MEIN
lotion spéciale, ib., 1747, in-8; — Examen de diverses matières appartenant à la philosophie, ib., 1768-1771, 4 vol. in-8. C. 13s
meiners (Christophe) naquit en 1747 à Warstade, village du Hanovre. Son père était maître de poste, et sa mère une femme distinguée par son esprit et sa piété. Ses premières études se firent à Otterndorf, et au gymnase de Brème, où il se fit remarquer par un caractère ardent, porté à l'exagération. C'est à l'université de Gœttingue qu'il acheva son éducation, et c'est là aussi qu'en 1771 il fut nommé professeur de philosophie. Si, comme étudiant, il ne voulut jamais se ranger sons la bannière d'aucun de ses maîtres, quelque illustres qu'ils fussent, comme proies u . i1 eut à son tour peu d'empire et de succès. De fréquents voyages en Allemagne et en Suisse furent l'unique distraction de sa vie laborieuse. Membre très-assidu et trèsactif de la Sojiété royale de Gœttingue, récemment fondée par le grand Haller ; intime ami de l'historien Spitler et du philosophe Feder, avec qui il publia plusieurs écrits, ce fut principalement par ses savants et curieux travaux sur l'histoire des universités qu'il fixa sur lui l'attention. Il leur dut l'honneur d'être invité par l'empereur Alexandre à perfectionner les universités russes et à en fonder de nouvelles dans ce vaste empire. Une des plus vives joies qu'éprouva Meiners, ce fut de voir toutes ses propositions accueillies à Saint-Pétersbourg et promptement réalisées. Il mourut le 1er mai 1810.
Meiners fut toute sa vie ce qu'il s'était montré dans son enfance. De bonne heure, en effet, il se signala par un goût prononcé pour l'indépendance. Apprendre toutes choses par lui-même, ne suivre d'autre direction que son propre jugement, son penchant personnel, voilà quelle fut sa constante ambition. A Gœttingue, au lieu d'assister aux cours de professeurs célèbres alors, il passait ses journées et ses nuits à épuiser toutes les richesses de la fameuse bibliothèque de celle université, et devint, par cette occupation ardente, un des érudits les plus étonnants de s< a époque. Son indépendance, néanmoins, fut 1 us apparente que réelle, et son immense lecture ne l'empêcha pas de se tromper dans la plupart de ses conjectures, et de hasarder des rapprochements réprouvés par le bon goût. Ce qui a fait le succès de ses nombreux écrits, c'est d'abord le style. Le langage de Meiners se distingue par la clarté, par la méthode, par un mélange de bon sens et de bonne foi qui attache et séduit le lecteur. Ce sont ces mérites qui nous expliquent comment ses ouvrages les plus érudits exercèrent de l'influence sur ses contemporains. De même que son opinion sur l'infériorité I hysique et morale des nègres fut invoquée en Angleterre par les défenseurs du trafic de la race noire, ainsi ses idées sur l'institut de Pythagore , guidèrent plusieurs associations secrètes qui se formaient en Allemagne vers la fin du xvni* siècle.
Une seconde cause de l'espèce de popularité Meiners jouit longtemps, c'est le caractère pratique de ses productions. Dans toutes on remarque le désir de ramener les questions les plus spéculatives à une expression usuelle et sociale. <rràcc à cet instinn tion, Meiners
devint l un des adversaires, sinon les plus reitables, du moins les plus persévérants de la philosophie spécul tive du temps. Les derniers iple i de Leibniz et de Wolf, ensuite Kant et d , furent successivement l'ob-
jet de ses critiques, qu'il transporta lemp danslep lisant une guerre achar-
i a tique au mysticisme, en général
à tout ce qui lui paraissait trop abstrait. Le philosophe du xvmc siècle, dont il avoua l'ascendant et la supériorité, dont il chercha à propager les doctrines et à pallier les erreurs, c'est J. J. Rousseau : et c'est comme un des disciples du philosophe genevois qu'il faut le considérer, à plusieurs égards.
Nous ne mentionnerons ici que les services rendus par Meiners à l'histoire de la philosophie et à la philosophie même. Comme historien, Meiners s'applique à montrer que l'unique, l'éternelle source du bonheur public et privé, c'est la vertu éclairée ; ou que la pierre de touche des opinions et des systèmes sur le bonheur et la vertu, consiste dans le progrès moral et l'accroissement de tuus les genres de bien-être. C'est de ce point de vue qu'il juge le christianisme dans sa Révision, de la philosophie, Gœttingue et Gotha, 1770, in-8; la philosophie de Kant dans son Esquisse de la Psychologie, 1786, ainsi que dans son Histoire universelle de la morale, 1801, 2 vol. in-8; les doctrines de Gall dans ses Recherches sur l'entendement et la volo7ilé de V homme, 1806, 2 vol. in-8.
Dans d'autres travaux historiques, Meiners fait preuve d'une intelligence plus vaste, plus compréhensive. Sous ce rapport il convient de citer son Histoire des beaux-arts, 1787; puis différents mémoires lus à l'Académie de Gœttingue, tels que trois Dissertations sur la vie, la doctrine et les ccy^its de Zoroastre, 1777 (en latin) ; l'Histoire des réalistes et des nominalistes (en latin), dans le tome XII des Mémoires de l'Académie de Gœttingue; plusieurs mémoires sur la religion des anciens peuples, particulièrement des Égyptiens, 1775 à 1790, ib.; mais principalement les deux écrits, qui le recommanderont toujours à l'estime de la postérité, à savoir, son Hisloria doctrines de vero Deo, omnium rerum auctore atcjue redore, Lemgo, 1780, in-8, et son Histoire de l'origine, des progrès et de la décadence des sciences chez les Grecs et les Romains, Lemgo, 1781, 2 vol. in-8. Dans YHistoria de vero Deo, Meiners marque avec une ingénieuse précision les phases et les degrés par lesquels les sages de la Grèce se sont élevés jusqu'à la notion d'une intelligence suprême, à la fois distincte de la nature et de l'humanité ; et c'est à Anaxagore qu'il fait honneur de la découverte de ce fondement du spiritualisme ancien.
L'Histoire de l'origine, des progrès et de la décadence des sciences chez les Grecs et les Romains est malheureusement restée inachevée. Elle s'arrête à Platon, dont Meiners méconnut la grandeur et le rôle historique. Toutefois elle a éclairé d'un jour nouveau plusieurs points essentiels et difficiles de la philosophie hellénique, en particulier le système moral et politique des pythagoriciens.
Comme philosophe, Meiners manque de force, de rigueur même, mais surtout de profondeur. Il se borne à une observation judicieuse, à une critique exercée. Habile à démêler, à dévoiler les parties faibles des systèmes connus, il semble incapable de pousser ses propres recherches juspnihlcmes de la science. Dès que les faits cessent d'être nombreux et positifs, Meiners chancelle et se trouble, parce qu'il n'a pas assez de foi dans le fait absolu de la pensée même et dans l'empire des idées antérieures ou sures aux données de nus sens. Cependant sa enrichi la philosophie allemande d'une série d'études intéressantes sur l'anthropologie et la philosophie de l'histoire. Parmi ces études il n'esl pas pi i iblier le mémoire qui rem-
devant l'Académie de Berlin le .