence de cette dernière espèce de songes est prouvée par l'expérience. Ailleurs il raconte trois cas de maladies guéries par les remèdes révélés en songe aux malades, et dont un lui est personnel ; dans le livre Ier, sur les Forces naturelles, il blâme les épicuriens de ce qu'ils méprisaient les songes, les augures, les prodiges et l'astronomie (t. II, ch. xii. p. 29) ; c'est, sans doute, entraîné par le même ordre d'idées, que Galien admet l'influence de la lune sur les choses de la terre en général et sur les maladies en particulier {de Dieb. crit., t. III, p. 2-6). Il paraît inêrr i} d'après
Alexandre de Tralles (liv. IX, ch. rv), que, dans un livre sur la Médecine d'Homère, il prend la défense des enchanteurs. Néanmoins ces rêveries mystiques n'exercèrent qu'une légère influence sur l'ensemble de sa doctrine.
La première édition des œuvres de Galien, en grec, a été publiée par les Aide; à Venise, en 1525, 5 vol. in-f° ; la seconde parut à Bâle en 1538 : elle est beaucoup plus correcte que la précédente. En 1679, René Chartier fit paraître les oeuvres de Galien en latin et en grec, mêlées à celles d'Hippocrate, en 13 vol. grand in-f* : Kùhn reproduisit en partie l'édition de Chartier, 20 vol. en 22 parties, Leipzig, 1821 à 1833. — Les éditions latines sont nombreuses; leur histoire est encore fort confuse : on distingue celles des Juntes, imprimées neuf fois, et celle de Cornarius, publiée à Bâle en 1549. Parmi les collections renfermant un certain nombre d'écrits de Galien, nous signalerons seulement celle de Goton, in-4, Londres, 1640. L'édition française de M. Daremberg, Paris, 1854, 4 vol. in-8, ne contient que les œuvres médicales de Galien.
On trouvera les détails les plus amples, sur la vie, la doctrine médicale et les écrits de Galien, dans l'excellente Biographie de Galien par Ackermann, insérée d'abord dans la nouvelle édition de la Bibliothèque grecque de Fabricius, et reproduite par Kùhn en tête de son édition de Galien, dont elle fait le principal ornement. On pourra consulter avec fruit 1 Elogium chronologicum Galeni, de Ph. Lobbe, in-8, Paris, 1660; la Vita Galeni expropriais 0}<eribus collecta, du même auteur, in-8, ib., 1660. M. Dubois (Frédéric) a lu, en 1841, devant l'Académie royale de médecine, sur Galien, un travail remarquable inséré dans le Bulletin de cette société savante (t. VII, p. 281 et suiv.). M. Daremberg a consacré à Galien une grande partie de son livre : la Médecine, histoire et doctrine, Paris, 1865, in-12. Ch. D...G.
GALILÉE. Galileo Galilei, principal auteur de la vraie méthode des sciences physiques, naquit à Pise, le 18 février 1564, de parents qui demeuraient habituellement à Florence, et qui étaient de noble origine, mais presque sans fortune. Son père Vincenzo Galilei, homme instruit et musicien distingué, lui fit étudier les lettres classiques et la philosophie, d'abord à Florence, puis au monastère de Vallombreuse. Envoyé à l'université de Pise pour y étudier la médecine, Galilée renonça à cette étude pour celle des mathématiques et de la physique. Il fut professeur de mathématiques à Pise de 1589 à 1592, et à Padoue de 1592 à 1610. En septembre 1610, il quitta la Vénétie et revint à Florence avec le titre honorifique et les appointements de professeur à l'université de Pise. Jusqu'au 8 janvier 1642, date de sa mort, son unique fonction, honorablement rétribuée par le gouvernement de Toscane, fut de travailler pour le pr^-rès des mathématiques, de l'astronomie et de lapnysique. A Pise et à Padoue, il s'était fait une réputation européenne par son enseignement, qui attirait des auditeurs de toutes les parties de l'Europe, par sa correspondance scientifique, par ses écrits sur les fortifications, sur la mécanique et sur la physique, écrits les uns imprimés, les autres manuscrits, mais dont il laissait prendre des copies, par ses inventions et par les instruments fabriqués sous sa direction. Il eut bientôt des envieux et des plagiaires, et, comme il renversait les doctrines et la méthode des* péripatéticiens en physique, s'il trouva partout, même dans les couvents, des partisans zélés, il trouva aussi partout, dans les rangs du péripatétisme dominant, non-seulement des contradicteurs, mais
