‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 168 sur 439 · HOLL · texte numérisé non relu

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chez aucun peuple, quelque barbare qu'il fût, on n'a jamais enseigné qu'il fallût être injuste et méchant. Quant à ce que la morale chrétienne a de particulier, l'auteur prétend démontrer qu'elle ne peut convenir qu'à des enthousiastes peu aptes à remplir les devoirs de la société, pour lesquels les hommes sont dans ce monde. Il entreprend de prouver, dans la troisième partie, que la religion chrétienne a eu les effets politiques les plus sinistres et les plus funestes, et que le genre humain lui doit tous les malheurs dont il a été accablé depuis quinze à dixhuit siècles.

Pendant plus de dix ans, une suite d'ouvrages non moins hostiles aux principes religieux se succédèrent sans relâche. La même année 1767 vit paraître l'Esprit du cierge, ou le Christianisme primitif vengé des entreprises et des excès de nos prêtres modernes; de V Imposture sacerdotale, ou Recueil de pièces sur le clergé. L'année suivante, il fit imprimer sept écrits du même genre, parmi lesquels nous citerons seulement ceux qui partagèrent, avec le Système de la nature et le Christianisme dévoilé, l'honneur d'être condamnés, par arrêt du Parlement, du 18 août 1770, à être brûlé par la main du bourreau, savoir : la Contagion sacrée; ou Histoire naturelle de la superstition; Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne. Nous croyons superflu d'énumérer tous ces pamphlets contre le christianisme et contre le théisme, dont le nombre ne s'élève pas à moins de vingt-cinq ou vingt-six.

C'est en 1770 que parut le fameux Système de la nature, auquel surtout est resté attaché le nom du baron d'Holbach, bien qu'on y eût inscrit d'abord celui de Mirabaud, secrétaire perpétuel de l'Académie française. Ce manuel de l'athéisme, écrit d'une manière lourde, prolixe et pédantesque, et même avec une sorte de fanatisme intolérant, n'excita pas seulement les poursuites du clergé et du Parlement, il révolta aussi le bon goût de Voltaire, qui, dans son impatience, écrivait sur les pages de son exemplaire des notes, ou plutôt des sarcasmes contre les mauvais principes, et surtout contre le mauvais style du livre. 11 en rédigea même une réfutation, qui forme aujourd'hui une des sections de l'article Dieu du Dictionnaire philosophique.

Le Bon sens, ou Idées naturelles opposées aux idées surnaturelles, publié en 1772, et souvent réimprimé sous le nom du curé Meslier, est le Système de la nature, dépouillé de son appareil abstrait et métaphysique. C'est l'athéisme mis à la portée de la populace ; c'est le catéchisme de cette doctrine, écrit d'un style simple, et parsemé d'apologues pour l'édification des jeunes apprentis athées. Même parmi les penseurs qui alors se piquaient peu d'orthodoxie, bon nombre ne se dissimulaient pas l'extrême danger de répandre de pareils ouvrages, et ils en regardaient la multiplication comme un symptôme effrayant.

. on Principes naturels de la morale et de la politique, qui fut condamné par arrêt du Parlement, du 16 lévrier 1776, est de l'année 1773. La première partie renferme les principes naturels de la morale; la seconde les principes naturels de la politique: la trois traite de l'influence du gouvernement sur les mœurs, ou des causes et des remèdes de la corruption. Le but de cet ouvrage est r une le et une politique indépendantes de toul système religieux, et de fonder sur cette politique le droit public des nations et la pros] des empires, il semble que l'auteur, après avoir

renversé les antiques barrières opposées jusqu'alors aux vices et aux passions de l'humanité, sente le besoin d'en élever de nouvelles; mais ses déclamations vertueuses ont assez peu d'efficacité, et il est trop aisé d'en reconnaître l'impuissance. Grimm dit à propos de ce livre : « Les capucinades sur la vertu, et il y en a beaucoup dans le Système social, ne sont pas plus efficaces que les capucinades sur la pénitence et la macération. Incessamment nous aurons des capucins athées, comme des capucins chrétiens, et les capucins athées choisiront l'auteur du Système social pour leur père gardien. »

Par un bonheur providentiel, les funestes effets que pouvaient produire de pareils livres sont neutralisés par l'ennui qui s'en exhale. Il faut s'armer d'un véritable courage pour en poursuivre la lecture jusqu'au bout. Quelques pages que la verve de Diderot va semées par-ci par-là. ne suffisent pas pour corriger la monotonie d'un style à la fois diffus, prétentieux et déclamatoire.

