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,.u imaginaire, à qui l'on attribue, sous forme de le tire l'histoire fabuleuse de la traduction des Septante. Cette lettre, d'un grand intérêt pour l'histoire des livres canoniques, mais qui n'appartient que très-indirectement à l'histoire de la philosophie, se trouve ordinairement imprimée avec les œuvres de Flavius Josèphe [Antiq. jud., liy. XII ch. ii). mais elle a été aussi publiée séparément à Bàle, enl.iGl, par Richard Simon. Depuis, elle est devenue l'objet de nombreuses dissertations.
ARISTIDE, philosophe athénien du n* siècle après J. C. ; il se convertit à la religion chrétienne, mais n'en conserva pas moins les allures et la méthode de la philosophie païenne. Lors du séjour que l'empereur Adrien fit à Athènes durant l'hiver de l'année 131, Aristide lui remit un ouvrage apologétique sur le christianisme. Cet ouvrage n'est pas arrivé jusqu'à nous; mais nous pouvons nous en faire une idée par Justin le martyr, considéré comme son imitateur. Voy. Eusèbe, Hist. eeclés., liv. IV. ch. m, et la plupart des écrivains ecclésiastiques.
ARISTIPPE naquit à Cyrène, colonie grecque de l'Afrique, cité riche et commerçante (Diogène Laërce, liv. II, ch. vm). 11 florissait 380 ans avant J. C. La réputation de Socrate l'attira à Athènes, où il suivit les leçons de ce philosophe. C'était un homme d'un caractère doux et accommodant, d'une humeur facile et légère, de goûts voluptueux. Socrate essaya vainement de le ramener à une vie plus sévère et plus grave.
Aristippe composa un assez grand nombre d'ouvrages, à en juger du moins par la longue liste que nous en donne Diogène Laërce. Quelques titres seulement indiquent des traités de morale ; la plupart annoncent des sujets frivoles ou étrangers à la philosophie. De tous ces livres, du reste, il ne s'est pas conservé une seule ligne.
La doctrine d' Aristippe n'a d'autre objet que la fin morale de l'homme. Cette fin, suivant lui, c'est le bien; et le bien, c'est le plaisir. Or il y a trois états possibles de l'homme, ni plus, ni moins : le plaisir, la douleur, et cet état d'indifférence qui est pour l'âme une sorte de sommeil. Le plaisir est, de soi, bon ; la douleur est, de soi, mauvaise. Chercher le plaisir, fuir la douleur, voilà la destinée de i'homme.
Le plaisir a son prix en lui-même. Quelle que soit son origine, il est également bon.
Le plaisir est essentiellement actuel et présent; l'espérance d'un bien à venir est toujours mêlée de crainte, parce que l'avenir est toujours incertain. Il faut donc chercher avant tout le plaisir du moment, le plaisir le plus vif et le plus immédiat. Le bonheur n'est pas dans le repos, mais dans le mouvement, ^Soviîj èv xivrj(7£i.
Telle est la doctrine morale d' Aristippe. Son caractère distinctif, c'est de faire résider la fin de l'homme et son souverain bien, non pas, comme Épicure, dans le calcul savant et la récherche habile et prévoyante du bonheur, 2Ù5ou[Aovîa, mais dans la jouissance actuelle et présente, dans le développement de la sensibilité li . rée à ses pro-
Fres lois et à tous ses caprices, en un mot dans obéissance passive aux instincts de notre nature. C'est là ce qui donne à cette doctrine, dans sa faiblesse même, quelque intérêt historique et quelque originalité.
Voy. Mentzii, Aristippus philosophus socraticus, seu de cjus vita, moribus et dogrnalibus commentarius, in-4, Halle, 1719. — Wieland, Aristippe, in-8. Leipzig, 1800. — Développement de la morale d .Aristippe. dans les Mémoires de V Académie des inscripli07is, t. XXVI. — Kunhardt , de Aristipp. philosoph. moral., in-4. Helmst., 1796.
