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de voir trois jeunes abbés approfondir ensemble ces graves problèmes? Ces principes, on les respirait avec l'air. 11 fallait que la contagion fût alors bien puissante, pour qu'ils eussent fait invasion en pleine Sorbonne.
'fout en étudiant la théologie, l'abbé Morellet se liait avec les philosophes. La thèse de l'abbé de Prades ayant vivement ému la Sorbonne, le Parlement intervint par un décret de prise de corps contre l'auteur, qui futobligé de se réfugier chez le roi de Prusse. A cette occasion, Morellet fit connaissance avec Diderot, qu'il avait rencontré chez l'abbé de Prades. Au sortir de la Sorbonne, en 1752, il fut précepteur d'un fils de M. de la Galaizière, chancelier de Lorraine. Le dimanche, il allait voir en cachette Diderot, qui lui fit connaître d'Alembert.
Son premierr ouvrage parut en 1756, sous ce titre : Petit Ecrit sur une matière intéressante. C'était une défense des protestants, écrite dans le genre de Swift. D'Alembert et Diderot furent charmés de voir un prêtre se moquer des intolérants. Dès lors, il fut enrôlé dans l'Encyclopédie, où il fit des articles de théologie et de métaphysique. Il fournit entre autres les articles Fatalité, Figures, Fils de Dieu, Foi, Fondamentaux (articles), Gomaristes.
En 1758, il fit paraître des Réflexions sur les avantages de la libre fabrication et de l'usage des toiles peintes. Un arrêt du conseil, qui établit cette liberté, en fut le fruit. Morellet avait été chargé par Trudaine, directeur du commerce, de traiter la question contradictoirement avec les marchands, les fabricants et les chambres de commerce du royaume.
L'éducation dont il avait été chargé lui avait procuré l'occasion de visiter l'Italie. Il en rapporta le Directorium inquisitorum, composé en 1358 par le cardinal Eymeric, qu'il traduisit en 1762, sous le titre de Ma?iuel des inquisiteurs. C'est à propos de ce livre que Voltaire écrivait à d'Alembert : « Si j'ai lu la belle jurisprudence de l'inquisition! Eh! oui, mort Dieu, je l'ai lue, et elle a fait sur moi la même impression que fit le corps sanglant de César sur les Romains. Les hommes ne méritent pas de vivre puisqu'il y a encore du bois et du feu, et qu'on ne s'en sert pas pour brûler ces monstres dans leurs infâmes repaires. Mon cher frère, embrassez pour moi le digne frère qui a fait cet excellent ouvrage : puisse-t-il être traduit en portugais et en castillan ! » Frédéric en fit adresser à Morellet des remercîments par d'Alembert, qui était alors à Berlin.
Au retour de son voyage d'Italie, en 1759, Morellet avait été présenté chez Mme Geoffrin, dont la maison était un des rendez-vous des philosophes. Il fut admis aussi dans la société du baron d'Holbach ; mais, loin de partager les opinions qui y dominaient, il y combattit courageusement l'athéisme.
Le septième volume de Y Encyclopédie, qui parut en 1758, avait ranimé la guerre contre les encyclopédistes. Les jésuites, dans le Journal de Trévoux; Fréron, dans V Année littéraire; l'avocat Moreau, dans les Cacouacs; Palissot, dans sesPetites Lettres sur de grands philosophes, avaient formé une sorte de croisade contre les philosophes. V Encyclopédie fut supprimée par arrêt du conseil, en 1759. Peu après, Lefranc de Pompignan, reçu à l'Académie française le 10 mars 1760, fit dans son discours de réception une sortie assez violente, dans laquelle Voltaire, Buflfon, d'Alembert étaient assez clairement désignés. Ce fut le signal de cette série de pamphlets dans lesquels le.vieillard de Ferney versait le ridicule à pleine main sur Pompignan : le
Pauvre Diable, la Vanité, le Russe à Paris, forcèrent le nouvel académicien de se réfugier à Montauban. Voltaire avait commencé par les Quand; Morellet continua par les Si et les Pourquoi. Dans le même temps, Palissot, soutenu par le duc de Choiseul, qui, tout en ménageant Voltaire, dont il était caressé, partageait ses faveurs entre les amis et les ennemis, faisait représenter sa comédie des Philosophes. Une des représailles les plus mordantes que Palissot s'attira alors, fut la Préface des philosophes, ou Vision de Charles Palissot. Les exemplaires, imprimés à l'étranger, arrivèrent à Paris le 23 mai 1760. L'auteur avait eu l'imprudence de mettre en scène la princesse de Robeck, fille du maréchal de Luxembourg, jeune et jolie femme, connue par son aversion pour les philosophes, et qui avait assisté, quoique malade, à la première représentation de la comédie de Palissot. Déjà cruellement insultée dans la préface du Fils naturel de Diderot, elle profita de son intimité avec le duc de Choiseul pour lui demander vengeance. On découvrit que Morellet était l'auteur de la Vision de Palissot : il fut conduit à la Bastille le 11 juin 1760; il y resta moins de deux mois, car l'intervention de Malesherbes, du maréchal de Noailles et de la maréchale de Luxembourg lui fit rendre la liberté le 30 juillet suivant. La Bastille était alors pour un philosophe le complément de la gloire, ce qu'est pour un martyr l'auréole de la persécution. Voltaire avait dit de son arrestation : « C'est dommage qu'un si bon officier ait été fait prisonnier au commencement de la campagne.» Morellet l'envisageait lui-même comme une heureuse aventure. « Je voyais, dit-il dans ses Mémoires, quelque gloire littéraire éclairer les murs de ma prison : persécuté, j'allais être plus connu. Les gens de lettres que j'avais vengés et la philosophie dont j'étais le martyr commenceraient ma réputation. Les gens du monde, qui aiment la satire, m'allaient accueillir mieux que jamais : la carrière s'ouvrait devant moi, et je pourrais y courir avec plus d'avantage. Ces quelques mois de Bastille seraient une excellente recommandation, et feraient infailliblement ma fortune.» En effet, après sa sortie de la Bastille, Morellet éprouva un redoublement d'amitié de la part des philosophes, et beaucoup de maisons lui ouvrirent leurs portes, entre autres, celles d'Helvétius, de Mme de Boufflers et de Mme de Necker.
