PETI
de l'esprit ou les qualités de l'âme. Quelquefois aussi c'est l'être et le non-être qu'elles nous représentent par les deux puissances. L'être se confond avec le bien, et le mal avec le non-être ; c'est-à-dire que le mal est une pure négation, et que le bien seul est une possession d'une existence réelle, absolue, éternelle (Dabistan, t. I, p. 359 et suiv.). Cette manière d'interpréter les livres saints, dans la langue tbéologique de l'Europe s'appellerait le rationalisme. Il nous resterait encore à parler des manichéens et des soufis; mais ces deux hérésies fameuses sortant du cadre que nous nous sommes tracé ici par les liens qui les rattachent, l'une au christianisme, l'autre à la théologie musulmane, nous avons cru devoir les réserver pour des articles distincts.
Au commencement de la dernière moitié de ce siècle, une nouvelle secte, moitié religieuse, moitié philosophique, a été fondée en Perse. Elle porte le nom de Babysme et ses adhérents sont les Babys. Son chef spirituel s'appelle le Bab, c'est-à-dire la Porte, sans doute la porte du salut ou de la vie éternelle. Cette secte a eu ses martyrs, elle a ses livres saints et ses interprètes. Elle paraît pencher vers le mysticisme kabbalistique. Mais les écrits émanés de son sein ne sont pas encore assez connus pour qu'il soit possible d'en parler avec certitude. On pourra s'en faire une idée par les ouvrages de M. de Gobineau indiqués à la fin de cet article.
Si nous jetons maintenant un coup d'œil d'ensemble sur l'espace que nous venons de parcourir, nous y trouvons, comme dans toute civilisation un peu avancée, trois périodes : l'une de pure soumission, où l'on n'entend que la voix inspirée du prophète ; l'autre de soumission et de raisonnement tout ensemble, où l'on discute sur les dogmes, où l'on remonte le cours des traditions, où des sectes diverses se disputent la préséance ; enfin la troisième de pur raisonnement, de spéculations indépendantes et souvent hostiles à la vieille foi. Pendant cetle période, la Perse a cessé d'exister comme puissance morale et politique; assaillie à la fois par les idées musulmanes et par les idées indiennes, elle a dû subir nécessairement cette double influence. Aussi rien de plus contestable, comme nous l'avons dit en commençant, que l'antiquité et, par conséquent, l'originalité de ses systèmes philosophiques; mais ses doctrines religieuses, son dualisme mitigé, ses idées sur la liberté, sur l'unité du genre humain, la régénération du monde, la résurrection des corps et l'avènement futur du paradis sur la terre, sont faits pour exciter les plus graves méditations et ouvrir devant nos yeux un horizon nouveau.
Outre les ouvrages que nous avons indiqués dans le cours de cet article, on peut consulter : Faucher, Traité historique de la religion des Perses, dans les tomes XXV, XXVII, XXIX, XXXI et XXXIX des Mémoires de l 'Académie des inscriptions;— Gœrres, Histoire des mythes du monde asiatique, 2 vol. in-8, Heidelb., 1810 (ail.); — Meiners, de Zoroastris vila, instilutis, doctrina et libris. dans les Nouveaux mémoires de la Société de Ôœllingue, t. VIII et IX, et dans la Bibliothèque philosophique, t. IV; — Tyschen, Commcntatio de religionum Zoroaslricarum apud exleras génies vestigiis, dans les Nouveaux mémoires de la Société de Gœttingue, t. XI et XII; — Rhode, la Sainte tradition, ou Système complet de la religion des anciens Baclriens, Mèdeset Perses, in-8, Francfort-sur-le-Mein, 1810 (ail.); — Erskin, Dissertation sur les Parses, dans le tome II de la Société littéraire de Bombay; — JeanRaynaud, Zoroastre, encyclopédie nouvelle de Pierre Leroux et Reynaud, t. VIII ; — Joachim
fICT. PHILOS.
Menant, Zoroastre, Essai sur la philosophie religieuse de la Perse, in-8. Paris, 1844; — de Gobineau, les Bcligions et les philosophies dans l'Asie centrale, 1 vol. in-8. Paris, 186ô; — Histoire des Perses d'après lés auteurs orientaux, grecs et latins, par le même, 9 vol. in-8. Paris,
PERSONNE. PERSONNALITE Dans l'origine, le mot personne (en latin persona, en grec •rcpôtrwaov) ne signifiait pas autre chose qu'un masque de théâtre représentant les traits réels ou supposés, mais arrêtés par la tradition, du personnage qu'on mettait en scène : Œdipe, Achille, Agamemnon, Hécube, Médée. Bientôt, à la place du masque, se substitua le rôle ou le personnage lui-même, et le mot passa de la langue du théâtre dans celle du monde. C'est ainsi que s'est introduite cette façon de parler ; être un grand, un petit, un médiocre personnage : personam agere. Mais, comme ce qui distingue particulièrement une personne d'une autre, ce sont moins les traits que le caractère, moins les actions et les paroles que le principe intérieur, la force spirituelle d'où elles découlent, le mot personne est devenu synonyme d'homme, en tant que l'homme est un être intelligent et libre, capable par lui-même de prendre une détermination et de l'exécuter. En effet, il ne suffit pas pour être une personne d'avoir le visage humain, il faut posséder une + âme humaine en état de réfléchir et de répondre de ses actions. Un enfant, un idiot, ne sont pas des personnes; et quand même ils en porteraient le nom, ils n'en exerceraient pas les droits. Enfin, à ce même mot, les philosophes ont attaché une signification plus générale et plus précise, en l'employant pour designer tout être intelligent et libre, tout agent spirituel et moral, toute cause qui a la responsabilité et la conscience de ses actions. Dans ce sens, la personne est le contraire de la chose : l'animal, le végétal, le minéral, sont des choses ; l'homme est une personne, et rien n'empêche d'en admettre d'autres au-dessus de lui. Dieu lui-même est une personne, si on le considère comme une cause créatrice distincte de l'univers. Ce qu'on appelle la personnalité, c'est le caractère en vertu duquel un être quel-., conque mérite le nom de personne; c'est 1 idée de personne élevée à son plus haut degré de généralité. Ainsi, par exemple, on disputera pour ou contre la personnalité divine (voy. Panthéisme); on se demandera si la personnalité humaine subsiste après la mort (voy. Dieu, Immortalité); on soutiendra que la raison est impersonnelle (voy. Raison).
PÉTITION DE PRINCIPE [petitio principii, traduction littérale du grec xô iv àp/Y] >au.oàveiv). C'est le nom donné par Aristote à un des sept paralogismes ou faux raisonnements dont il nous offre la définition et ia réfutation dans le cinquième chapitre de ses Bèfutations sophistiques. Ce paralogisme consiste à supposer vrai ce qui est en question : « Ce qu'on voit assez, dit la Logique de Port-Royal (13e partie, ch. xix), être entièrement contraire à la vraie' raison; puisque, dans tout raisonnement, ce qui sert de preuve doit être plus clair et plus connu que ce qu'on veut prouver.» C'est avec justice que Galilée reproche à Aristote de s'être servi lui-même de ce moyen pour prouver que la terre est au centre du monde. En effet, toute l'argumentation du philusophe grec peut se résoudre aux termes suivants :
La nature des choses pesantes est de tendre au centre du monde, et celle des choses légères de s'en éloigner;
Or l'expérience nous fait voir que les choses pesantes tendent au centre de la terre, et que les choses légères s'en éloignent;