ARISTIPPE le Jeune, petit-fils d'Aristippe l'Ancien et fils d'Arété. Initié par sa mère a la doctrine qu'elle-même avait reçue de son père, il fut pour cette raison surnommé Métrodidacte [instruit par su mère). Il n'est pns sur qu'il ait rien publié; mais des quelques paroles de Diogène Laërce (liv. II, ch. lxxxvi et i.xxwn), on a supposé qu'il avait développé et systématisé la philosophie de son aïeul. 11 établissait une distinction entre le plaisir en repos, qu'il regardait seulement comme l'absence de la douleur, et le plaisir en mouvement, qui est le résultat de sensations agréables, et doit être, selon lui, considéré comme la fin de la vie ou le souverain bien.
ARISTOBULE. Ainsi s'appelait un frère d'Kpicure. épicurien lui-même comme Néoclès et Chérédeme, ses deux autres frères. Tous trois paraissent avoir été tendrement aimés du chef de l'école épicurienne; ils vivaient en commun avec lui, réunis à ses disciples les plus chers; mais aucun d'eux ne s'est personnellement distingué (Diogène Laërce, liv. X, ch. m, xxi).
ARISTOBULE, philosophe juif dont le nom nous a été transmis par Eusèbe et saint Clément d'Alexandrie, florissait dans cette dernière ville sous le règne de Ptolémée Philométor, c'est-à-dire environ 150 ans avant l'ère chrétienne. Telle est du moins l'opinion la plus probable ; car il y a aussi un texte qui le fait vivre sous le règne de Ptolémée Philadelphe et qui le comprend dans le nombre des Septante (Eusèbe. Hist. eeclés., liv. VII, ch. xxxn). Le caractère fabuleux de l'histoire des Septante, telle que Josèphe la raconte au nom d'Aristée, étant un fait universellement reconnu, le rôle qu'on y fait jouer à Aristobule signifie seulement qu'il a contribué un des premiers à répandre parmi les Grecs d'Alexandrie la connaissance des livres saints. En effet, s'il n'a pas publié une traduction de ces livres, il est du moins certain qu'il a composé sur le Pentateuque un commentaire allégorique et philosophique en plusieurs livres, dont la dédicace était offerte au roi Ptolémée. Cet ouvrage n'est point parvenu jusqu'à nous; mais les deux auteurs ecclésiastiques que nous avons cités plus haut nous en ont conservé quelques fragments dont l'authenticité ne peut guère être contestée, et qui marquent assez nettement le rang d'Aristobule dans l'histoire de la philosophie. Il peut être regardé comme le fondateur de cette école moitié perse moitié grecque, dont Philon est la plus parfaite expression, et qui avait pour but, en faisant de l'Écriture une longue suite d'allégories, de la concilier avec les principaux systèmes de philosophie, ou plutôt de montrer que ces systèmfes sont tous empruntés des livres hébreux. Les doctrines péripatéticiennes faisaient le fond des opinions philosophiques d'Aristobule; mais il y mêlait aussi quelques idées de Platon, de Pythagore et un autre élément qui a pris chez Philon un développement considérable. Ainsi, dans les fragments qu'on lui attribue, la Sagesse joue absolument le même rôle que le Logos: elle est éternelle comme Dieu, elle est la puissance créatrice, et c'est par elle aussi que Dieu gouverne le monde. Le nombre sept est un nombre sacré, emblème de la divine sagesse; c'est pour cela qu'il marque le temps où Dieu termina et vit sortir parfaite de ses mains l'œuvre de la création. Enfin il professe aussi cette croyance, dont Philon s'est emparé plus tard, que Dieu, immuable et incomprehensiUe par son essence, ne peut pas être en communication immédiate avec le monde ; m us qu'il agit sur lui et lui révèle son existence par certaines forces intermédiaires (ôuvipetc). Ces forces paraissent être au nombre de trois: d'abord
