HIPP
ciples d'Antisthène, et ne garda plus rien de son sexe. En souvenir de son dévouement, les cyniques instituèrent une fête que l'on célébrait au Pœcile, et qui reçut le nom de Cynogamie. On attribue à Hipparchie plusieurs ouvrages, dont aucun n'est arrivé jusqu'à nous. Consultez Diogène Laërce, liv. VI, ch. lxxxv-xcxviii. Voyez Cratès.
HIPPASE de Métaponte un des anciens pythagoriciens, mais qui paraît s'être écarté un peu des principes généraux de son école. A l'exemple d'Heraclite, il regardait le feu comme le principe matériel de l'univers, comme la substance impérissable dont les choses sont formées et dans laquelle elles vont se résoudre tour à tour. De sorte qu'il y a alternativement une période de génération et une période de destruction. Au reste, rien de plus confus que les traditions qu'on a conservées de ce philosophe. On ne sait ni en quel temps précisément ni en quel lieu il a vécu. Le plus grand nombre le fait naître à Métaponte, d'autres à Crotone, et d'autres encore à Sybaris. D'après un auteur cité par Diogène Laërce, il n'aurait jamais rien écrit. D'après Diogène Laërce lui-même, il aurait publié, sous le nom de Pythagore, un ouvrage maintenant complètement perdu, intitulé Aôyo; ptu<mxoç. On veut encore qu'il soit le premier qui ait divulgué les doctrines pythagoriciennes, et qu'il ait expié par la mort cette infraction aux règles de son école. Les auteurs qui font mention d'Hippase sont : Diogène Laërce, liv. VIII, ch. lxxxiv ; — Sextus Empincus, Hyp. Pyrrh., lib. III, c. xxx; — Adv. Mathem., lib. IX; — Plutarque, de Placilis philosoph., lib. I, c. m ; — Simplicius, in Phys. Aristot., p. 6;', — Jamblique, Vita Pythagorœ, ch. xvm. X.
HIPPIAS d'Ëlis, célèbre sophiste du temps de Socrate, que Platon et son imitateur ont mis en scène dans les deux dialogues qui portent son nom. 11 se vantait de tout savoir, de tout connaître, et de n'être pas moins habile dans la conduite des affaires que dans les sciences. Il paraît que ses concitoyens croyaient à ses talents, car, lorsqu'ils avaient à traiter quelque affaire difficile avec les autres villes de la Grèce, ils ne manquaient pas de le choisir pour leur ambassadeur. C'est en cette qualité qu'il fut envoyé à Lacédémune, où il prononça sa fameuse harangue sur les belles occupations auxquelles un jeune homme doit se livrer. Mais les Lacédémoniens, peu sensibles aux charmes de sa rhétorique, le laissèrent partir comme il était venu, sans lui accorder ce qu'il demandait. Il prit sa revanche dans une autre occasion, quand il harangua la Grèce entière réunie aux jeux Olympiques. La gloire n'était pas la seule récompense qu'il recherchât et dont il fût fier. Il se plaisait à raconter qu'en Sicile, pendant que Protagoras était au comble de la célébrité, et que la rivalité d'un tel homme pouvait lui être redoutable, il amassa en quinze jours, par ses harangues et ses leçons, plus de cent cinquante mines. Puisqu'il savait tout, il est tout naturel qu'il voulût tout enseigner. Aussi ses entretiens avec la jeunesse avaient-ils pour objet, non-seulement la rhétorique, la logique, la grammaire, l'harmonie, et tout ce qui composait habituellement la science des sophistes, mais les arts, et jusqu'aux métiers les plus vulgaires. Il a écrit sur la statuaire et sur la peinture. Il a composé un dialogue intitulé le Troyen (TpwTxo;), où Nestor donne à Néoptolème des conseils sur l'art de vivre honnêtement et d'acquérir une grande renommée. Il est regardé comme l'inventeur de la mnémotechnie. On n'avait qu'à lui dire une fois cinquante noms, il les répétait aussitôt, dans