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d'ardents adversaires et des ennemis, contre lesquels il déploya, outre la force des raisons, beaucoup de verve et d'habileté dans la polémique. Le traité qu'il publia en 1612 sur les corps flottants fut l'objet d'une lutte animée, dans laquelle il resta vainqueur. Mais surtout le télescope, dont il fut le second inventeur et qu'il sut le premier rendre assez puissant pour les usages astronomiques, puis les découvertes qu'il fit avec cet instrument, de 1610 à 1611, à Padoue et à Florence, et qu'il publia dans son Nuncius sidereus et dans ses Lettres sur les taches solaires, lui procurèrent un véritable triomphe. A Pise, à Florence, à Rome, où il se rendit en 1611 et où il fut nommé membre de l'Académie des Lincei, il fallut bien reconnaître comme vrais des faits constatés par les observations télescopiques, mais qu'on avait d'abord rejetés comme impossibles et qu'on avait attribués à la fraude ou à l'illusion. Ces observations réfutaient les systèmes astronomiques des péripatéticiens et de P'tolémée, et ne laissaient le choix qu'entre les systèmes cie Copernic et de Tycho-Brahé. Galilée, qui fut toujours le digne ami de Kepler, correspondait avec lui, dès 1597, sur les moyens de propager le système de Copernic. En 1613, dans ses Lettres imprimées sur les taches solaires, il se prononça ouvertement en faveur de ce système. C'était laque ses ennemis l'attendaient. Oubliant que ce système, enseigné par le chanoine polonais Copernic dans un livre dédié au pape Paul III et publié en 1543, n'avait été en soixante-dix ans l'objet d'aucune condamnation ecclésiastique, ils attaquèrent, à Pise, à Florence et à Rome, cette doctrine de Galilée comme une nouveauté impie, hérétique, contraire à l'Écriture sainte. Il est faux que ce soit Galilée qui ait porté la question du système du monde sur le terrain de la théologie;" il fut forcé par les accusations de ses ennemis à les suivre sur ce terrain, qu'ils avaient choisi. Pour repousser la redoutable accusation d'hérésie, il dut se défendre en discutant la signification et la portée des textes dont on s'armait contre lui : il le fit, non dans des pièces imprimées, mais dans deux lettres manuscrites, adressées l'une en 1613 au P. bénédictin Castelli, l'autre vers la fin de 1615 à la duchesse Christine de Lorraine, aïeule du grandduc de Toscane; il en fit seulement parvenir des copies à quelques personnes, et surtout à des dignitaires ecclésiastiques près desquels il avait besoin de se disculper. Ces lettres, comme tout ce que Galilée a écrit, étaient parfaitement conciliables avec l'orthodoxie catholique. Cependant, vu l'esprit du temps, le P. Castelli, excellent religieux, ami savant et dévoué de Galilée, commit une imprudence en laissant prendre trop facilement des copies de la première lettre. Heureusement Galilée avait retiré l'original des mains de l'honnête bénédictin, qui l'aurait livré sans soupçon à l'archevêque de Pise Bonciani, agent secret de l'Inquisition romaine pour cette soustraction frauduleuse, comme le prouve la publication de M. de l'Kpinois. Dès le 5 février 1615; armé d'une copie de cette lettre, un moine dominicain de Florence, le P. Lorini, déposa secrètement une accusation contre Galilée devant l'Inquisition romaine. Dans une déposition secète du 20 mars suiv.mt, un autre moine domim qui avait déjà outragé Galilée ru chaire dans une église de Florence, dénonça ['hérésie du mouvement de la terre connue contenue dans L'ouvrage imprimé de Galilée sur 1rs taches 'es, et de plus il accusa d'impiété et d'athéisme la secte prétendue des galiléistes. Eu même temps, dès avant le " mars 1615, l'ouvrage de Copernic et deux autres écrits en faveur du
nouveau système du monde furent déférés à la Congrégation de l'Index, dont un décret rendu le 3 mars 1616 et publié le 5 déclara que l'opinion de l'immobilité du soleil et du mouvement de la,terre était fausse et tout à fait contraire à l'Écriture sainte et qu'elle ne pouvait être ni professée ni défendue. Ce même décret condamnait à la suppression une lettre imprimée dans laquelle le P. Foscarini avait soutenu cette opinion comme vraie et comme conforme à l'Écriture sainte. Mais ce décret n'interdisait que provisoirement et jusqu'à correction le traité de Copernic de Rcvolutionibus orbiv/m cœleslium et le Commentaire de Diego de Zuniga sur le livre de Job, et