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la sagesse, dont nous avons déjàparlé,puis la grâce (yà&'.ç) et la colère (ôpyr,), c'est-à-dire l'amour et la force. N'est-ce point le germe de toutes ces trinités devenues plus tard si communes dans les écoles d'Alexandrie? Pour prouver que toute sagesse vient des Juifs, Aristobule, comme un grand nombre de ses successeurs, ne se contente pas d'expliquer la Bible d'une manière allégorique, il a aussi recours à des citations falsifiées. C'est ainsi qu'il rapporte un fragment des hymnes d'Orphée, ou cet ancien poëte de la Grèce parle d'Abraham, des dix commandements et des deux tables de la loi. — Voy., pour les textes originaux. Eusèbe, Prœp.evang., lib. VIII, c. ix; lib. XIII, c. v; et Hist. eccles., lib. VII, c. xxxn. — Clem. Alex., Strom., lib. I, c. xn, xxv; lib. V, c. xx; lib. VI, c. xxxvii. — Pour connaître sur ce sujet tous les résultats de la critique moderne, il suffira de lire Walckenaër, Diatribe de Aristobulo Judœo, etc., in-4, Lugd. Bat., 1806. — Gfroerer, Hist. du christianisme primitif, 2 vol. in-8, Stuttgart, 1835, liv. II, p. 71 (ail.). — Daehne, Histoire de la philosophie religieuse des Juifs à Alexandrie, 2 vol. in-8, Halle, 1834, t. II, p. 72 (ail.).
ARISTOCLÉS de Messène, péripatéticien du ne ou du nr' siècle après J. C, fut aussi regardé comme appartenant à l'école néo-platonicienne, car il vivait précisément au temps où commença la fusion entre les deux systèmes. L'analogie de son nom avec celui d'Arïstote l'a fait souvent confondre avec ce grand homme. Il écrivit une Histoire des philosophes et de leui^s opinions. dont quelques fragments ont été conservés par Eusèbe dans sa Préparation cvangélique. Il paraît y avoir combattu le scepticisme d'Œnésidème.
ARISTON de Chios, stoïcien du me siècle avant l'ère chrétienne. 11 faut le distinguer d'un autre Ariston de l'île de Céos, avec lequel on l'a souvent confondu. Disciple immédiat du fondateur de l'école stoïcienne, il entendit aussi les leçons de Polémon. S'étant éloigné sur plusieurs points de la doctrine de Zenon, il forma une secte particulière, celle des aristoniens; mais elle n'eut point de durée, et on ne lui connaît que deux disciples fort obscurs, Miltiades et Diphilus.
Ariston rejeta de la philosopnie tout ce qui concerne la logique et la physique, sous prétexte que l'une est indigne d'intérêt, et que l'autre ne traite que de questions insolubles pour nous; il ne conserva que la morale, comme la seule étude qui nous touche directement; encore ne l'a-t-il envisagée que d'un point de vue général, laissant aux nourrices et aux instituteurs de notre enfance le soin de nous enseigner les devoirs particuliers de la vie. Il disait que le philosophe doit seulement faire connaître en quoi consiste le souverain bien. 11 n'existait à ses yeux d'autre bien que la vertu, d'autre mal que le vice; il rejetait toutes les distinctions que d'autres stoïciens ont admises sur la valeur des choses intermédiaires. Les questions relatives à l'essence divine rentrant à ses yeux dans l'objet de la physique, il les plaçait. en dehors de la portée de noire intelligence ; mais ce scepticisme, sur un point particulier de la science, ne nous donne pas le droit de l'exclure de l'école stoïcienne. Du reste, il n'enseignait pas dans le Portique, mais dans le gymnase Cynosarge, à Athènes. C'est à lui que l'on rapporte ces paroles mentionnées par Diogène Laërce, et commenté s par Épictète et Antonin {Enchir., c. xvn, § 50 ; c. i, § 8), que le sage est semblable à un bon comédien, parce qu'entièrement indifférent à tous les rapports extérieurs de la vie, il est aussi capable «le jouer le rôle d'Agamemnon
que celui de Thersite. Les écrits d'Ariston n'ont pas été conservés.