l'ordre où il les avait entendus, sans se tromper d'un seul. Dans cette réunion des jeux Olympiques où il recueillit tant d'honneurs, il assura avoir fait lui-même les sandales qu'il avait aux pieds, le manteau qui couvrait ses épaules, la brillante tunique dont il était revêtu, et la bague qu'il portait au doigt. En parlant ainsi de tout, peu lui importait de se contredire, puisqu'il faisait profession de soutenir avec le même succès le pour et le contre. Des nombreux ouvrages qu'on lui attribue, il ne nous reste que quelques maximes citées par Stobée : « Les envieux, disait-il, sont doublement malheureux, de leur malheur propre et du bonheur d'autrui. — La calomnie devrait être punie plus sévèrement que le vol : car les calomniateurs nous dérobent l'estime publique, qui est notre plus grand bien. »
On peut consulter sur Hippias les deux dialogues qui portent son nom, le Gorgias et le Scholiasle du Gorgias; — Philostrate, Vit. sophist., lib. I, c. xi; — Cicéron, de Orat., lib. III, c. xxxii ; — Quintilien, Instit. orat., lib. XII, sub fine; — Apulée, Florides; — Xénophon, Memorab. Socrat., lib. IV. X.
HIPPOCRATE est, comme on le sait, le plus illustre médecin de l'antiquité, et il est naturel de se demander s'il n'est pas en même temps un philosophe. Pour lui donner ce titre, il faudra trouver dans ses écrits quelque souci des problèmes de la philosophie, quelques solutions précises des questions qu'elle agitait de son temps ; car si l'on se contentait de quelques vérités morales, de quelques préceptes de méthode, ou même de quelque opinion sommaire sur la nature de l'homme, ce serait trop peu pour lui accorder dans l'histoire de la philosophie une place que nul historien considérable n'a songé à lui faire. Il est certain qu'avec de la bonne volonté on finira toujours par extraire des idées philosophiques d'un traité de médecine, surtout s'il est écrit par un ancien ; mais à ce compte, tous les médecins seront des philosophes, sans le savoir et sans le vouloir, et il n'y aura pas déraison pour ne pas inscrire leurs noms dans ce Dictionnaire. Celui d'Hippocrate ne doit y figurer que pour une très-brève mention : car il y a bien peu de philosophie dans les nombreux ouvrages qu'on lui attribue, et dont la plupart appartiennent seulement à son école. Il était presque du même âge que Socrate, mais rien n'indique qu'il ait connu sa doctrine. Sans doute on trouve entre ces deux grands hommes quelques traits de ressemblance : Hippocrate veut détourner la science des vaines recherches, et des systèmes arbitraires pour l'appliquer à l'observation des faits; sa méthode, il le dit expressément, se résume en deux mots, expérience et raisonnement, et encore le raisonnement estil d'après lui « une sorte de mémoire » ; il a une haute idée de la dignité morale de l'homme, et des devoirs propres au médecin ; il fait aux charlatans qui discréditent la médecine la même guerre que Socrate aux sophistes qui diffament la philosophie ; mais ces analogies s'expliquent d'elles-mêmes et on ne peut s'en autoriser pour ranger Hippocrate parmi les socratiques. Quelques passages assez obscurs permettraient de conjecturer qu'il se rattache plus directement àl'enseignement des écoles d'Ionie, et surtout à Heraclite : le feu est pour lui le principe éternel des choses, et dans la nature, dit-il, rien ne meurt, rien né naît, tout se transforme, grâce à la constante activité de cet élément. Mais ailleurs il semble assigner le même rôle à l'air, ou à l'éther, qui pour lui est à peu près comme l'âme du monde, et par suite pénètre l'organisation des animaux et y éveille la vie et même la pensée. C'est une force universelle, qui est à la fois une dans son
IIIPP
IIIRN
