‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 146 sur 439 · GUIL · texte numérisé non relu

GUIL

père de ia philosophie pensante. » Il abandonne résolument à l'examen tout ce dont la raison peut discuter, réservant seulement à la foi « les mystères et les objets impénétrables. » La philosophie doit s'attacher aux vérités « qui se laissent toucher et manier et qui répondent de toutes les autres ; » mais il est un moment où rencontrant les abîmes de l'infini, elle doit « se voiler les yeux comme le peuple et remettre l'homme avec confiance entre les mains de la foi. » E. C.

GUÉRINOIS (Jacques-Casimir), né à Laval en 1540, entra, à peine âgé de onze ans, dans le couvent des jacobins de cette ville. A seize ans, il fit profession dans la maison delà rue Saint- Jacques, à Paris. Il professa la théologie à Bordeaux, et mourut dans cette ville, le 24 septembre 1703. Guérinois a écrit un long traité contre la philosophie cartésienne, qui fut publié, l'année de sa mort, sous ce titre : Clupeus philosophice Thomislicœ, contra veteres et novos ejus impugnatores, 4 vol. in-8, Bordeaux, 1703. Le premier volume concerne la logique; le second, la première partie de la physique; le troisième, les autres parties de la physique; le quatrième, la métaphysique et l'éthique. Ce théologien est un de ceux qui incriminèrent avec le plus de véhémence la doctrine de Descartes, et qui appelèrent sur la tête de ses disciples les foudres de l'excommunication. On trouve quelques renseignements biographiques sur Jacques-Casimir Guérinois, dans Ëchard, Scriptores Ordinis Prœdicatorum, t. II. p. 762. B. H.

GUILLAUME de CiîAMPEAUx, voyez le Si-p-

P1É.UEXT

GUILLAUME de Conches, né à Conçues, petite ville de Normandie, vers la fin du xie siècle, professa à Paris la grammaire et la philosophie. On ignore l'époque précise de sa mort, qui eut lieu, suivant les uns, en 1150, et suivant d'autres un peu plus tard. Guillaume, dont les historiens de la philosophie mentionnent à peine le nom, ne méritait pas l'oubli où il est tombé. Jean de Salisbury, qui suivit trois ans ses leçons, le cite avec éloge, à côté de Bernard de Chartres et d'Abailard, comme un des maîtres les plus accrédités du xir3 siècle. Il possédait toute l'érudition qu'on pouvait avoir de son temps, et il a même commenté la partie du Timêe de Platon traduite par Chalcidius. On lui doit aussi un Commentaire sur la Consolation de lo philosophie, de Boèce. Ses ouvrages originaux consistent dans une suite de grands traites qui paraissent être le résumé de son enseignement, et qu'on trouve souvent cités chez les écrivains postérieurs. En voici les titres : Magna de naturis philosophia, imprimée vers 1474, en 2 vol. in-fu, sans date et sans nom d'imprimeur ni de lieu; — Philosophia minor, publiée dans les oeuvres du vénérable Bède, sous le titre de 7t£pi ScSagecov, site quatuor libri de Elemenlis philosophia, et attribuée, d'une autre part, à Honoré d'Autun, sous celui de Philosophia mundi; mais il n'est pas douteux que l'ouvrage ne soit de Guillaume, sous le nom duquel des auteurs contemporains en citent de longs fragments; — Pragmalicon philosophiœ. composé pour le duc de Normandie, Geolfroy le Bel, et imprimé à Strasbourg en 1566, in-8; — Secunda et Tcrlia Philosophia, restées manuscrites, hormis de courts fragments donnés par M. Cousin à la suite des ouvrages inédits d'Abailard. Tous ces traités sont de véritables encyclopédies plus ou moins abrégées, qui contiennent les éléments des sciences enseignées au xir* siècle, la théologie, l'astronomie, et même la physique et l'anthropologie; mais ce qu'ils ont de remarquable, c'est surtout l'amour que l'auteur y montre pour la

