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autres, il faut une règle, la seule que recon- 98e et comprenne Helvétius. 11 veut que les passions soient gouvernées et développées simultanément par l'éducation.
En effet, tous les hommes ont reçu de la nature la même constitution physique; par conséquent, ils se ressemblent, ils sont primitivement égaux par leurs facultés intellectuelles et morales, car toutes ces facultés, selon Helvétius, ont leur origine dans la sensation, qui elle-même dépend des organes. Mais nos sensations sont plus ou moins variées, plus ou moins nombreuses, suivant le milieu clans lequel nous vivons, suivant le temps, le lieu, le pays, la famille où le sort nous a fait naître, et où se passent les pren années de notre existence. Or, toutes ces circonstances réunies, auxquelles il faut ajouter le gouvernement qui nous régit, les maîtres qui ont formé notre enfance, les amis qui nous entourent, les lectures dont nous avons été nourris, les occupations que le hasard ou notre propre choix nous a imposées, constituent, dans la plus large acception du mot, ce qu'on appelle l'éducation. Donc, l'éducation seule nous explique la diversité et l'inégalité qu'on observe dans l'espèce humaine. Les hommes ne sont rien que ce que l'éducation les a faits, et si on leur enseignait les moyens d'accorder leur intérêt personnel avec l'intérêt de tous, on leur montrerait le chemin du bonheur, et on ferait disparaître les injustices et les crimes qui affligent la société. Helvétius va plus loin encore. Puisque tous les hommes sont capables d'apprendre à lire et à écrire, « ils pourraient tous également, dit-il, s'élever à ces grandes idées dont la découverte les placerait au rang des hommes illustres. » Il reconnaît aux législateurs le pouvoir d'allumer dans les cœurs foute espèce de passions, et de façonner à leur gré l'esprit, les mœurs et le caractère des peuples soumis à leur empire.
En résumé, le sensualisme le plus grossier en psychologie, l'égoïsme et le fatalisme en morale, l'assimilation de l'homme à la bête, l'intérêt et le plaisir mis à la place du devoir, la liberté confondue avec la passion, telle est toute la philosophie d'Helvétius. Ce sont les principes de Hobbes et d'Épicure mis à la portée des salons et des beaux esprits du xvme siècle. La forme anecdotique et frivole dont ils sont revêtus ici les met au-dessous de la critique. La seule idée qui appartienne en propre à l'auteur du livre de l'Esprit, et qui mérite de nous arrêter un instant, c'est l'hypothèse de l'égalité naturelle des intelligences et de la toute-puissance de l'éducation.
Cette idée, qu'on a essayé plus tard de transporter dans la pratique, excite d'abord l'étonnement ; mais quand on l'examine de plus près, on n'y trouve plus qu'un paradoxe insoutenable. Quel est l'homme, en effet, chargé d'instruire l'enfance ou la jeunesse, qui ne remarque tout d'abord, entre les esprits qui lui sont confiés, des différences considérables? Et qu'on ne dise pas que ces différences viennent de la famille, ni du gouvernement, ni des autres circonstances extérieures : car le père de famille qui a plusieurs enfants, qui leur donne à tous la même éducation, les voit cependant se distinguer les uns des autres par des vocations diverses et des facultés inégales.
D'un autre côté, nous voyons constamment des esprits très-médiocres rester tels malgré les secours de l'éducation la plus complète et la mieux dirigée; et, au contraire, des intelligences prédevancer ces secours, comme Pascal qui devuu: Euclide. Les intelligences énergiques brisent les obstacles que leur opposent les circonstances extérieures, et parviennent, dans des si-
tuations difficiles, à remplacer l'éducation que. la société leur refuse, par celle qu'elles se donnent.
11 est donc absolument faux que le degré d'intelligence qu'on observe chez un homme soit en rapport avec la culture qu'il a reçue, et ne soit qu'une conséquence ou un résultat de l'éducation. C'est que toutes les intelligences ne sont égales, quoiqu'elles obéissent aux mêmes lois et s'appuient sur les mêmes principes. L'unité de la raison n'exclut pas l'inégalité des esprits.
Helvétius appelle à son aide une foule d'anecdotes pour montrer que le génie n'est qu'un mot, et que les plus admirables découvertes sont le fruit du hasard. En acceptas! même tous les faits qu'il raconte, on peut lui répondre que les mêmes occasions sont souvent offertes au vulgaire et à l'homme de génie; mais que le vulgaire ne voit rien là où l'homme supérieur rencontre le germe dune découverte éclatante.
L'éducation, malgré sa puissance incontestable, ne fait donc pas tout chez l'homme. Son influence a des limites, et il ne suffît pas d'instruire les hommes pour en faire des citoyens utiles ou des hommes de génie. L'intelligence n'est pas une table rase, une pure capacité, vide de tout principe, et partant, le bien et le mal qui se font dans la société ne sauraient s'expliquer exclusivement par l'éducation.
Il n'est pas moins absurde de prétendre qu'il soit au pouvoir des législateurs d'allumer à leur gré dans les cœurs toutes sortes de passions, et que les diverses formes de gouvernement exercent sur les caractères des nations une action toutepuissante. La législation, la forme du gouvernement ont une influence analogue à celle de l'éducation. Elles sont une sorte d'éducation générale et extérieure, mais par cela même moins pénétrante et moins efficace que l'éducation individuelle.
C'est à ses défauts mêmes, c'est-à-dire à cette fausse clarté, qui consiste à supprimer, avec les difficultés de la science, tout ce qui en fait la dignité et l'intérêt, que le livre de l'Esprit dut la meilleure partie de son succès. Publié au milieu du dernier siècle, au sein d'une société spirituelle, mais peu grave et peu laborieuse, il fit croire qu'il avait mis à la portée de tous les problèmes les plus compliqués de la philosophie, et dut éblouir cette foule qui aime à se persuader qu'elle sait sans avoir appris.
On a souvent réimprimé les œuvres d'Helvétius. Les éditions les plus complètes sont celles de Servière et de P. Didot. publiées l'une et l'autre à Paris, en 1795. La première se compose de 5 vol. in-8; la deuxième de 14 vol. in-18.
Voy. un Mémoire de M. Damiron sur Helvétius dans le tome IX du compte rendu des séances de l'Académie des sciences morales et politiques.
Fr. R.
HEMERT (Paul Van), théologien hollandais, né à Amsterdam en 1756, mort en 1825, se signala de bonne heure par une grande liberté d'opinions. Elle lui valut une sorte de persécution, à la suite de laquelle il renonça à la prédication, et se mit à étudier les théologiens et les philosophes allemands. C'était le temps où les ouvrages de Kant commençaient à soulever d'ardents débats entre ses adversaires et ses partisans. Van Hemert fut séduit par cette philosophie critique, qui ré- ] ondait aux exigences de sa raison. Il entreprit de la faire connaître à ses compatriotes dans un ouvrage considérable, publié en langue hollandaise, Éléments de la ph de Kant, Amsterdam, 1795. Ces doctrines inquiétèrent beaucoup d'esprits dans un pays où la philosophie était surtout cultivée par des théologiens