‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 236 sur 439 · C. Bs · texte numérisé non relu

C. Bs

MELISSUS, né à Samos, florissait vers 444 avant J. C. Tout ce qu'on sait de sa vie, c'est qu'il joua un grand rôle politique dans sa patrie, et que même une fois ses concitoyens lui donnèrent le commandement d'une armée navale. Comme presque tous les philosophes de cette époque, il composa un ouvrage sur l'être et la nature, ITepi çucrÉcoç.

Par ses doctrines, Melissus se rattache entièrement à l'école éléatique. Vivant au milieu des populations ioniennes, il sentit vivement la nécessité de fortifier par la discussion les points de la doctrine éléatique qui étaient le plus en opposition avec la philosophie empirique des ioniens. On sait que pour Parménide les sens ne donnent rien de certain, partant rien de vrai; que la seule conception rationnelle de l'être est digne d'occuper le philosophe, et que cet être intelligible est essentiellement et absolument un et immobile. Zenon, de son côté, démontrait aux ioniens qu'admettre la matière c'est admettre la divisibilité qui est la condition de l'étendue. Or, l'être est indivisible ; donc, la matière n'existe pas et n'est qu'une simple apparence. Melissus trouva ainsi la lutte engagée entre les empiriques et les éléates. Selon la conjecture ingénieuse et fort vraisemblable de M. Brandis (Com. ., p. 208), on peut croire que Leucippe et Anaxagore avaient publié leurs écrits avant ceux de Melissus ; de sorte qu'entre les mains de ces deux hommes, le sensualisme avait repris une vigueur nouvelle, et pour détruire l'argument des éléates, tiré de la divisibilité de la matière à l'infini, Leucippe avait inventé l'hypothèse des atomes indivisibles.

Melissus crut pouvoir élargir la base de l'école d'Elée en faisant un emprunt aux notions de temps et d'espace, admises par les ioniens, notions que Parménide avait complètement négligées. Il déclare donc l'être infini, et applique cette idée d'infini au temps et à l'espace. Il ajoute que l'infini est un, et la première conséquence du principe qu'il pose, est que le temps et l'espace infinis sont identiques l'un à l'autre.

Rien ne peut être éternel, selon lui, sans être en même temps infini en étendue, et sans être tout. Il démontrait ensuite (Aristote, de Gen. et corr., Hb. I c. vm) que l'être est immuable; qu'il n'y a de vide que parce que le vide n'est rien, par conséquent pas de mouvement puisque le mouvement implique le vide, s'éloignant ainsi de la pure doctrine de Parménide, aux yeux duquel la distinction du vide et du plein n'est qu'une affaire (L'opinion et non de science.

Melissus va plus loin encore. Il distingue l'être de la matière, celle-ci étant multiple, variable,

divisible, et celui-là étant éternel, immobile, indivisible. Il oublie ainsi, en se servant de l'indivisibilité de l'être pour nier l'existence de la matière, qu'il a donné l'étendue à l'être, puisqu'il l'a identifié avec l'espace infini, et qu'il a nié le vide. Il y avait donc là au fond une contradiction assez palpable, et il n'est pas étonnant qu'Aristote, qui d'ailleurs place Melissus bien au-dessous de Parménide, ait confondu l'être de Melissus avec la matière. L'auteur de la Métaphysique avait été ainsi plus frappé de l'admission de l'espace par Melissus, laquelle lui semblait entraîner l'existence des corps, que de la négation formelle de la matière par le même philosophe.

Sur la question de l'existence des dieux. Melissus, fidèle en cela aux traditions de son école depuis Xénophane, déclarait qu'il était impossible de rien savoir de certain, continuant sous la forme du doute les attaques de Xénophane contre les croyances aveugles de l'anthropomorphisme et de la mythologie d'Homère et d'Hésiode.

Les changements introduits par Melissus dans la doctrine éléatique, loin de fortifier cette doctrine, aboutirent donc à des contradictions qui devaient la ruiner. Aussi fut-il le dernier représentant de ce système. — Voy. les Fragments de Melissus, recueillis par Brandis, et l'essai sur Parménide, par Fr. Riaux. F. R.