Presque toutes ces publications sortaient de la fabrique de Michel Rey, d'Amsterdam. Les personnes mêmes qui fréquentaient la maison du baron d'Holbach ignoraient qu'il en fût l'auteur. 11 confiait ses manuscrits à Naigeon, qui les faisait passer par une voie sûre à Michel Rey : celui-ci les renvoyait en France imprimés, et souvent d'Holbach en entendait parler à sa table avant d'avoir pu s'en procurer un exemplaire. C'est ce qui arriva pour le Système de la nature.

Les torts de son esprit, les erreurs dangereuses qu'il a propagées avec une fâcheuse persévérance, ne nous rendront pas injustes pour ses qualités personnelles. Parce qu'il eut le malheur de ne pas croire en Dieu, et de prétendre fonder la morale sur l'athéisme, faut-il méconnaître sa bienfaisance, à laquelle les plus illustres de ses contemporains ont rendu hommage ? C'est de lui que Mme Geoffrin disait avec cette originalité de bon sens qui caractérisait souvent ses jugements : «Je n'ai jamais vu un homme plus simplement simple. » C'est son caractère que Rousseau, dans sa Nouvelle Héloïse, a voulu représenter sous le personnage de Wolmar; c'est de lui que Julie écrit à Saint-Preux : « 11 fait le bien sans espoir de récompense; il est plus vertueux, plus désintéressé que nous. »

Le baron d'Holbach mourut à Paris, le 21 janvier 1789, dans sa soixante-septième année. Consultez un Mémoire de M. Damiron, sur d'Holbach, dans le tome IX du compte rendu des Séances de l'Académie des sciences morales et politii/ues. A...D.

HOLCOT (Robert), philosophe et théologien anglais d'une grande réputation au xive siècle. Il appartient à l'ordre des Augustins, dont il était le général, et défendit avec beaucoup d'éclat la cause du nominalisme. Il est mort en 1349. X.

HOLLMANN (Samuel-Chrétien), né en 1696, professeur de philosophie à Wittemberg, puis à Goëttingue, et mort dans cette dernière ville, en 17Î tira par être un des adversaires

de Woll, devint plus tard son défenseur, et finit par l'éclectisme, tel qu'on le comprenait alors en Allemagne. Ses ouvrages, dénués d'originalité, mais d'un style précis et clair, obtinrent beaucoup de succès dans les universités allemandes, l/i voici les titres : Commcntatio j>hilosophica de harmonie inter animam et co preestabilila, in ï. Wittemberg, 172V (cet écrit est dii le système de l'harmonie pré-

ét iblie) ; — i ommentatio philosophica de mirant H* et genuinis eorumdem criteriis, in-4, Francfort et Leipzig, 1727; — Institution^ pht"

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losophicœ, 2 vol. in-8, Wittembcrg, 1727 ; — Dissertatto de vera philosophiez ratione, in-4, ib., 1728; — Paulo uberior in omnem philosophiam introductio, 3 vol. in-8, t. I, Wittemberg, 1734; t. II et 111, Goëtlingue, 1734-1740;

— Jnstitutiones Pneumatologiœ et Theologiœ naluralis, in-8, ib., 1740; — Philosophia prima ,

vulgo melaphysica dicitur, in-8, ib., 1747 ;

— Discours sur Dieu et la sainte Écriture, in-8, Francfort-sur-lc-Mein, 1783 (ail.). X.

HOME (Henri), lord Kames, naquit en 1696 à Kames, dans le comté de Berwick, en Ecosse, remplit successivement plusieurs fonctions judiciaires, s'occupa à la fois de jurisprudence, d'agriculture, de littérature, de philosophie, et mourut à Edimbourg, le 27 décembre 1782, laissant la réputation d'un homme de bien et d'un grand écrivain. Dans un ouvrage qui a pour titre Essais sur les principes de morale et de religion naturelle (Essays on the principles of moralihj and natural religion, in-8, Edimbourg. 1751), Home s'efforce de soutenir la doctrine du sens moral enseignée pour la première fois par Hutcheson, et de nier à peu près la liberté humaine. Un autre de ses écrits, beaucoup, plus célèbre et plus goûté que le premier, les Éléments de critique (Eléments of criticism, 3 vol. in-8, Londres, 1762, et Edimbourg, 1765) ont pour but de faire connaître les principes sur lesquels reposent nos jugements en matière de goût. Ce qu'il y a de plus louable dans ce livre, c'est l'idée générale dont il est le développement, et qui n'était pas encore très-répandue alors; c'est la pensée d'introduire l'observation psychologique dans les œuvres de l'imagination et les sentiments qu'elles excitent en nous. Mais, dominé par un empirisme étroit, l'auteur confond sous un même nom et dans une même idée l'utile et le beau. Ainsi, une maison très-irrégulièrement construite doit être, selon lui, réputée pour belle, dès qu'elle est commode, et le défaut de symétrie qu'on peut remarquer dans la l'urine d'un arbre ne lui ôte rien de sa beauté, si l'on sait qu'il porte de bons fruits. La manière dont il définit le sublime est un peu moins grossière, bien qu'elle laisse encore beaucoup à désirer, et nous montre chez lui l'ab-

