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conception excessivement timide de la philosophie, qu'il se plaît à affaiblir au profit de la théologie, ne l'empêche pas cependant de faire preuve de lumière et de raison dans plusieurs endroits de ses écrits, dont le plus remarquable est le de Universo. C'est un traité dans le genre de ceux auxquels on donna plus tard le nom de Somme. En effet, dans le de Universo, Guillaume de Paris se propose de traiter toutes les questions relatives à la philosophie; il nous l'apprend lui-même en commençant. Il ne faut donc pas regarder cet écrit comme un traité de l'univers, ainsi que cela est arrivé quelquefois. D'après le but qu'il se propose, Guillaume aborde les questions les plus élevées de !a philosophie, en commençant par Dieu, au sujet duquel il combat beaucoup trop longuement l'erreur des manichéens. Entraîné quelquefois sur les pas des Arabes, il va plus loin qu'il ne voudrait; c'est ainsi que, lorsqu'il entre dans le camp de la cosmologie, il est sur le point de tomber dans une sorte de panthéisme, qu'il s'efforce de démentir ailleurs, en démontrant la création et en opposant l'une à l'autre les idées de durée et d'éternité. Ce qui est plus digne de remarque, c'est le soin et l'ardeur qu'il met à défendre la liberté de l'homme. Le de Universo renferme un traité complet sur la Providence, dans lequel Guillaume de Paris fait les plus louables efforts pour réfuter le fatalisme, sous quelque forme qu'il se présente. 11 se croit même obligé de prouver fort au long que l'influence des astres sur l'homme ne va pas jusqu'à le priver de sa liberté. 11 arrive par là à une conclusion qu'il cherche à confirmer encore dans son traité de l'Ame, en démontrant, autant qu'il est en lui, la simplicité et l'immortalité de l'âme. Quoique les raisons qu'il emploie pour arriver à son but ne soient pas toujours les meilleures, cependant c'est lorsque Guillaume traite ces différentes questions qu'il est le plus digne d'attention ; sur le reste, il ne s'élève pas au-dessus du commun des penseurs de son temps, si ce n'est par l'érudition. Un des premiers dans le moyen âge, il aborda la théorie de la connaissance, et fit mention de ces intermédiaires qui, dans la suite, occupèrent une si grande place dans la scolastique. Par les questions qu'il a effleurées, par ses tendances à étudier les Arabes, autant que par l'époque où il écrivit, Guillaume de Paris est un de ceux qui forment la transition entre les scolastiques qui, dans la troisième époque, se livraient uniquement aux travaux d'érudition, et ces hQmmes à la fois plus instruits et plus hardis qui se distinguèrent par leur savoir et leurs doctrines. S'il diffère des premiers par une tendance plus philosophique, il se sépare encore plus des seconds par son extrême timidité. Son style, qu'on a trouvé supérieur à celui de ses contemporains, ne vaut guère mieux ; mais ce qu'on ne peut lui contester, c'est une connaissance assez étendue des philosophes arabes et juifs, qu'il cite souvent. Il y a un nom qu'on rencontre avec étonnement dans le de Universo (p. 1) : c'est celui de saint Bonaventure, qui ne devait guère avoir que vingtsept ans quand mourut Guillaume de Paris.
Guillaume de Paris a laissé un grand nombre d'écrits, dont quelques-uns ont été imprimés, et dont voici la liste : Censura detestabilium errorum (voy. la Bibliothèque de Paris, édition de Lyon, t. XXV, p. 329) ; — Tractalus de sancla Trinilate et attributis divinis ; — de Anima ; — de Pœnitentia ; — de Collatione beneficiorum ecclesiasticorum (imprimé plusieurs fois); — Liber de rhetorica divina; — Liber de flde et legibus; — de Universo, pars 1» et 2da. Tous ces ouvrages ont été réunis en 2 volumes. in-f°, Orléans, 1674.