MELLIN (Georges-S amuel-Alban), né à Halle, en 1755, mort à Magdebourg vers 1820, a contribué, par ses ouvrages, à faire comprendre et à populariser en Allemagne la philosophie de Kant. Voici la liste de ses écrits, tous publiés en allemand : Sommaires et tables pour la Critique de la faculté de connaître, de Kant, in-8, 2 parties, Zullichau, 1794-95; — Fondements de la métaphysique du droit ou de la législation positive, in-8, ib., 1796-98; — Sommaires et tables pour les Principes métaphysiques de la science du droit, de Kant, in-8, Iéna et Leipzig, 1800; — Dictionnaire encyclopédique de la philosophie critique, 6 vol. ou 12 livraisons in-8, Zullichau et Leipzig, 1797-1804; — Langue technique de la philosophie critique, en forme de répertoire alphabétique, in-8, Iéna et Leipzig, 1798; — Supplément à la langue technique, in-8, ib., 1800 ; — Dictionnawe universel de la philosophie, in-8, Magdebourg, 1805-7. X.

MEMOIRE, voy. Association des idées et Intelligence.

MENCIUS, voy. Meng-tseu.

MENDELSSOHN (Moïse), philosophe allemand et écrivain distingué, naquit le 10 septembre 1729, à Dessau ; il était fils de Mendel, maître d'école juif (Mendel's sohn, fils de Mendel). Il puisa sa première instruction dans le Talmud, dans les livres saints, dans les écrits de Maimonide. La pauvreté de son père l'obligea de chercher, fort jeune encore, à gagner sa vie par lui-même en se livrant au commerce de colportage. En 1745 il se rendit à Berlin, où un israélite bienfaisant lui donna un logement dans une mansarde et l'admit gratuitement à sa table. Entré au service du grand rabbin Fraenkel, il se mita étudier Euilide et à apprendre le latin dans une grammaire et un dictionnaire qu'il avait acquis de ses épargnes laborieusement amassées. Après six mois d'étude il put lire une traduction latine de l'Essai sur l'entendement humain, par Locke. Enfin, le riche fabricant juif Bernard le reçut dans sa maison comme précepteur de ses enfants, puis comme surveillant de ses ouvriers, et assura sa fortune en l'associant à son industrie. Désormais il partagea son temps entre l'étude et le commerce. En 1754, grâce à son habileté au jeu des échecs, il fit la connaissance de Lessing, qui l'initia dans h

AIEND

MEND

connaissance de la littérature allemande, dont il ne tarda pas à devenir un des organes les plus distingués. 11 se lia aussi d'une grande amitié avec le jeune Thomas Abbt, qui mourut à vingt-huit ans avec la réputation d'un des premiers moralistes de sa nation. Sa liaison avec Lavater fut moins heureuse. L'insistance que mit celui-ci à le convertir au christianisme occasionna à Mendelssohn une maladie grave qui interrompit pour longtemps son activité littéraire. Quinze années plus tard il eut, au sujet du spinozisme de Lessing. avec Jacobi une vive discussion que l'on trouvera rapportée ailleurs (voy. Jacobi), et qui. jointe à un refroidissement, lui causa une maladie dont il mourut le 4 janvier 1786. Parti de si bas, il était devenu, à force de génie, de travail et de probité, un des philosophes les plus estimés de l'époque, un des meilleurs écrivains allemands, et le fondateur dune noble famille encore florissante aujourd'hui.

.Mendelssohn n'avait aucun de ces avantages extérieurs qui souvent mènent à la fortune. Il était petit, maigre, contrefait même; mais dans ce corps chétif vivait une âme aussi grande par les qualités du cœur que par celles de l'esprit, qualités qu'annonçaient au dehors une bouche gracieuse, un front élevé et les plus nobles traits du visage. On l'a quelquefois surnommé le Socrate de l'Allemagne, comparaison ambitieuse qu'il n'aurait pas admise lui-même, mais que justifiaient la haute raison dont il a toujours fait preuve, et surtout cette s:itire fine et sans aigreur, cette noble ironie qui le distinguaient.