Au xvine siècle, bien avant la découverte de la vaccine^ un Toscan, le docteur Gatti, avait expérimente le procédé de l'inoculation contre le fléau de la petite vérole qui décimait les populations. Vers ce temps-là, il inocula les enfants d'Helvétius. Mais les vieux préjugés résistaient, comme toujours, à la nouvelle pratique. En 1762, le Parlement crut devoir consulter la Faculté de théologie sur l'inoculation; et la Sorbonne se réunit au Parlement pour la condamner. Morellet se fit exposer les idées du docteur Gatti par luimême, et les vulgarisa à son tour, en style clair, dans ses Réflexions sur les préjugés qui s'opposent à l'établissement de l'inoculation, 1763. Il fallut que la mort de Louis XV vînt, onze ans après, comme un argument décisif, pour trancher la question.
En 1764. le contrôleur général Laverdy fit rendre un arrêt du Conseil qui défendait d'imprimer sur les matières d'administration. Morellet composa alors un petit traité de la Liberté d'écrire et d'imprimer sur les matières d'administration, qui ne fut publié qu'en 1774, sous le ministère deTurgot, avec cette épigraphe : Rara temporum felicitate, ubi sentire quœ velis, et quœsentias scribere licet.
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En 1766. sur l'invitation de Malesherbes, il traduisit lé traité des Délits et des Peines, de Beccaria. On n'a pas oublié l'impression que fit cet ouvrage, qui eut sept éditions dans une année. Il produisit la reforme des codes criminels en Europe : son premier effet fut l'abolition de la question préparatoire, puis la publicité des débats. Les Servan, les Dupaty y puisèrent d'utiles inspirations. Du reste, le succès du livre de Beccaria était un nouveau triomphe pour la philosophie française, puisque l'auteur écrivait à son traducteur : « Je dois tout aux livres français : ils ont développé f dans mon âme des sentiments d'humanité étouffés par huit années d'une éducation fanatique. »
Morellet fit paraître, en 1769, le prospectus d'un Nouveau Dictionnaire du commerce. Un de ses pamphlets les plus piquants, la Théorie du paradoxe, sortit de la polémique engagée en 1775 par Linguet. Il avait fait, en 1772, un voyage en Angleterre, où il connut lord Shelburn, depuis marquis de Landsdown. Celui-ci, devenu ministre, négocia la paix de 1783 entre la France et la Grande-Bretagne ; et il rapporta en partie l'honneur de cette paix à l'abbé Morellet, qui, dit-il, avait libéralisé ses idées. Morellet fut reçu en 1785 à l'Académie française. Ses travaux lui avaient valu la fortune : il touchait en pensions et en gratifications environ 30 000 livres de rente. La révolution vint renverser cette fortune. Il publia alors plusieurs écrits courageux, le Cri des familles, la Cause des pères, etc. Puis, il traduisit pour vivre des romans anglais, tels que les Enfants de V abbaye, le Confessionnal des pénitents noirs, etc. Le Consulat et l'Empire améliorèrent bientôt sa position. Joseph Bonaparte le combla de bienfaits. En 1808, il fut appelé au Corps législatif, où il siégea jusqu'en 1815. Lors de la réorganisation de l'Institut, il fut compris dans la classe de la langue et littérature française, et il y fut un des membres les plus actifs de la commission du Dictionnaire. Il fit partie de cette société d'Auteuil qui avait recueilli dans les premières années du xixe siècle les débris du siècle passé, et qui en faisait revivre l'esprit philosophique, les tendances libérales et tous les sentiments généreux : car une justice à rendre à l'abbé Morellet, c'est que, malgré les mesures révolutionnaires qui l'avaient dépouillé de sa fortune, il n'abjura jamais les principes qu'il avait soutenus en faveur de la tolérance et de la liberté de la pensée; et. malgré la réaction très-prononcée qui avait alors de puissants organes, il défendit la philosophie du xvme siècle jusqu'à sa mort, arrivée le 12 janvier 1819. Il n'existe point d'édition complète des ouvrages de Morellet. Luimême publia des Mélanges de littérature et de philosophie, Paris, 1818, 4 vol. in-8 qui contiennent ses meilleurs écrits. Il a laissé en outre des Mémoires, Paris, 1821, 2 vol. in-8. A....D.
