‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 169 sur 439 · HONG · texte numérisé non relu

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même auxquelles il n'a pas pensé. Quelques-uns ont été jusqu'à employer ses vers pour la divination, et n'y ont pas eu moins de confiance qu'aux oracles d'Apollon. D'autres, en transposant ses vers et en les cousant, pour ainsi dire, les uns aux autres, les ont adaptés à des sujets absolument différents. » De telles pages mériteraient à peine une mention, si certaines erreurs ne devaient pas être comptées dans une histoire de l'esprit humain.

Sur la Morale d'Homère, voy. l'ouvrage récent de M. Louis Ménard, la Morale avant les philosophes (Paris, 1860). E. E.

homme, voy. Ame, Facultés. Destinée humaine.

HONNÊTE. Les Latins et les Grecs ont souvent disserté sur l'honnête, honestum, houeslas, tô xa).6v. Distinguer l'honnête de l'utile, déterminer le rapport de l'un et de l'autre, prouver que tout ce qui est honnête est utile, que tout ce qui est vraiment utile est honnête : tel est précisément l'objet des traités des Devoirs de Panétius et de Cicéron. Les moralistes anciens entendaient généralement par le Bien ou le souverain Bien, le bonheur, ce dont la possession rend parfaitement heureux, et le plaçaient, les uns dans le plaisir, d'autres dans la vertu, d'autres dans la réunion de toutes les choses auxquelles on donne le nom de bien. C'est ainsi que Cicéron entend et définit le Bien dans le traité de Finibus bonorum et malorum où il résume les principaux systèmes de morale de l'antiquité. On comprend alors que les anciens aient fréquemment désigné sous un autre nom, Yhonnète, le principe de tous nos devoirs. Les modernes définissent autrement le Bien; pour eux, le souverain Bien, le véritable objet de la morale n'est pas le souverain bonheur, le bien que l'homme peut désirer de préfère.', mais le bien absolu, le bien qu'il faut accomplir et qui est la règle de toutes nos actions.

11 en résulte que la notion moderne du bien absorbe l'antique notion de l'honnête; l'honnête, en effet, n'est pas autre chose, même pour les anciens, que le bien, source de tous nos devoirs. Il suffit donc de renvoyer le lecteur pour l'antiquité à la morale stoïcienne, particulièrement à Panétius et à Cicéron, pour les temps modernes aux articles Bien et Devoir, aux uns et aux autres pour la doctrine et la bibliographie. A. L.

HONORÉ ou HONORIUS. thé ologien et philosophe du commencement du XIIe siècle. On ignore la date et le lieu de sa naissance. Sur la foi d'un manuscrit qui porte cette mention Àugustodunensis, on a répété qu'il était prêtre de l'église d'Autun. et il est ordinairement désigné sous le nom d'Honoré d'Autun ; mais d'autres ont soutenu, non sans vraisemblance, qu'il était né en Allemagne; il est au moins certain qu'il y a résidé, comme le prouvent plusieurs passages de ses œuvres. Il ilorissait dans les premières années du xn« siècle, et a dû mourir vers 1130. Ses ouvrages sont nombreux et la plupart ont été imprimés dans les trois bibliothèques des Pères, celles de Paris, de Lyon et de Cologne. Bernard Pez en a reproduit aussi quelques-uns dans son Thésaurus anecdolorum. La plupart traitent de matières purement théologiques, et l'on doit les négliger ici. bien qu'ils aient eu assez d'autorité pour que quelques-uns fussent attribués à saint Augustin et d'autres à saint Anselme ou à Abailard. Le peu de philosophie que l'on découvre dans ses écrits permet à peine de le ranger avec sûreté dans l'une des écoles qui, dès lors, divisent la scolastique. On inclinerait pourtant à le mettre parmi les réalistes : dans son traité de Imagine mundi, il expose que Dieu, en créant le monde,