■ de toute profondeur dans les idées. Le sentiment du sublime, pour lui, c'est l'émotion produite en nous par quelque chose de grand, que notre esprit ne peut saisir qu'avec un certain effort. Quant au rapport qui existe entre ce sentiment et celui du beau, il ne cherche pas à le comprendre, et ne semble pas même se douter qu'il existe. Précurseur du romantisme, il rejette dans la poésie dramatique la fameuse règle des trois unités, ne respectant que l'unité d'action. — Les deux ouvrages que nous venons de citer ne sont pas les seuls que Home ait consacrés à la philosophie. Il faut y joindre ses Principes de l'équité (the Principles ofequily), in-f , Londres, 1760; son Introduction

fl dépenser, in-12, ib., 1761, simple recueil de maximes à l'imitation de celles de la Rochefoucauld; ses Esquisses de V histoire de l'homme, 2 vol. in-4, ib., 1774; et enfin la dernière production de sa plume : Quelques idées sur l'éducation, concernant principalement la culture du cœur, in-8, ib., 1781. Nous n'avons point à nous occuper ici de ses écrits de jurisprudence.

— Lord Wooddhouse a publié, en 1807, 2 vol. in-4 de Mémoires sur la vie et les écrits de If. IL, ,,n- de Kames. X.

HOMÉOMÉRIES, Vûy. AXAXAGORE.

HOMERIQUE (PHILOSOPHIE). Aristote affirme

sa Poétique que la poésie est Quelque

chose de plus philosophique que l'histoire: elle

résume en effet, dans la généralité des caractères qu'elle décrit, les passions et les mœurs de tout un peuple ou d'une époque entière; et Homère nous semble le plus profond historien des temps héroïques de la Grôce; lorsqu'il personnifie avec une admirable vérité la prudence de la vieillesse dans Nestor, les vertus conjugales dans Andromaque et Pénélope, le courage guerrier dans Hector et dans Achille, la douleur paternelle dans Priam. Mais la belle pensée d'Aristote paraît avoir passé inaperçue au milieu des écoles grecques, et la philosophie d'Homère, après Aristote comme avant lui, a fait le sujet des interprétations les plus diverses, souvent les plus extravagantes.

Longtemps les poëmes homériques furent acceptés en Grèce comme une tradition fidèle des vieux âges. A part quelques allégories évidentes, comme la personnification des Prières et de la Discorde, tous les héros du poëte, tous les dieux de sa mythologie, passaient dans l'imagination populaire pour des êtres bien réels. Le paganisme était alors dans toute sa force; la religion tenait à l'histoire; l'une et l'autre se prêtaient réciproquement crédit et autorité : l'histoire, c'était la mythologie. Cela dura jusqu'à Pisistrate, et peut-être au delà. Mais alors la philosophie se détache des enveloppes de la mythologie ; la raison s'éveille et demande compte aux croyances populaires des fables dangereuses qu'elles accréditent et des mauvais exemples qu'elles offrent pour la pratique de la vie; et, comme en pareil cas l'attaque ne pouvait s'adresser au peuple lui-même, elle est dirigée contre les poëtes qui s'étaient faits les interprètes de ses superstitions, et qui les avaient consacrées dans leurs chants. Pythagore, selon Hiéronyme, un de ses historiens (Diogène Laërce, liv. VIII, ch. xxi), étant descendu aux enfers, y avait vu l'àme d'Hésiode enchaînée à une colonne d'airain et gémissante; celle d'Homère suspendue à un arbre et entourée de serpents, en punition des impiétés qu'il avait proférées contre les dieux, leur prêtant des passions, leur attribuant des vices et des crimes qui déshonoreraient l'humanité. Xénophane de Colophon avait écrit contre la théologie de ces deux poëtes des vers qu'il récitait lui-même (Diogène Laërce, liv. IX, ch. xvm), et dont Sextus Empiricus nous a conservé un curieux fragment. Heraclite n'était pas moins sévère : il déclarait Homère et Hésiode dignes d'être honteusement chassés des fêtes publiques, où les rhapsodes chantaient leurs poëmes.