Voy. Cic, deLeg., lib. I, c. xrn. — De Fin., lib. II, c. xin ; lib. IV, c. xvn. — Diogène Laërce, liv. VII, ch. clx et clxi. — Sextus Emp., Adv. Math., lib. VII, c. xn. — Stob.. Serm. 78 — Sen., Ep. 89 et 94.
ARISTON de Iuus, de l'Ile de Céos, péripatéticien qui Mûrissait 260 ans avant J. C, disciple et successeur de Lycon. Il n'est rien resté de ses nombreux écrits, que Cicéron mentionne d'une manière peu favorable [de Fin., lib. V, c. v), et nous n'en savons pas davantage à l'égard de ses opinions philosophiques. Tout fait supposer qu'il ne s'est écarté en rien des principes de l'école péripatéticienne (voy. Diogène Laërce, lib. V, c. lxx,lxxiv; lib.VIIjCCLXiv. — Strabon, Geogr., lib. X).
Un péripatéticien du même nom vivait au siècle d'Auguste ; il était né à Alexandrie et ne se distingua par aucun caractère particulier.
ARISTOTE, le plus grand nom peut-être de l'histoire de la philosophie, si ce n'est par la valeur morale des vérités découvertes, du moins par le nombre et l'étendue de ces vérités dans le domaine de la nature et de la logique, et surtout par l'incomparable influence qu'il a exercée sur les développements scientifiques de l'esprit humain, dans l'Orient aussi bien que dans l'Occident, dans les temps modernes aussi bien que dans l'antiquité, parmi les chrétiens aussi bien que parmi les peuples croyant à d'autres religions. Aristote naquit la première année de la xcix0 olympiade, c'està-dire 384 avant 1ère chrétienne, à Stagire, colonie grecque de la Thrace; fondée par des habitants de Chalcis en Eubee, sur le bord de la mer, au commencement de cette presqu'île dont le mont Athos occupe l'extrémité méridionale. Stagire et son petit port paraissent n'avoir point été sans quelque importance; elle joue un rôle dans tous les grands événements qui agitèrent la Grèce, pendant l'expédition de Xerxès, pendant la rivalité de Sparte et d'Athènes, et plus tard, pendant les guerres de Philippe, père d'Alexandre. Le lieu qu'occupait jadis Stagire se nomme aujourd hui Macré ou Nicalis, suivant quelques auteurs, philologues et géographes, ou suivant d'autres, dont l'opinion paraît plus probable, Stavro, nom qui conserve du moins quelques traces de l'antique appellation. Par sa mère Phaestis, qu'il perdit, à ce qu'il semble, de fort bonne heure , Aristote descendait directement d'une famille de Chalcis ; son père, Nicomaque, était médecin et ami d'Amyntas II, qui régna sur la Macédoine de 393 à 369. Nicomaque avait composé quelques ouvrages de médecine et de physique, et il était un Asclépiade. Il a donné son nom à une préparation pharmaceutique que Galien cite encore avec éloge. Sa haute position à la cour d'un roi, l'illustration de son origine médicale, la nature de ses travaux, influèrent certainement beaucoup sur l'éducation de son fils. Philippe, le plus jeune des enfants d'Amyntas, était du même âge à peu près qu'Aristote; et l'on peut croire que, dès leurs plus tendres années, s établirent entre eux des relations qui préparèrent pour plus tard la confiance du roi dans le précepteur de son héritier. Il est certain qu'Aristote n'avait pas dixsept ans quand son père mourut. Du moins nous le voyons, avant cet âge, confié, ainsi que son frère et sa sœur, aux soins d'un ami de sa famille, Proxène d'Alarnée en Mysie, qui habitait alors Stagire. Aristote conserva pour son bienfaiteur et pour la femme de son bienfaiteur, qui sans cloute lui avait tenu lieu de mère, la reconnaissance la plus vive et la plus durable. Dans son testament, que cite tout au long Diogène