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Il existe, en outre, plusieurs ouvrages inédits : Epistolœ ad diversos ; — Tractatus de Dœmonibus; — de Claustro animœ; — de Dono scienliœ; — de Profcssione novitiorum ; — de Bono et Malo ; — de Primo principio ; — Commenlarii in Psalterium; — In Proverbia Salomonis; — In Ecclesiaslen; — In Cantica canticorum et in Evangelium Matthœi. Selon Oudin, le commentaire sur saint Matthieu serait celui qu'on trouve imprimé à la suite des œuvres de saint Anselme de Cantorbéry. Nous croyons pouvoir ajouter au nombre des écrits de Guillaume de Paris, un traité qu'il cite lui-même dans le de Universo (p. 1) et qui a pour titre : Tractatus de merilis et retributionibus animarum noslrarum. On lui a attribué des sermons et un dialogue sur les sept sacrements ; mais les sermons sont de Guillaume Perault, de Lyon, et le dialogue est de Guillaume de Beaufet, a'Aurillac, et qui a été aussi évêque de Paris, de 1304 à 1320, ce qui fait qu'on l'a quelquefois confondu avec le premier Guillaume de Paris. Consultez Javary, Guilielmi Alverni episcopi parisiensis psyclwlogica doctrina in eo libro quem de anima inscripsit exprompta, Paris, 1851, in-8. X. R%
GUILLAUME de Moërbeka, ainsi appelé du village de Flandre où il naquit au commencement du xme siècle, entra jeune encore dans l'ordre de Saint-Dominique. Sa profonde connaissance de la langue arabe et de la langue grecque engagea ses supérieurs à le comprendre au nombre des missionnaires que l'ordre envoyait chaque année en Orient. En 1281, il devint archevêque de Corinthe. On ignore l'époque de sa mort, qui paraît avoir suivi de près son élévation à l'episcopat. A l'exception d'un Traité de Géomancie, demeuré manuscrit, Guillaume de Moërbeka n'a laissé aucun ouvrage original; cependant il n'en a pas moins contribué au progrès des idées et de la phi.osophie de son siècle, par les nombreuses traductions dont il est l'auteur. Les historiens s'accordent, en effet, à lui attribuer une version latine de tous les ouvrages d'Aristote, entreprise à l'invitation de saint Thomas; et quand bien même on contesterait l'entière exactitude de cette allégation, il resterait démontré, par le témoignage des manuscrits, que Guillaume a traduit la Politique, la Rhétorique, et le Commentaire de Simplicius sur les livres du Ciel. Il a aussi fait passer dans la langue latine plusieurs opuscules de Galien et d'Hippocratc, et, ce qui intéresse davantage la philosophie, plusieurs ouvrages de Proclus dont nous ne possédons pas le texte original. Cette dernière traduction fait partie des œuvres du philosophe grec publiées par M. Cousin. Quétif et Echard ont consacré à Guillaume un article étendu de leur grand ouvrage sur les écrivains de l'ordre de Saint-Dominique, Scriptores Ordinis Prœdicatorum recensiti, in-f°, Paris, 1719, t. I, p. 388 et suiv. Consultez aussi Jourdain, Recherches sur Vâge et V origine des traductions d'Aristote, nouv. édit., Paris, 1842, p. 67 et suiv.; Schneider, dans la Préface de son édition de 1 Histoire des animaux d'Aristote, 4 vol. in-8, Leipzig, 1811, p. 126 et suiv., et surtout un article de V. Le Clerc, Hist. littèr. de la France, t. XXI. C. J.
GURLITT (.Tean-Godefroi), philosophe, philologue et théologien distingué, naquit à Halle en 1754, et mourut à Hambourg en 1827, après avoir passé toute sa vie dans l'enseignement, soit comme professeur, soit comme directeur de divers établissements publics. Il a laissé plusieurs écrits, parmi lesquels on distingue une Esquisse de la philosophie (in-8, Magdebjurg,
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1188), et une Histoire de la philosophie (in-8. Leipzig, 1786). La clarté, le bon sens, une parfaite indépendance dans les idées, jointe à beaucoup d'élévation et à des connaissances trèssolides, tels sont les principaux mérites de ces deux ouvrages, dont le dernier est le plus estimé. Tennemann le compte parmi ceux qui ont le plus contribué à introduire dans l'histoire de la philosophie l'esprit critique et la méthode. En théologie, Gurlitt se montra un champion ardent du rationalisme.
GYMNOSOPHISTES (sages qui vivent tout nus ou à peu près nus). C'est sous ce nom que les Grecs d'abord, et les Romains, à leur imitation, désignèrent les brahmanes. Dans les Tusculflnes (liv. V, ch. xxvh), Cicéron, traitant de la douleur et de la fermeté inébranlable que certains hommes ont mise à la supporter, dit : « Dans l'Inde, ceux qui passent pour sages restent nus toute leur vie, et reçoivent sans douleur la neige et l'atteinte des frimas; et, quand ils veulent lutter contre le feu, ils se laissent brûler sans pousser un soupir. » De son côté, Arrien, qui travaillait sur les mémoires authentiques des lieutenants d'Alexandre, Ptolémée et Aristobule, raconte (Expédition d'Alexandre, liv. VII, ch. i) qu'en arrivant à Taxila sur l'Indus', le conquérant rencontra des philosophes en assez grand nombre, lesquels vivaient tout nus; et qu'il proposa vainement à Dandamis, d'autres disent Mandanis, leur chef, de le suivre. Alexandre, grand admirateur de ces sages, de leurs mœurs austères et de leur vertu, n'obtint cette condescendance que de Calanus, un des moins célèbres parmi ces gymnosophistes. Calanus suivit l'armée macédonienne durant quelque temps, faisant estimer son courage et son caractère de tous ceux qui le connurent, et particulièrement du roi. Il était alors âgé de près de soixante-dix ans. Atteint de souffrances, que l'âge amène trop souvent avec lui, et ne voulant pas les supporter plus longtemps, il résolut de se brûler, et de hâter l'instant de sa délivrance par cet effroyable suicide. Il indiqua le jour où il comptait consommer ce sacrifice; et, dans une plaine près de Pasargade, en présence de toute l'armée, au milieu d'une pompe magnifique préparée par les , soins du roi, il se laissa brûler sans pousser un gémissement, sans exprimer un regret. Alexandre ne crut pas devoir assister jusqu'à la fin à cet horrible spectacle. Soit affection, soit peut-être aussi dédain pour cette frénésie, il ne voulut pas voir mourir dans un affreux tourment un homme qu'il aimait.