l'unique objet des corrections prescrites pour ces deux ouvrages était de faire disparaître quelques phrases impliquant la vérité absolue du système copernicien, toléré par la Congrégation à titre de pure hypothèse physicomathématique. La procédure de la Congrégation de l'Index contre ces trois ouvrages fut portée à la connaissance du public; mais la procédure de la Congrégation de l'Inquisition contre Galilée resta ignorée du public jusqu'en 1632. A la fin de 1615, peut-être mandé secrètement par l'Inquisition, Galilée vint à Rome, où il sollicita pour le système de Copernic, non pas la sanction de l'autorité ecclésiastique et l'érection en dogme, comme l'ont prétendu Mallet Dupan et les nombreux échos de ses mensonges, mais la tolérance et rien de plus. Galilée ne put pas l'obtenir; mais il fut bien accueilli partout à Rome et trouva dans toutes les réunions un brillant succès pour lui-même et pour ses doctrines. Aucune condamnation ne fut prononcée contre lui ni contre aucun de ses écrits. Seulement il fut mandé secrètement, le 26 février 1616, en la demeure du cardinal Bellarmino. Là que' se passa-t-il ? Deux témoignages irrécusables nous l'apprennent; ce sont ceux du cardinal lui-même et du pape Paul V, dont il exécutait les ordres. Ces deux témoignages, parfaitement d'accord entre eux et, comme nous le verrons, avec les réponses de Galilée interrogé sur ce point par ses juges en 1633, se trouvent dans deux pièces authentiques, publiées l'une par M. de l'Épinois en 1867 et l'autre par M. Gherardi en 1870. La première pièce, datée du 25 février 1616 et comprise parmi les pièces du procès de 1633, est lin ordre du pape au cardinal : d'après cet ordre, Bellarmino devra mander devant lui Galilée et lui adresser une simple admonition d'abandonner l'opinion de l'immobilité du soleil et du mouvement de la terre; si Galilée refuse d'obéir, alors seulement le P. commissaire du Saint-Office, assisté d'un notaire et de deux témoins, lui fera l'injonction de s'abstenir entièrement d'enseigner et de délendre cette opinion ou même d'en traiter; si Galilée refuse encore d'acquiescer à cette injonction, il devra être incarcéré. La seconde pièce, contenue dans un registre des Décrets du Saint-Office et datée du 3 mars 1616, constate que, d'après un rapport du cardinal Bellarmino, Galilée ayant entendu ['admonition du cardinal, donna aussitôt son acquiescement. I.e reste de cette pièce ne concerne plus Galilée, mais la sentence de la Congrégation de l'Index sur les écrits du P. Foscarini, de Diego de Zuniga et de Copernic. Cependant, parmi (es pi! :es du procès de 1633 et comme motif principal de la condamnation de Galilée, figure une pièce datée du 26 février 1616 et suivant laquelle, aussitôt après ['admonition du cardinal, le commissaire du Saint-Office, assisté du not lire et îles deux témoins, aurait adressé à Galilée, au nom du pape el du Saint-Office et sous la menace de poui ot l'Inquisition,
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l'injonction d'abandonner entièrement la susdite opinion, que le soleil est le centre du inonde et ■immobile et que la terre semeut, et de s'abstenir de soutenir, enseigner ou défendre cette opinion d'une manière quelconque, par paroles ou par écrits. Ni dans cette pièce, ni dans la sentence de 1633, où elle est invoquée, il n'est dit que Galilée ait refusé d'obtempérer à Vadmonition, et dans la pièce authentique du 3 mars son acquiescement à cette admonition est expressément attesté. Dans ces conditions, l'injonction aurait été contraire aux ordres du pape. Cette injonction n'eut pas lieu, comme le prouve le silence de la pièce du 3 mars, et comme le prouvent aussi les faits postérieurs. En effet, — chose qui serait inconcevable! — cette injonction prétendue, oubliée par Galilée, aurait été inconnue de tout le monde, môme des inquisiteurs, jusqu'en septembre 1632, époque où, dit-on, elle fut découverte inopinément; elle aurait été ignorée du pape Urbain VIII, lorsqu'en 1623 il acceptait la dédicace de l'Essayeur, ouvrage où Galilée aurait désobéi à cette injonction personnelle en défendant, comme nous le verrons, contre certaines objections le système de Copernic; elle aurait été ignorée du P. Riccardi, examinateur et approbateur de l'ouvrage avant l'impression, et du P. Guevarra, chargé