Nous ne saurions mieux faire, pour caractériser Mendelssohn comme écrivain et comme philosophe, que de citer le jugement qu'a porté sur lui Bouterweck, placé à une égale distance de l'admiration quelque peu exagérée de ses contemporains et de la critique orgueilleuse de nos jours. « Mendelssohn, dit Bouterweck, ne fut, pas plus que Sulzer, un de ces grands penseurs et de ces grands écrivains qui j roduisent dans les sciences des changements extraordinaires, ou impriment à l'art littéraire une direction nouvelle ; mais, ainsi que Sulzer. seulement avec un plus grand talent de métaphysicien, il savait à l'intérêt philosophique unir l'intérêt esthétique. Son éclectisme, qui le préservait de tout esprit exclusif dans ses jugements, le préservait aussi de toute imitation servile comme écrivain. Alors même qu'il s'empare des pensées d'autrui, il se montre original par la manière dont il les met en œuvre. Il était surtout attaché à l'école de "Wolf, parce qu'il croyait y irouver la solidité et la précision dans le développement des idées, dont la philosophie française lui paraissait manquer; il en faut d'autant plus admirer cette élégance et cette facilité de langage qu'il prête à la philosophie de Wolf, qualités entièrement étrangères à cette philosophie, et que l'on ne devait pas s'attendre à rencontrer chez lui, si l'on se. rappelle l'éducation qu'il avait reçue. Nul autre écrivain allemand ne savait alors revêtir la pensée philosophique d'une élégance si simple] et si noble à la fois sous la forme épistolaire ou du dialogue.... »

Mendelssohn partagea ses veilles entre la philosophie, et l'étude du judaïsme, qu'il avait à cœur de présenter dans Imite s'a pureté. Nous n'avons pas ici à apprécier ses travail! sur la religion de ses pères, bii m que I l encore il se montrât philosophe autant qu'homme de Ses principaux écrits philosophiques sont : ses Lettres sur 1rs sentiments, in-8, Berlin, 17.'>.r); — Traité sur l'évidence dans les sciences métaphy-

siques, Berlin, 1764, in-4, 2e édit., 1786; ouvrage couronné par l'Académie de Berlin ; — Phédon, dialogues sur l'immortalité de l'àme, in-8, ib., 1767 ; 6e édit., 1821 ; ouvrage traduit en presque toutes les langues de l'Europe, et notamment en français, par L. Haassmann, in-8, Paris, 1830 ; — Matinées ou Entretiens sur V existence de Dieu, in-8, Berlin, 1785.

Le sujet principal des Lettres sur les sentiments est la nature du plaisir en général, et de celui qui résulte de la présence du beau en particulier. Le plus jeune des deux correspondants soutient que l'analyse de la beauté en détruit le plaisir, et que nous serions malheureux si nous réduisions nos sentiments à des notions claires et distinctes; que le beau consiste en une idée confuse de quelque perfection, et que la réflexion la fait évanouir; que la raison, sans doute, doit nous guider dans le choix de nos plaisirs, mais qu'il faut les goûter sans trop les raisonner. Son ami, plus mur, rectifie cette manière de voir. Selon lui, le sentiment du beau n'admet ni des idées parfaitement claires, ni des idées tout à fait obscures ; l'objet du plaisir doit pouvoir supporter l'analyse, mais à l'analyse doit se joindre la synthèse, qui saisit un tout comme un ensemble plein de convenance et d'harmonie. Quoi de plus admirable que l'idée de l'univers, lorsqu'elle est fondée sur la connaissance des parties qui le composent, des lois qui le constituent? Il distingue, du reste, entre le beau sensible et le beau intellectuel ou la perfection. Le premier suppose l'unité dans la variété, et le plaisir qui en résulte a son principe dans notre nature bornée ; Dieu ne le connaît point. La perfection, au contraire, ce n'est pas l'unité, mais l'harmonie dans la variété, et la satisfaction qu'elle donne à sa source dans notre nature supérieure, dans la force positive de l'âme : Dieu en jouit éminemment. Le beau se transmet à la raison par les sens. La perfection, beauté supérieure et toute divine, est une intuition de la raison. Le beau possible est superficiel et relatif; la perfection est absolue et au fond même des choses. La beauté est l'imitation sensible de la perfection, l'image terrestre de la beauté divine. Tout plaisir, en définitive, se fonde sur l'idée d'une perfection soit sensible, soit intellectuelle, et le plaisir a une triple source : i'unité dans la variété, ou le beau sensible ; l'harmonie dans la variété, ou la perfection intellectuelle ; enfin une amélioration dans notre état physique, le plaisir sensuel. La musique seule réunit les trois genres de plaisirs. Les dernières lettres traitent du suicide et n'offrent rien de bien remarquable.