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Lacrce, il désire qu'on élève des statues à la mémoire do l'un et de l'autre. Bien plus, après la mort de Proxène, il fit, pour un orphelin qu'il laissait, ce que Proxène avait fait jadis pour lui; il adopta cet orphelin pour fils, Lien qu'il eût d'autres enfants, et il lui donna en mariage sa fille Pythias. Il est bon d'insister sur ces détails que les biographes attestent unanimement, pour réduire à leur juste mesure les reproches d'ingratitude qu'on lui a si souvent adressés. La reconnaissance, comme le prouveront quelques autres faits encore, a été une des qualités les plus éclatantes d'Arislote ; et il n'est pas à soupçonner que son cœur ait manqué pour son maître seul à ce devoir qu'il a toujours scrupuleusement accompli à l'égard de tant d'autres. Des biographes fort postérieurs ont, sur la foi d'Épicure, il est vrai, donné quelques détails peu favorables sur la jeunesse d'Aristote. A les en croire, il aurait dissipé son patrimoine par sa conduite désordonnée, et il aurait été réduit à se faire soldat, et plus tard même, commerçant et marchand droguiste. Pour sentir combien tout ceci est faux, il suffit de se rappeler, ce qu'on sait d'ailleurs' d'une manière irrécusable, qu'Aristote vint étudier à Athènes à l'âge de dix-sept ans. Il est impossible, quelque précocité qu'on lui veuille prêter, qu'il eût pu dès cette époque avoir subi toutes les épreuves par lesquelles on veut bien le faire passer. Il est plus probable que, vers cet âge, son tuteur, dont la surveillance ne l'avait point quitté, l'envoya dans la capitale scientifique de la Grèce, achever des études commencées sans doute sous les yeux de son père, et continuées ensuite sous la direction de Proxène. Si Aristote vit alors Platon, ce ne fut que pendant bien peu de temps ; car c'est dans cette année même, la seconde de la cme olympiade, 367 avant J. C, que Platon fit son second voyage en Sicile. Il y resta près de trois ans, et n'en revint que dans" la quatrième année de la même olympiade. Aristote avait donc vingt ans environ quand il put recevoir les premières leçons d'un tel maître. Il paraît que Platon rendit tout d'abord justice au génie de son élève : il l'appelait « le liseur, l'entendement de son école, » faisant allusion par là et à ses habitudes studieuses, et à la supériorité de son intelligence. Il ne lui reprochait que la causticité de son caractère et un soin exagéré de sa personne. qu'Aristote, peu favorisé de ce côté, ce semble, poussait plus loin qu'il ne convenait à un philosophe. Quelques auteurs, qui vivaient d'ailleurs plusieurs siècles après, ont essayé de prouver que le disciple n'avait point eu pour son maître tout le respect et toute la gratitude qu'il lui devait. C'est surtout Élien qui, d'après le témoignage fort incertain d'Eubulide, déjà réfuté par Aristoclès, a donné cours à ces fables ridicules qu'ont répétées et propagées plusieurs Pères de l'Église, et qui tiennent une nlace assez importante dans l'histoire de la philosophie. D'autres, au contraire, affirment qu'Aristote avait voué à Platon une admiration pleine de respect, et qu'il lui consacra un autel ou une inscription composée par le disciple reconnaissant exaltait les vertus de cet « homme que les méchants eux-mêmes ne sauraient attaquer. » Ce qui explique cette inimitié prétendue, c'est l'op- ["isition du génie des deux philosophes. La postérité crédule et peu bienveillante aura converti en luttes personnelles la rivalité et l'antagonisme des systèmes. Le plus exact et le plus récent des biographes d'Aristote. M. Stahr, a beaucoup insisté, ave • raison, sur le fameux passage de la Morale à IS'icomnrj ue (liv.l. eh. 111,5 1), ou Aristote donne un témoignage personnel des sentiments qu'il avait pour son maître : <■ 11 vaut peut-être mieux, dit-il en parlant d'une théorie qu'il veut réfuter,