d'examiner de nouveau ce même ouvrage dénoncé à l'Inquisition ; elle aurait été ignorée des examinateurs qui approuvèrent pour l'impression le Dialogue de Galilée sur les deux principaux systèmes du inonde; elle aurait été ignorée des dénonciateurs de ce dialogue; enfin, elle aurait été ignorée des inquisiteurs eux-mêmes pendant plusieurs mois depuis la dénonciation. D'ailleurs, l'original de cette injonction aurait dû porter les signatures, sinon du commissaire du Saint-Office, au moins du notaire et des deux témoins. Or, sur cette pièce, telle qu'elle se trouve dans le manuscrit du procès (fol. 378 v° à fol. 379 r°) et telle qu'elle a été publiée d'après ce manuscrit par M. de l'Épinois, non-seulement les signatures n'existent pas, mais elles n'y sont pas même mentionnées. Où est l'original avec les signatures qui pourraient en garantir l'authenticité? Personne ne peut le dire. En outre, la pièce devrait être transcrite sur les registres des Décrets de l'Inquisition : non-seulement elle n'y est pas, mais on y trouve une pièce qui la contredit et en prouve la fausseté, la pièce du 3 mars 1616, qui atteste que, dans sa comparution du 26 février devant le cardinal Bellarmino, Galilée ayant acquiescé à l'admonition, l'affaire en était restée là en ce qui le concernait. Il est donc non-seulement très-probable, comme le dit M. Pietro Riccardi, mais certain, comme le disent MM. Gherardi et Wohlwill, que l'injonction prétendue du 26 février 1616 est apocryphe.
Galilée, qui n'avait pas reçu cette injonction personnelle de se taire sur le système de Coçernic, devait croire et croyait en effet qu'il lui était permis, comme à tout le monde, d'exposer ce système, pourvu que ce fût à titre de simple hypothèse, et à condition de ne pas le donner comme conforme à l'ordre réel du monde : ce qui aurait été contrevenir au décret du 5 mars 1616. Ce décret est seul mentionné dans une lettre que le cardinal Bellarmino remit à Galilée pour attester qu'il n'avait subi aucune condamnation et pour lui rappeler en même temps la ligne qu'il devait suivre. Du reste, il est à remarquer que, contrairement à l'usage, le pape Paul V ne donna aucune confirmation officielle à cette décision dogmatique de la Congrégation de l'Index contre le nouveau système du monde. Il ne confirma pas davantage le décret rendu le
10 mars 1619 par la même Congrégation romaine contre l'Abrégé de l'Astronomie de Copernic dont le premier volume avait été publié par Kepler en 1618.
Attaqué violemment dans des ouvrages publiés en 1614 par le P. jésuite Scheiner contre ses Lettres sur les taches solaires, et en 1619 par le P. jésuite Grassi contre son opinion sur les comètes, Galilée s'abstint prudemment de répondre pendant les dernières années du pontificat de Paul V et pendant le court pontificat de Grégoire XV. Mais, en 1623, le cardinal florentin Maffeo Barberini devint le pape Urbain VIII : il s'entoura de Toscans, se montra très-favorable à l'Académie romaine des Lincei, dont Galilée était membre, et s'annonça comme protecteur des sciences et des lettres. Galilée, à qui le nouveau pape avait donné depuis longtemps des marques de bienveillance, lui dédia et publia à Rome, avec l'approbation du P. Riccardi, examinateur, un ouvrage qui, sous le titre d'Essayeur (il Saggiatore), contenait une réponse détaillée aux critiques de tout genre du P. Grassi et la réfutation d'un grand nombre d'erreurs des péripatéticiens en physique. Sur les comètes, la thèse principale de Galilée était fausse; mais le P. Grassi avait tort dans une multitude de détails relevés avec beaucoup de justesse par Galilée. Le nouveau système du monde tenait une petite place dans la discussion : Galilée avait eu l'habileté de faire justice des mauvais arguments qu'on opposait à ce système, et de ne pas avoir l'air cependant de l'adopter. Urbain VIII prenait grand plaisir à entendre lire cet ouvrage. Pourtant l'Essayeur fut dénoncé à l'Inquisition romaine comme contenant une approbation dissimulée du système de Copernic, et telle était, en effet, la tendance bien réelle d'un passage du livre. Un cardinal, chargé de faire un rapport sur l'affaire, prit pour consulteur le P. Guevarra, général des Théatins, qui lui fit un grand éloge de l'ouvrage, et lui remit une note pour établir que, lors même que la doctrine