commence par concevoir en son intelligence 1er. idées de toutes choses qui constituent le modèle de la création, « le monde archétype » , puis la matière universelle, puis encore les espèces et les formes et enfin les individus. Dans un autre traité, Scala cœli major, l'esprit mystique se reconnaît au langage et aux idées : c'est comme un prélude à Vltinerarium de saint Bonaventure. L'àme s'élève à Dieu par douze degrés, qui sont comme les moments successifs de la Visio spirilualis ; au dernier, elle est hors des sens et perçoit spirituellement jusqu'à l'image des choses matérielles. Son spiritualisme excessif le porte même à avancer des propositions dont l'orthodoxie ne s'accommoderait pas. Les enfers et le ciel ne sont pas pour lui des réalités extérieures et n'ont pis leur place dans l'espace, non sunt corporalia loca; car tout lieu a les trois dimensions, et l'âme qui n'en a aucune ne peut être enfermée dans un lieu (Thésaurus Anecdotorum, t. II, p. 169). Il y a du reste une échelle plus petite pour s'élever au ciel : c'est l'amour et la charité. Le mysticisme chez Honoré semble indécis entre les deux directions où il s'engagera plus tard, la spéculation et la pratique ; toutefois, il semble pencher vers la spéculation. Son opuscule de Animœ exilio et patria (ibid. , p. 228) est une allégorie ingénieuse et subtile, tout à l'honneur de la science. L'exil de l'âme c'est l'ignorance, et la science c'est sa patrie. Pour entrer dans cette terre promise, il faut passer par dix villes, qui sont les dix arts libéraux et les livres qui en traitent. Au premier rang on rencontre : la dialectique, où on est reçu par cinq ports, les cinq universaux; qui a une citadelle, la substance, et neuf tours détachées, les neul accidents; puis viennent la grammaire, la rhétorique, l'arithmétique, la musique, la géométrie, l'astronomie, la physique, la mécanique et l'économique. Enfin, dans deux opuscules, Vlnevitabihs (imprimé dans les bibliothèques des Pères, et à part à Anvers en 1620 et 1624) et le de Libero arbitrio (Thésaurus anecdolorum, t. II), il maintient la liberté de l'homme et essaye de la concilier d'une part avec l'influence de la grâce, et de l'autre avec celle des causes physiques qui pour lui se résument dans des influences planétaires. On peut consulter sur Honoré : Bernard Pez, Thésaurus anecdolorum, t. II, introduction; — Histoire littéraire de la France, t. XII, p. 165; — Biographie générale, article Honoré, par M. Hauréau. E. C.

HUARTE (Juan), médecin et philosophe espagnol du xvie siècle, né vers 1520 à Saint-Jean- Pied-de-Port, dans la Navarre française. 11 s'est rendu célèbre dans toute l'Europe par son Examen des esprits propres aux sciences (Examen de ingénias para las ciencias, in-8, Pampelune, 1578, et plusieurs fois réimprimé depuis; la dernière fois à Amsterdam, in-12, 1662). On admirait dans cet ouvrage une grande indépendance d'esprit, des vues hardies, quelquefois profondes, jointes à un rare talent d'observation. L'auteur pose en principe que chaque science exige un esprit particulier ou des facultés d'un certain ordre. Il montre à quels signes ces facultés peuvent se reconnaître, et divise les sciences elles-mêmes en plusieurs catégories : celles qui dépendent de la mémoire, celles qui naissent de l'entendement, et celles qui ont pour unique base l'imagination. C'est, comme on voit, la classification de Bacon; et il n'est pas impossible que le philosophe anglais l'ait empruntée du médecin espagnol, dont l'ouvrage fut traduit dans toutes les langues. Mais les paradoxes les plus étranges se mêlent à ses ohservations, et le Lut avoué du livre est de soutenir un système

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de génération qui ne supporte pas un instant l'examen. C'est là aussi qu'on trouve une prétendue lettre du proconsul Catulus au sénat romain, où le portrait de Jésus-Christ est tracé dans les moindres détails. Ainsi que nous venons de le dire, l'Examen des esprits a été traduit dans presque toutes les langues européennes. Il en a paru plusieurs traductions françaises, l'une par Gabriel Chappuis, dont la première édition fut imprimée à Lyon, in-16, 1580; une autre par Vion-Dalibray, publiée à Paris, in-8, 1645 ; et une troisième par Savinien d'Alquié, publiée à Amsterdam, en 1672. — Lessing n'a pas dédaigné de traduire cet ouvrage en allemand, in-8, Zerbst, 1752, et Wittemberg, 1785. X.

HUET (Pierre-Daniel), évêque d'Avranches, membre de l'Académie française, précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV, naquit à Caen le 8 février 1630, et mourut à Paris le 26 février 1721, dans la maison des jésuites, après une carrière laborieuse et honorée. Il est peut-être l'expression la plus savante de cette école moitié philosophique, moitié théologique, qui prétend ramener l'homme à la foi par les sentiers du doute, et qui obscurcit l'éclat des lumières naturelles, afin que l'âme, privée de leur secours et brûlant de quitter ses ténèbres, se décide à accepter le flambeau de la révélation. Cette école, qui se croit très-ancienne, ne remonte cependant pas au delà du xvie siècle. Bien que l'ardeur de la lutte contre la philosophie païenne ait entraîné certains Pères de l'Église à repousser toute espèce de philosophie, et même à nier par moments l'autorité de la raison, aucune n'avait élevé le pyrrhonisme au rang d'une méthode destinée à conquérir les cœurs. Un procédé aussi périlleux s'éloigne encore davantage de l'allure tranquille et réservée des docteurs scolastiques qui ne l'ont pas connu, qui n'en sentaient pas le besoin, et qui l'auraient certainement repoussé. C'est à l'époque de la réforme que le développement de l'esprit philosophique devenant chaque jour plus menaçant pour l'Église, les apologistes du dogme catholique conçurent l'espoir de réprimer les écarts indociles de la raison par le tableau de ses misères et de son impuissance. Gentian Hervet, adressant au cardinal de Lorraine la traduction des ouvrages de Sextus Empiricus, prend soin de signaler les avantages du pyrrhonisme, qui, en sapant les systèmes humains par la base, et dévoilant la fragilité des sciences, corrige la présomption et dispose à l'humilité, mère de la foi. Mille phrases semblables, éparses chez les théologiens de cet âge, mettent en lumière la nouvelle direction imprimée à la polémique religieuse par l'empire des circonstances. Au xvne siècle, Pascal se laissa aller à cette pente, avec quelle tristesse de génie et quelle amertune éloquente, on ne l'ignore pas ; mais, incomparable comme écrivain, il est inférieur par l'érudition et la méthode à l'évêque d'Avranches, qui reste parmi nous le véritable cher du scepticisme théologique, avant M. de Lamennais.