examiner avec soin et de pris ce qu'on a pi <'!cndu dire, bien que cette recherche put délicate, puisque ce sont des philosophes qui nom sont chefs -î/o-j; Sv8pa:) qui ont avan é la théorie des Idées. Mais il doit paraître mieux aussi, surtout quand il s'agit de philosophes, de mettre de côté ses sentiments personnels, pour ne m qu'à la défense du vrai; et quoique la vérité et l'amitié nous soient bien chères toutes les deux. c'est un devoir sacré de donner la préférence a la vérité, 6<no* 7tpoti(iqlv vtp &).^9ttsv. » 11 est difficile de comprendre comment, en face d'un témoignage si décisif et si précis, l'histoire a besoin d'en aller chercher d'autres. On peut ajouter d'ailleurs que cette maxime d'Aristote n'a point été stérile pour lui; et que dans toute sa polémique contre la grande tnéorie des Idées, il a su toujours allier les droits de la vérité, et les ménagements dus à son maître et au génie de Platon. Une rivalité dont on parle moins, en général, et qui parait avoir été beaucoup plus réelle, si ce n'est plus digne de lui, c'est celle qu'Aristote soutint contre Isocrate. Pour combattre le mauvais goût et les grâces efféminées que ce rhéteur introduisait dans l'éloquence, Aristote ouvrit une école où il professa les principes qu'il devait consigner ensuite dans ses ouvrages de rhétorique. C'est un fait qui nous est attesté par Cicéron. et il paraît que dès lors Philippe vit dans le fils du médecin de son père et dans le compagnon de son enfance, l'homme qui devait enseigner plus tard l'éloquence au futur conquérant de l'Asie. La lutte d'ailleurs, toute brillante qu'elle pouvait être, n'était peut-être pas fort généreuse, puisqu'Isocrate avait alors plus de quatre-vingts ans; il est vrai qu'il vécut jusqu'à quatre-vingt-dixhuit ans. Les attaques d'Aristote furent assez graves pour que les élèves du vieux rhéteur dussent prendre sa défense dans des ouvrages longs et importants, dont l'un existait encore au temps de Denys d'Halicarnasse et d'Athénée. Cette polémique n'a point laissé de traces dans les œuvres qui nous restent d'Arislote. Il ne faut pas attacher non plus d'importance à ses discussions avec Xénocrate, le second successeur de Platon à l'Académie. Aristote ne put jamais prétendre à l'héritage de son maître, dont il avait toujours combattu le système ; et, de plus, nous le voyons, quelques mois après la mort de Platon, faire un voyage en Asie Mineure, de compagnie avec Xénocrate, qui paraît lui avoir été attaché par les liens d'une assez étroite amitié. Ainsi l'on peut dire que les inimitiés attribuées à Aristote contre Platon, contre Isocrate et contre Xénocrate, n'ont point du tout ce caractère odieux qu'on a voulu souvent leur donner. Tout ce qui doit résulter pour nous de ces récits divers, c'est qu'avant la mort de Platon (348 ans avant J. C), Aristote n'avait point encore ouvert son école philosophique, mais qu'il s'était fait connaître par des cours d'éloquence. Le talent qu'il y déploya, ses anciennes relations avec la cour de Macédoine, le firent choisir pour ambassadeur par les Athéniens, si l'on en croit un témoignage assez douteux rapporté par Diogène Laërce. Philippe avait ruiné dans la Thrace bon nombre de villes grecques qui tenaient le parti d'Athènes, et Stagire entre autres. Le fils de Nicomaque fut chargé d'aller demander au vainqueur macédonien le rétablissement des villes détruites; il n'est pas sûr qu'il ait réussi dans cette mission assez délicate, puisque ce n'est que beaucoup plus tard qu il put obtenir de Philippe ou peut-être même de son disciple, fils de Philippe, la restauration de la petite ville qui lui avait donné naissance. Quoi qu'il en soit, Platon mourut durant son absence (348 avant J. C); et à son retour, Aristote se hâta