Le traité de V Évidence est une réponse à la question proposée par l'Académie de Berlin : « Les vérités philosophiques sont-elles susceptibles d'une évidence pareille à celle des sciences mathématiques? » Selon Mendelssohn, l'évidence se compose de la certitude qui résulte de la démonstration et de la clarté qui impose la conel la rend facile. 11 ne s'agit donc pas seulement de savoir si les vérités de la métaphysique peuvent être démontrées comme les propositions de la géométrie, mais encore si elles sont susceptibles d'être présentées avec la lé. Selon lui, les vérités philosophiques ni tuât aussi certaines; mais elles ne aussi évidentes que les propositions des mathématiques, en tant que l'évidence suppose un tel degré de clarté qu'il est impossible de se refuser à sa lumière et d'éprouver la moindre répugnance à l'accepter. 11 se fait fort de prouver que les vérités de la métaphysique peuvi être ramenées à des principes tout aussi certains

MEND

MEND

que les axiomes de la géométrie; seulement le iincment par lequel se fait cette réduction . as le même degré de clarté et d'évidence invincible que les vérités mathématiques; et il expose ici, sur la nature de ce genre de connaissance; des idées encore dignes d'attention. Toute rie, dit-il, n'est que le développement de la notion de l'étendue, au moyen du prineipe de contradiction ou de l'identité : toutes impositions sont démontrées identiques avec nitive d'étendue. La certitude géométrique est l'ondée uniquement sur l'identité invariable d'une notion donnée avec les idées qui y b nt implicitement renfermées et que l'ana- : l'ait sortir.

Recherchant ensuite le degré d'évidence dont est susceptible la métaphysique, il dit qu'en général la philosophie est la science des qualités des choses, tandis que les mathématiques sont la science des quantités. La métaphysique aie ne considère que les qualités et leurs irts, abstraction faite des choses. Elle fait L'analyse des notions données, et développe les richesses infinies qui y sont renfermées ; et les propositions que l'analyse produit ainsi sont aussi certaines que les vérités mathématiques ; seulement elles ne s'imposent pas aux esprits avec la même force que celles-ci. Ce désavantage provient de trois causes : d'abord la philosophie n'a pas à sa disposition des signes aussi exacts que la science mathématique ; son langage est plus ou moins arbitraire. Ensuite les qualités des choses sont si intimement liées entre elles, qu'il est impossible d'en expliquer une sans connaître toutes les autres. De là, la nécessité, à chaque pas, de revenir sur les principes, les éléments. Enfin, les qualités étant déterminées, il s'agit d'entrer dans le domaine de la réalité, chose facile pour la géométrie, qui peut s'en rapporter au témoignage des sens, tandis que pour la philosophie, ce témoignage est luimême soumis à la critique, et que sa tâche est précisément de se tenir en garde contre les simples apparences. Un autre avantage que les mathématiques ont sur la philosophie, c'est qu'elles trouvent toujours les esprits disposés à accepter sultat de la discussion, quel qu'il soit. La véril que n'a d'autre ennemi à vain-

cre que l'ignorance ; nul préjugé, nul intérêt, nulle passion ne vient résister à son évidence. En philosophie, au contraire, chacun a pris parti d'avance et oppose à la démonstration de la vérité ses opinions préconçues.

Dans la troisième partie de son traité, Mendelssohn recherche le degré d'évidence que comporte la théologie naturelle. Quelle fécondité merveilleuse, s'écrie-t-il, que celle des idées de Dieu et de ses attributs? L'idée de Dieu étant donnée, l'analyse en fait sortir par un développement nécessaire toutes les perfections divines. L'athée même accepte le résultat de cette analyse, comme l'idéaliste admet la géométrie, mais sans en reconnaître l'objet pour réel. C'est là ulté : il faut établir la réalité objective de l'idée de Dieu. Le meilleur argument pour cela, c'est l'argument ontologique, fondé sur le principe de la raison suffisante, instrument merveilleux qui sert à lier entre elles toutes les vérités, qui en fait l'harmonie et l'unité.