Le premier ouvrage de Huet qui laisse percer le projet d'appuyer La foi n li doute phi-

losophique, c'est, qui te croirai I ? la Démonstration éyangélique. Au début de cette apologie du christianisme entreprise par la raison, et afin de ramener la raison, le docte prélat, par une contradiction singulière, triomphe de la stérilité des efforts de la raison, pour s'établir dans la Bl pai ible possession du vrai. La science humaine, a lei roire, esl obscun 1 1 mensong la foi, fruil de la grâce, peul seule calmer I tation de l'espril el éclairer son ignorance, l afin de rehau er le pria de i e bienfail surnatu-

rel que Dieu nous a pourvus de facultés si débiles : car, moins misérables, nous aurions été plus présomptueux et moins soumis à sa parole. Aussi ne doit-on pas redouter pour le christianisme l'effet de ces systèmes qui enseignent que nous ne pouvons rien connaître de certain à l'aide de la raison; en affranchissant l'âme de ses préjugés, ils préparent et assurent l'empire de la foi.

Ces maximes et d'autres |à peine effleurées dans la Démonstration évangéïique, commencent à être développées dans les Questions d'Aulnay} ainsi nommées de l'abbaye où elles furent écrites. Le but de l'ouvrage est 'la conciliation de la foi et de la raison à laquelle on ne saurait nier que l'auteur n'attribue une certaine portée: car il convient qu'elle a sa clarté propre, émanée du père des lumières, qu'elle se connaît ellemême, et qu'elle est en état de savoir qu'il existe une vérité et des moyens de la découvrir; il avoue même qu'elle précède la foi, de même que la nature précède la grâce. Mais à peine a-t-il fait ces légitimes concessions, il les retire presque aussitôt, paraissant regretter sa juste condescendance envers l'esprit de l'homme. Selon lui, cette vérité que la raison appelle et qu'elle entrevoit, elle ne parvient pas à la connaître; elle ne recueille pour prix de ses efforts que des doutes et des erreurs, qui témoignent de son impuissance et du besoin pour nous de chercher un meilleur guide. Et ce guide, c'est la foi, qui seule peut conduire l'âme par des voies sûres et infaillibles à la possession du vrai. Cela posé, par un nouveau retour et une inconséquence familière aux écrivains de son école, Huet ne consacre pas moins de deux livres à prouver que les anciens philosophes, à l'aide de cette même raison qu'il vient de convaincre, ont pressenti la plupart des dogmes sublimes dont la civilisation moderne est redevable au christianisme.

Un autre ouvrage où se trahit la disposition de Huet à déprimer l'entendement humain, c'est la Critique de la philosophie cartésienne. Huet s'était laissé gagner, dans sa jeunesse, à la beauté simple et sévère de cette noble philosophie, qui a l'ait faire un si grand pas à la démonstration des vérités morales ; et voilà que, sur la fin de ses jours, il se montre l'adversaire impitoyable de ces doctrines qu'il avait naguère admirées, il l'avoue, au delà de toute expression ; il les poursuit avec acharnement; il voudrait en effacer le souvenir, comme s'il ne pouvait pardonner à Descartes ni son dévouement à la science, ni sa foi profonde dans la vérité de son propre système. Selon Huet, la méthode cartésienne n'est qu'une inconséquence : car, une fois qu'on s'est engagé dans la voie du doute, on n'a pas le droit d'en sortir. La notion de l'existence personnelle n'est pas la première qui se présente a l'esprit ; elle suppose cette majeure : ce qui pense existe, et elle tire son origine du raisonnement, non de la perception. L'évidence est une marque incertaine de la vérité, puisque nous nous trompons chaque jour en croyant marcher à sa lumière. L'àme est immatérielle assurément; mais Descartes a compromis cette grande vérité par la manière dont il l'établit ; il est faux qu'elle suive de la définition même de l'esprit, opposée à la définition de la matière ; taux que l'âme soit mieux connue que le corps et avant le corps; faux que la natui insiste

seulement dans la pensée ; faux que le sentiment n'appartienne pas aux organes; faux que certaines idées ne dérivent pas des sens, t a raison n'a aui une notion positive et directe de l'infini ; elle le conçoit comme négation du fini, el cette conception qui ne le représente pas, que chacun se

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