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de quitter Athènes, où alors les partisans de la Macédoine n'étaient point en faveur ; suivi de Xénocrate, il se rendit en Asie près d'Herniias, tyran d'Atarnée, qui avait été, à ce que l'on suppose, un des auditeurs les plus assidus de ses cours d'éloquence. On peut croire d'ailleurs que les relations d'Aristote avec Hermias avaient commencé sous les auspices de son tuteur Proxène, qui était aussi de ce pays, comme on l'a vu plus haut. Hermias avait été jadis esclave d'un tyran d'Atarnée, Eubule, auquel il succéda, et qui, comme lui, était un ami déclaré de la philosophie; c'était par son seul mérite qu'il s'était élevé au poste brillant et dangereux qu'il occupa quelque temps. Attiré dans un piège par Mentor, général grec au service de la Perse; il fut livré aux mains d'Artaxerce, qui le fit étrangler. La liberté des cités grecques dans l'Asie Mineure perdit en lui un de ses soutiens les plus courageux et les plus habiles. Cette catastrophe affligea profondément Aristote, dont le voyage auprès d'Hermias avait peut-être aussi quelque but politique ; et la douleur de son amitié est attestée par deux monuments qui sont parvenus jusqu'à nous. L'un est ce chant admirable, ce Péan, adressé à la Vertu et à la mémoire du tyran d'Atarnée, dont la noble simplicité et la douloureuse inspiration n'ont été surpassées par aucun poëte; Athénée et Diogène Laërce nous l'ont transmis ; l'autre est une inscription de quatre vers que nous possédons aussi et qu'Aristote fit placer sur la statue, d'autres disent le mausolée, qui, par ses soins, fut élevé à son ami dans le temple de Delphes. De plus, il épousa la fille qu'Hermias laissait en mourant; et. il se retira, pour la mettre, ainsi que lui-même, en sûreté contre la vengeance des Perses, à Mitylène dans l'île de Lesbos, où il séjourna deux années environ (jusqu'en 343 avant J. C). Son union paraît avoir été fort heureuse ; et, dans son testament, il prescrit qu'on réunisse ses cendres à celles de son épouse bien-aimée. Du reste, les liaisons d'Aristote avec le tyran d'Atarnée sont une des circonstances de sa vie qui ont prêté le plus aux calomnies de toute espèce ; et ces calomnies étaient assez accréditées pour que, cinq siècles plus tard, Tertullien, les répétant sans doute, ait avancé que c'était Aristote lui-même qui avait livré son ami aux agents des Perses. Ces fables sont tout aussi ridicules que celles dont nous avons déjà parlé ; seulement elles sont plus odieuses. On ne sait si Aristote était encore à Mitylène quand Philippe l'appela près de lui pour diriger l'éducation d'Alexandre (343 avant J. C). Le jeune prince avait alors treize ans, et la lettre de Philippe au philosophe, lettre dont l'authenticité n'est pas trèscertaine, malgré le témoignage d'Aulu-Gelle et de Dion Chrysostôme, ne se rapporte point à cette époque. Elle annonce à celui dont Philippe fera plus tard l'instituteur de son héritier, la naissance d'un fils; et si elle n'a point l'importance spéciale qu'on lui attribue d'ordinaire, elle prouve du moins, comme le remarque fort bien M. Stahr, que les relations de Philippe avec l'ancien compagnon de son enfance étaient assez fréquentes et assez intimes. Aristote paraît avoir profité de sa faveur à la cour de Macédoine pour faire relever les murs de sa ville natale; on dit même qu'il lui donna des lois de sa propre main, qu'il y fit établir des gymnases et une école. Les habitants reconnaissants consacrèrent à leur illustre compatriote le nom d'un des mois de l'année, et celui d'une fête solennelle qui était probablement la fête de son jour de naissance. Du temps de Plutarque, on montrait encore aux voyageurs les promenades publiques, garnies de bancs de pierre, qu'Aristote y avait fait établir. Bien que l'éducation d'Aleiandre n'ait pas pu durer plus de quatre