Plutarque confirme tout ceci dans la Vie d'Alexandre, et il ajoute qu'un Indien qui suivit César renouvela dans Athènes le spectacle jadis donné par Calanus, et que le lieu où il se brûla reçut depuis lors le nom de Sépulture de l'Indien.
Strahon, dms son livre XVe, emprunte aussi, avec sa gravité habituelle, des détails tout à fait pareils aux Mémoires d'Aristobule, de Néarque, de Mégasthène. 11 dépeint, d'après eux, les brahmanes avec une fidélité et une exactitude vraiment irréprochables, et il donne même sur leurs doctrines des aperçus qui, bien que trèsgénéraux, sont parfaitement justes. La sagacité et la curiosité des Grecs ne s'y étaient donc point trompées; et, si leurs relations directes avec l'Inde avaient duré plus longtemps, on peut croire, d'après ce qu'ils nous ont transmis sur les gymnosophistes, qu'ils auraient devancé de quinze ou vingt siècles presque toutes les découvertes de la science modcrrtfc.
Ce témoignage de l'antiquité sur les gynino- Bopbistes, bien qu'on l'ait puis d'une fois révoqué en d.jute à cause de la sik^ularilé même des
faits, est cependant incontestable. Nous n'avoir plus à le suspecter d'exagération, nous qui connaissons les mœurs des Indous. Elles sont aujourd'hui à peu près ce qu'elles étaient au temps d'Alexandre, et elles nous offrent encore trop souvent les exemples d'un fanatisme aussi extravagant que celui de Calanus. Il y a encore dans l'Inde bien des brahmanes qui vivent nus, et qui se soumettent pieusement pendant de longues années à des tortures atroces. Tous les voyageurs l'attestent d'une manière unanime; et la civilisation européenne n'a rien pu jusqu'ici contre ces coutumes insensées. Elles subsistent et subsisteront longtemps encore, selon toute apparence. Les causes qui les ont provoquées, le climat et les croyances, ne sont guère aujourd'hui moins puissantes qu'elles ne l'étaient jadis, et il suffit de lire les récits parfaitement authentiques des voyageurs, et même les documents officiels, pour être convaincu que ces causes exerceront pendant bien des siècles encore leur funeste influence.
Il faut se rappeler que, longtemps avant l'expédition d'Alexandre, la renommée des sages indiens était fort grande dans la Grèce. Une tradition, plus ou moins suspecte, rapportait que c'était auprès d'eux que Pythagore et Démocrite étaient allés puiser leur science et leurs dogmes. Anaxagore, Pyrrhon même, voyagèrent, dit-on, dans ces lointains pays par amour pour la philosophie, comme y voyagea plus tard Apollonius de Tyane, le héros de Philostrate. Quand on parlait de l'Orient et de la sagesse de ses antiques doctrines, c'était à la Perse quelquefois, mais surtout à l'Inde, que s'adressaient ces louanges un peu emphatiques, qui semblaient emprunter beaucoup à l'éloignement même des lieux. Ces louanges étaient généralement répétées dans les premiers siècles de l'ère chrétienne et par les philosophes païens et par les Pères de l'Église. A Alexandrie, qui avait avec les Indes des communications plus fréquentes, et qui en recevait des informations plus précises, la gloire des sages indiens était acceptée par des partis qui, sur presque tout le reste, étaient en irrémédiable désaccord. Porphyre, rénovateur de la doctrine pythagoricienne, exaltait la tempérance des brahmanes, et, un siècle à peine après Porphyre, saint Ambroise, archevêque de Milan, écrivait, dit-on, sur leurs mœurs un ouvrage où elles n'étaient pas moins admirées.
Que ce livre d'un saint chrétien soit apocryphe, que ces traditions sur les premiers et les plus illustres philosophes de la Grèce, voyageant dans l'Inde, soient inexactes, ces faits n'en attestent pas moins toute l'admiration que l'antiquité avait vouée à la sagesse indienne, et que rehaussaient encore dans l'upinion du vulgaire ces prodiges de constance et de sauvage énergie dont toute l'armée macédonienne avait été jadis témoin.
Le moyen âge ne sut rien sur l'Inde et sur les gymnosophistes au delà de ce qu'en avaient su les anciens. Les croisades n'apportèrent point de renseignements nouveaux; et lorsque, aux xvic et xvn° siècles, l'érudition, dans son activité infatigable., essaya de scruter ces antiques secrets, elle dut s'en tenir aux témoignages unanimes mais bien incomplets des Grecs et des Latins. On peut voir par tous les historiens de la philosophie, et par Brucker entre autres, minutieux et savant comme il l'est, combien ces renseignements étaient insuffisants et vagues. C'est d'après eux seuls cependant qu'il a essayé de tracer la vie et la doctrine des sages de l'Inde.
Telle était encore la pénurie de nos connais-
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