du mouvement de la terre y serait soutenue, il n'y aurait pas lieu de poursuivre. En 1624, Galilée vint à Rome rendre ses hommages à Urbain VIII, qui lui donna publiquement des marques de faveur et d'affection. Le pape, qui tenait peu au péripatétisme et qui avait fait beaucoup de cas de l'Essayeur, entendit avec plaisir, en 1625, la lecture de quelques passages d'une lettre de Galilée au péripatéticien Ingoli contre le péripatétisme en physique. Alors le P. Grassi et les jésuites du collège Romain firent à Galilée, par l'intermédiaire de son disciple Guiducci, des avances bientôt démenties, en 1626, par la réponse du P. Grassi à l'Essayeur, et, en 1630, par la Rosa ursiaa du P. Scheiner. Dans un entretien avec Galilée, le pape avait argumenté contre le nouveau système du monde. Galilée s'était tenu sur la réserve ; mais il avait compris que, tout en faisant bon marché de la physique péripatéticienne, Urbain VIII n'était pas disposé à tolérer en Italie le système de Copernic. Galilée renonça donc à la. publication d'un ouvrage qu'il avait ébauché dès 1615, et qu'il avait retouché depuis, sur les marées considérées ouvertement comme effet et comme preuve du double mouvement de la terre. Mais il pensa que ce qui avait été toléré dans quelques passages de l'Essayeur, c'est-àdire l'apologie déguisée de ce système, pourrait être toléré aussi dans un ouvrage en forme de dialogue, où les systèmes seraient mis en présence, sans que l'auteur prît ouvertement parti pour l'un d'eux. D'ailleurs, il ne voulait publier cet ouvrage qu'avec la permission de l'autorité
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ecclésiastique, et il. pensait, avec ses protecteurs et ses amis, que cette permission, s'il pouvait l'obtenir, couvrirait sa responsabilité d'auteur. En mai 1630, Galilée porta lui-même à Rome le manuscrit complet de son Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde, qui fut examiné par le P. Riccardi assisté du P. Rafaele Visconti. Parfaitement accueilli par le pape, Galilée revint à Florence avec son manuscrit corrigé et dûment approuvé pour l'impression, qui devait se faire à Rome, après que Galilée aurait ajouté une dédicace au grand-duc et une table des matières, et le P. Riccardi devait revoir les épreuves. Mais, par suite de diverses circonstances, l'impression fut retardée et dut se faire à Florence, où Galilée obtint l'autorisation ecclésiastique et civile. Mais il fallait de plus l'agrément du pape et du P. Riccardi. Celui-ci demanda à voir une seconde fois, sinon le Dialogue entier, au moins le préambule et la fin, tandis qu'un théologien de Florence, délégué à cet effet, examinerait le reste. Enfin le P. Riccardi imposa à Galilée une préface toute faite et dont on lui permettait seulement de retoucher le style : cette préface exprimait une adhésion complète au décret de 1616 contre le système de Copernic, et annonçait l'intention de justifier ce décret en montrant qu'il avait été rendu en pleine connaissance de cause. L'inquisiteur de Florence fut chargé, au nom du pape, de s'assurer que la fin du Dialogue revue par Galilée ne serait pas en désaccord avec cette préface. Enfin, le Dialogue, imprimé à Florence tel que les examinateurs de Rome et de Florence l'avaient accepté, parut dans les premiers mois de 1632. Aussitôt les ennemis de Galilée, plus clairvoyants que les examinateurs, comprirent que, malgré la préface et l'absence de conclusion, les raisons données en faveur du système condamné paraissaient les plus fortes et tendaient à le faire prévaloir. Ils jetèrent les hauts cris : ils dirent à Urbain VIII qu'on l'avait abusé et que cette publication autorisée était pernicieuse pour la religion. De plus; ils lui firent croire deux choses, dont la fausseté lui fut prouvée plus tard comme elle l'est pour tout lecteur attentif et non prévenu, savoir : qu'Urbain VIII lui-même était représenté et tourné en ridicule dans le Dialogue sous le nom du péripatéticien Simplicio, et que Galilée s'y était fait théologien et interprète de l'Écriture sainte. La vente de l'ouvrage fut interdite, les exemplaires qu'on put trouver furent saisis, les examinateurs furent destitués ; le P. Castelli et Mgr Ciampoli, qui avaient sollicité l'autorisation, lurent disgraciés, et l'ouvrage fut déféré à l'Inquisition. Les amis de Galilée pensaient que le livre serait condamné, mais que l'auteur serait couvert par l'approbastique donnée au livre avant l'impression. Tels étaient les renseignements que l'ambassadeur de Toscane à Rome, Niccolini, l m grand-duc. Mais, le 11 septembre 1632? instruit par une indiscrétion du P. Riccardi, Niccolini écrit que l'affaire a changé de face, parce qu'on a découvert dans les archives du Saint-Office une injo tonnelle faite