ans, bien que son précepteur eût à corriger degraves erreurs commises dans la direction antérieurement donnée au jeune prince par Léonidas, parent d'Olympias, et par Lysimaque, on ne peut douter qu'Aristote n'ait exercé sur son élève la plus décisive influence. Il sut prendre sur ce fougueux caractère un ascendant qu'il ne perdit pas un instant, et lui inspirer la plus sincère et la plus noble affection. Les études auxquelles il appliqua surtout Alexandre furent celles de la morale, de la politique, de l'éloquence et de la poésie. La musique, l'histoire naturelle, la physique, la médecine même, occupèrent beaucoup le jeune prince, et l'on peut s'en rapporter au génie si positif d'Aristote pour être sûr qu'il ne donna toutes ces connaissances à son élève que dans la mesure où elles devaient être utiles à un roi. Il paraît aussi, à en croire la lettre citée par Aulu- Gelle et Plutarque, qu'Alexandre attachait le plus grand prix aux études de métaphysique qu'il avait alors commencées, puisqu'au milieu même de ses conquêtes il écrit à son ancien maître, pour lui reprocher d'avoir rendues publiques des doctrines et des théories qu'il voulait être le seul à posséder. Il est certain que cette édition de Y Iliade qu'Alexandre porta toujours avec lui, qu'il mettait sous son chevet, cette fameuse édition de la Cassette, avait été revue pour lui par Aristote ; et le conquérant qui, dans Thèbes en cendres, ne respectait que la maison de Pindare, devait avoir bien profite des leçons d'un maître qui nous a laissé les règles de la poétique, et qui lui-même eût été un grand poëte, s'il l'eût voulu. Aristote composa quelques ouvrages spécialement destinés à l'éducation de son élève ; mais, parmi eux, on ne saurait compter celui qui nous reste sous le titre de Rhétorique à Alexandre, et qui est certainement apocryphe. Il fit particulièrement pour lui, à ce qu'affirme Diogène Laërce, un traite sur la royauté. Callisthène, neveu d'Aristote, et qui devait accompagner Alexandre en Asie pour y tomber victime de ses soupçons, partageait les leçons données au jeune prince, ainsi que Théophraste, et Marsyas, depuis général et historien, qui fit un ouvra ge sur l'éducation même d'Alexandre. C'était à Pella le plus habituellement, dans un palais appelé le Nymphaeum, qu'Aristote résidait avec son royal élève, et quelquefois aussi à Stagire relevée de ses ruines. Alexandre n'avait pas encore dix-sept ans quand son père, partant pour une expédition contre Byzance, lui remit la direction des affaires, sans qu'une si grande responsabilité dépassât en rien la précoce habileté du jeune roi. On peut croire que son précepteur continua de lui donner dès conseils, qui, pour n'être plus littéraires, n'en furent pas moins utiles. Mais dès lors les études régulières et l'éducation furent nécessairement interrompues ; en 338, nous voyons Alexandre, âgé de dix-huit ans, combattre au premier rang et parmi les plus braves à la bataille de Chéronée, qui décida du sort de la Grèce. Aristote resta une année encore auprès de son élève, devenu roi après le meurtre de Philippe, et ne quitta la Macédoine qu'en 335 avant J. C, quand Alexandre se disposait à passer en Asie, la seconde année de la cxie olympiade. Il se rendit alors à Athènes, où il resta sans interruption durant treize années, et qu'il ne quitta que vers la mort d'Alexandre. C'est donc à cette époque qu'il ouvrit une école de philosophie dans un des gymnases de la ville nommé le Lycée, du nom d'un temple du voisinage consacré à Apollon Lycien ; et ses disciples, bientôt nombreux, reçurent, ainsi que lui, le surnom de péripatéticiens, de l'habitude toute personnelle qu'avait le maître d'enseigner en marchant, au lieu de de meurer assis. Il donna, comme Xénocrate l'avait
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