philosophie; c'est l'intérêt qu'il porte à ses progrès, et la hardiesse avec laquelle il défend sa cause contre les défiances du pouvoir ecclésiastique. « Ils ne savent rien sur les forces de ia nature, s'écrie-t-il {Philosophia minor, lib. I, c. xxiii), et ils désirent voir leur ignorance régner sur tous les esprits : voilà pourquoi ils proscrivent nos recherches, et nous ordonnent de croire, comme le premier venu, sans jamais nous demander : pourquoi? » — « Est-il venu à leur connaissance, continue-t-il. que quelqu'un fait des recherches, ils s"écrient : C'est un hérétique. Pauvres hommes! qui tirent plus de gloire d'uncapuchon, qu'ils n'ont de (onfiance en leur sagesse. Mais ayez soin, je vous prie, de ne pas vous laisser prendre à ces dehors trompeurs. C'est le cas, ou jamais, d'appliquer ces paroles du satirique latin :

Fronti n ulla fides: nuis enim non vicus abundat Tristibus obscenis? »

11 paraît que Guillaume de Conçues professait. à l'égard de la Trinité et de l'âme du monde, des sentiments très-voisins de ceux d'Abailard. Guillaume, abbé de Saint-Thierry, les dénonça dans une lettre à saint Bernard ; mais notre auteur se rétracta, et l'affaire n'eut pas de suite. Ses autres opinions manquent d'originalité, et méritent peu d'être connues. Le commentaire de Guillaume sur le Timêe a été retrouvé par M. Cousin, qui l'attribuait à Honoré d'Autun, Ouvrages inédits d'Abailard, p. 646, in-4, Paris, 1836. Cette erreur a été relevée par M. Jourdain. Dissertation sur l'état de la philosophie naturelle au xir- siècle, p. 101 et suiv., et p. 105, in-8, Paris, 1838. Le même auteur dans ses Notices et Extraits des manuscrits, t. XX, a donné l'analyse du Commentaire de Guillaume de Concb.es sur la Consolation de la philosophie. C. J.

GUILLAUME de Paris, surnomme ainsi parce qu'il fut évêque de Paris, est aussi connu sous le nom de Guillaume d'Auvergne, du lieu de sa naissance (Aurillac). En 1228, il monta sur le siège épiscopal de Paris, qu'il occupa jusqu'à sa mort, arrivée en 1248 ou 1249. Pendant les vingt années de son épiscopat eurent lieu plusieurs événements auxquels Guillaume ne put rester étranger : telles furent l'interruption des cours de l'Université, l'introduction des franciscains et des dominicains dans l'enseignement, et surtout la propagation de la philosophie d'Aristote. Déjà plusieurs branches de cette philosophie avaient été frappées d'anathème, et en 1240 on voit Guillaume de Paris blâmer et condamner quelques distinctions subtiles touchant la Trinité et la nature des anges. Prévenu, sans doute, par les condamnations qui, en 1210, en 1215 et en 1230, frappèrent la métaphysique et la physique d'Aristote, Guillaume de Paris se montra sévère envers celui-ci, et même envers la philosophie en général. Il l'étudia cependant avec ardeur et donna une attention particulière aux écrivains arabes; on lui doit à cet égard des renseignements utiles; mais il ne faut pas oublier cependant que dès le milieu du xir3 siècle, les écrits d'Avicenne, de Gazàli et de Farabi étaient déjà connus. Guillaume avait des connaissances étendues, sans pourtant s'élever par là au-dessus de la plupart de ses contemporains, dont plusieurs le surpassent sous le rapport des doctrines. La tendance platonicienne qui se montre dans ses écrits est due aux Arabes; mais ce qui le distingue, c'est une réserve poussée souvent jusqu'à l'exagération, et qui resuite de l'idée qu'il se faisait de la philosophie. « Est enim philosophia, dit-il {de Universo, p. 1), velut lucerna modici et tenebrosi luminis in tenebris multis atquc densissimis et nocte optata lucens. » Cette

Page 1