‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 161 sur 439 · HEMS · texte numérisé non relu

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et toujours en vue de la théologie; elles furent vivement attaquées. Hemert les détendit d'ahord •dans son Magasin de critique, Amsterdam, 1798; et bientôt après soutint pour le même objet une lutte prolongée contre l'érudit Wyttenbach. On peut consulter sur ces débats ses Epislolœ ad Van Wyltenbachium, Amsterdam, 1809, et les œuvres de Wyttenbach : Bibliolheca critica, Leyde, 1777-1808, t. «III ; Philomatici, Amsterdam, 1809-1817, liv. I et II.

HEMSTERHUYS (François), le plus éminent et à peu près le seul connu des écrivains hollandais qui, au xvme siècle, se sont occupés de philosophie morale, naquit a Groningue en 1720, et mourut à la Haye au mois de juin 1790. Il appartenait à une famille distinguée par son savoir : son père, Tibère Hemsterhuys, célèbre érudit auquel on doit des éditions de Julius Pollux, de Lucien, etc., avait contribué à relever l'université de Leyde, illustrée depuis par Ruhnkenius, Valckenaër et Wyttenbach. On conçoit aisément que cette école, qui remit en honneur Platon et ses doctrines, dut exercer une salutaire influence sur les études de François Hemsterhuys, et sur la direction de ses idées. En effet, sa vie entière fut vouée au culte de la philosophie, et, malgré les fonctions publiques qu'il remplit longtemps comme premier commis de la secrétairerie du conseil d'État des Provinces- Unies, il sut toujours se réserver de studieux loisirs.

Si nous cherchons à le classer comme philosophe, c'est à l'école sentimentale qu'il appartient par ses doctrines, par sa direction morale, et par les sujets qu'il a traités. Il a toutes lés qualités comme les défauts de cette école. Avec un certain vague dans l'expression qui ne laisse pas aux idées toute la netteté désirable, il a une originalité, sinon très-frappante, du moins attrayante par de nobles instincts, par une certaine grâce candide, et surtout par un sens moral très-délicat. Il y joint d'ailleurs une grande liberté d'esprit et une absence de préjugés rare en tout temps. Il est plus psychologue que métaphysicien, et plus moraliste que psychologue : lui-même il se rattachait volontiers à l'école socratique, admirant par-dessus tout le bon sens de Socrate, et y mêlant parfois quelque chose du souffle poétique qui animait Platon. La théorie du beau dans les arts, et les questions de philosophie morale sont celles qu'il traite avec prédilection. Pour la publication de ses idées, il a choisi la langue française, et, à part quelques légères étrangetés, il n'écrit pas sans un certain charme ; mais ce qu'un lecteur français regrette dans ses ouvrages, c'est surtout l'absence de précision.

Il commença fort tard à publier ses écrits, qu'il fit imprimer en petit nombre, et pour ses amis seulement. En 1769 parut son premier ouvrage, une Lettre sur la sculpture. Il avait alors quarante-neuf ans. Selon lui, l'objet le plus beau est celui qui nous donne le plus grand nombre d'idées à la fois. L'âme veut avoir un grand nombre d'idées dans le plus court espace de temps possible : de là les ornements dans les arts du dessin, de là les accords en musique ; le beau dans les arts est toujours un tout dont les parties sont si artistement combinées que l'âme peut en faire sans peine la liaison. C'est ainsi que l'auteur explique la loi de l'unité comme condition du beau. L'homme dont le goût est exercé opère rapidement cette liaison des parties, que l'esprit moins cultivé fait lentement et avec peine.

En 1770, Hemsterhuys publia la Lettre sur les désirs, qui est une suite de la précédente. D'après lui, tout tend naturellement a l'unité; c'est une

force étrangère qui a décomposé l'unité totale en individus, et cette force est Dieu. Le but de l'â/ne, lorsqu'elle désire, est l'union la plus intime et la plus parfaite de son essence avec celle de l'objet désiré. Le dégoût naît de l'impossibilité de l'union parfaite.

La Lettre sur V homme et ses rapports. 1772, développe une idée favorite de l'auteur : « Ce qui constitue le degré de perfection dans les intelligences, c'est la quantité plus ou moins grande d'idées coexistantes que ces intelligences pourront offrir et soumettre à leur faculté intuitive. » Ces idées sont en raison de nos rapports avec le monde. A la face visible de l'univers, à sa face tangible, sonore, à sa face morale, répondent dans l'homme des organes et des facultés par lesquels il est mis en rapport avec ces faces diverses de l'univers. L'organe tourné vers la face morale est ce qu'on appelle cœur, sentiment, conscience : peut-être y a-t-il des animaux pourvus d'un organe que nous n'avons pas, et qui est tourné vers une face de l'univers inconnue pour nous. Le plus grand bonheur auquel l'homme puisse aspirer réside dans l'accroissement de la perfection ou de la sensibilité de l'organe moral, ce qui le fera mieux jouir de lui-même et le rapprochera de Dieu. La plus grande sagesse à laquelle il puisse prétendre, consiste à mettre toutes ses actions et toutes ses pensées en accord avec son organe moral, sans se mettre en peine des institutions humaines ou de l'opinion d'autrui.

De l'éloge de M. Fagel, secrétaire du gouvernement hollandais, nous ne citerons que cette pensée : « Les grandes âmes sont des germes qui poussent dans l'éternité. »

Sophyle, ou de la Philosophie, 1778, dialogue entre un matérialiste et un spiritualiste, contient une triple démonstration de la différence de l'âme et du corps.

Le système des facultés de l'âme, tel que Hemsterhuys le concevait, se trouve dans deux dialogues intitulés, l'un, Aristée, ou de la Divinité, 1779; l'autre, Simon, ou des Facultés de l'âme, 1787. 11 reconnaît quatre facultés distinctes : 1° Y imagination, réceptacle de toutes nos perceptions, réservoir de toutes les idées qui nous viennent du dehors, ou que l'intellect compose ; 2° l'intellect, faculté supérieure à l'imagination, qui compare les idées, en dispose, les met en ordre et les gouverne; 3° la velléité, ou la faculté de vouloir et d'agir : elle tient à l'essence de l'âme elle-même, elle constitue son activité, et la manifeste par des actes particuliers; 4° enfin, le principe moral, tantôt sensible et passif, tantôt actif : comme passive, cette faculté est affectée de tous les sentiments, tels que l'amour, la haine, la pitié, la colère, etc.; comme active, elle travaille sur ces sentiments, de même que l'intellect travaille sur les idées; elle juge si les actes volontaires sont conformes à la justice; et, en tant que conscience, elle répugne à l'injuste. Les hommes doués de l'imagination, de l'intellect et de la velléité, manquaient de lien mutuel avant d'avoir la faculté morale; ils vivaient isolés ou en état de guerre : l'amour devint le lien qui les unit, en les habituant à sentir dans les autres, àjouir et à souffrir de leurs plaisirs ou de leurs souffrances. Le degré d'énergie et d'intensité auquel s'élèvent chacune de ces facultés, leur équilibre, ou la prépondérance que l'une prend sur les autres, décident de la valeur des hommes, et font la diversité de leurs caractères. — Sans doute, il serait aisé de faire ressortir ce qu'il y a de peu rigoureux dans cette classification, et surtout dans ce rôle tour à tour actif et passif donné au principe moral. Mais, nous l'avons déjà indiqué, ce vague et ce

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