A toutes ces accusations, que Platon a reproduites avec éloquence, mais avec les réserves d'une admiration que le génie ne pouvait refuser au génie, il fallait répondre, en ménageant les deux intérêts contradictoires de la poésie et de la morale. On chercha sous les vers d'Homère un sens différent du sens vulgaire, un sous-sens (Orcôvota), comme dit le grec avec une précision que nous ne pouvons exprimer en français que par un barbarisme. C'est ce qui, plus tard, s'appela Vallégorie, mot inconnu aux premiers philosophes apologistes d'Homère. Théagène de Rhegium, qui passe pour avoir le premier écrit sur ce sujet, puis le célèbre Anaxagore, au milieu du ve siècle avant notre ère, puis Stésimbrote de Thasos, et Métrodore de Lainpsaque (ce dernier, élève d'Anaxagore, ne doit pas être confondu avec l'épicurien du même nom), expliquèrent les fictions étranges dont l'Iliade et l'Odyssée sont remplies, en supposant que le poë'.e s'en servait comme d'un voile pour cacher soit les mystères de la physique, soit 'es vérités de la morale. Ainsi le combat des

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dieux, au vingtième chant de Ylliade, était ramené à une lutte des éléments contre les éléments, ou des vices contre les vertus. Apollon, disait Théagène, s'oppose à Neptune comme le feu à l'eau ; Minerve à Mars, comme la sagesse à U folie; Junon à Diane, comme l'atmosphère terrestre à la lune ; Mercure à Latone, comme la raison à l'oubli. Métrodore, selon le témoignage deTatien, soutenait en général que Junon, Minerve et Jupiter ne sont pas ce que s'imaginent ceux qui leur élèvent des temples; que ce sont des substances physiques, des agrégats d'éléments, et qu'Achille, Hector, tous les Grecs et tous les barbares du parti d'Hélène et de Paris sont des créations poétiques du même genre. Agamemnon, entre autres (c'est le seul trait particulier qui nous reste de ce système peu regrettable), Agamemnon était, pour Métrodore, une image allégorique de l'air. Certains interprètes recouraient à l'astronomie, étendant à tous les personnages de la mythologie le rapport incontestable qu'offrent quelques personnages mythiques, Apollon, par exemple, avec des corps de notre monde planétaire. Non content de personnifier dans Jupiter l'intelligence ordonnatrice du monde, Anaxagore voyait dans les flèches d'Apollon les rayons du soleil. Une fois engagé dans cette voie d'analogies périlleuses, on ne s'arrêtait pas. Les inventions les plus innocentes d'Homère étaient défigurées par les plus froides interprétations. Dans la description de la toile de Pénélope, on voulait qu'Homère eût tracé les règles de la dialectique : la chaîne représentait les prémisses ; la trame, la conclusion; et la raison avait pour symbole la lumière dont Pénélope éclairait son ouvrage. Zenon, Chrysippe et les stoïciens donnèrent surtout dans ces bizarres excès, qui furent, à l'honneur du bon sens, combattus par d'autres critiques, surtout chez les alexandrins. Parmi ces derniers, Ëratosthène soutenait, conformément a un principe de la Poétique d'Aristote, que le poète veut avant tout amuser et non instruire. Aristarque protestait aussi contre toute explication allégorique. A leur école se rattachent sans doute ceux qui, d'après un scoliaste d'Homère, avouent tout simplement que l'auteur de Ylliade, sans effort et sans calcul, prête à ses dieux les défauts et les passions des héros ses contemporains. Cela ne corrigeait pas complètement l'invraisemblance des fables homériques, comme auraient voulu le faire les Anaxagore et les Stésimbrote. C'était du moins quelque chose de replacer à leur date et d'excuser par la distance ces mœurs peu dignes d'imitation.