essence, diverse dans ses formes ; la vie diffuse et déterminée, en même temps le principe de l'ordre et de l'harmonie universelle ; c'est lui qui par son action sur notre cerveau y apporte l'intelligence. Il n'y a rien de bien précis dans ces assertions : ce qui le prouve bien, c'est que les vitalistes de l'école de Montpellier se donnent pour les héritiers légitimes de la tradition hippocratique, et que d'autres critiques reconnaissent dans Hippocrate le père de l'animisme. En somme, ce qu'il y a de plus clair dans la philosophie d'Hippocrate, c'est son amour de la philosophie, c'est-à-dire de la sagesse et de la vertu, si bien exprimé dans cette maxime : « le médecin philosophe est égal aux dieux. » Toutefois, ce n'est pas la conclusion adoptée par des écrivains que l'on consultera utilement : V. de Laprade, dePhilosophia Hippocratis, Aix, 1848 ^ — E. Chauvet, Cous Hippocrates qualis fuerit inter philosophas, Caen, 1855. (Cette thèse a été reproduite avec des changements dans les séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 3e série, t. XVII.) Fr. Bouillier, du Principe vital et de l'âme pensante, Paris, 1862, ch. iv. E. C.
HIPPODAME de Milet, architecte et philosophe pythagoricien. Aristote nous apprend dans sa Politique (liv. II, ch. vi) qu'il avait des prétentions à la science universelle, et cherchait à attirer sur lui les regards par la magnificence de ses vêtements. Il fut le premier écrivain qui, sans être homms d'État, ait tracé le plan d'une république parfaite. Par conséquent, il doit avoir vécu avant Platon. Aristote, dans l'ouvrage que nous venons de citer, et Stobée (Serm. CXLI). nous ont conservé en entier cette constitution idéale qui a peut-être suggéré plus d'une idée à l'auteur de la République et des Lois; nous nous contenterons de rappeler ici très-brièvement ce qu'elle offre de plus remarquable. Elle compose la cité de dix mille citoyens, partagés en trois classes : les artisans, les laboureurs et les gens de guerre. Elle divise le territoire en trois parties : l'une sacrée, qui doit fournir aux dépenses du culte; l'autre nationale, affectée aux gens de guerre, et la troisième particulière, abandonnée aux simples citoyens. Elle établit une cour suprême ou seront portés, par appel, tous les jugements qui ne seraient pas conformes aux lois. Des récompenses sont accordées au citoyen qui s'est signalé par une découverte utile. Les enfants des guerriers morts en défendant la patrie sont nourris aux dépens de la république. Enfin les magistrats sont élus par le peuple, c'est-àdire par les trois ordres de l'État. X.
HIPPON de Rhegium. On ne connaît pas d'une manière précise le temps où ce philosophe a vécu ; mais, d'après les rares traditions qui nous restent de lui, on peut affirmer qu'il appartient aux premiers siècles de la philosophie grecque. On le regarde quelquefois comme un disciple de Pythagore; cependant, par ses opinions, il se rattache plutôt à l'école ionienne. Aristote (Aletaph., lib. I, c. ni), faisant mention de lui immédiatement après Thaïes, nous apprend qu'à l'exemple de ce dernier il regardait l'eau ou plutôt l'humidité comme le principe des choses. Selon le même auteur (de Anima, lib. I, c. n), il ne reconnaissait pas d'autre origine a l'âme; ou peut-être l'eau lui semblait-elle à la lois la substance matérielle et l'Ame du monde. D'après Scxtus Empiricus (//;//>. Pyrrh., lib. III; Adv. Mathem., lib. IX), il aurait reconnu deux principes, l'eau et le feu, ou la chaleur et l'humidité. Dans les deux cas, Alexandre d'Aphrodise (in Metaph. Arislot., p. 12) nous parait avoir raison de le compter parmi les philosophes pour
qui rien n'existe que ce qui tombe sous nos sens. Aristote, en parlant de lui, ne s'exprime qu'avec un profond dédain et le range au nombre des penseurs les plus grossiers, iwv (poptixto-rspiov. On peut consulter sur Hippon, outre les auteurs que nous venons de citer, Jamblique, Vila Pylhagorœ, c. xviii; — Censorinus, de Dienatali, e. \ ; — Simplicius, in Phys. Arislot., p. 6; — Eclogœ j'hys., p. 798, édit. Heeren; — Plutarque/ de Placitis philosoph., lib.V, c. vj — Adv. Stoicos, c. xxxi. X.
