‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 25 sur 439 · ARCH · texte numérisé non relu

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qu'une intuition soit vraisemblable, elle ne l'est déjà plus.

L'école académique, à qui Arcésilas légua cette théorie de la vraisemblance, ne trouva pas la route qu'elle cherchait entre le dogmatisme et le scepticisme^, et ce n'est qu'au prix d'une palpable inconséquence qu'elle se mit d'accord avec le sens commun. Voyez, outre les ouvrages cités, Diogène Laërce, liv. IV, ch. vi, et la bibliographie de l'article Académie. Em. S.

ARGHÉE (de àpxzloc, qui commande). Sous ce nom, qui est de son invention, Parajelse désignait l'esprit vital, le principe qui préside à la nutrition et à la conservation des êtres vivants. Placé dans l'estomac, Yarchée a pour tâche principale de séparer dans les substances alimentaires les éléments nutritifs des poisons, et de les imprégner d'une sorte de fluide particulier, appelé teinture, au moyen duquel ces éléments sont assimilés au corps. Il ne faudrait pas cependant regarder Yarchée comme un être spiritue' ; c'est un corps, mais un corps astral, c'est-à-dire une émanation de la substance des astres qui demeure en nous et nous défend contre les agents extérieurs de destruction, jusqu'au terme inévitable de la vie (Paramirum, lib. II, ad initium). Jean-Baptiste Van-Helmont a donné à cette hypothèse une plus grande extension : Yarchée est pour lui le principe actif dans tous les corps et même dans chaque partie importante des corps organisés. Il ne préside pas seulement aux fonctions de la vie, mais il donne aux corps la forme qui leur est propre, d'après une image inhérente et en quelque sorte innée à la semence de laquelle ils sont engendrés. C'est cette image (imago seminalis) qui, en se combinant avec le souffle vital (aura vitalis), la matière véritable de la génération, donne naissance à Yarchée. Le nombre des archées est infini, car il y en a autant que de corps organisés et d'organes principaux dans ces corps. Voy. Pa-

RACELSE et V.\N-HELMONT.

ARCHÉLAÛS fut, avec Périclès et Euripide, l'un des disciples d'Anaxagore. Il succéda à son maître dans l'école que celui-ci avait fondée à Lampsaque, depuis que la persécution sacerdotale l'avait chassé d'Athènes. Peu de temps après, Archélaûs transporta cette même école à Athènes, où Anaxagore l'avait d'abord établie et maintenue durant l'espace d'environ trente années. Dans cette école, Archélaûs eut pour disciple Socrate, qui puisa à son enseignement le goût des sciences physiques. Diogène Laërce assure qu'il fut le premier qui apporta d'Ionie à Athènes la philosophie naturelle. Mais cette assertion constitue une grave erreur, attendu qu' Archélaûs succédait à Anaxagore, et que c'est celui-ci, et non son disciple, qui apporta à Athènes la science que Thaïes avait fondée en Ionie, et dans laquelle Archélaûs comptait pour devanciers Phérécyde, Anaximandre, Anaximène, Diogène d'Apollonie, Heraclite. Archélaûs fut à Athènes le propagateur de cette science, ce qui lui valut le surnom de <ï>\jjix6c, lequel, d'après Diogène Laërce, lui fut encore donné parce que la pnilosophie naturelle s'éteignit avec lui pour faire place à la philosophie morale, que créa Socrate. Toutefois, l'enseignement d'Archélaùs paraît ne s'être pas exclusivement renfermé dans la sphère de la philosophie naturelle, puisque, au rapport de Diogène Laërce, les lois, le beau et le bien, avaient fait plus d'une fois la matière de ses discours. Diogène ajoute même que ce fut d'Archélaùs que Socrate reçut les premiers germes de la science morale, et qu'il passa ensuite pour en être le créateur, bien qu'il ne fît que développer l'enseignement qu'il avait reçu.

Diogène ne détermine rien de précis touchant la patrie dArchélaûs : il se contente de dire qu'il naquit à Athènes ou à Milet. Quant à l'époque de sa naissance, il ne la mentionne même pas. Il est difficile d'apporter ici une date certaine ; mais on peut cependant s'arrêter à une conjecture assez vraisemblable. On sait qu'Anaxagore mourut en 426, et qu'Archélaûs lui succéda dans l'école de Lampsaque. Or, il paraît probable qu'il ne devint pas chef d'école avant l'âge de quarante à cinquante ans ; et l'on est ainsi conduit à rapporter approximativement l'époque de sa naissance à l'une des dix années qui séparent l'an 476 d'avec l'an 466 avant l'ère chrétienne.