Toutefois il restait encore un pas à faire pour réconcilier sa mythologie avec la raison ; il fallait distinguer dans le poète, à côté des traits grossiers de la civilisation héroïque, les germes d'une moralité plus pure, et comme un pressentiment de toutes les nobles pensées qui plus tard ont fait la gloire du génie grec; il fallait signaler certainespeinturesd'une pureté exquise: les adieux d'Andromaque et d'Hector, l'arrivée d'Ulysse chez les Phéaciens; ici, la vertu dans tout son éclat ; là, cette naïveté charmante qui en est comme le germe et la promesse. Ces descriptions de batailles, qui plus tard inspiraient a muse belliqueuse d'Eschyle, étaient d'utiles eçons de patriotisme. Enfin, de toute la poésie d'Homère il ressort je ne sais quel enseignement de courage, d'humanité ou tout au moins de compassion, de haute dignité morale. On est étonné de trouver chez les anciens si peu de traces d'une apologie aussi naturelle et aussi simple. Les rhéteurs, parmi lesquels nous ne pouvons plus citer aujourd'hui que Dion Chrysostome et Ma-

xime de Tyr, en ont donné les premiers exemples ; Horace en offre l'esquisse élégante dans son épîlre à Lollius ; Plutarquc y revient souvent dans son traité Sur la lecture des poëb et un docteur chrétien, saint Basile, semble en avoir consacré la vérité dans une page de son discours à des jeunes gens sur la lecture des livres païens, où il signale avec un charme éloquent de conviction la beauté morale du tableau d'Ulysse paraissant devant Nausicaa.

Malgré les Aristarque et les saint Basile, la subtilité de l'esprit grec ne put renoncer à ses chères allégories et à ses prétendues découvertes sur la philosophie d'Homère. On ne sait plus aujourd'hui comment cette philosophie était interprétée dans les ouvrages spéciaux de Favorinus, d'Œnomaùs, de Longin, sur ce sujet, et dans celui de Proclus Sur les dieux chez Homère; mais il nous reste de nombreux fragments du traité de Porphyre Tlepl xîjç cOu.Yipo\i çùoao^îaç, entre autres une explication de la fable du Styx; une autre de l'antre des nymphes dans YOdyssée, où nous voyons que cet aventureux écrivain appliquait sans réserve la méthode allégorique. On possède encore, sous le nom d'un certain Héraclide ou Heraclite, un petit livre d'Allégories homériques, et c'est dans le même sens qu'a été composée la Courte explication des erreurs d'Ulysse; morceau anonyme que nous voyons rapporte tour à tour, sans preuve convaincante, à Porphyre ou à Nicéphore Grégoras. Du reste, ce dernier ouvrage, à en juger par une expression qui se trouve au chapitre vm (édition de 1745, par J. Columbus), peut bien appartenir à un auteur chrétien. Les chrétiens, comme les païens, aiment à trouver des allégories dans les vieux poètes. Eustathe recourt sans cesse à l'allégorie physique ou morale dans son volumineux commentaire sur Ylliade et YOdyssée, et nous avons de Bernard de Chartres toute une interprétation allégorique de Y Enéide.

Des anciens, ce fâcheux abus de l'exégèse s'est répandu chez les modernes, et il nous a valu bien des paradoxes, bien des livres d'une érudition puérile ou absurde, dont l'analyse aurait ici peu d'utilité. On en trouvera l'indication à peu près complète à l'article Homère, dans la Bibliothèque grecque de Fabricius.

Quant à la psychologie homérique, c'est une curiosité plus sérieuse, dont se sont plus récemment avisés quelques philologues, M. Halbkart en 1796, et, après lui, M. Hamel (Paris, 1832). Réduite à ses seules proportions légitimes, ce n'est qu'une recherche du sens qu'Homère attachait aux mots désignant, dans la langue des siècles héroïques, les divers étals de l'âme et ses diverses fonctions. Elle ne prétend pas plus faire d'Homère un psychologue, qu'on n'a voulu en faire un minéralogiste ou un médecin, quand on a rassemblé en des écrits spéciaux les notions que ses poèmes nous offrent sur la minéralogie ou la médecine. Chercher dans Homère l'origine de toutes les sciences et de tous les arts a été une des rêveries favorites des bas âges de la littérature grecque ; et nous lisons encore, sous le nom évidemment supposé de Plutarque, un livre où cette prétention est poussée jusqu'aux plus ridicules conséquences, ou, par exemple, on fait remonter jusqu'à notre poète le système de Pythagore, parce que des mots qui, dans la langue homérique, désignent le bien et le mal. rappellent par leur étymologie Yunité et la ayade pythagoricienne. Voici quelques lignes de la conclusion de ce livre : « Comment n'attribuerions-nous pas toutes les connaissao ces à Homère, lorsque ceux qui sont venus après lui ont cru trouver dan9 ses poèmes des choses

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