Les principes généraux de la morale sont susceptibles d'une évidence entière. Les lois moralesont, selon Mendelssohn, la même universalité et la même certitude que les lois de la nature, parce qu'elles sont l'expression authentique de notre nature raisonnable. Aussi, théoriquement, tous les hommes cultivés les recon-

naissent; mais dans la pratique, on le sait trop, c'est autre chose.

Le Phédon est une imitation de Platon; c'est peut-être l'ouvrage le plus solide, sous la forme la plus attrayante, sur la grande question de l'immortalité de l'àme avant Kant. Mendelssohn le publia pour répondre aux doutes dont le jeune Abbt lui avait fait confidence sur la destinée humaine. A l'exemple de Platon, il met dans la bouche de Socrate, s'entretenant à sa dernière heure avec ses disciples, les arguments qui doivent établir l'immortalité de l'âme. Dans le premier dialogue, il suit Platon assez fidèlement, ne modifiant guère que l'expression de ses arguments. Seulement il a beaucoup adouci la violente diatribe de Platon contre le corps et ses besoins, comme trop peu conforme aux idées actuelles. Dans le second dialogue, Mendelssohn a substitué à la faible argumentation de Platon concernant l'immatérialité de l'àme, une démonstration meilleure et plus moderne. Dans le troisième dialogue enfin, Socrate ne s'exprime plus comme il l'a fait dans le Phédon, mais il pense et raisonne, comme il l'aurait fait s'il avait vécu au xvme siècle, et s'il avait pu connaître Descartes et Leibniz. Mendelssohn n'aspire pas à l'originalité ; ce qui lui importe, dit-il, ce n'est pas d'être neuf, mais vrai. Il revendique cependant comme lui appartenant en propre ce qu'il fait dire à Socrate sur l'harmonie des vérités morales, sur le système de nos droits et de nos devoirs. La perfectibilité infinie de nos facultés intellectuelles, les devoirs infinis que la conscience nous impose, cette soif de félicité que rien sur la terre ne peut satisfaire, assurent à l'homme une durée continue et infinie. 11 -y a des devoirs qui seraient déraisonnables, si la mort était le dernier terme de son existence. Sans l'immortalité, la mort par dévouement, qui est, au jugement de tous, l'action la plus sublime et le devoir suprême serait une absurdité.

L'ouvrage intitulé Matinées, et qui parut en 1785, expose les entretiens que Mendelssohn eut réellement avec son fils, son gendre et un de leurs amis, sur l'existence de Dieu. Après des discussions préliminaires sur des questions de critique et d'ontologie, notamment sur les caractères de la vérité et de l'évidence, où l'on retrouve partout le disciple de Leibniz, quelque peu ébranlé cependant par les objections de Kant, Mendelssohn établit les axiomes suivants : « Ce qui est vrai doit pouvoir être connu comme tel par une intelligence positive. » — « Ce dont l'existence ne peut être reconnue par aucune intelligence positive n'existe pas réellement; c'est ou une illusion, ou une erreur. » — « Ce dont la non-existence ne peut être conçue par aucun être raisonnable, existe nécessairement. Une idée qui ne peut être conçue sans réalité objective doit être, par là même, considérée comme réelle. » Mendelssohn passe ensuite en revue les diverses méthodes d'établir l'existence de Dieu. La théorie des attributs de Dieu, l'idée en étant donnée, est de toute évidence : mais, pour en établir la réalité, plusieurs raisonnements ont été proposés sans entraîner l'assentiment universel. Ou bien l'on conclut a posteriori de l'existence du monde ou de l'existence du moi à celle de Dieu, comme en étant la cause nécessaire ; ou bien, procédant a priori, l'on conclut de l'idée même d'un être nécessaire et infini à son existence réelle et objective. Mendelssohn apprécie ces divers arguments à la lumière du bon sens, du sens commun, qu'il considère comme une faculté ou une autorité supérieure à la raison individuelle et sur Ir-quol

MEND

Page 1