La cosmogonie d'Archélaùs diffère par des points essentiels de celle de ses prédécesseurs dans l'école ionienne. Les uns, Thaïes, Phérécyde, Anaximène et Diogène, Heraclite, avaient adopté pour principe générateur un élément unique, soit l'eau, soit la terre, soit l'air, soit le feu. Les autres, Anaximandre et Anaxagore, avaient reconnu un nombre indéfini de principes. âTmpov, une sorte de chaos primitif, une totalité confuse, èv 4pj£YJ iràv-ra oli.où. Archélaûs, à son tour, admit une pluralité d'éléments primordiaux, non une pluralité indéfinie, mais une pluralité déterminée, une dualité, 5ûo aîuaç Yeveas'wç. Maintenant, quels étaient ces deux principes? Diogène Laërce les mentionne sous les dénominations de chaud et de froid, ce qui, vraisemblablement, signifie le feu et l'eau. Primitivement confondus, ces deux principes se séparent et, en vertu de l'action du feu sur l'eau, prirent naissance la terre et l'air, de telle sorte que, dans cet ensemble, la terre et l'eau occupèrent la partie inférieure, l'air le milieu, et le feu les régions élevées. L'action du feu fit éclore du limon terrestre les animaux, et l'homme fut le dernier produit de cette énergie spontanée des éléments.

Bibliographie : les travaux de Brucker et de Tennemann sur l'histoire générale de la philosophie. — Plus particulièrement : Diogène Laërce, liv. II, ch. xvi. — Tiedemann, Premiers philosophes de la Grèce, in-8, Leipzig, 1780 (ail.). — Bouterwek, de Primis philosophiez grœcœ decretis physicis, dans le tome II des Mémoires de la Société de Goëttingue. — Ritter, Histoire de la philosophie ionienne, in-8, Berlin, 1821 (ail.), et dans le tome I de son Histoire de la philosophie ancienne, trad. franc, par Tissot, 4 vol. in-8, Paris, 1833. — C. Mallet, Histoire de la philosophie ionienne, in-8, Paris, 1842, art. Archélaûs. — Voy. encore quelques passages relatifs à Archélaûs dans Simplicius, in Physic. Arist., p. 6. — Stobée, Ed. I.

ARCHÉTYPE (de àp'/ii et de ivtzoç) a le même sens que modèle ou forme première. C'est un synonyme du mot idée employé dans le sens platonicien, et, comme ce dernier, il s'applique aux formes substantielles des choses, existant de toute éternité dans la pensée divine (voy. Platon, Idée, Malebranche). Le même terme se rencontre aussi chez les philosophes sensualistes : Locke principalement en fait souvent usage dans son Essai sur l'entendement humain: mais alors il ne conserve plus rien de sa première signification. Pour l'auteur de l'essai sur Ventcndement humain, les idées archétypes sont celles qui ne ressemblent à aucune existence réelle, à aucun mode en nous, ni à aucun objet hors de nous. C'est l'esprit lui-même qui les forme par la réunion arbitraire des notions simples, et c'est pour cela, parce qu'elles ne peuvent pas être considérées comme des copies des choses, qu'il faut les admettre au nombre des formes

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premières qu des archétypes (Essai sur l'cnlcudement. liv. II, ch. xxxi, § 74, et liv. IV, ch. xi). Quelques philosophes hermétiques, par exemple Cornélius Agrippa, donnent le nom d'Archétype à Dieu, considéré comme le modèle absolu de tous les êtres. Ce mot a disparu complètement de la philosophie de nos jours, sans laisser le moindre vide.

ARCHIDÈME de Tarse, philosophe stoïcien du n* siècle avant J. C. Dialecticien habile, il montra pour la polémique un goût trop prononcé ; aussi fut-il souvent aux prises avec le stoïcien Antipater (Cic, Acad. quœst., lib. II, c. xlvii). Il donna une nouvelle définition du souverain bien, qu'il fait consister dans une vie entièrement consacrée à l'accomplissement de tous les devoirs; cette définition ne diffère que par les mots de l'ancienne formule stoïcienne. Voy. Diogène Laërce, liv. VII, ch. lxxxviii. — Stobée, Ed. II, p. 134, édit. de Heeren.

ARCHITECTONIQUE. Kant, qui fait usage de ce terme, le définit ainsi : « J'entends par architectonique l'art des systèmes ou la théorie de ce qu'il y a de scientifique dans notre connaissance générale. » La connaissance vulgaire différant précisément de la science en ce que la première n'est pas réduite en système, l'architeetonique la convertit en connaissance scientifique en lui donnant l'unité systématique qui lui manque. Voy. Kant, Critique de la raison pure, Méthodologie.

Leibniz emploie aussi ce mot dans un sens plus général comme synonyme d'organisateur, d'inventeur, de créateur.