in: plus soutenir, enseigner ou défendre le S; Copernic
d'mie manière quelconque, par parole ou par écrit. ( trouvée si à |
dont non;, mission spéciale fut ch ' uiner le Dia-
logue : dans un Mémoire adressé au pa| no cou mais seulemi
le supprimer quel-
à Pnypotl
Copernic et trop défavorables aux opinions contraires. Quant à l'auteur, elle ne formule contre lui aucune conclusion; mais elle cite, comme authentique, l'injonction du 26 lévrier 1616, à laquelle Galilée aurait désobéi malgré sa promesse. Or la désobéissance à une injonction personnelle de l'Inquisition était considérée comme un crime. Accusé par cette pièce apocryphe, Galilée fut traduit devant ce redoutable tribunal. Après quelques délais pour raisons de santé, il fut forcé, malade encore, de venir se constituer prisonnier à Rome, où il arriva le 13 février 1633. Pendant le procès, il fut traité avec beaucoup de ménagements : il résida tantôt dans un bel appartement au palais du Saint-Office, tantôt au palais de l'ambassade de Toscane. Dans les quatre interrogatoires qu'il subit à de longs intervalles, il soutint avec raison n'avoir reçu en février 1616 qu'une simple admonition du cardinal Bellarmino, à qui il avait promis seulement de ne pas enseigner comme vraie l'hypothèse de Copernic. Lorsqu'on lui demanda si une injonction de ne rien dire ou écrire en faveur de cette hypothèse lui avait été faite alors au nom de l'Inquisition, il le nia constamment, et on ne mit pas sous ses yeux la pièce fausse^ dont les termes ne lui furent connus que par leur insertion dans la sentence de condamnation, à laquelle elle servit de motif principal. Du reste, dans ces mêmes interrogatoires, il renia le système de Copernic ; il offrit même de le réfuter : mais il refusa d'avouer l'intention qu'il avait eue de soutenir ce système par son livre, et il persista dans ce refus malgré la menace de torture qui lui fut adressée pour la forme dans le dernier interrogatoire. Il espérait échapper ainsi à toute condamnation personnelle. Mais, quand il eut perdu cet espoir, il signa l'aveu contenu dans une formule d'abjuration qu'on lui présenta comme condition d'une condamnation mitigée et comme unique moyen d'échapper à une sentence plus rigoureuse. Quant à la torture corporelle, plusieurs preuves établissent qu'il ne la subit pas. Parmi ces preuves que j'ai données ailleurs et que M. Gherardi a eu tort de rejeter, en voici une qui aurait dû trouver grâce devant lui; car elle est semblable à celle sur laquelle M. Gherardi lui-même s'est appuyé avec raison pour nier le fait de l'injonction prétendue du 26 février 1616, dont j'avais eu tort, eu 1868, d'admettre l'authenticité. La torture, comme moyen d'enquête, ne pouvait être appliquée qu'en vertu d'un ordre du pape. L'ordre d'Urbain VIII pour l'enquête contre Galilée existe et a été publié. Le relus d'aveu sur Vintention y est prévu, et c'est précisément pour ce cas prévu que le pape ordonne de se borner à la menace. En effet, la menace, mais la menace seule, est mentionnée dans la sentence contre Galilée. Or une autre sentence, publiée par M. Gaidoz d'après les registres de l'Inquisition, prouve que, lorsque ce moyen d'enquête avait été employé contre un accusé, la torture était mentionnée expressément sous le nom de tortura, dans le texte latin de la sentence. Non-seulement Galilée n'a pas subi ce supplice, mais il n'eut pas lieu de •; car, lors même que la me-
nace, qui lui lut faite pour la forme, aurait été sérieuse, il n'aurait tenu qu'à lui d'éearler le ! . a cet égard, l'aveu
qu'il signa enfin dans son abjuration et dont on se contenta. Ce qui devait coûter à son honneur et à sa conscience, ce n'était pas cet aveu sincère; c'était l'abjuration qui ne pousincère de sa part, et donl i liative dès son premier in les principes mêmes do l'Inqu
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