MORELLY, publiciste français, a été au xvnr5 siècle l'un des précurseurs du socialisme moderne. Sa vie n'est pas connue, on ignore la date et le lieu de sa naissance; on trouve son nom en tête d'un certain nombre d'ouvrages qui parurent de 1743 à 1755, et l'on n'est pas même sûr que tous ces ouvrages soient d'un seul et même auteur : quelques critiques supposent, sans preuves plausibles, qu'il y a eu deux Morelly, le père et le Bis. Le premier de ces livres est ['Essai sur l'esprit humain, publié à
I \:\, avec a Fontenelle. Déjà le réformateur s'y annonce, es prétentions à un système d'éducation fondé sur la vraie philosophie : cette ophie naturellement est celle du sensua-
lisme, tempérée pourtant par un certain esprii religieux, et plus voisin des idées de Rousstau que de celles de V Encyclopédie. L'auteur ne nie pas l'existence de l'âme ni celle de Dieu ; mais l'âme est pour lui « une table d'attente », sur laquelle les impressions des organes viennent tracer des caractères ; ces impressions répétées donnent au corps des habitudes, et leur ensemble, en tant qu'elles agissent sur l'intelligence, constitue l'imagination et la mémoire; l'esprit peut donc se définir : « les mouvements combinés des organes en tant qu'ils agissent sur l'intellect. » Quant à Dieu, il doit occuper une grande place dans l'âme d'un homme bien élevé, et l'éducation doit être religieuse avec discernement. Si l'auteur de cet estimable essai est le même qui plus tard écrivit la Basiliade et le Code de la nature, il n'y paraît guère. Le même esprit se remarque dans quelques autres productions : Essai sur le cœur humain, Paris, 1745; Physique de la beauté, Amsterdam, 1748. Mais la tendance à réformer la société s'accuse dans le Prince des délices du cœur, ou traité des qualités d'un grand roi, et système d'un sage gouvernement, Amsterdam, 1751. Elle prend la forme la plus nette dans la Basiliade, poëme héroïque en xiv chants. Messine (Paris), 1753, et surtout dans le Code delà nature, Paris, 1755. Ce dernier ouvrage a eu plusieurs éditions; on l'a même attribué à Diderot, et inséré dans l'édition de ses Œuvres de 1773. Laharpe, qui en a fait une critique diffuse et passionnée, ne doute pas qu'il n'appartienne à ce grand écrivain ; mais il aurait pu reconnaître qu'il a pour but de soutenir et de compléter les idées de la Basiliade. On l'a réimprimé, en le mutilant, de nos jours, à Paris en 1840, avec une préface de M. Villegardelle. Quoiqu'il ait perdu beaucoup de son intérêt, depuis que le socialisme a produit toute une littérature, il mérite encore d'être lu, d'abord parce qu'il a ouvert la voie où tant de réformateurs se sont avancés, et ensuite parce qu'il se distingue de la plupart de leurs élucubrations, par le ton modéré et l'accent parfois religieux de la discussion. L'auteur est de bonne foi; il ne fait pas appel aux mauvaises passions; il ne propose pas ses idées comme un remède applicable dès à présent aux maux de l'humanité. C'est peut-être une rêverie, dit-il, mais elle est inoffensive, et peut éclairer ceux qui sont chargés de gouverner les hommes. La suite de ses idées ne manque pas d'une certaine rigueur; il se trompe sur les principes, et comme il raisonne assez juste, il montre une fois de plus combien ils sont faux, en les poussant à des conséquences d'autant plus fâcheuses qu'elles sont plus logiques. Il part d'une certaine idée de la nature humaine, qu'il suppose non pas excellente par origine, comme Rousseau le soutient, mais innocente, et pour ainsi dire sans forme déterminée. L'âme n'a rien d'inné, ni connaissances, ni penchants ; elle n'est qu'une matière indifférente que les impressions extérieures vont pétrir et façonner : il est aussi facile de la rendre parfaite que de la dépraver ; tout dépendra du milieu où elle se trouvera placée, et qui peut en faire un chef-d'œuvre ou un monstre. De là ce problème qui résume toute la science sociale : trouver une situation dans laquelle il soit presque impossible que l'homme soit dépravé ou méchant. Or, dans l'état présent, il y a deux causes nui agissent sur lui, et contrairemi
ausse murale, celle des philosupin,,, la fausse politique, celle des hommes d'Etat, celle des sociétés actuelles; il faut r mer l une 1 1 L'autre, i ; les mettre d'accord. Dieu a concerté les mouvements du monde physique