ARCHYTAS de Tàrente, philosophe pythagoricien, disciple de Philolaùs, serait peut-être au premier rang dans l'histoire de la philosophie ancienne, si sa vie et ses ouvrages nous étaient mieux connus. 11 naquit à Tarente vers l'an 430 avant notre ère, et, par conséquent, ne put recevoir directement les leçons de Pythagore. Quand la conjuration de Cylon ruina l'institut fondé par ce grand homme (vers 400), Archytas fut, avec Archippus et Lysus, du petit nombre de ceux qui échappèrent au désastre, et nous le retrouvons à Tarente vers 396, époque du voyage de Platon en Italie. S'il faut en croire le témoignage assez suspect d'un discours attribué à Démosthène (VEroticos), Archytas, dédaigné jusqu'alors par ses concitoyens, dut au commerce de Platon une considération qui le mena rapidement aux premières charges de l'État. Il est certain, du moins, qu'il fut six fois, selon Élien. sept fois, selon Diogene Laërce, général en chef des Tarentins et de leurs alliés, qui, sous ses ordres, furent constamment victorieux, entre autres dans une guerre contre les Messéniens ; c'est en revenant de cette dernière campagne qu'il adressait à un fermier négligent une célèbre parole, souvent répétée par les anciens: Tu es bien heureux que je sois en colère! Tout ce qu'on sait du reste de sa vie se borne à qucls traits énars chez des écrivains de date et d'autorité très-diverses : ainsi Tzetzès . auteur ^suffisant, veut qu'Archytas ait racheté Platon, vendu comme esclave par ordre de Denys l'Ancien. Diogène Laërce est plus digne de loi, quand il nous montre les doux philosophes réunis à la cour de Denys le Jeune; puis, lors du troisième voyage de Platon à Syracuse, Archyi nier venant d'abord comme garant des bonnos intentions de ce prince, et après la rupture entre Platon et Denys, usant des mêmes droits de l'amitié pour sauver la philosophie d'un nouvel outrage. Çioépon et Athénée, d'après Aristox ancien biographe 4'Arobytae, nous oui i n conservé le souvenir de deui CQavaraations phi-

AJREU

losophiques auxquelles il prit part, mais don! n

est presque impossible d'assigner la date. Sa mort dans un naufrage sur loi côtes d'Apulie nous est attestée par une belle ode dfHorai parait de peu antérieure à celle de Platon (348).

Dans cet espace de quatre vingts .iron

(430-348) se placent les travaux qui valurent à Archytas une haute réputation de matbématieiai] et de philosophe: 1° sa méthode pour Ja duplication du cube, sa fameuse colombe volante signalée comme le chef-d'œuvre de la mécanique ancienne, et d'autres inventions du même genre; 2° de nombreux ouvrages dont il reste soixante fragments, dont un sur la musique, un sur l'arithmétique, un sur V astronomie, un sur l'être, six sur la sagesse, un sur l'esprit et le sentiment, deux sur les principes (des choses), cinq sur ta loi et la justice, trois sur l'instruction morale, douze sur le bonheur et la vertu. quatre sur les contraires, vingt-six sur les universaux ou sur les catégories, fragments conservés par Simplicius dans son Commentaire sur les Catégories d'Aristote, et qu'il faut bien distinguer du petit ouvrage publié d'abord par Pizzimenti, puis par Camerarius, sous le même titre, et qui n'est qu'une copie incomplète de l'ouvrage d'Aristote. On attribuait encore à notre Archytas des traités sur les flûtes, sur la décade, sur la mécanique et sur l'astronomie, sur Vagriculture. sur l'éducation des enfants, et des lettres dont deux, relatives au troisième voyage de Platon en Sicile, se retrouvent chez Diogène Laërce. Il est impossible que plusieurs de ces citations et des fragments que nous venons d'indiquer ne soient pas authentiques, et alors quelques-uns contiendraient les origines de certaines théories devenues célèbres sous le nom de Platon et d'Aristote ; mais ici, comme dans toute l'histoire de la philosophie pythagoricienne, il est difficile de distinguer entre les morceaux vraiment anciens et le travail des faussaires; cette difficulté semble avoir conduit, dès le ive siècle de notre ère, quelques commentateurs à distinguer deux philosophes du nom d' Archytas, subterfuge dont la mauvaise critique a fort abusé. On trouvera dans Diogène Laërce et dans ses interprètes la liste des Archytas réellement distincts de notre philosophe. Voy. Mullachius, Fragmenta philosophorum grœcorum, 1 vol. gr. in-8, Paris, 1860, et consultez, outre les histoires générales de la philosophie (surtout Brucker et Ritter), E. Egger, de Architœ Tarentini pythagorici vita , operibus et philosophia disquisitio, in-8, Paris, 1833. — Hartenstein. de Fragmentis Ârchytœ philosophicis , in-8, Leipzig, 1833. — Gruppe, sur les Fragments d'Archytas (ail.), Mémoire couronné en 1839 par l'Académie de Berlin.

ARÉTÉ, fille d'Aristippe l'Ancien et mère d'Aristippe le Jeune, vivait au ive siècle avant l'ère chrétienne. Son père l'instruisit assez complètement dans sa philosophie, pour qu'elle pût a son tour la transmettre à son fils; c'est pourquoi elle fut considérée comme le successeur d'Aristippe l'Ancien à la tête de l'école cyrénaïque. Du reste, elle ne se distingua par aucune opinion personnelle. Voy. Diogène Laërce, liv. II, ch. lxxii, i \.\.\\i. — Menag., Hist. mulierum philosophante n m. § 61, et Eck, de Arête philosopha, in-8, Leipzig. 1775.

AREUS, à tort nommé ARIUS. était natif d'Alexandrie et appartenait à la secte des nouveaux pythagoriciens. 11 passe pour avoir été un des mailre.s de l'empereur Auguste, auprès duquel, dit-on. il jouissait de la plus haute faveur. On raconte qu'Auguste, entrant à Alexandrie

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