HIRNHAYM (Jérôme). La vie de ce fougueux apôtre du scepticisme est peu connue. Tout ce qu'on en sait, c'est que né en Bohême, il fut reçu docteur en théologie à l'université de Prague, puis nommé à l'abbaye de Notre-Dame-du- Mont-Sion, enfin élu vicaire général des Prémontrés dans la province de Bohême, Moravie, Silésie et Autriche. C'est en 1079 qu'il mourut. L'ouvrage qui a sauvé son nom de l'oubli parut trois ans avant sa mort, c'est-à-dire en 1676. En lisant cet ouvrage, aujourd'hui de la dernière rareté, on apprend quelle fut l'éducation de Hirnhaym, et par quelle voie il arriva au genre de scepticisme qu'il considérait comme le plus solide appui de la foi catholique. Élevé dans les collèges de jésuites que Rodolphe II multiplia autour de la capitale de saint Nepomucène, au commencement du xvue siècle, Hirnhaym y adopta la maxime que les sens sont l'unique source de notre savoir : nihil enim est in intellectu, ait Aristotelcs, quin prius fuerit in sensu (p. 20). A cette maxime il joignit bientôt un principe bien différent, puisé dans le mysticisme qui dominait parmi ses compatriotes. 11 lut avec avidité, il fréquenta les disciples de Weigel et de Jacob Boehrn, Marcus Marci, Jean Engel, Jean Amos, et il se laissa conduire par eux vers les Van-Helmont et les Paracelse. Ce n'est pas tout encore. L'ordre religieux où il était entré s'était engagé à combattre le protestantisme et la science moderne, persuadé que le plus sûr moyen d'affermir l'autorité spirituelle, telle que le moyen âge la concevais consistait à ruiner, à renverser par un pyrrhonisme universel le principe d'examen et les méthodes de libre investigation. Hirnhaym, épousant cette sorte de querelle, se pénétra des écrits de Cornélius Agrippa et de Sanchez, et renouvela avec plus de véhémence leurs doutes et leurs griefs contre la certitude des sciences humaines. Toutes les vicissitudes que la marche de ses études avait éprouvées se retrouvent dans son ardent et épais manifeste. 11 ne craint pas d'encourir le reproche de se démentir lui-même : « Ce qu'on appelle principe de contradiction, dit-il, n'est que pure chimère. » Dùt-il d'ailleurs se contredire mille fois, dût-il réfuter son sensualisme par son mysticisme, et détruire l'un et l'autre par un scepticisme radical, peu lui importe : le pyrrhonisme, de son propre aveu, n'est pour lui qu'un moyen. Le but véritable de sa polémique, c'est de bouleverser l'esprit humain de telle façon qu'il ne songe plus qu'à se précipiter, les yeux fermés, aux pieds du saint-siége. Là seulement est pour l'intelligence l'infaillibilité, et pour l'âme le repos sans trouble. De même qu'il n'y a point de salut hors de l'Église, il n'y a point d'évidence hors de l'enseignement sacré. La philosophie, la science humaine est erreur et vanité : la science divine, la théologie, voilà la vérité. La vraie philosophie, c'est le mépris des lumières trompeuses du monde, c'est l'amour de la folie de la croix.
Dans l'intérêt de cette cause, Hirnhaym amassa un trésor de connaissances très-variées, tant profanes que religieuses, et dépensa infinimen.